CHAPITRE
et une paire de souliers. Dans la colonie, les condamnés, d’après la gravité de leurs fautes et la durée de leur peine , sont vêtus de gris ou de jaune. Ces derniers sont fréquemment appelés serins par la basse classe. Un jour, j’entendis un matelot, reconnaissant un convict sur les quais de Sidney , lui crier : « Eh bien! serin , tu t’es fait mettre en cage !
Les vêtements donnés à chaque convict sont marqués d’un numéro correspondant à celui du lit qu’il occupe. Cet ordre est nécessaire pour prévenir la malpropreté et la détérioration des hardes {font ils ont l’usage. Soit paresse soit méchanceté, les déportés, avant l’adoption de cette mesure, jetaient à la mer leurs effets salis ou troués, et s’emparaient de ceux de leurs compagnons.
La plupart apportent un petit bagage sur le navire de transport. Quelquefois on leur en permet l’usage; mais notre jeune chirurgien, Campbell, ue voulut laisser entre leurs mains aucun moyen de séduire les matelots et de les porter à l’indiscipline. Il confisqua provisoirement les effets appartenant aux ouailles qui lui étaient confiées ; on en fit l’inventaire , et le tout fut placé sous séquestre jusqu’au terme du voyage.
Campbell aurait bien voulu mettre également les scellés sur l’argent des déportés. Cette mesure eût été d’autant plus licite que la plus grande par-
tic de ces sommes provenait certainement du vol ; mais les convicts parviennent à dissimuler leur argent avec tant d’adresse qu’il est très-ditïicilc de le découvrir. Notre chirurgien recula devant la nécessité de faire des recherches très-minutieuses cl qui répugnaient à la délicatesse. Toutefois nous eûmes occasion, dans le cours du voyage, de reconnaître combien la précaution qu’il avait cru devoir négliger eût été sage. Plus d’un excès de boisson , plus d’une rixe , plus d’un acte de rébellion que nous fûmes obligés de punir, auraient été évités, si nos prisonniers n’avaient pas eu d’argent pour acheter aux matelots le vin et le rhum dont ils s’enivraient.
On a vu des convicts emporter en Australie des sommps considérables, et, d’après les lois anglaises , il est impossible de leur enlever le fruit de leurs rapines , à moins que les propriétaires ne soient en mesure de déclarer que cet argent leur appartient. Un voleur fameux, qui avait dévalisé la banque de Stirling, possédait, au moment de s’embarquer pour Sidney , la somme de vingt-cinq mille francs ; nul autre que lui n’aurait pu affirmer par serment que cet argent provenait réellement de la banque. Il resta donc paisible possesseur du produit de son vol, qui lui servit à former un étabbssement au terme « de sa promenade sentimentale à Sidney, » pour nous servir de la