IV.* LB rATEIOTISHB
Les mensonges. — Honte étemelle. — Retour en arrière. — Les inquiétudes du général Yinoy. — Un petit écu. — La Commune est très déférente pour l'Allemagne. — Les forts du Nord . — La Cîommune arme le fort de Vincennes. — Le désarme sur l'ordre de TAUemagne. » Accord. — Myope pour la guerre, presbyte pour la Commune. — Le docteur Rastoul. — Note trouvée à son domicile. — Proposition cheTaleresque. — Motion pour obtenir la protection des Prussiens. — Les Bayarois entre Auber^ Tilliers et Pantin. — Nicolas Dominique Faltot, gouvemeor du fort de Yincennes. — Sommé de se rendre. — Merlet. — Faltot offre le fort de Yincennes à l'empereur d'Allemagne. — Sa lettre. — Le dernier acte de la Commune. — Yincennes ouvre ses portes à Tarmée française. — La Commune se sauve en abandonnant ses soldats.
Ils sont d'autant plus responsables que, pour griser la population jusqu'au délire, pour la grouper en un corps d'armée prêt à toutes les fureurs, ils ont lâchement invoqué le salut de la patrie et la grandeur du sacrifice. Ce sera là leur honte éternelle. Ils ont masqué leur ambition, leurs projets de destruction, leur amour effréné du pouvoir derrière des prétextes
menteurs, inventés pour les besoins de la circonstance et dont ils étaient les premiers à sourire. Ils avaient juré de se jeter dans le gouHre comme Gurtius, et quand le moment de tenir leur serment fut venu, ils allèrent simplement s'asseoir sur leur chaise curule, s'y trouvèrent bien et, parce qu'on voulut les en chasser, brûlèrent Paris. Rossel, que je cite souvent parce que son témoignage désintéressé est des plus précieux, les avait bien jugés : c Je cherchais des patriotes et je trouve des gens qui auraient livré les forts aux Prussiens plutôt que de se soumettre à l'Assemblée. » Il ne pouvait se douter, du fond de la retraite encore ignorée où il écrivait ces lignes, combien il était perspicace. Si l'une de nos forteresses n'a pas été remise par les communards aux Allemands, c'est parce que ceux-ci ont refusé d'en prendre possession. Pour bien faire comprendre l'hypocrisie de ces manœuvres qu'ils qualifiaient de politiques, il faut revenir aux journées qui ont précédé le 18 mars et rappeler ce que j'ai déjà dit de l'organisation de la fédération de la garde nationale d'où sortirent le Comité central et la Commune.
Le lecteur se souvient qu'à la réunion générale des délégués des bataillons tenue le 24 février 1871, la motion suivante fut adoptée à l'unanimité : « Au pn>mier signal de l'entrée des Prussiens dans Paris, tous les gardes nationaux s'engagent à se porter contre l'en-
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ncmi envahisseur. » C'est là le poinl de départ. De cet acte excessif, mais patriotique jusqu'à l'absurde, naît la Commune ; nous verrons bientôt quel est l'acte suprême de son existence. On ne fut pas long du reste à s'apercevoir que cette belle résolution de mourir au seuil même de Paris pour empêcher l'ennemi d*y péuétrer n'était qu'une facétie révolutionnaire. Lorsque les Allemands se donnèrent la mince satisfaction de venir camper pendant vingt-quatre heures dans une partie du YliP arrondissement, on dut, afin d'éviter toute chance de collision, entourer d^un cordon de troupes les quartiers dont la convention militaire leur interdisait l'accès. L'armée régulière était insufGsanle, très diminuée et ne pouvait former qu'un rideau qu'il était indispensable de faire doubler, à courte distance, par une ligne de gardes nationaux^ On était fort perplexe ; la garde nationale était bien décidée, on l'a vu, à se jeter à coups de baïonnette sur les Prussiens. On redoutait les événements les plus graves et on ne savait trop comment parer aux éventualités que l'on prévoyait ; une lutte entre l'armée allemande et l'armée parisienne eût incontestablement entraîné la ruine de Paris; les forts étaient entre les mains de l'ennemi, la ville eût été pulvérisée.
Le général Vinoy a pris la commission d'enquête pour confidente de ses inquiétudes et il lui a raconté
comment il s^élait facilement tiré de ce pas difficile : c Je fis appel à la garde nationale.^ElIe ne voulait pas marcher, ce qui me dérangeait beaucoup. » Un colonel dit alors : « Pour engager les gardes nationaux à se charger de ce service, il faudrait leur payer double journée. » Je l'épondis: c Mon Dieu! si cehi peut les décjder, va pour la doub le journée. » Je signai Tordre. Nous avons trouvé ainsi à peu près trois cents gardes nationaux qui sont venus former la haie sur le boulevard Malesherbes moyennant une pièce de trois francs par jour. Plus tard d'autres sont venus, et un moment est arrivé où j^en avais plus que je n'en voulais '. » Un patriotisme qui ne tient pas devant un petit écu aurait dû éclairer les hommes du gouvernement et leur apprendre que l'insurrection n'était pas à combattre, mais à achcler.
Aussitôt que les troupes françaises, poussées en hâte sur Versailles, ont abandonné Paris à la révolte, celleci se tourne avec humilité du côté des Allemands et leur fait toute sorte de protestations. Grôlier, délégué du Comité central au ministère de l'intérieur, déclare que le nouveau gouvernement de Paris n'a pas à se mêler des conditions de la paix, et le délégué aux relations extérieures s'empresse de notifier que l'on
^ Rapport de la Commission d*enquêle parlementaire sur le 18 mars ; dépositions des témoins, t. Il, p. 95, édit. 187^.
fail la guerre à Versailles et non point à rAllemagne. En arriver là un mois à peine après le serment du 24 février, c'est assez misérable ; mais la Commune ne devait pas s'arrêter de sitôt ; elle a bu sa honte jusqu'à la nausée. L'Allemagne n'avait qu'un signe à faire, elle était obéie, et le ministre des États-Unis, M. Wnshburne, qui la représentait diplomatiquement depuis le mois de juillet 1870, n'eut jamais à insister pour obtenir immédiatement de n'importe qui, — Rigault, Cournet, Ferré, Protot, — la mise en liberté des prisonniers qu'il réclamait au nom de leur nationalité allemande, lorraine, alsacienne plus ou moins prouvée. On ne s'en tint pas là : des religieuses hollandaises incarcérées à Saint-Lazare furent immédiatement relâchées parce qu'elles se donnèrent pour Allemandes. A cet égard, on n'a aucun reproche à adresser aux hommes de la Commune ; ils respectèrent avec une ponctualité rare le droit des gens représenté par l'Allemagne, campée à Saint-Denis et installée dans les forts du Nord .
Ces forts du Nord tourmentaient la Commune, qui eût bien voulu s'en emparer en payant, de notre poche, Tindemnité stipulée. Paschal Grousset essaya d'entamer à ce sujet une négociation à laquelle on ne répondit même pas *. En séance à l'Hôtel de Ville on
* La Gazette de Francfort a publié le iâ avril 1871 une correspondance de Munich, dans laquelle on prétend que la Commune a oflert
s'en occupa ; on adressa de nouvelles offres à l'Àlle* magne, qui fit la sourde oreille, fort heureusement pour la Banque de France, sur laquelle sans nul doute on se fût empressé de lever une contribution peu volontaire de 500 millions. La Commune put voir par elle-même que les Allemands n'étaient pas disposés à lui témoigner grande indulgence. Vers le 20 avril, le bruit se répandit que M. Thiers, acquittant une partie de l'indemnité de guerre, allait être mis en possession des forts du Nord et du château de Vincennes. Cette rumeur s'accentua et troubla la Commune, qui ordonna au commandant de Yincennes d'armer ses remparts de façon à résister aux troupes françaises, si elles se présentaient pour prendre garnison. Dans la journée du 22, quelques pièces d'artillerie furent hissées et mises en batterie dans les embrasures. Le 23, un officier, envoyé par le commandant en chef de l'armée allemande, faisait sonner en parlementaire à la porte de Charenton et signifiait aux
deux millions au général ?on der Thann pour obtenir de lui la remise du fort de Charenton. C'est là, je crois, un bruit calomnieux, que rhistoire fera bien de ne pas accueillir. La question des forts préoccupa les gens de la Commune jusqu*à la fin. Le 22 mai 1871, nos troupes étant déjà dans Paris, Alexandre Lambert, chef de la dÎTision de la presse au ministère de Tintérieur, écrit à Lefebvre-Koncier, chef d'état-major de Delescluze, pour lui annoncer que les troupes allemandes cantonnées à Dammartin ont reçu Tordre de se diriger yen Metz ; il ajoute en terminant : « Que devient la question des forts T Renseignez-Tous. •
ZS% LES SOLDATS
membres de la Commune qu'ils eussent à respecter scrupuleusement les conventions du 28 janvier. On ne se le fit pas dire deux fois : le soir même, les bastions de Yinccnnes étaient désarmés, les canons étaient rentrés au magasin, et le Journal officiel insérait le 24 une noie explicative pour annoncer que le délégué à la guerre avait immédiatement fait droit à la réclamation de l'Allemagne.
Ce sont là des faits de guerre, des malentendus, si l'on veut, qui n'ont pas de sérieuse importance etqui démontrent seulement la platitude de la Commune vis-à-vis de ces mêmes troupes allemandes que l'on devait exterminer, si elles osaient se montrer dans Paris. J'ai déjà raconté qu'Arnold , le membre de la Commune, avait, dans la journée du 27 mai,' vainement tenté toute sorte d'efforts pour obtenir le libre (jddSdge (^es insurgés à travers les lignes bavaroises massées entre Pantin et Aubervilliers; il nous sera un exemple du patriotisme dont ces révolutionnaires sans patrie étaient animés. Arnold avait fait partie de la classe des conscrits de 1857; il avait été exempté pour cause de myopie; le 3 septembre 1870, — la date est précieuse, — il fit renouveler son exemption et se trouva ainsi débarrassé des obligations du service de guerre qui incombait aux hommes de trente à quarante ans. Aussitôt après le 4 septembre, il entre dans la garde nationale et est nommé sergent-
major au 64^ bataillon. Ce myope, qui n'y voyait pas assez pour marcher à l'ennemi, n'eut pas besoin de lunettes pour combattre ses compatriotes. Il se conduisit bien au fort d'Issy et n'abandonna la lutte dans les rues de Paris qu'à la dernièi*e extrémité. Se souvient-on que pendant la guerre Raoul Rigault se vantait d'être un c artilleur en chambre » ?
Plus d'un membre de la Commune regarda du côté des troupes allemandes lorsque la prise du fort d'Issy annonça une prochaine défaite. On ignore ce qu'ils ont pu dire entre eux et quelles résolutions ils ont prises dans leurs conciliabules secrets ; mais l'un d'eux avait formulé ses idées par écrit: c'est Rastoul, nature méridionale très vive, très ardente, tout extérieure et sans méchanceté. Quoiqu'il fût assidu aux séances de l'Hôtel de Yille, son action ne fut jamais prépondérante pour les actes coupables, et vers la un il conçut un projet qui ne manquait pas de grandeur. A son domiciledu boulevard Magenta, on découvrit le brouillon d'un discours qu'il comptait adresser, — qu'il adressa peut-être, — « aux citoyens membres du Comité de salut public et aux citoyens membres de la Commune. » C'est écrit lestement, sans trop de ratures ; on y sent l'œuvre d'un homme convaincu. La date a son importance, 22 mai ; l'heure de la grande défaite va sonner; Rastoul la prédit à coup sûr, et, entraîné par un mouvement d'humanité, voudrait y soustraire
Tarmée de rinsurrection : « ... J'ai acquis ia triste conviction que la partie est perdue pour nous;... notre devoir impérieux est d'empêcher de verser inutilement le sang de nos concitoyens, d II demande que l'on réunisse en assemblée générale, en congrès souverain, les membres du Comité central, les membres de la Commune, et qu'on leur fasse adopter la proposition suivante : « La Commune de Paris et le Comité central se reconnaissant vaincus viennent offrir au gouvernement de Yei^ailles leurs têtes, à la condition qu'il ne sera fait aucune poursuite, qu'il ne sera exercé aucunes représailles contre l'héroïque garde nationale. Si cette proposition est acceptée, le sang cesse de couler à l'instant et nous sauvons la vie de plusieurs milliers de nos frères, d
Rastoul avait raison : si sa pensée généreuse avait pu éveiller quelques bons sentiments dans l'âme des hommes dont il invoquait le sacrifice, la guerre était unie; six mille cadavres n'ensanglantaient pas nos rues, les pontons restaient vides et nul sinistre poteau n'eût été dressé à Satory. C'était trop demander à ceux qui vers la fin se battaient moins pour conserver leur proie que pour la détruire. Rastoul devine cela; il comprend que son projet chevaleresque sera repoussé avec horreur par ces révolutionnaires auxquels l'abnégation est inconnue, et, comme pour se faire pardonner la hauteur délicate de sa conception, il ajoute:
< Dans le cas où ma proposition ne serait pas acceptée par TOUS, voici un second moyen que je vous propose. Si TOUS jugez la situation perdue, rassemblez le plus de gardes nationaux que vous pourrez en faisant battre la générale dans tous les quartiers. Faites rassembler tous les bataillons en armes sur les hauteurs de Bel-* leville et de Ménilmontant par exemple, et là, les bataillons massés avec armes et bagages, tous les membres de la Commune revêtus de leurs insignes, nous irons tous nous mettre sous la protection des Prussiens en leur demandant les moyens de nous transporter en Amérique ^ » Il m'a été impossible de savoir si ce$ deux projets avaient été discutés. Un homme qui n'a point quitté les débris de la Commune, qui les a suivis jusque dans la soirée du 27 mai, m'a dit : « On a fait pendantles derniers jours tant de propositions extravagantes, il y avait partout une telle confusion et une telle manie de délibération, que je ne me rappelle plus rien de précis; c'était comme dans une maison de fous où tout le monde aurait parlé en même temps *. »
* Voir Pièces justificatives j n* 9.
* Dans le procès Arnold (débats contradictoires, 3* conseil de guerre, iâ janvier 1872) il est dit : «Les 24 et 25 mai, Arnold, muni des pleins pouvoirs des membres de la Commune encore présents et réunis à la mairie du XI« arrondissement, pendant que l'Hôtel de Ville était en flanunes, a tenté auprès de rétatHooajor prussien, k Vincennes, une démarche presque dérisoire pour arrêter la lutte, i
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Si Rasloul a pu se faire entendre, s'il est parvenu à expliquer ses projets, le second seul a eu quelque chance de n'être pas rejeté ; se rendre aux « assassins de Versailles » eût paru une profanation à ces incendiaires, et mille fois ils eussent préféré devoir leur salut à rintervention de rAliemagney intervention qu'ils espéraient et qu'ils ont sollicitée. Si une tentative collective a été faite S nous l'ignorons, mais nous savons que, de Saint-Denis à Mon treuil, les soldats prussiens et bavarois étaient sous les armes, prêts à repousser une émigration en masse des fédérés. Ceux qui dans la journée du 27 essayèrent de forcer les lignes entre Aubervilliers et Pantin, n'eurent point à se louer de l'accueil qu'ils reçurent. Par ses forfaits, la Commune en était arrivée à exaspérer nos ennemis eux-mêmes. Les insurgés qui purent, en se dissimulant et se cachant, tromper la surveillance des vedettes allemandes, furent rares; presque tous furent arrêtés, ga rdés en lieu sûr et remis aux mains des autorités françaises ; la Commune devait expirer là où elle avait pris naissance, là où elle avait régné et terrorisé, à Paris. Le dimanche 28 mai tout était terminé ; la pauvre ville, blessée, saignante, humiliée, à demi brûlée,
* D'uprès Mulon, celte proposition aurait été faite par Rastoul aux membres de la Commune, réunis le 24 mai, à la mairie du XI* arrondissement. Voir La iroUième défaite du prolétariat fvanr çaUy p. 454.
s*écrouIant sur elle-même, ressemblait à un damné qui s'est échappé de Tenfer.
Toutes les barricades avaient été enlevées les unes après les autres^ toutes les défenses intérieures que Ja révolte avait dressées contre la légalité étaient tombées. Ëtait-ce bien la fin celte fois? Non, car le fort de Yincennes, occupé par Tinsurrection, n'avait pas encore ouvert ses portes; il tenait toujours, faisait mine de résister, de résister à la France, mais non pas à TÂllemagne, à laquelle il s'offrit et qui n'en voulut pas. Celte honte suprême ne nous fut pas épargnée, nous la devons, — et bien d'autres, — à la Commune. Le commandant du château de Yincennes était un Lorrain, né à Nancy en 1815, et qui s'appelait Nicolas-Dominique Faltot; il avait pris possession du fort, le 24 mars, au nom de l'insurrection, et avec le litre de gouverneur. Pendant la guerre, il avait commandé le 82^ bataillon de la garde nationale, et s'était si bien conduit à l'affaire de fiuzenval qu'il avait été décoré. Loin d'exercer des vexations sur les habitants de Yincennes, il en protégea plusieurs; il paraissait de tempérament paisible, aimait à jouer au militaire et se plaisait à s'entendre appeler : citoyen gouverneur, ce qui est bien inoffensif. Tant que dura la Commune, il resta au fort et n'eut à prendre part à aucune action. Le 25 mai, les troupes allemandes, voulant garantir la zone neutre
contre toute possibilité de combat, occupèrent la ville de Vincennes. Le lendemain 26, un officier de la garde nationale régulière, M. Pavillon, envoyé par le colonel Montels, entra en pourparlers avec Fallot et lui demanda de remettre le fort aux troupes françaises; Fallot discuta, parut tenir à faire une sorte de traité de capitulation et demanda des conditions écrites qui lui furent refusées.
Que se passa-t-il alors? Il est difficile de le savoir d'une façon précise. Un certain Herlet, spécialement chargé du service du génie, aurait tout préparé pour faire sauter le fort : tonneaux de poudre placés dans les souterrains, reliés entre eux par des fils électriques. Les fils auraient été coupés par un portier-consigne, et le château aurait ainsi échappé à une destruction imminente et certaine. Le seul fait que je puisse affirmer avec certitude, c'est que Merlet fut arrêté par des employés réguliers du fort, enfermé, et qu'il se brûla la cervelle. Le 28 mai, dans la soirée, Fallot, sommé une dernière fois de se rendre, apprit que l'armée de réserve commandée par le général Vinoy allait remplacer les troupes allemandes dans la ville de Vincennes et commencer Taltaque. Il réunit alors ses officiers en conseil de guerre ; de la délibération sortit la lettre que voici. Je la donne textuellement sans y changer un mot; Faltot Ta peut-être dictée, mais à coup sûr il ne l'a pas écrite, car il ne manquait pas
de correction grammaticale et jamais il n'eût commis les fautes d'orthographe que le lecteur va pouvoir apprécier.
c République française. Liberté, égalité, fraternité. Place de Yincennes. Fort de Vincennes, le 28 mai 1871. — £n présence des sommations qui lui sont faites par des soitrdisants officiers de Tarmée de Versailles, lesquelles lui ont refusés de montrer toust pouvoirs; étant à bout de nourriture est privés de toutes soldes qui permette aux gardes qui sonst en ce moment au fort de Yincennes, solde servant à nourrir leurs familles, le colonel commandant soussigné après s'en être entendu avec les officiers de la garnison qui sonst tous de Yincennes et des environ a déclaré remettre entre les mains des officiers dûment autorisés de S. M. I. R. allemande le dit forts dans les condition d'armement et de matériel où il se trouve actuellement sous la réserve qu'il sera distribué aux officiers qui en feront la demande des passeports pour se rendre hors de France, sous la garantie de la dite Majesté, que la garnison sortira en arme et que nul citoyen de Yincennes ne sera inquiété pour avoir pris la défense du fort. Quanst au colonel soussigné, il reste prisonnier de sa majesté allemande à qui il confie sa famille et sa vie. — Après lecture du présent, les soussignés tous les officiers de la garnison de Yincennes déclarent qu'ils demandent que le colonel
Faltot jouisses des mêmes avantages que ceux qui sont mentionnés ci-dessus est d'autres parst. > Douie signatures d'ofCciers précèdent la dernière : « Le colonel commandant le fort, Faltot. »
C'est ainsi que devaient Cnir les hommes de la fédération, de la guerre à outrance et des sorties torrentielles : à plat ventre devant Tennemi.
Tel est le dernier acte, le testament de la Cornmune; il la complète et lui donne sa vraie physionomie. Traître au pays jusqu'à la minute où elle expire, elle préfère tout à la France dont elle n'a pu réussir à s'emparer. Les Allemands rejetèrent sans même y répondre la proposition du citoyen gouverneur. Dans la matinée du lundi 29 mai, le lieuknant-colonel Montels, à la tête de quelques hommes, fit mine d'attaquer le fort dont les portes semblèrent s'ouvrir d'elle-mêmes. Pendant que Faltot essayail d'introduire les Prussiens dans une place qu'ils n'avaient aucun droit d'occuper, et offrait ainsi la mesure du patriotisme de la Commune, les chefs de l'insurrection, loin de suivre les généreux conseils de Rastoul, abandonnaient leurs soldats et fuyaient à toutes jambes pour se soustraire aux arrêts mérités de la justice. Parmi les membres de la Commune, bien peu eurent à s'asseoir sur la sellette des conseils de guerre; la plupart ont pu se réfugier à l'étranger, y porter leur rancune et y formuler des projets de
revanche. Les programmes qu'ils ont délibérés nous prouveront bientôt que ni la défaite, ni le châtiment, ni l'indulgence, ni la faiblesse ne sont parvenus à modifier ces hommes, qui resteront des révoltés tant qu'ils ne seront pas des maîtres.