U RETRAITE SUR VERSAILLES
les insurgés que la Commune avait improvisés généraux et pour lesquels le nombre de galons tenait lieu de capacités. Il fut entouré de barricades, armé» garni de troupes; il fut le centre d*un combat violent, était destiné à Tincendie, et fut sauvé. Nous allons essayer de raconter ce qui s*y passa pendant la Commune et dans quelles circonstances il put être préservé de la destruction dont il était menacé et dont tous les éléments étaient déjà réunis.
Pendant le siège, les équipages de la flotte, rapidement amenés à Paris, avaient été héroïques. Les marins, enfermés dans les forts comme dans des vaisseaux de guerre, dormant dans le hamac, faisant le quart de quatre heures, sous le commandement de leurs officiers et de leurs amiraux, avaient été judicieusement soustraits à tout contact avec la population parisienne ; ils s'étaient contentés d'être partout où il y avait un danger à courir, une action d*éclat à faire, un sei*vice à rendre au pays. Quelques canonnières avaient souvent descendu la Seine sous le feu de l'ennemi et avaient concouru dans une mesure appréciable à la défense de la place. Lorsque les hommes qui avaient assumé sur eux le droit de représenter Paris, eurent signé la capitulation déguisée sous le nom d'armistice, les troupes françaises, en dehors de toute garde nationale, se composaient de 4590 officiers de ligne, 366 officiers de marine, 2548 officiers de garde mobile; de 126 657 soldats de ligne, de 11 665 marins, 102 843 gardes mobiles ; à ces chiffres, qui forment un total de 250 609 hommes, il convient d'ajouter 8000 malades et 32 000 blessés; c'était donc, sans illusion, une armée de 290000 combattants qui, en présence de la famine et d'uno mortalité excessive, devenait inutile pour le snlut
de la France *. Il fallut obéir aux stipulations de Tarmistice ; les équipages des canonnières furent débarqués et les marins évacuèrent les forts remis aux mains de TAllemagne.
Que Ton se rappelle cette époque ; à quarante lieues à la ronde, le pays avait été ravagé; les chemins de fer avaient à peine repris leur service, la plupart des trains étaient réquisitionnés pour les besoins de larmée victorieuse ; partout des détachements de troupes allemandes tenaient garnison; les routes qui conduisent vers Toulon, vers Brest, vers Cherbourg, vers Lorient et Rochefort n'étaient point libres ; nos administrations restaient impuissantes au milieu du désarroi général ; les efforts se concentraient sur un seul point, ravitailler la grand ville qui mourait de faim. Il n'est pas surprenant que, pendant ces premiers jours où l'angoisse peignait tous les cœurs, l'on n'ait pas réussi, l'on n'ait peut-être pas cherché à diriger les marins sur leur lieu d'embarquement. Us restèrent donc à Paris, sans occupation, promenant leur oisiveté à travers les rues et montrant aux badauds leur uniforme que la bravoure déployée par eux avait rendu célèbre. On les entoura, oji les choya; ils se laissèrent faire avec leur bonhomie à la fois crédule et narquoise. Us devinrent les héros du Parisien et ils s'en allaient bras dessus, bras dessous, avec les soldats sans armes, les mobiles aliuris, les gardes nationaux ivres, les vivandières débraillées, se mêlant aux manifestations qu'ils ne comprenaient pas et trinquant à la République universelle sur le comptoir des vendeurs d'absinthe.
L'insurrection qui se préparait derrière ce tumulte, qui transportait des canons sur les points stratégiques
*■ Voir V Armistice et la Commune, par le général Vinoy, 1872, p. 107, et Appendice, p. 383.