U JOURNÉE DU 12 MAI. S
mieux à faire I n Le Moussu parla du dépôt d*arraes qui avait été dénoncé. M. Harsaud s^interposa : « Vous pouvez, monsieur, vérifier par vous-même que la Banque ne recèle pas une seule arme ; je vous convie k visiter toute la maison avec moi. » Le Moussu comprit que sa mission avortait; parcourir la Banque seul sans pouvoir y introduire les fédérés qu*on y aurait laissés lui paraissait une mince satisfaction; il refusa, disant qu*il s*en rapportait à la parole du citoyen secrétaire général. « Dépéchons, reprit Beslay, que ces lenteurs et sa propre souffrance rendaient nerveux; allez faire votre rapport au Comité de salut public, et remmenez vos hommes; non, je veux les renvoyer moi-même. » La colère Tavait gagné; il était blême, m*a dit un des témoins, ses lèvres tremblaient, il écumait de fureur.
U fit ouvrir la grande porte, et escorté de Le Moussu, suivi des chefs de service de la Banque, il s*arréta sur le seuil : n Au nom do la Commune, faites venir le commandant. » Le commandant, vêtu d^écarlate, arriva en caracolant. 11 était ivre, oscillait sur son cheval et tomba. Beslay cria : « Les voilà, vos officiers, tous soûls comme celui-là I » Le commandant s*était remis en selle; Beslay marcha vers lui; de la main giiuche il prit sa montre, de la main droite il brandit sa longue écharpe rouge à crépines d*or qull ne portait jamais, puis, de façon à être entendu par tout le monde : « Écoutez bien, dit-il : si dans cinq minutes vous n'avez pas fait retirer vos troupes, je vous brûle la cervelle, » et, joignant le geste à la parole, il dirigea violemment son écharpe vers le visage du commandant. Moins de deux minutes après, les Vengeurs de Flourens, les francs-tireurs, le 208® bataillon partaient au pas accéléré. Charles Beslay, tenant toujours en mains sa montre et son écharpe, marchait à côté du commandant, qu'il vitupérait, et le conduisit ainsi jusqu'à l'entrée de la rue Coquillière.
Lorsque le dernier soldat eut défilé, il revint à la Banque. 11 était encore ému et disait : « Leur conduite est odieuse ; je vais envoyer ma démission. » M. Marsaud fit immédiatement rouvrir les portes, et la Banque reprit son service.
Cette algarade, qui avait mis tout le quartier en rumeur, avait pris fin à midi et demi. Le même jour, vers trois heures, François Jourde vint, d'im air assez embarrassé, demander que le poste qui forme Tangle de la rue de la Vrilliére et de la rue Badzivill, et qui jusqu*alors avait été occupé par un détachement du bataillon de la Banque, fût placé dorénavant sous les ordres de Tétat-major de la place, comme tous les autres postes de Paris; il veillerait lui-même à ce qu'on ne le fît garder que par des fédérés de choix, pris parmi les meilleurs bataillons. Jourde faisait comprendre que c'était en quelque sorte une satisfaction que Ton devait à l'opinion publique, qui s'inquiétait et s'obstinait à voir dans la Banque une forteresse réactionnaire que l'on disait bien armée et systématiquement hostile à la Commune.
Sans être las de la lutte, sans cesser d'être résolu à se défendre pied à pied, on eût peut-être cédé aux exigences formulées par Jourde, car la conservation d'un poste extérieur ne semblait pas très importante, si Charles Beslay ne s'y était opposé. 11 reprit son argumentation favorite : Tout ce qui touche, tout ce qui effleure le crédit public est de nature à altérer la confiance et doit être évité; la Banque se conforme strictement au décret du 2 septembre 1792 : qu'exige-t-on de plus? Le poste que l'on veut confier à des fédérés est partie intégrante de l'hôtel de la Vrilliére; comme tel, il relève de la Banque, qui l'occupe et fait bien. — Jourde voulut insister; Charles Beslay répondit : « Je ne veux pas. » Cette fois encore un péril fut éloigné.
Charles Beslay n'avait point obéi à un simple mouve-