‹ Les convulsions de ParisChapitre 17 sur 63 · LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

eassenl adopté le divorce pour le plus grand bonheur des fédérés; ils se seraient rappelé ce mot touchant d'un fils qui, roulant sous la table, y rencontre son père, l'embrasse et lui dit : a Ahl papa, sans ma chienne de mère nous vivrions comme deux frères ! n

Nous ne savons pas comment on se serait marié sous la Commune devenue le gouvernement légal du pays, mais nous savons du moins comment on rompait le mariage et par suite de quelles formalités deux époui se séparaient. Au milieu d'une liasse de paperasses enlevées à une mairie, j'ai trouvé deux déclarations à l'aide desquelles il est facile de reconstituer une séparation de corps et de biens pendant la Commune. Il y a incompatibilité d'humeur, cela est certain; le mari a corrigé sa femme qui, semblable à Panurgc, n'aime point les coups, lesquels elle craint naturellement. La femme s'en irait bien de son côté, mais elle n'a pas d'argent, et l'heure n'est point propice pour en gagner. La vie est devenue insupportable, non seulement sous le même toit, mais dans la même chambre; il faut se séparer ; la justice codte cher; où sont les juges, du reste? On ne sait; on dit qu'ils sont à Versailles. N'est-il pas plus simple de s'adresser au délégué de l'arrondissement? il a une écharpe, et puisqu'il marie, il peut bien démarier.

Le délégué est un brave homme, il est absolu-

ment fou, il a habité Charenlon, malgré lui et plus longtemps qu'il n'aurait voulu. Il se carre dans son fauteuil de maroquin ; il écoute les plaignants et reconnaît qu'ils ont entre eux moins de sympathie que les escargots ; cela le surprend et l'aflQige, mais il se rappelle qu'il est magistrat communal, il se dit que saint Louis, — un réactionnaire, — en faisait bien d'autres sous son ch^nc à Yincennes et, au nom de la loi, il déclare les époux à jamais séparés. Puis, afin de consacrer cette désunion par un acte en partie double, il fait signer à chacun des deux disjoints une reconnaissance ainsi conçue : <x Sur la demande de ma femme, je l'autorise de disposer de la chambre et du mobilier qui nous était commun et l'autorise à disposer d'elle-même à sa libre volonté. Je me réserve de mon côté qu'elle ne pourra agir d'aucune demande, ni poursuite touchant à ma liberté. Nous rentrons d'un commun accord dans notre pleine et entière volonté, comme si n'ayant jamais été marié. Salut. » A cette levée de Técrou conjugal, la femme riposte : « Je reconnais avoir reçu l'autorisation du mobilier qu'était commun entre mon mari et moi ; l'autorisation de disposer du dit mobilier ; à la charge de mon côté de ne jamais avoir recours à aucun droit envers lui. Je lui laisse sa plaine et entière liberté. Salut. » Ces deux actes ont été libellés par un expéditionnaire, — irrégulier, — de la

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mairie. 11 y a de la dignité ; on supprime le mot fraternité dans le protocole ofQciel ; salut, il faut le reconnaître, est un peu sec, même pour des époux qui se disent un éternel adieu ; si Vermorel avait été là, il aurait pu leur indiquer sa formule habituelle, — et un peu niaise pour un homme d'esprit : — cordialités républicaines.

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