‹ Les convicts en AustralieChapitre 40 sur 119 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vous que j’ai besoin de rappeler l’axiome romain : Summum jus , summa injuria.

— Un toast à la Reine , » dit le capitaine Brown , qui, pour cause, n’aimait pas le latin.

Nous nous levâmes tous les trois pour porter, comme de loyaux Anglais, la santé de notre souveraine. Cet acte d’allégresse eut un écho sur le pont, où l’équipage fêtait le Porto que le capitaine avait fait distribuer en réjouissance du départ des convicts : trois hourras, vigoureusement accentués, témoignèrent, à quatre mille lieues de la mère patrie, de l’attachement de nos marins pour la race de nos rois et pour le règne de la loi, dont nos souverains sont la représentation vivante.

A leur débarquement, les convicts sont reçus par la police et conduits à leur caserne à travers une double haie de curieux que ce spectacle attire toujours en grand nombre , et qui échangent avec les prisonniers des poignées de mains, des quolibets ou des offres de service. Les hommes sont logés à Sidney, dans la caserne située au nord-est de la ville, à Hyde-Park. Cet établissement peut contenir de six cents à mille individus. Quant aux déportés du sexe féminin , on les conduit à la factorerie de Paramatta, placée à quelque distance de Sidney, sur les bords de la profonde baie du même nom. Elles y sont menées par eau sur des embarcations dont la conduite est

confiée à des agents de police. Si le temps est beau, la traversée s’accomplit en une journée et les prisonnières sont rendues, dès le soir même, au lieu de leur destination. Quand le temps est mauvais , le passage est plus long, et souvent on est obligé de relâcher et de passer la nuit en route. Le voyage n’est pas sans inconvénients. Le moindre de tous est le pillage des effets appartenant aux passagères. l ; ne foule d’escrocs et de filous se répandent sur la route, enivrent les femmes et leurs gardiens, dont la tolérance est d’ailleurs achetée par tous les moyens possibles. Ces industriels profitent de l’intempérance qu’ils ont provoquée pour dépouiller ces malheureuses , et leur enlever l'argent qu’elles ont pu apporter d’Angleterre.

La caserne des hommes , à Sidney , est un bâtiment enclos de murailles hautes de plus de dix pieds. De nombreuses constructions, comprenant les ateliers et les cuisines, sont adossées à cette enceinte. Au centre s’élève le principal édifice destiné au logement des prisonniers. C’est un bâtiment construit en briques, long de cent trente pieds et large de cinquante ; il a trois étages qui contiennent une double rangée de dortoirs divisés par un corridor. Chaque dortoir est placé sous la surveillance de plusieurs gardiens. Une lampe brûle toute la nuit dans ces galeries. Chaque étage

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