‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 24 sur 66 · LA S.L\TE · texte numérisé non relu

LA S.L\TE

11 était plus (le iniuuit; au milieu de la riiiiK'c du tidjac, sons la clarté des lanipos, les lioiiiiucs du (loiiiité ne ressoiiddaiciit i^uére à un tribunal ju,n(\-uit nos plus illustres i^énéraux. Epuisés par un travail qui les accablait d'aulant jilus qu'ils n'eu avaient nièine pas une notion confuse, soutenant leur énergie défaillante par des verres de vin ou d'eau-de-vie, sommeillants ou surexcités, ils ressend)laient à des spectres; écrasés de lassitude, ils avaient retiré leur cravate et plus d'un avait quitté ses chaussures. L'impression fut pioinnde, car elle subsiste encore chez ceux qui eurent à subir ce jugement dérisoire.

Devant la Connnission d'enquête parlementaire siu' l'insurrection du 18 mars, le général Crerner a fait du Comité central une peinture qui doit être reproduite : « C'était un spectacle navrant de voir ces salles de l'Hôtel de Ville pleines de gardes nationaux. Quand on montait par le grand escalier, il y avait dans la grande salle tout ce que l'orgie peut avoir de plus ignoble, des hommes et des femmes ivres; on traversait deux ou trois autres salles plus calmes, et l'on arrivait à une autre qui donne à l'angle de l'Hôtel de Ville et du quai. C'est là que le Comité central tenait ses séances. Ils se prenaient aux cheveux au bout des cinq premières minutes de délibération; il n'y a pas de cabaret qui puisse donner idée des délibérations du Comité centi'al; tout ce qu'on a imaginé d'excentrique dans ces derniers temps pour les petits théâtres n'est rien à côté de ce que j'ai vu... Ils n'étaient jamais plus de six ou sept en délibération. Les uns sortaient, les autres entraient; il y en avait qui étaient ivres : ceux-là étaient les plus assidus, parce qu'ils ne pouvaient pas s'en aller. H y en a un de moyenne taille, trapu, ayant les cheveux longs grisonnants, la l)arbe mal tenue, qui avait toujours son chassepot sur l'épaule gauche; quand il parlait, à clia-

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que phrase il prenait sou cliassepot, vous tenait en joue, et, quand la phrase était Unie, il remettait son chassepot sur Tépaule. »

On pourrait croire que le général Grenier, habitué à la régularité militaire, a un peu chargé le tableau; on se tromperait, il n'a dit que la vérité. Nous en trouvons la preuve dans un mémoire inédit, écrit par un de ceux qui signèrent l'ordre d'élargissement du général Chanzy. Voici en quels termes, presque identi(jues à ceux du général Ci'emer, il rend compte de la première séance du Comité central : « Après vérification des pouvoirs dont nous étions munis, nous fûmes introduits. Non, jamais je n'oublierai le spectacle qui s'offrit à ma vue, lorsque j'eus franchi le seuil de la salle qui venait de s'ouvrir devant nous. Qu'on se figure, assis autour d'une longue table, des hommes à la tenue débraillée, aux manières communes, sales, hâves, ébouriffés, parlant tous en même temps avec des gestes furibonds et paraissant toujours prêts à se jeter les uns sur les autres. Et quel langage! quelles expressions! quel cynisme! C'était à croire que tous les personnages de Callot étaient descendus de leurs cadres et faisaient ripaille ce jour-là à l'Hôtel de Ville. »

Cremer rusa devant le Comité et fut habile, car on le soupçonnait déjà de s'être abouché avec Versailles, et il était question de le passer par les armes. Il put cependant se dégager et emmener avec lui les deux généraux qui durent emporter une singulière idée du gouvernement qu'une série de faiblesses et de violences venait d'infliger à Paris. Le général Chanzy se rendit chez son frère, boulevard Magenta; il y était à peine installé que, vers deux heures du matin, on lui apporta une lettre de l'honnête Babik. Celui-ci le prévenait, en toute hâte, que le Comité du Xlll" arrondissement, représenté par les officiers du neuvième secteur, furieux de ce qu'ils

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appelaient sou évasion, venait (renvoyer |)iusi('iirs émissaires à sa.i'cchei'clie avec ordi'e de Tariéter. Le général Chanzy ne se sentit plus on sécurité à Paris et se savait utile ailleurs; il alla réveiller le général Langourian. qui s'était réfugié boulevard Maleslierbes. IjCs deux généraux partirent à pied, sans plus tarder, et arrivèi'ent à Versailles le matin même du jour où Paris insurgé allait procéder aux élections des membres de la Commune *.

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