III. — L ARMÉS rÉDiRÉB
Félix Pyat jugé par Rossel. — Les défenses danx Paris. — Incapacilé et bsTardage. — Dernière proclamation. — Les enfants malfaisants. — Cris de désespoir. — Les capitulards ne capitulent pas. — Les officiers entre eux.
— Les caTaliers de la République. — Négligence eteau-de-vie. — Le lOi* bataillon. — Ce que les communards en disent. — Ce qu'il en faut penser.
— Les prétextes. — Les fédérés s'esquivent pour ne point aller au feu. — Rossel et le peloton d'exécution. — Le fort de Vanvès. — Les raiforts militaires. — Chacun veut défendre son arrondissement. — Lettre de Delesduxe. ^ Récit d'un témoin oculaire. — De l'Hfttel-Dieu à la place Haubert. — Responsables de leurs actes.
Ce n'était pas difficile, en effet, et l'on pourrait appliquer à presque tous les chefs de la Commune le
* Procès Girardot ; débals contradictoires, 9* conseil de gnerroy 24 avril 1872.
mot dont Rossel a flétri Félix Pyat : « Ce misérable se préoccupait plus de se venger de la défaite que d'arracher le succès aux ennemis de la Révolution, i» Ils ont combattu dans Paris, non pas pour s'assurer la victoire, mais, comme Ton dit, pour faire payer cher leur défaite. Ils savaient tous, à n'en pas douter, qu'ils seraient vaincus aussitôt que les soldats français auraient dépassé les fortifications. Gela peut sembler étrange, mais cela est ainsi. Cependant ils paraissaient invincibles dans Paris même, dans Paris où ils avaient élevé quatorze forteresses redoutables, dans Paris plein de leurs troupes, armé de plus de mille pièces d'artillerie, regorgeant de munitions et où chaque grand monument pouvait devenir une citadelle imprenable. lia suffi au drapeau tricolore de se montrer pour que la grande pyramide qui portait le drapeau rouge oscillât sur sa base et se désagrégeât. Si l'on avait pu profiter du premier effarement de la Commune, elle s'évanouissait comme un fantôme. Dans la nuit du 21 au 22 mai, elle se crut morte ; elle écouta et, n'entendant personne venir, elle reprit courage, sonna le rappel, rassembla ses hommes et prépara ses funérailles. Du moment que la surprise n'avait point permis d'aller jusqu'à elle et de l'étrangler dans sa bauge, elle devait vaincre et pourtant fut vaincue.
Quelques-uns de ses apologistes ont accusé l'incapacité des chefs militaires , d'autres ont accusé l'incapa-
cité des chefs civils, qui délibéraient toujours au lieu d'agir. Les deux reproches sont fondés et nous ne les discuterons pas, car il est certain que ni dans ses armées, ni dans ses conseils, la Commune ne posséda ce que Ton appelle un homme de tête. A.vait-elle même un homme d'action? J'en doute, car la cruauté n'est point de l'énergie, et il me semble qu'elle n'était composée que d'un tas de bavards qui s'écoutaient trop parler pour pouvoir écouter les autres. Quand bien même ses armées eussent été commandées par un général intelligent et sérieux, aurait-elle pu tirer meilleur parti du troupeau qu'elle appelait ses troupes? L'indiscipline y régnait à l'état épidémique et l'alcoolisme l'avait ravagé. Jamais plus nombreuse agglomération d'ivrognes ne fut vue sur terre ; les bataillons titubaient en marchant et s'arrêtaient parfois pour ramasser leurs chefs. Dans les dernières heures, reculant toujours devant nos soldais, ne sachant pas pourquoi ils n'étaient pas victorieux puisqu'on leur avait promis la victoire, irrités, soupçonneux, s'accusant les uns les autres, se traitant de Versaillais et voyant partout la trahison autour d'eux, ils se fusillaient et croyaient faire acte de vertu en criant : Mort aux traîtres ! Ils n'en allaient pas moins en débandade, furieux, cherchant deci delà les membres de la Commune qui les avaient trompés et voulant « les coller au mur ». La Comniune cepen-
dant ne leur ménageait ni l'eau*de-Yie, ni les encouragements. Jusqu'à la minute suprême, elle ment, elle verse des colomnies en pâture a ux malheureux qu-elle a abrutis. Voici la dernière affiche qu'elle fit placarder, le vendredi 26 mai au matin, dans les quelques quartiers de Paris qui lui restaient encore : a Les gardes nationaux de service à la place de la fiastille ont battu trois bataillons Versaillais et leur ont enlevés quatre drapeaux tricolores à franges d'or surmonté de l'aigle bonapartiste. Courage, citoyens, tenez ferme et nous vaincrons. > Nous vaincrons ! L'avant-veille on avait vaincu l'archevêque ; le jour même on allait vaincre quelques vieux prêtres à la rue Haxo.
La cause était trop mauvaise, elle était fatalement perdue. Elle n'était qu'une apparence et n'avait aucune réalité. Boire de l'absinthe, manger du cervelas, piller des maisons particulières, dévaliser les caisses publiques, fermer les églises, supprimer le service des mœurs, incarcérer les honnêtes gens et être gouverné par des idiots enragés, ne constitue pas un principe sur lequel on puisse appuyer une révolution. Us se rendaient compte de cela bien vaguement, il est vrai, mais assez cependant pour avoir eu une sorte d'indécision qui jamais ne leur a permis d'échapper à leur logomachie habituelle et de prendre une résolution. Ils tenaient matériellement Paris, cela
n'est pas douteux, ils le savaient, ils en étaient trâs fiers; mais en môme temps ils sentaient que la conscience de Paris se soulevait naturellement contre eux et ils n'étaient point rassurés. C'est là surtout ce qui fait leur faiblesse et donne à tous leurs actes une incohérence extraordinaire. A y regarder de très près, on s'aperçoit que la Commune a été le règne de quelques enfants malfaisants qui n'eurent ni volonté, ni consistance, ni programme, et qui remplacèrent tout cela par des actes de violence. Comme législateurs, ils sont au-dessous du grotesque ; comme militaires, ils sont fort médiocres et deviennent d'une nullité complète dès qu'ils ne sont pas abrités derrière un épaulement ou derrière une barricade.
Les fédérés, — ces fameux apôtres armés de ia revendication sociale, — me paraissent avoir donné bien souvent du fil à retordre à leurs chefs, car ils n'obéissaient que lorsque la fantaisie leur en prenait. Toutes les lettres des commandants de forts, des ofQciers supérieurs que l'on possède, ressemblent à des cris de désespoir. Cela donne une singulière idée de ce prétendu dévouement à la a cause sacrée » dont on a fait, dont on fait encore tant de bruit dans les journaux communards. On a trop parlé d'héroïsme, je crois qu'il en faut rabattre. Des batailles du siège, ils avaient conservé un souvenir qui les a trompés ; aloi*s plus d'un bataillon était sorti de Paris, avait refusé
de courir aux Allemands et avait été récompensé ^ Il n'en était plus ainsi ; aux heures de lutte on ne pouvait plus compter sur la ligne, car cette fois c'était la ligne qu'il fallait combattre. On se trouvait en présence des capitulards^ et l'on s'apercevait avec angoisse qu'ils ne capitulaient pas. Aussi que de plaintes, que de récriminations! Les of&ciers se dénoncent entre eux, les soldats accusent leurs officiers, les ofQciers se plaignent de leurs soldats; ce n'est plus de l'indiscipline, c'est de la dissolution.
Les chefs eux-mêmes ont entre eux des façons d'agir inqualifiables; ils s'injurient, se gourment et se battent comme des crocbeteurs. Un sieur B. . . , sousintendant qui a commandé le 178* bataillon, est convoqué à la place, pour rendre compte de sa gestion à son successeur, en présence d'Hippolyte Parent; le sieur B... parait ne pas fournir des explications satisfaisantes, ce qui lui procure quelques désagréments : a Le commandant R... m'a frappé et jeté par terre en présence du citoyen Parent (Hippolyte) ; ce dernier n'y
< Us (un régiment de garde nationale, affaire de Buzenval) sont restés dans le parc de Bois-Préau à faire la soupe, ils Tonk môme fai te deux fois. Le colonel do Hiribiel les envoya chercher par son aide de camp ; ils ont trouvé je ne sais quel prétexte et ne sont point venus. Le soir ils sont rentrés à Paris, et ce régiment, dont je viens de citer les exploits, a reçu k son retour huit croix, huit médailles et six citations. (Déposition du général Ducrot devant ta Commission d^enquôte parlementaire sur le 18 mars, t. III, p. xxiv, édit. 1873).