‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 23 sur 66 · I.V SA.NTÉ · texte numérisé non relu

I.V SA.NTÉ

ti'.iii. Mortier, Guirnl, (lOiihior, Grolard, Audoynaud, l'ioiisscaii, liahik, IJarroiide, Dupont. »

Dans la journée du '20 mars, Deslay, malgré ses soixante-seize aiis, vint lui-même à la Santé dans l'espoii' de pouvoir emnusner avec lui le s-éiiéral Clianzy; il disait : « Je n'ai pas l'honneur de t'aii-e ])arti(! du Comité central ; mais ces jeunes gens sont déférents pour moi, ils m'écoutent et ne me désapprouveront pas. » Ce fut peine perdue. Il fut seulement permis à Charles Reslay de conmuiniquer avec le jfrénéral, et de faire élargir, par ordre de r)uval, le lieutenant Caudin de Villaine^ Tout ordre, de quelque part qu'il vint, qui n'était point accepté et approuvé par le secteur, était considéré comme non avenu : M. Sarrazin, avocat, se présente à la Santé, muni d'une autorisation délivrée par Charles Lullier, pour voir le général Chanzy ; les sentinelles postées devant la cellule s'opposent à la visite et ne veulent obéir qu'à la signature de leur chef immédiat. On se rend à l'état-major du secteur, c'est-àdire à la manufacture des Gobelins; au-dessous du permis accordé par Lullier, on lit : « J'autorise de communiquer avec le générai Chanzy , pourvu que le

* M. Cliarles Beslay, qui est un homme d'une bonté rare, n'éparg;na rien pour faire relaxer les ofliciers détenus à la Santé; il s'adressa à diverses autorités du moment, et, s'il n'obtint pas la liberté des « ota^^es », il put du moins leur porter ses encouragements. Les deux pièces suivar.tes prouvent que M. Charles Beslay multiplia ses démarches : « Paris, 21 mars 1871. — Ordre est donné au citoyen Beslay de se rendre à la prison de la Santé et de connnuuiquer avec le général Chanzy et autres prisonniers qu'il jugera à propos de visiter. En outre, ordre est donné d'élargir le citoyen Gandin de Yillaine, arrêté depuis le 18 mars. — Signe : E. Duval. » — « Ministère de l'intérieur, cabinet du ministre, 22 mars 1871. — Le citoyen Charles Beslay est délégué afin de veiller à ce que les généraux prisonniers soient mis, tant sons le rapport de la surveillance que du traitement, eu état de satisfaire à la fois la prudence nécessaire et la générosité populaire. — Signé : Ed. Vaillant, r

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sergent-major Bastard assiste à l'entretien. Le commandant par intérim dn XIII^ arrondissement : Cayol. » Cette fois, l'autorisation fut déclarée valable et la visite autorisée par le chef de poste, qui, en réalité, exerçait toute autorité dans la prison. — « Entretien fait en ma présence, sous-officier de service du 176« bataillon, Ti" compagnie. Signé : Langey ».

Les bataillons de l'arrondissement se relevaient tout*>s les vingt-quatre heures et étaient accompagnés de délégués spéciaux envoyés par le secteur. L'harmonie ne régnait pas toujours entre les officiers et les délégués; mais les discussions ne duraient pas longtemps, car les officiers et même les soldats finissaient par dire au délégué : « Eh bien! après? si tu n'es pas content, toi, on va te fusiller ! » Entre ces gens de mauvais aloi la défiance était permanente, ils se soupçonnaient, se surveillaient les uns les autres , et voyaient des traîtres partout. Les machinations les plus extravagantes leur semblaient toutes simples, et à force de vivre dans des idées fausses, ils faussaient instinctivement les choses les plus naturelles; semblables en cela aux enfants, que rien n'étonne parce qu'ils ne savent rien.

Leur manie de soupçons fut, dans une circonstance spéciale, un sujet d'étonnement pour le personnel de la Santé. Lu détenu était décédé à l'infirmerie; le service funèbre devait se faire à trois heures; les parents du défunt avaient été convoqués et étaient déjà réunis prés de la chapelle, lorsque des fédérés du 101« bataillon, qui le matin avaient pris la garde du poste, se présentèrent chez le directeur et lui déclarèrent qu'ils voulaient voir le cadavre. Tout ce que M. Lefébure put obtenir fut que l'on attendit la fin de la cérémonie religieuse. Lorsque celle-ci fut terminée, on décloua le cercueil, on leva la serpillière, on découvrit le visage, que les fédérés purent contempler à leur nise}

ils ne semblaient pas convaincus, se regardaient entre eux et liociiaient la tête; un d'eux toucha le mort et dit : « 11 est froid. » Cette expérience ne parut pas suffisante, car un peloton suivit le corbillard jusqu'au cimetière d'ivry, jusqu'au Champ de navets. Lors(jue six pieds de terre curenl été versés sur la bière, ils furent rassurés et se dirent : « Décidément ce n'était pas Chanzy. »

* Le même soir, le directeur avait été mis au secret dans son cabinet; les fédérés s'y étaient établis, décachetaient les lettres, recevaient les visites, donnaient des ordres et devenaient une sorte de direction multiple qui ne facilitait pas le service. Dans la soirée, le général Cremcr revint avec deux autres personnes (MM. Eugène Delessert et Arronsolm) portant une autorisation du Comité central pour voir M. Chanzy. Les fédérés renouvelèrent leurs difficultés; ils parlaient de trahison, d'évasion, et résolurent, connue toujours, d'aller consulter les officiers du secteur. Le commandant Cayol vint lui-même examiner la permission, la retourna dans tous les sens; elle était précise. A onze heures du soir, il prend son parti et emmène les visiteurs à la Préfecture de police, afin de consulter Duval. Personne ne revint, car les délégués n'obéissaient pas plus au Comité central que les officiers n'obéissaient aux délégués. Cette comédie se renouvela pour le général Chanzy jusqu'au jour de son élargissement. Celui de M. Lefébure était venu; le !25 mars, au matin, il fut destitué et remplacé par Augustin-Nicolas CauUet, auquel sa parenté avec Duval méritait cette aubaine. La nomination était signée de Raoul Rigault. M. Lefébure présenta le personnel à son successeur, lui disant : « Ce sont des hommes honnêtes, dévoués, connaissant très bien le service et sur lesquels on peut compter; je vous les recommande. » Heureusement pour les détenus de la Santé, Caullet

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tint compte de la recommandation ; tout le personnel resta dans la prison et, grâce à cela, nul otage n'y fut sacrifié ^

CauUet avait été ouvrier mécanicien, homme de peine et portier dans la maison Cail ; c'est sans doute cette dernière qualité qui avait fait imaginer qu'il possédait les aptitudes d'un directeur de prison. C'était un homme sans perversité, se laissant volontiers dominer, ne comprenant rien à la paperasserie administrative, et qui, bien dirigé, adoucit, autant qu'il fut en son pouvoir, le sort des otages qu'il eut à garder. 11 éprouvait une sorte de timidité en face de ses greffiers; il leur sentait une instruction qu'il n'avait pas; malgré lui il les respectait, les écoutait, et finissait presque toujours par suivre les conseils qu'il en recevait. Son caractère faible, l'intelligence des greffiers, le dévouement des surveillants ont singulièrement contribué à éviter les désastres de la dernière heure.

Cependant les amis du général Chanzy renouvelaient leurs démarches, car ils savaient que les élections pour la Commune étaient prochaines, et redoutaient de se trouver en présence d'un nouveau gouvernement qui s'annonçait comme devant être ultrarèvolutionnaire et terroriste. Le général Chanzy reçut plusieurs fois la visite du vieux Beslay, qui lui recommandait d'avoir bon courage; il n'en était pas besoin, le général Chanzy

* Je lis dans un rapport écrit vers la fin de mai 1871, par M. Lefébiire :« Mon personnel qui, en partie, était disposé à me suivre lorsque jai quitté la Santé, mais qui est resté parce que j'ai exprimé l'avis que son maintien pouvait être utile, s'est admirablement conduit pendant tout le temps qu'a duré le règne de la Commune. » Parmi les employés qui se sont le plus distingués, M. Lefébure cite, après les trois greffiers, le brigadier Adam, le sous-brigadier Luzeau, les surveillants Laherrère, Finck, Croccichia, Santoni, Danielli, Baudon et Caretta. Il n'est que juste que le nom de ces bi'aves gen;; soit prononcé devant le public.

n'eu iiiaiHjiia pas; il lui. impassible el d'une énergie que rieu ii'énioussa; suit (ju'il lïit dans sa cellule, soit qu'il se promenai dans l'éti'oit préau gardé par deux fédérés mai'cliani, à ses côLés, la haïonnelUi au houl du fusil, il se inonli'a tel qu'on l'avait vu dans la canqjagne de France, un lionnne d'une trempe Une et serrée, inaccessible à tout sentiment de faiblesse et supérieur aux événements. 11 savait, du reste, qu'on ne l'oubliait pas et que le gouvernement légal s'efforçait d'obtenir sa mise en liberté; il en avait reçu l'assurance dans des conditions singulières. Désirant être rasé, il avait demandé un barbier; on lui avait amené un vieux bonbomme nommé Lecœur, perruquier de son état, demeurant rue Ferrus, n" 5, et faisant métier de harberol à l'iiospice Sainte-Anne et à la prison de la Santé. C'était un ancien marin qui pendant longtemps avait été attacbé à l'amiral de Mackau. Introduit dans la cellule du général Cbanzy, sous la surveillance directe des fédérés, il pesta contre le jour qui était insuflisant, plaça, déplaça le général, finit par lui faire tourner le dos à ses gardiens et brusquement lui fourra le pouce dans la bouche, à la mode provençale, pour soulever la joue. Le général allait regim])er, lorsqu'il sentit que Lecœur déposait une petite boulette de papier derrière ses dents inférieures. Lorsqu'il fut seul, il prit le papier, le déplia et lut : « Bon courage! ça ne durera pas longltMups; on s'occupe de vous. — Saisset. » Le général trouva le procédé ingénieux, mais l'espoir ({u'on lui donnait le laissa insensible, car il attendait stoïquement l'heure de sa délivrance; elle sonna enfin le 25 mars.

Le général Cremer obtint du Comité central un ordre ainsi conçu : « Le citoyen Duval mettra immédiatement le général Chanzy en liberté. — Signé : A. Billioray, Habik, a. Bouit, a. Ducami", La Valette. )) — Babik conduisit lui-même le général Cremer chez Duval, car on

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craignait que le délégué militaire à la Préfecture de police ne fit encore quelque difficulté ou que Raoul Rigault n'intervînt. Duval s'exécuta de bonne grâce et écrivit : « Ordre de mettre en lil)erté immédiate le citoyen Chanzy. » Sur la simple observation du général Cremer, il ajouta : « et Langourian. » Babik, qui était un mystique atteint de tbéomanie, pleurait de joie à l'idée de rendre le général Chanzy à la liberté. « Vous l'aimez donc beaucoup? lui demanda le général Cremer. — Je ne lai jamais vu, » répondit Babik en sanglotant. — Celui-là non plus n'était point méchant, c'était un simple. Si Allix, l'inventeur des escargots sympathiques, et Rabik avaient dirigé le gouvernement de la Commune, ils n'auraient choisi pour otages ni les généraux ni les archevêques; mais, afin d'assurer leur propre liberté, ils auraient dû faire arrêter tous les médecins aliénistes.

Ce fut le soir, fort tard, vers minuit, que Babik et le général Cremer se présentèrent à la Santé ; le directeur et le greffier Laloë firent rapidement les formalités pour lever l'écrou, sans prévenir les fédérés, qui dormaient dans leur poste. Des vêtements bourgeois avaient été envoyés aux généraux prisonniers ; ils sortirent déguisés, pour ainsi dire, afin d'éviter toute nouvelle collision avec les gardes nationaux, et ils purent emmener avec eux le capitaine Ducauzé de Nazelles^ Le mandat de libération fut contresigné par le délégué du secteur, Quinard, qui n'osa point résister à un ordre de son propre général, du général Emile Duval. M. Chanzy n'en était point quitte encore; il devait, avant d'être mis définitivement en liberté, comparaître avec les généraux Cremer et de Langourian devant le Comité central.

' « 'io mars 1871. — Ordre de mettre eu liberté et de partir immédiatement au citoyeu Ducauzé de Nazelles. — Signé : le général E. Duval. b

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