CHAPITRE VII
line journée d’angoisse mille fois plus cruelle que la punition même.
Le prisonnier a dit ensuite que jamais il ne perdrait le souvenir de ces deux jours et de la nuit passée dans l’attente de son supplice. Qu’on juge de la position du pauvre Field ! Personne ne s’occupait de lui; on le traitait exactement de la même manière que son compagnon d’infortune ; et, quand le triste cortège se remit en route, les constables l’emmenèrent tout naturellement sans qu’il osât protester. Une pensée terrible se présenta alors à son esprit. Puisqu’il partageait les vicissitudes de l’autre prisonnier, était-il donc destiné à subir le même châtiment ? Quoi ! cent coups de fouet ! cent coups ! car il avait fort bien entendu le juge prononcer cet arrêt effrayant. A cette supposition , une sueur froide baigna tous ses membres , ses yeux se voilèrent , il sentit faiblir ses jambes; pendant un moment il fut incapable de faire un seul pas. Mais un coup de crosse de fusil, appliqué à la naissance des reins, lui rendit heureusement l’élasticité nécessaire, et il oublia sa fatigue quand il entendit un des constables jurer qu’il se servirait de la baïonnette au lieu de la crosse, si le prisonnier n’avançait pas.
La course était longue. Trente heures d’inquiétudes et d’insomnie, jointes à une marche pénible sous les rayons brûlants du soleil , suffisent pour
abattre l'homme le plus vigoureux. Quand les deux prisonniers parurent sous les fenêtres de Campbell , le lendemain , au moment où nous achevions notre dîner, leur physionomie portail l’empreinte d’un complet affaissement physique et moral. Leurs gardiens avaient une expression de lassitude et de mécontentement. A les voir ainsi venir la tête basse et l’air plus penaud les uns que les autres, on aurait cru que la môme flagellation avait été distribuée à tous avec ime entière impartialité.
Nous nous levâmes de table pour les recevoir, et j’avoue que je me sentis très-soulagé en apprenant le motif de leur retour. Il me semblait impossible que le magistrat maintint la première sentence, et, en effet, après avoir adressé au prisonnier une allocution convenable et la recommandation do changer de conduite, il le renvoya simplement à son maître.
Le convict était parti en remerciant le juge; les constables avaient été envoyés à la cuisine pour prendre mie réfection dont ils devaient avoir grand besoin. Field était resté seul et debout à l’entrée de la salle, attendant qu’on décidât de son sort. Sa contenance était tellement piteuse que nous partîmes d’un éclat de rire unanime.
« Que faites -vous là, dans cette posture, mon pauvre Field ? dis-je enfin à Thiny.