IV. n
a pris aucune pari d'abord, mais ensuite il m'a insulté en plein bureau et en présence de témoins, d U n'en est que cela. Le pauvre diable malmené et battu se contente d'écrire le 26 avril à la Commission executive pour lui demander justice. Il garde pour lui les injures et les soufQets qu'il a reçus, quiUe à les rendre en temps opportun à un de ses inférieurs. Dans l'escadron des cavaliers de la République, que jamais l'on ne parvint à former complètement, le lieutenantcolonel ivre prenait à la gorge un capitaine également ivre, et roulait avec lui sur le fumier des écuries du quartier de l'Aima. Les cavaliers, divisés en deux factions adverses, adressaient pétition sur pétition au délégué à la guerre, — pour faire révoquer, — pour faire maintenir, — le lieutenant-colonel : a II n'entend rien à la guerre, il était trompette. — C'est un admirable soldat, c'est un héros. » La délégation classait, annotait les rapports, les mémoires et n'osait prendre une décision ; car la moitié de l'escadron menaçait de déserter si le lieutenant-colonel était remplacé ; l'autre moitié se refusait à tout service s'il n'était révoqué. J'ai entre les mains les pièces de cet étrange conflit, auquel mit lin l'arrivée de l'armée française.
On avait beau recommander la vigilance aux fédérés, leur dire que le salut de la République était en eux et non ailleurs, exciter leur émulation et leur montrer les Yersaillais dont il fallait repousser les
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approches, ils n'en tenaient compte; quelque chose parlait dans leur cœur plus haut que Tamour de la Commune, que les grands mots d'honneur et de devoir avec lesquels on essayait de soulever leur courage : c'était le goût de Teau-de-vie. Vers les derniers jours même, lorsque l'armée française précipite ses attaques et montre ses têtes de colonnes derrière la gabion*nade de ses tranchées écrasant les remparts, ils se sentent invinciblement sollicités par le cabaret et ils y courent plus vite qu'au feu. Dans un rapport adressé le 18 mai à Edouard Moreau, je lis :<x Redoute de Cli» chy : une ronde faite dans le courant de la soirée d'avantrhier a trouvé la barricade abandonnée et les servants en état d'ivresse. » Avant-hier, c'était le 16, le jour où la colonne de la place Vendôme s'est brisée sous l'effort des cabestans de la Commune. Les fédérés de la redoute Clichy, ne s'apercevant pas qu'ils étaient courbés sous la plus vile des servitudes, avaient sans doute voulu célébrer ce triomphe en chantant le i^frain de Pierre Dupont :
Buvons à rindépendance du monde.
Dans ce même rapport, je trouve une indication à noter : c< Montrouge est assez calme ; Hautes-Bruyères est de même. Trois hommes arrêtés pour avoir soidisant mis le feu au château d'Arcucil ; Tordre fut donné par le commandant du 101* bataillon. » Le
commandant du 101* bataillon c'est Sérizier; les trois hommes arrôlés, et plus d'un avec eux, sont des dominicains qui doivent périr comme Ton sait.
Ce loi"" bataillon est resté cher aux admirateurs de la Commune; c'était le bataillon sacré. Qu'était-ce que la légion thébaine et que valurent les trois cents des Thermopyles auprès de ces hommes d'élite? Lorsque dans la séance du 18 août 1872, tenue à Londres par la société des réfugiés — des contumax — de la Commune, Léopold Caria, Eudes, Emile Moreau se disent leurs vérités, l'un d'eux s'écrie avec orgueil : c< J'avais le 101* derrière moi » !Que le 101* fut une bande d'assassins, nul n'en peut douter ; mais d'après la légende qui s'est formée autour de lui et qui a cours aujourd'hui, on pourrait du moins imaginer qu'il fut vaillant à la guerre, solide au feu, plein d'abnégation pour sa cause et discipliné ; on se trom* perait. Les grandes déroutes ne sont point encore survenues; on peut jusqu'à un certain point croire à un succès possible ; nul découragement n'a dû, par conséquent, atteindre c ces âmes de bronze et d'acier >. Ils combattent, ils aspirent à la gloire et attendent avec impatience l'heure de monter au Capitole. On le croit, on l'a dit, on le répète. Ce n'est point l'avis de l'homme qui les eut sous ses ordres.
Le colonel commandant le fort de Bicêtre, Paul Vichard, qui a une fort belle écriture et une orthographe
rare sous la Commune, est moins enthousiaste que l'histoire communarde, et le 29 avril il adresse à son général en chef, Waléri Wrobleski, une lettre fort intéressante : «c Mon général, j'ai l'honneur de tous prier de vouloir bien donner des ordres pour que le 101® bataillon soit remplacé immédiatement; son esprit d'indiscipline est un danger pour la défense ; impossible de compter sur cet effectif. Il y a eu hier au soir et dans la nuit, de la part de ce bataillon, insubordination et rébellion ; j'ai dû faire doubler le poste de police par le 2^9^. Il était tout simplement question de la part du 101* de s'emparer du fort, après s'être assuré à main armée du commandant de place : menaces de mort, faire sauter le fort, etc. Je profite de la circonstance pour vous rappeler que le 184® bataillon s'est déjà mis en état de rébellion à la redoute des Hautes-Bruyères et qu'il est urgent de le remplacer également. Il y a donc urgence à faire relever le 101* et le 184« bataillon. — P. S. Je vous prie de donner des ordres pour que tous les bataillons au fort de Bicêtre soient relevés au plus tôt. C'est le seul moyen de rétablir la discipline et la propreté. » Le lecteur reconnaîtra sans peine que le 101^ n'avait pas absolument tort ; il est désagréable de faire le coup de fusil, de se jeter à plat ventre pour éviter les obus et de coucher dans des casemates ; il est plus facile d'assassiner un vieux pharmacien dont on vide la cave;
il est moins périlleux de chasser aux pères de Saint- Dominique. C'est en cela surtout que consista Fhé- Foîsme du 101* et c'est cela qui le fait immortel.
On invoque tous prétextes pour quitter les avantpostes et abandonner les foris. Les motifs ont parfois une naïveté qui n'est pas à dédaigner; de Montrouge on écrit le 20 mai à la délégation de la guerre : « Les gardes du 126' bataillon demande à être relevé seulement 48 heures pour nettoyer la vermine qui les ronge et repartir après. Par ce moyen je pourrai repartir avec le triple d'hommes. Le commmandant P. x> De tous les forts, de tous les ouvrages avancés, de tous les postes exposés au feu de l'armée fran* çaise, s'élève le même cri : nous demandons à être remplacés. Le métier leur parait dur, le service est trop pénible ; on a beau doubler, tripler les rations de vin etd'eau-de-vie, les fédérés estiment qu'il est triste de boire derrière les sacs à terre et aspirent vers le cabaret, c'est-à-dire vers Paris.
Je pourrais citer vingt lettres dans lesquelles les chefs de corps, colonels ou commandants, ne laissent pas ignorer que leurs hommes sont harassés, que le découragement les a saisis, que toute débandade est à craindre si on ne les retire pas des avant-*postes. Ceux-là, du moins, étaient à la fatigue et au combat, on peut comprendre qu'ils aient demandé du repos et se soient lassés d'être toujours en alerte. Hais ceux
que l'on faisait sortir de leur casernement pour les envoyer aux fortifications n'y allaient qu'en rechignant. Ils se réunissaient assez régulièrement au lieu d'assemblée, causaient entre eux, ne tardaient pas à apprendre ou à deviner qu'on les réservait à un service de guerre, et alors, par les rues voisines, par les portes cochères, par les passages à double issue, ils disparaissaient les uns après les autres.
Bien souvent un commandant parti avec un bataillon s'est trouvé, au bout de dix minutes, ne plus marcher qu'à la tête d'une compagnie ou même d'un peloton ; il ne savait que faire, se désespérait et écrivait des lettres dans le genre de celle-ci : « Mon général, après vos ordres que j'ai reçu de sortir de la place Vendôme pour me rendre immédiatement au fort d'Issy, j'ai réuni mon bataillon et je suis parti. Sur six cent hommes présent sur la place, je me trouve qu'avec une trenteine d'hommes environ. Tout le reste m'a quitté, soi-disant qu'ils ne voulaient pas partir avec des fusils à piston. Arrivé à dix heures du soir à la porte de Versailles, après avoir fait tout mon possible pour faire marcher les hommes et m'ayant abandonné, me trouvant dans une pareille position, j'ai cru prudent de m'arrêter à la porte de Versailles, afin que je sache ce que je dois faire après ce désagrément qui m'est arrivé. — L. V,, chef de bataillon du 91* sédentaire. » On comprend d'après cela que la
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cour martiale, instituëe par la Commune, foDctionuât sans désemparer ; mais c'est en \ain qu'elle frappait avec brutalité sur les récalcitrants; ils désertaient volontiers les combats d'avant-poste ; on eût dit qu'ils se réservaient pour la bataille dans Paris.
Il n'y a pas que les chefs de bataillon ahuris et faibles qui ne réussissent pas i entraîner leurs hommes ; le délégué à la guerre n'est pas plus heureux : le Comité central, qui* tient en main toute l'armée de la fédération, se brise contre l'obstacle inconsistant et imincible du mauvais vouloir. On
peut agir sur un homme qui refuse le service; mais sur cent, sur mille, sur cinq mille, cela est impossible; on reste impuissant. Cependant, comme il faut se cramponner au pouvoir usurpé, comme on ne peut rester le maître qu'à la condition d'obéir aux basses vanités de la populace, on lait des proclamations burlesques pour lui dire qu'elle est héroïque. Bossel, qui a bien connu les fédérés, car il a follement essayé d'en faire une troupe régulière, Rossel, qui n'a pas assez de mépris pour eux lorsqu'il en parle après la faillite de son ambition, Rossel, dans sa lettre de démission adressée le 9 mai à la Commune, a dévoilé d'un mot l'effroyable désarroi où ces bandes et leurs chefs se perdaient : « Les chefs de légion délibéraient... Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration
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de principes au moment où il fallait des actes. Mon indignation les ramena à d'autres pensées, et ils me promirent pour aujourd'hui, comme le dernier terme de leurs efforts^ une force organisée de douze mille hommes avec lesquels je m'engageai à marcher à l'ennemi. Les hommes devaient être réunis à onze heures et demie. 11 est une heure, et ils ne sont pas prêts ; au lieu d'être douze mille, ils sont environ sept mille. Ce n'est pas du tout la même chose. Je ne suis pas homme à reculer devant la répression, et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d'exécution les attendait dans la cour. » Rossel recula cependant devant la répression. Son sort se décida ce jour-là. S'il n'avait pas renvoyé le pelolon d'exécution, il ne serait pas mort au plateau de Satory.
Au moment où Rossel écrit cette lettre, la Commune a pourtant une armée formidahle, bien supérieure à celle que la France peut lui opposer. Ses deux cent cinquante-quatre hataillons lui donnaient cent cinquante mille combattants^ dont soixantequinze mille, exclusivement réservés pour les combats, devaient toujours être aux grand'gardes. Malgré cela, son maître par excellence, le Comité central, ne peut même rassembler douze mille hommes pour tenter un coup désespéré aux environs d'Issy. A ce moment, tout le front de défense semble abandonné.
non pas par les of&ciers supérieurs qui s'y maintiennent quand même, mais par la Commune qui délibère, par le Comité de salut public qui diseute, par le Comité central qui conspire et brigue le pouvoir. Le 9 mai, Rossel disparaît; le jour même, dans la soirée, Delescluze est nommé délégué civil à la guerre ; le lendemain il s'installe, et voici la première lettre qu'il reçoit : t Petit-Yanves, le 10 mai 1871. — Citoyen ministre, on ne sauve pas une situation avec les mains vides. Ce qui était bon hier n'est plus tenable aujourd'hui. Les Yersaillais entourent le fort de Yanves, — point d'artillerie, — point de munitions, — point d'infanterie. — Le colonel du génie, chef d'état-major, Rozadowski. » Partout il en est de même, partout on demande des secours, des hommes, des canons, de quoi se battre, en un mol; les trois pouvoirs qui se disputent Paris sont trop révolution naires pour ne point obéir à la tradition. Ils font des discours et déclarent s'appuyer sur un principe invincible. Comment ne l'a-t-on pas su à Versailles? comment n'a-t-on pas connu l'incohérence et la faiblesse de tous ces gens-là, et comment n'en a-t-on pas profité?
À partir du 18 mai, les rapports se multiplie nt, très précis, très inquiétants, c Les Yersaillais se massent, — les parcs d'artillerie s'approchent, — les tranchées sont à tant de mètres du fossé, — une
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attaque est imminente ; dans les villages situés entre Paris et la Seine, on dit que les Yersaillais entreront demain, — on dit qu'ils entreront cette nuit. » Rien ne les réveille; ils dorment debout comme les fakirs de rinde, perdus dans la contemplation de Tombilic démagogique et social. Encore à Theure qu'il est, après huit années, ils ne croient pas à leur défaite et ils s'imaginent très sincèrement qu'ils ont été trahis. Oui, certes, trahis par leur ignorance, par leur infatuation, — et surtout, disons le mot, — par leur bêtise. Aussitôt que les soldats français sont entrés, et que le premier mouvement de stupeur est passé, ils se retrouvent. Us sont bien là sur leur terrain, sur le terrain des émeutes et des barricades, des machines infernales et de la lutte individuelle où chacun est son propre stratège. Ils dirigeront d'abord leurs forces vers la circonférence, les ramèneront ensuite au centre et tiendront ainsi pendant sept jours avec une fermeté que jamais ils n'ont montrée dans les combats d'avant-postes.
Dès la nuit du 21 au 22 mai, les délégués se rendent dans leurs arrondissements pour en diriger la défense, et il se produit alors un fait singulier d'où Ton peut inférer que chacun ne pensait qu'à son salut particulier et ne se souciait que médiocrement du salut commun. Chaque délégué écrit à la guerre pour avoir du secours, pour demander des hommes ; l'ar-
rondissement qu'il commande est le plus important, c'est celui-là qu'il faut défendre avant tout autre. Delescluze alors, de sa Gne et claire écriture, répond lui-même : « Paris, 3 prairial an 79. Citoyen, impossible de vous envoyer des troupes en ce moment. Le Comité de salut public a nommé un colonel chargé de prendre le commandement supérieur de Tarrondis- ^ sèment. Vous aurez à vous entendre avec lui pour la
j défense. Faites l'impossible, ce n'est pas trop vous
demander. Le Comité de salut public compte sur
vous. » Chacun, en réalité, Gt de son mieux, c'est-à-
^ dire Gl le plus de mal qu'il put. Pendant toute cette
bataille de sept jours, il n'y eut qu'une seule action vraiment militaire, la défense de la Butte-aux-Cailles par Wrobleski. Partout ailleurs ce fut une série de rencontres où la stratégie communarde dévoila son incurable incapacité ; partout, même dans les positions les mieux fortiGées, ils laissèrent tourner leurs barricades, comme s'ils n'avaient jamais imaginé qu'ils pourraient être pris à revers.
Le combat dans les rues fut farouche ; là, mais là seulement, il y eut des actes de courage extraordinaires, et l'on ne peut s'empêcher de répéter ce lieu commun, qu'il est regrettable de voir dépenser tant de vaillance pour une si détestable cause. La plupart de ces hommes étaient arrivés à un état de surexcitation morbide qui les rendait semblables à des aliénés.
Dans certains épisodes dont j'ai le tableau sous les yeux, le désordre de l'esprit est évident ; l'irresponsabilité n'apparaît pas, mais rinconscience est manifeste. J'ai entre les mains un récit conGdentiel extrêmement curieux. Celui qui a écrit cette confession dans la cellule d'une maison d'arrêt ne se doute guère qu'elle est venue jusqu'à moi ; je ne le nommerai pas ;^ je le regrette, car je n'aurais à en dire que du bien ; dans les fonctions civiles qu'il a exercées, il a déployé des qualités de bonté naïve très remarquables ; il a sauvé plus d'un persécuté, il a secouru les blessés, quêté pour les veuves et donné des exemples d'humanité qui malheureusement sont restés stériles dans le milieu où son inexpérience l'avait égaré. Chef d'un service nombreux, il avait notifié sa démission pour éviter d'enrégimenter ses hommes parmi les combattants, et, craignant à son tour d'être forcé de prendre les armes contre la vraie France, il s'était réfugié le 18 mai à l'Hôtel-Dieu sous prétexte de maladie.
Il raconte les scènes étranges dont il a été le témoin en termes que je ne puis que reproduire : a Lorsqu'il fut question de faire sauter Notre-Dame (24 mai, onze heures du matin) , on nous a fait tous habiller. En descendant, j'ai rencontré R. et un autre de mes agents qui venaient me chercher, prêts à me défendre; R. m'apportait un sabre d'officier. Le^ quartier était en feu, les balles sifQaient de toutes parts. En arrivant
place Maubert, j^ai trouvé la maison que j'habitais envahie par une horde de gens. Il y avait là vingt hommes armés pour piller et voler ; d'autres étaient là pour me faire marcher avec eux. A ce moment j'ai pris le parti de fairs porter mon sabre sur une barricade pour donner à entendre qu'à aucun prix je ne voulais me battre. A ce signal, les hommes raisonnables se sont dispersés et ne demandaient pas mieux. Un fou s'est précipité dans ma chambre, 0..., un des adeptes les plus enragés de la Commune. Cet homme me dit qu'il venait de fusiller C. et de jeter son cadavre à la Seine, que huit autres avaient subi le même sort et qu'il en avait encore dix à fusiller. Ma femme et moi, nous sommes restés la bouche béante et personne n'a osé dire un mot *. Pour donner une idée de l'exaltation de ce fanatique, voici, autant que peut se souvenir ma pauvre tête qui éclatait, ses paroles : « Embrasse-moi, — il m'embrasse, — Ferré va mourir et sauter avec la préfecture. — J'ai dit adieu à ma femme : Ce n'est pas moi que tu vois, c'est mon ombre. J'ai dit à Ferré : Mourons ensemble. — Embrasse-moi ; Ferré va mourir! » Des voix avinées hurlaient : Descendez- vous, lâches ! Cette demi-heure est restée dans ma mémoire co mme un des cauchemars
« D'après la suite du récit, qui est un peu confus, cet illuminé, qui avait fusillé tant de monde, n'aurait, en réalité, tué personne.
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les plus terribles de ma vie. Je pris ma femme dans mes bras ; nous nous sommes réfugiés dans une maison où j'ai trouvé une chambre. J'y étais à peine qu'un obus éclatait. L'illuminé m'avait suivi, il répétait : J'ai fusillé C. ; Ferré va mourir; Ferré est mort maintenant; c'est moi qui ai tiré le premier coup de canon à pétrole sur le Palais-Royal I — Tout à coup on cria : Voici les Yersaillais ! Nous nous sauvâmes, et je trouvai asile à l'ancien collège écossais. — Si j'étais la justice, je ne trouverais qu'une peine à appliquer à tous ces gens que la politique des clubs a rendus fous : jp les ferais mettre à Bicétre. i>
La place est bien choisie, et elle peut convenir à plus d'un ; mais il ne faut cependant pas se méprendre et attribuer à la démence ce qui appartient à la perversité. Si quelques-uns ont marché sur la route qui conduit aux cabanons des aliénés furieux, c'est qu'euxmêmes ont préféré cette route et qu'ils s'y sont engagés résolument sans écouter les avertissements qu'on ne leur épargnait pas. Qu'il y ait eu parmi eux des monomanes, — Allix ou Babick, — nul ne l'ignore; ceux-là ont été inoffensifs. Si à la minute suprême les autres ont touché la folie de près, la faute en est à eux. Ils ont développé avec passion tous leurs mauvais instincts, ils ont fait volontairement appel à la violence, parce qu'ils refusaient d^acquérir par le travail ce qu'ils convoitaient ; ils ont menti, sachant bien
qu'ils mentaient ; ils ont été intentionnellement cruels, ils ont été féroces avec préméditation. Leurs actes de méchanceté ont été tels, qu'ils ont pu faire douter de leur raison; mais l'excès dans la conception et dans Texécution du mal est une maladie que les savants n^ont point encoi^ déterminée ; elle porte un nom en morale et s'appelle Tenvie; ceux qui en sont atteints sont responsables.