CHAPITRE VII
étrangers dans mon propi e troupeau aurait pu me dérober le déficit , si je m’étais borné à compter les bêtes sans les reconnaître. Je demande que Colman soit exemplairement puni. S’il en était autrement , nous ne serions plus les maîtres chez nous, et l’insubordination de nos domestiques n’aurait pas de bornes. »
Le magistrat, s’adressant alors à Colman, appela son attention sur la plainte qui venait d’être déposée et lui en lit comprendre la gravité. Il en lut lentement la minute et demanda ensuite au prisonnier s’il avait quelques questions à faire. Celui-ci répondit négativement.
« Quelle excuse avez-vous à présenter ?
— Il n’est pas vrai de dire que j’aie abandonné mon troupeau.
— Pouvez-vous produire quelques témoignages qui établissent la vérité de vos allégations?
— Je n’ai pas de témoins. Je répète que je n'ai jamais abandonné mon troupeau.
— Avez- vous encore quelque chose à dire 1
— Non. »
Il y eut alors un moment de silence, pendant lequel le magistrat se recueillit et sembla passer en revue , dans son esprit, les circonstances de la plainte et le caractère de la défense; il s’exprima ensuite en ces termes :
'< Prisonnier, les ordonnances punissent sévère-
iM LES C0NV1CTS EN AUSTRALIE.
renient ceux qui abandonnent, sans permission, l’habitation de leur maître ; vous avez plusieurs fois quitté votre troupeau ; vous vous ôtes plusieurs fois absenté de la ferme pendant la nuit; ce sont de graves infractions; et, en outre, vous êtes soupçonné d’avoir aidé à dérober plusieurs moutons appartenant à votre maître. Ce n’est pas sur ce dernier chef d’accusation que je vous juge ; car il n’est pas suffisamment établi. La présomption de votre culpabilité est cependant assez forte pour donner à votre conduite un caractère que la loi réprouve. Si le cas était moins grave, je pourrais terminer l’affaire par une transaction, à charge par vous de faire des excuses à votre maître. Mon devoir ne me permet pas de fermer les yeux sur une conduite aussi répréhensible que la vôtre. S’il m’était possible de vous appliquer une autre peine que celle du fouet, je le ferais volontiers; mais je suis obligé d’obéir aux ordres du gouvernement et de faire un exemple. Trop d’indulgence compromettrait la discipline, et les prisonniers eux-mêmes se verraient privés, par suite, de l’avantage d’être placés au service des colons. Je vous condamne à recevoir cinquante coups de fouet. »
Pendant toute la durée de cette allocution, le convict faisait naturellement la mine la plus piteuse. Lorsqu’il entendit prononcer le jugement et qu’il se vit condamné à recevoir cinquante coups.