II. — LES DETENUS
M. Cl.iuile, chef (lu service de In sùieti'. — Son ruie-l.itiini. — Il r.^pousse les jiropusilidns de Duval. — 11 esL ccioué à la Sanh'. — Ce qu'était M. Claude. — Les surveillanls de la prison. — Les ^refliers MM. Laloë, Peretli et Tixier. — Les délégués du neuviènje fe-leur. —Deux hommes dans Caullet. — Sa déconvenue. — P.oiité de Caullet. — Comt)lot pour faire évader M. Claude. — Une visile nocturne. — Le colonel Chaidon. — Les gendarmes de la caserne des Minimes. — Les fédérés s'emparent de la prison. —On parvient à les expulser. — Un arrêté du blanchisseur Grélier.
Un personnage moins illustre que le général Chanzy, mais qui jouissait à Paris d'une grande notoriété, M. Claude, chef du service de la sûreté à la Préfecture de police, fut amené le '20 mars à la prison de la Santé. Ce jour-là, vers dix heures du matin, il traversait la cour du Palais de Justice; il fut reconnu par un garçon de salle, qui le désigna à des fédérés. Arrêté, conduit chez le général Duval, M. Claude fut in-
' M. rainiral Suisset a dit que, dans l'acte de délivrance du général Clianzy, l'intervention de M'Sl. Cremeret Arronsohn n'avait point été désintéressée. C'est là un incident dont nous avons cru devoir ne pas parler, car aucun des documents que nous avons eus sous les yeu.v ne se rapporte aux faits relatés dans la déposition de l'amiral • Saisset. {Enquête parleinenlaire mr L'insurrection du 18 mars, t. II, p. 514 et suiv.)
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troduit dans lo cabinet dit du préfet, qu'il connaissait bien. Le général, très galonné, y trônait au milieu de plusieurs individus armés; il accueillit M. Claude avec cordialité et lui dit : « Pourquoi ne resteriez-vous pas avec nous et ne sorviriez-vous pas le gouvernement que Paris vient d'acclamer? » M. Claude fit un geste de refus. Duval lui prit familièrement le bras et l'entraina dans une chambre voisine où ils étaient seuls. Duval renouvela ses offres. « Nous avons besoin de vous plus que de tout autre; nous ne nous faisons pas d'illusions, nous savons que les hommes pratiques et les administrateurs nous manquent. Vous pouvez nous être utile, joignez-vous à nous, et vous n'aurez pas à vous en repentir. » M. Claude répondit : « Ce que vous me demandez est impossible; si j'hésitais à repousser votre proposition, vous me mépriseriez et je ne m'estimerais guère; vous ne pourriez avoir confiance en moi, si je consentais à servir un gouvernement que j'aurais voulu combattre. )> Duval dit: « C'est bien! Où désirez-vous que l'on vous conduise? — Mais, cli^^z moi, répliqua M. Claude. — Cela ne se peut; vous êtes prisonnier ; si vous n'avez pas de goût pour une prison plutôt que pour une autre, on va vous diriger sur la Santé. — Soit, répondit M. Claude; mais les rues de Paris me paraissent dangereuses pour moi, et je vous prie de me faire mettre une voiture à ma disposition. » Cinq minutes après, M. Claude et un de ses garçons de bureau nommé Morin, arrêté « par-dessus le marché )), montaient dans un fiacre, place Dauphine, escortés de quelques fédérés. A ce moment, un des officiers de Duval accourut, fit descendre M. Claude, et à voix basse le sollicita de ne pas rejeter les offres qui lui étaient faites. Le refus de l'honnête homme fut catégorique; l'officier lui dit alors : « Ne vous en prenez donc qu'à vous-même de ce qui pourra vous arriver! )>
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Celle nionace dalc du tiU murs; elle semble pruuver que dès cette époque on se proposait d'être, au besoin, (( carrément révohitioiniaire ».
Kn arrivant à la prison de la Santé, on fut obli^^^é de lalentir le Irain dt; la \oiture pour passer au milieu d'un groupe d'une ciMilaine d'individus qui surveillaient la porte d'entrée afin dempéclier l'évasion du général Clianzy. Lors(pie ces gardes volontaires eurent appris que le prisonnier n'était autre que le chef de la su retè, ils s'élancèrent vers le fiacre en criant : « A mort le roussin ! » Heureusement la grille, rapidement ouverte, permit à la voiture de pénétrer dans la cour. M. Claude fut écroué et placé dans une des cellules du rez-de-chaussée. C'était alors un homme de soixantesept ans, petit, trapu, solide, très actif; ses cheveux blancs, son visage rasé, lui donnaient l'apparence d'un vieux notaire; ses petits yeux bleus très mobiles avaient une singulière perspicacité, et bien souvent, derrière les masques les mieux applicjués, avaient reconnu les criminels. Chargé, en qualité de chef du service de la sûreté, de la surveillance, de la recherche et de l'arrestation des malfaiteurs, M. Claude avait souvent déployé une habileté qui l'avait rendu légendaire parmi le mauvais peuple de Paris. On savait que le patron, comme l'appelaient familièrement les inspecteurs de son service, payait volontiers de sa personne, et que seul, ainsi qu'on l'avait vu dans l'affaire Firon, il s'en allait mettre la main sur les assassins les plus redoutables. Dans plusieurs occasions, il avait fait preuve d'un esprit d'induction très remarquable et avait reconstitué toutes les circonstances d'un crime, malgré les fausses pistes où l'on cherchait à l'entraîner: un de ses tours de force en ce genre fut la découverte du cadavre du père Kink, découverte qui permit de donner une base indestructible à l'accusation portée contre