‹ Les convicts en AustralieChapitre 82 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu’il se voyait avec un vif regret obligé de punir très-sévèrement le prisonnier. Les règlements ne lui permettant pas , dit - il , de recourir à un autre genre de peine que la flagellation , il était dans la triste nécessité de condamner le coupable à recevoir cent coups de fouet.

La décision qui soumet un convict à un châtiment corporel cause toujours un certain abattement parmi les assistants ; mais une peine aussi terrible que cent coups de fouet fait sur l’auditoire une impression presque égale à celle que cause en Europe une sentence capitale. C’est un véritable supplice qui pourrait entraîner la mort de certains individus, et le plus courageux ne s’y voit pas exposé sans frémir. Le condamné pâlit affreusement et fit un effort pour parler, mais il était trop tard. Les deux juges, visiblement émus et ne cédant qu’à la conscience d’une nécessité bien établie, étaient résolus à ne pas réformer leur arrêt. Notre magistrat, d’une voix altérée, ordonna aux constables d’emmener le prisonnier.

Dès que cet ordre eut été donné , Campbell se leva , et , s’approchant du magistrat , lui dit quelques mots à l’oreille. Thiny Field vit bien que son heure était venue, et, comme le courage n’était pas sa qualité dominante, il se déconcerta visiblement. Il n’aurait pas été en état en ce moment de crier, comme on dit, avant d’être écorché ; car la parole

lui eût évidemment manqué, tant son émotion était grande. Le résultat de la conférence de Campbell avec le magistrat ne tarda pas à être connu. Le juge fit un signe tacite d’assentiment, et, s’adressant aux constables qui emmenaient le précédent condamné, leur dit :

« Conduisez aussi cet bonune à la prison du district ; sa faute est trop grave pour êlre jugée ici. »

Thiny Field, se voyant décidément arrêté, sentit que ses jambes se dérobaient sous lui ; il avait pourtant six lieues à faire pour arriver à sa destination. C’était un poste gardé par un détachement de soldats sous les ordres d’un sergent. On partit surle-champ. Un constable bien armé ouvrait la marche; il était suivi du condamné, les mains prises dans des menottes. Un autre constable venait ensuite, précédant le consterné Thiny Field, qui montrait la physionomie lugubre d’un homme conduit au supplice. Le cortège était fermé par deux autres agents de la police. Les carabines chargées qu’ils tenaient à la main, comme des chasseurs prêts à faire feu, préoccupaient beaucoup Thiny Field qui, en général prudent, n’aimait pas à se voir ainsi menacé sur scs derrières. Le soleil, très-ardent à cette époque de l’année, tombait verticalement sur la tète de notre ivrogne ; son imagination engendrait les plus terribles fantômes. Durant cette marche pénible, Field éprouva

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