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cambre sa petite taille et crie de sa voix de fausset : « Monsieur, nous porterons voire lôte au bout d'une pique! » Gabriel Ranvier est à Sainte-Pélagie, car il avait été très actif au 31 octobre; il obtient, sous je ne sais quel prétexte de famille, la permission de sortir pendant quarante-buit heures. Il se rend dans un club et y dit ceci : a Ils n'ont pas le courage de me fusiller; mais nous, nous aurons ce courage, et nous les fusillerons. » Et par ma foi, il tint parole. Lorsque 1 j cortège des otages passa devant l'église de Belleville, Ranvier, debout, tête nue, adossé à la grille, donna Tordre : c Allez les fusiller \ » On obéit et Y (m alla rue Haxo.
Toute la future Commune est présente au 51 octobre et se montre le 22 janvier. Pendant la période d'investissement, lorsque nos soldats luttent à nos portes mêmes, que les Allemands resserrent les lignes d'attaque et lancent des bombes dans Paris; lorsque le pain manque à la ville affamée, que nos régiments décimés se multiplient à l'est et à l'ouest pour faire croire à des forces régulières qui n'existent plus, lorsque les femmes restent debout pendant six heures sous la neige afin d'obtenir un morceau de cheval, que les petits enfants meurent de froid et de misère, les
* Massacre de la me Haxo; débats contradictoires, 6* conseil de guerre, audience du 16 siara 1872.
« patriotes égarés d trouvent que la circonstance est bonne et veulent en profiter. Lisez le nom de ceux qu*on a été forcé de mettre sous les verrous pendant ces jours lamentables, et vous y trouverez celui de tous les futurs conquérants de THôtel de YjUe : Félix Pyat, Vermorel, G. Ranvier, Tridon, Vésinier, Razoua, Baûer, Jaclard, Flourens, Vallès, J. B. Millière, Eudes, Mégy, Edmond Levrault, Lefrançais, Ch&lelaÎD, Pillot, Pindy, Napias Piquet, Léo Meillet, Ilumbert, Arnold, Le Moussu, Piazza, Brunel, Delescluze. — J'en oublie. La réunion est complète; ce sont les législateurs, les chefs d'armée, les incendiaires. On n'a qu'à ouvrir la porte des cabanons, et le gouvernement est constitué. Il manquera le vétéran, l'apôtre, l'homme qui a toujours rêvé le despotisme en invoquant la liberté, le vieux Blanqui, au grand désappointement de ses disciples. < Le parti blanquisté, a dit un témoin déposant devant la Commission d'enquête, se compose d'ouvriers malhonnêtes et d'étudiants fruits secs. )» Personne n'en doute.
Ceux qui ont fait la Commune n'ont point attendu la guerre et nos défaites pour chercher dans la violence la mise en œuvre de leurs conceptions. Le mot est emprunté au vocabulaire de 93, il est vrai, mais il avait été rajeuni. La société secrète fonctionnant à Londres, qui en 1853 organisa et dirigea les complots de rOpéra-Comique et de l'Hippodrome, s'appelait :
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la Commune révolutionnaire; à cette époque Félix Pyat ea était le pontife. Le livre d'or de la noblesse communarde existait avant la Commune ; il était facile de l'écrire; les éléments s'en trouvaient sur les registres d'écrou des prisons, aux greffes de la cour d'assises et de la police correctionnelle, sur la liste des sociétés secrètes et parmi les numéros matricules du bagne. Ces hommes avaient fait leur éducation politique, avaient acquis leur science d^économistes dans le préau des geôles, dans l'arrière-salle des caba* rets où l'on renouvelle le monde en buvant du c petit bleu d, dans les chambres d'étudiant, où le plus souvent, par excès de verdeur et de jeunesse, on cherche les moyens d'affranchir l'humanité d'un joug qu'elle ne porte pas. Ils étaient nuls d'euxmêmes, nuUifiés encore par l'étrange mode d'enseignement qu'ils avaient adopté. Lorsqu'ils furent les maîtres, ils se conduisirent comme nous l'avons dit, ce qui n'a rien de surprenant.
La défaite les a-t-elle corrigés? la sévérité des tribunaux punissant leurs crimes les a-t-elle menés vers le repentir ? l'indulgence dont on a usé envers eux a-t-elle affaibli leurs convoitises et adouci leur colère? Non ; ik sont restés les mêmes, comme si une fatalité organique pesait sur eux et les condamnait à une révolte permanente. Un aliéniste a écrit : < L'homme devient alcoolique, mais il naît ivrogne; l'alcoolique
gii6rit, rivrogne est incurable *. » Il serait peut-êtiti vrai de dire également : i*hoinme devient insurgé, mais il naît révolutionnaire; Tinsurgé guérit, le révolutionnaire est incurable. — On serait tenté de le croire, en écoutant la voix des fugitifs qui parlent au delà de nos frontières.
A peine ont-ils quille la France et sont-ils en sûreté qu'ils afOrment leur innocence, la pureté de leurs intentions, la modération de leur conduite; pour eux, il n'y a qu'un criminel, M. Thiers; un bourreau, l'armée; un traître, l'Assemblée nationale. Ils inventent un mot et disent : les crimes de Versailles, comme les honnêtes gens ont dit : les crimes*de la Commune. Leur vanité, qui avait rapidement fléchi lorsqu'ils se dissimulaient dans leurs cachettes, réapparaît tout entière; on les croyait naïvement des contumax : pas du tout, ce sont des proscrits; ils sont la Proscription. Leur premier soin est de publier un volume imprimé à Genève en caractères couleur de sang et qu'ils intitulent : le Livre rouge de la jmtice ruraUf livre fort instructif du reste, qui démontre que la crédulité humaine est sans bornes et le jugement humain absolument aveugle.
On a réuni dans ce volume, dédié à la mémoire de
* Étude médico-légale iur les épileptiques, par le docteur Le^rand du Saulle, p. 123.
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Charles Delescluze, toutes les niaiseries, toutes les bourdes colportées dans Paris au moment de la dernière bataille, confectionnées dans les loges de portière, et tombées dans la boite des journaux, qui, surmenés, avides de nouvelles, n'ayant pas le temps matériel d'un contrôle quelconque, les imprimaient péle-méle sans critique, pour répondre, vaille que vaille, aux ardentes curiosités du public. Ce que l'on a débité d'extravagances et de fables à cette époque, les personnes qui étaient à Paris ne l'ont pas oublié. L'esprit révolté et terrifié du Parisien grossissait toute chose. Du côté des vaincus comme du côté des vainqueurs, on ne se fit faute de regarder la vérité à travers des loupes et de la rendre monstrueuse. Telle qu'elle fut cependant, elle suffisait à satisfaire les plus difficiles en matière d'horrible et de merveilleux. Toutes les insanités furieuses inventées par les défenseui*s de la Commune ou par leurs adhérents, par les badauds oisifs, par les reporters effarés, par les trembleurs éperdus, sont pieusement consignées dans cette compilation où je lis avec étonnement, sous la rubrique le Siècle^ 28 mai 1871 : a Le maréchal Mac Mahon a exécuté sa nienace contre Belleville; toute la nuit on a tiré à boulets rouges sur le quartier. » Qui ne sait cependant que, depuis plus de vingt années, Tobus a été substitué au boulet dans toute Tartillerie française et que nul, jusqu'à présent du moins, ne s'est
avisé de faire rougir un obus? Les a faits divers » qui constituent le Litre rouge de la justice rurale ont tous à peu près cette même qualité de véracité. Il y est naturellement question de la grande bataille du Père- Lachaise, où Ton ne s'est pas battu.
Le premier journal qu'ils fondent, — à Londres, — s'appelle le Qui-vivel II est de bonne encre celui-là, et il no cherche pas ses mots pour dire leur fait aux a classes dirigeantes ». En novembre 1871, bien peu de temps après la défaite, lorsque les maisons de Paris incendié ne sont pas encore reconstruites, le Quivive I daigne nous révéler quelle forme de gouvernement « la Proscription » voudra bien nous appliquer lorsqu'elle sera revenue trôner en France : « Apprenez que nous n^avons plus au cœur que l'idée d'une vengeance, et nous la voulons terrible, exemplaire. Un jour viendra, vous le savez, où nous serons de nouveau maîtres de la place. Il n*y aura plus de grâce, plus de merci pour les tueui^ de juin 1848 et de mai 1871. Nous faucherons vos têtes, seraientelles couvertes de cheveux blancs, et cela avec le plus grand calme. Vos femmes, vos filles, nous n'auroDS plus pour elles ni respect, ni pitié; nous n'aurons que la mort ! La mort jusqu'à ce que votre race maudite ait disparu à jamais! A bientôt, messieurs les bourgeois! »
La note s'est accentuée, car au début de i'insurrec-
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tioa on était plus doux et moins exigeant ; on n'aimait pas beaucoup plus les bourgeois, mais du moins on n'en demandait pas l'extermination radicale, on se contentait à moins, et la Montagne du 5 germinal an 79, c'est-à-dire du mardi 4 avril 1871, semblait répondre à tous les besoins du moment lorsque, parlant de M. Thiers, c ce petit vieux à mine de chouette, » et du c compère Favre », Gustave Maroteau y écrivait : a La Commune vous met ce matin en accusation; vous serez jugés et condamnés, il le faut. Heindrich ^, passe ton couperet sur la pierre noire; il faut que la tête de ces scélérats tombe! » L'idée communarde, on le voit, a fait quelques progrès : tuons d'abord, et nous verrons plus tard. La prose, la vile prose ne suffit pas à ces vengeurs du droit communard : la poésie s'impose aux grandes âmes : fadl indigalio versum I Les Tyrtées du pétrole, les Simonides du massacre accordent leur lyre et en tirent quelques accents qu'il est bon de répéter.
Et toi dont Tœil nous luit à travers nos ténèbres.
Nous t^évoquerons, ô Marat !
Toi seul avais raison : pour que le peuple touche
A ce port qui s* enfuit toujours, 11 nous faut au grand jour la justice farouche
Sans haines comme sans amours,
* Heindrich était alors exécuteur des hautes couvres à Paris. IV «6
Dont rdTrayante yoix plus haut que la tempête
Parle dana sa sérénité.
Et dont la main tranquille au ciel lève la tête
De Prudbomme décapité *.
Prudhomme, c'est la bourgeoisie, à laquelle on en veut furieusement en prose comme en vers. Un autre poète, qui s'intitule modestement un franc-tireur deporté, et qui date la Sanglante comédie^ poème hidch riquej du fort de Quélem (septembre 1872), promet à courte échéance :
.... Un peuple, au grand jour, poursuivant de sa haine La race de Gain dans le dernier bourgeois.
Ceux qui sont libres, ceux qui sont détenus, aspirent au même idéal : détruire toute une classe de la société don4 ils se sont expulsés eux-mêmes par fainéantise, où ils n'ont pas le courage de rentrer par le travail. Les malheureux qu'on a entassés sur les pontons, en attendant que la justice ait pu les appeler devant elle, savent tromper toute sun'eillance et retombent dans les habitudes invétérées où ils se sont perdus. À bord du transport l'Yonne, en rade de Brest, le 20 août 1871, un jour de grande représentation théâtrale, où les insurgés, travestis en acteurs, donnaient la Mort (TAbelj poème tragique en un acte,
A Les incendiaires, par M. Eug. Vermersch. Londres, 1872.
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par E. Gheisbreight (c'est Amouroux), et lesÀmoU" veux de Claudine^ par A, Bail y, on découvrit que la plupart d'entre eux avaient réussi à former une société secrète avec mots de passe et signes de ralliement, qu'ils appelaient : la Libre Pensée. Celte société aurait pu avoir pour « organe > un journal dont j'ai vu un numéro pendant la Commune et qui était intitulé : VAthée^ journal des intérêts matérialistes^ car dans leurs théories sociales ils suppriment Dieu, qui cependant ne les gêne guère, puisqu'ils se conduisent comme s'il n'existait pas.
Les calomnies qu'ils ont imprimées dans leurs petits livres et répandues à profusion ne sont pas croyables. Il faut que l'habitude de vivre au milieu de conspirateurs leur ait donné un bien singulier mépris des hommes pour qu'ils osent mentir avec une telle impudence et puissent s'imaginer que leurs fables seront acceptées par la crédulité des foules. Dans une livraison du Bulletin de la Commune^ publié en Belgique sous un format commode qui permet l'expédition par la poste, je lis une note vraiment extraordinaire. Ce bulletin paraît, — ou paraissait, — sous la direction de G. Cluseret, F. Gambon, membres de la Commune deParis, et de Fesneau, président de la Ligue du Midi. Dans le n"" 1 , adressé au peuple français et imprimé à Liège, 1874, l'auteur d'un article intitulé Légitimité du mouvement communal^ raconte que tous
les crimes commis à Paris du 22 au 28 mai soni exclusivement imputables à Tarmée française, el que ces crimes portèrent au comble la fureur populaire. > Faisant allusion au massacre des otages, l'auteur se demande : < La réaction de Versailles est-elle étrangère à ces exécutions ? » Et il se répond par la note que voici : « Le général Cluseret, étant à la guerre, reçut plusieurs avis venant de la droite de TAssemblée, le prévenant qu*il entrait dans les plans de M. Thiers de faire assassiner les otages, et spécialement M. Darboy. Il en conféra avec Rigault, et choisit en conséquence la garde de Mazas \ »
Dans la même livraison, on revendique orgueilleusement toute responsabilité dans le renversement de la colonne de la grande armée et dans Tincendie des Tuileries. Quant aux autres incendies, ils sont l'œuvre, ils ne peuvent être que l'œuvre de c la réaction ». La Commune fut clémente, elle fut douce et maternelle : « Pas une goutte de sang n'a été versée par le peuple (page 51). » C'est leur marotte; ils sont l'agneau sans tache, la blanche colombe; Candide entrant inopinément à Paris en avril ou en mai 1871 se serait cru revenu à l'Eldorado. Dans la Commune^ almanach socialiste pour 1877, imprimé à Genève, Arthur Amould écrit sérieusement cette drôlerie à la
* Bulletin de la Commune (livraison de 32 pages), p. 29.
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page 50 : « Jamais Paris ne jouit d'une tranquillité plus absolue, ne fut aussi sûr au point de vue matériel que pendant la Commune. Il n'y avait plus ni police, ni magistrature. Pas de gendarmes, pas de juges ! Il n'y eut pas un seul délit. » Le plus étrange, c'est qu'Arthur Arnould est de bonne foi.
Dans certaines circonstances solennelles, ils se réunissent, discutent, rédigent une proclamation collective et la publient sous la signature de l'un d'eux. Au moment des élections législatives de novembre 1877, le menuisier Pindy, gouverneur militaire de l'Hôtel de Ville, qu'il abandonna le dernier, agissant au nom de « la Fédération française de l'Association internationale des travailleurs », signe un manifeste où l'on peut lire : a Vous devez vous préparer à passer de la parole à l'acte, de l'urne à la barricade, du vote à l'insurrection... Si les barricades dressent leurs pavés sur les places publiques, si elles sont victorieuses, il ne faut pas qu'il en sorte des gouvernants, mais un principe ; pas d'hommes, mais la Commune. » Ce manifeste parut tellement inopportun, tellement béte aux journaux de nuance excessive, qu'ils l'attribuèrent, comme toujours, à une manœuvre de police. Pindy se fâcha et se hâta de protester : < Je revendique la responsabilité ; c'est vous dire que j'inflige le démenti le plus catégorique à tout ceux qui insinuent que j'ai désavoué ce manifeste, a»
406 Là REVENDIGATIOn
Non, la Commune représentée par les conlumax et les graciés n'a abjuré aucune de ses prétentions, n'a abandonné aucun de ses espoii^. En marge de nos frontières, regardant vers la France, elle attend le moment d'y rentrer et de retourner vers l'Hôtel de Ville avant même qu'on ait eu le temps de le reconstruire. Elle ne le cache pas, car elle est naturellement bavarde; elle Ta dit et répété à satiété dans tous les journaux qu'elle a pu fonder en Suisse, en Belgique, en Angleterre, que ce soit le Qui vive I la Fédération^ le Mirabeau^ la Nouvelle Lanterne^ la Guerre sociale^ V Avant-garde, le Révolté, et d'autres qu'il serait fastidieux d'énumérer. La terre doit appartenir au paysan, l'usine doit appartenir à l'ouvrier, et toujours, partout, sur tous les tons, on crie au bourgeois le mot du trappiste : Frère, il faut mourir !
De temps à autre, on donne quelques avertissements à la justice française. En septembre 1878, Dardelle, l'ancien colonel gouverneur des Tuileries, estime dans le Mirabeau, qui se publie à Yerviers, que les juges militaires sont c d'impudents coquins revêtus d'un caractère soi-disant légal *. Parlant delà condamnation d'Etienne Boudin, l'assassin du pharmacien Koch ^, il dit avec apaisement : « Mais cette affaire n'en restera pas là ; il viendra un jour ou il
' Procès E. Boudin ; débats contradicloires, 3* conseil de guerre> i6 février 1872.
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aura en France une véritable justice, et alors les juges et témoins auront à rendre compte du crime judiciaire qu'ils ont commis. » La justice, — la véritable justice, — que nous promet Alexis Dardelle, nous la connaissons; elle a fonctionné pendant la Commune; Raoul Rigaultenfut le procureur général; elle eut pour prétoire la cité de Vincennes, le préau de la Grande - Roquette, la cour des Tuileries, le passage Dubois, l'avenue d'Italie, l'avenue Victoria, la rue Servan, le fort de Bicêtre , le chemin de ronde de Sainte- Pélagie, l'avenue Parmentier, et tous les endroits où les innocents tombèrent sous les coups des meurtriers. Oui, Dardelle, vous ramènerez avec vous celte véritable justice; nous le savons.
Le souvenir des crimes qu'ils ont froidement prémédités n'a point troublé le repos de leur conscience; nul repentir ne les a efQeurés ; ils sont restés cequ^ils furent au moment de l'action, implacables. Lefrançais, ancien maitre d'école révoqué, qui siégea à la Commune pour le IV* arrondissement et vota contre l'organisation du Comité de salut public, a publié à Neuchâtel en 1871 un volume intitulé : Étude sur le mouvement communaliste à Paris. C'est une glorification de la Commune, il est superflu de le dire ; mais on aurait pu croire que cet homme, relativement modéré, désapprouverait certains faits de basse férocité et honteux. Il n'en est rien. Pour lui, <c Chaudey
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n'était point un otage, mais un accusé. » 11 reconnaît que l'arrestation fut « un acte d'insigne maladresse », mais « quant à sa mort, toute cruelle qu'elle fût, la responsabilité en remonte, comme pour la mort des otages, à ceux qui dès le début de la lutte, ainsi que le témoigne la proclamation Gallifet du 2 avril, ont érigé en système l'assassinat des prisonniers (p.268) . » Après la Commune, ils se sont glorifiés de ce meurtre; pendant la Commune, ils ont fait comprendre qu'ils le trouveraient légitime. Courbet avait honnêtement protesté contre l'incarcération de son compatriote Chaudey. Pilolel, qui en qualité de commissaire de police avait arrêté celui que Raoul Rigault devait tuer, répondit: « 24 avril 1871. Mon cher Courbet, vous trouvez l'arrestation du nommé Chaudey scandaleuse! Si vous aviez été, comme moi, le fusil à la main, sur la place de l'Hôtel-de- Ville le 22 janvier, vous ne me blâmeriez pas d'avoir arrêté cet assassin. » Les contumax et leurs apologistes sont i-estés fidèles à ce principe, qu'il faut intervertir résolument les rôles et démontrer à l'histoire que les assassins sont des victimes et que les victimes sont des assassins. En cela consiste ce qu'ils nomment un appel solennel à la justice et au droit.
III — LB8 PROCIRAIIIIBS.
Histoire populaire et parlementaire de la Commune. — Comment Arthur AiTiould eiplique la mort de l'arclie^éque. — La troisième défaite du prolétariat français. — Les inventions de Benoit Malon. — Histoire de la Commune de Paris. -— Les mensonges de Pierre Yésinier. — La fameuse bataille du Père-Lachaise. — Histoire de la Cotnmune de 1871. — Document à consulter. — Les groupes de contumax. — La Commune révolutionnaire. — Manifeste. — Ali-Baba et les quarante voleurs. — Les économistes. — A la taverne du Du^ cfYor A. — Les procès-yerbaux.
— L'efligie. — Les beaux-arls. — L'aristocratie de l'intelligence. — Les trois propagandes. — Ebriété. — L'impôt consenti. ~ La famille.
— La guerre. — Violence et bêtise. — Souvenir du procès de V Avantgarde.
Ceux qui étaient ou qui se croyaient en état de manier une plume ont écrit leur histoire, ils ont écrit le mémorial de la Commune et les fastes de l'Hôtel de Ville. Ils se sont déifiés et ont vilipendé la France. Ils sont conséquents à eux-mêmes, ne se démentent pas, mettent dans leur récit autant de probité que dans leur gouveniemcnt et font de la polémique comme ils faisaient Ja guerre ; leur encrier aussi est plein d'huile de pétrole. Un des meilleurs d'entre eux, Arthur Amould, ne peut échapper à ce genre de justification qui travestit les faits, les dénature et reporte sur des adversaires les crimes que Ton a commis. Son Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris est une suite de considérations diffuses où la pensée, obscurcie par une phraséologie
trop abondante, a peine à se faire jour ; c'est peut-être encore moins un plaidoyer en faveur de la Commune qu'un réquisitoire contre le gouvernement légal : « Vous mentez ! L'assassin, c'est vous ! — C'est vous l'incendiaire! » Lui aussi, il explique comment et pourquoi M^'' Darboy est mort ; le lecteur doit l'apprendre, car il ne s'en doute guère : a On vous avait offert de vous rendre l'archevêque, et vous avez refusé . — Pourquoi? — Parce que le clergé rêvait, pour remonter ses actions, de compter une victime qu'il pût transformer en martyr. Or l'archevêque de Paris, mal avec le pape et les jésuites de Rome, par sa mort vous donnait ce martyr à peu de frais, puisque vous le détestiez, ne le trouvant pas assez forcené. Sa mort, les ullramontains l'eussent payée à Thiers, car, en frappant un gallican et un prêtre, elle satisfaisait doublement l'intérêt et la haine de l'Église. Thiers vous a donc donné ce cadavre sciemment, par un de ces calculs machiavéliques qui lui faisaient croire à son propre génie quand ils ne demandent tout au plus que de la simple scélératesse. » (Tome III, p. 15. ) Puisque la mort violente de l'archevêque devait apporter un si grand bénéOce à l'Église que la Commune haïssait, il était élémentaire de ne pas le tuer. C'est à quoi Arthur Arnould n'a pas pensé, ni les assassins non plus.
Dans toutes les histoires de la Commune inventées
par les communards, on trouve une prodigieuse quantité d'élucubrations pareilles ; sous prétexte de montrer qu'ils étaient des hommes politiques, ils imaginent les conceptions les moins probables et les prêtent sans sourciller à leurs adversaires. Non seulement ils interprètent les intentions d'autrui, mais ils interprètent également des faits sur lesquels nul doute ne peut subsister, et ils donnent à la réalité d'imprudents démentis. C'est Benoit Malon qui le premier, dans la Troisième défaite du prolétariat français^ tâche de propager et d'imposer une fable réellement trop invraisemblable et dont nous avons déjà fait justice. D'après lui, M. Washburne, ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique, aurait oflert le 25 mai son intervention à Delescluze auprès des autorités allemandes afin d'obtenir une suspension d'armes, et le salut des membres de la Commune (p. 455). Le mensonge est flagrant, et puisque Benoît Malon était à la mairie du XP arrondissement, il aurait dû mieux savoir ce |qui s'y est passé.
Le plus extravagant de ces fabricants de romans prétendus historiques est certainement Pierre Vésinier. Celui-là croit que la vérité est comme lui, naturellement contrefaite, et son Histoire de la Corn-mune de Paris restera un modèle inimitable pour ceux qui, de parti pris, sont décidés à ne reculer de-
4iS LA REVENDICATION
vant aucune imposture. Il n'est point clément du reste pour les chefs de Tarmée fédérée, et lorsqu'il cite quelques passages de leurs rapports ou de leurs lettres, il a soin de les tronquer '. Il dit : « Ce sont les officiers d'état-major de cette espèce qui ont rendu possible rentrée des Yersaillais dans Paris et la chute de la Commune, ce sont eux qui sont responsables du sang qui a coulé et du massacre de quarante mille gardes nationaux tués (p. 377). » Son jugement sur la loi des otages est à retenir ; il la trouve « bien modérée et bien équitable (p. 289) ». Les faits de guerre le surexcitent à ce point qu'il en perd la tête et ne reste plus maître de son imagination. C'est à lui que Ton doit Finvention de la bataille du Père^Lachaise : « Pendant plus d'une demi-heure il y eut dans cet asile des morts un combat terrible. Ce ne fut qu'après avoir massacré les canonniers sur leurs pièces et avoir fusillé presque tous les gardes nationaux que le cimetière fut pris. Près de 6,000 cadavres jonchaient les avenues et les tombes. Beaucoup de fédérés furent égorgés dans les caveaux, sur les cercueils des morts, où ils s'étaient réfugiés et qu'ils arrosèrent de leur
* Razoua en arrivant à Genève écrit : < Après avoir défendu TËcole militaire, je suis rentré chez moi, 6, rue Duperré, vers sept heures» écrasé de fatigue ; bleue H hor$ de combat, je me suis reposé. • Dans son Hûioire de la Commune, P. Vésinier cite la lettre de Razoua (p. 376-577), mais il a soin de supprimer les mots blessé et mû hors de combat, ce qui lui permet toutes sortes de considérations.
sang. Le massacre fut épouvantable (p. 404). » Je répète encore que le Père-Lachaise fut pris sans coup férir et qu'il ne fut le champ d'aucun combat. Le récit de Pierre Vésinier, « ex-membre et secrétaire de la Commune, et rédacteur en chef du Jour)ial officielj » est le résultat d'une hallucination; mais tous les écrivains communards l'ont adopté et le commentent, sans scrupule, encore à l'heure qu'il est ^ Le volume de Vésinier se termine par une prédiction : a La Commune renaîtra des cendres de ses martyrs brûlés par les bourreaux incendiaires, boucaniers de Versailles; le vent les a déjà portées aux quatre coins du monde pour ensemencer les champs de la révolution, dont le triomphe est assuré (p. 420). »
Parmi les livres que les contumax ont publiés sur cette période de leur existence, je n'en vois qu'un, — un seul, — qui offre quelque sécurité et soit sérieux : c'est V Histoire de la Commune de 1871, par Lissagaray (1876). Le livre est d'un jacobin et d'un sectaire. L'auteur voit les choses sous le jour spécial de son opinion et les apprécie en conséquence : ce qui est son droit indiscutable. Lorsqu'il commet une erreur,
. * Le récit des incidents qui se sont produits au cimetière de TEst dans la journée du samedi 27 mai, a été fait avec une scrupuleuse exactitude par M. Alphonse Daudet. Voir Contes du Lundi, p. 178 : la Bataille du Père-Lachaite.
414 Là revendication
il parait se tromper de bonne foi et ne pas mentir, comme les autres, de volonté préconçue. Les faits n*y sont point racontés sans passion, mais le plus souvent ils sont exacts et concordent avec la vérité. M. Lissagaray y met de la dignité et il accepte nettement la responsabilité de actes coupables que les apologistes de la Commune ont tenté et tentent plus que jamais de rejeter sur « la réaction •. L'Hôtel de Ville, le Palais-Royal, la Préfecture de police, la Légion d'honneur, la rue Yavin, le Palais de Justice, la rue Royale ne sont pas brûlés par d'autres que par les fédérés; il a le courage de le dire, et il faut l'en louer; cela seul assure à son travail la valeur d'un document à consulter *.
Lui, non plus, il n'est pas indulgent pour la Commune, qu'il accuse de faiblesse et d'indécision ; selon lui, elle est frappée d'une attaque de délibération chronique et en meurt; au lieu d'agir, elle discute;
* Sur deux points M. Lissagaray commet une grande erreur. Il dit que le colonel Brunel a, dans la rue Royale, fait incendier les maisons occupées par les tirailleurs de Versailles. Toutes les maisons incendiées dans la rue Ron aie étaient situées entre les deux barricades tenues par les fédérés ; elles furent allumées le mardi 23, entre 4 et 5 heures de Taprès-midi ; les troupes françaises ne s'en emparèrent que le mercredi 24, entre 6 et 7 heures du matin. En outre, M. Lissagaray attribue Tinccndie des docks de la Villelte au feu des batteries de Ver« sailles, il se trompe ; les incendiaires de la Villette ont comparu devant la justice inilitaire et la concordance des témoignages n'a laissé aucun doute sur leur culpabilité.
Rossel le lui a déjà reproché. M. Lissagaray estime qu^elle a manqué d'énergie en ne s'emparant pas de toutes les ressources financières de Paris , et qu'elle a manqué d'esprit politique en ne sachant pas tirer un parti suffisant des découvertes d'ossements dans les chapelles sépulcrales et des autres « mystères de Picpus ». En résumé, son opinion semble être que la Commune n'était composée que de gens incapables ; il les a vus de près, il les a vus à l'œuvre, et son jugement sur ce point est conforme à ce qui ressort invinciblement de l'étude des faits.
Les communards ne se sont point contentés de fabriquer des journaux et des histoires ; ils ont péniblement rédigé des programmes dans lesquels ils ont cristallisé le précipité de leurs théories. Us se sont naturellement divisés en groupes distincts, obéissant à la loi des affinités électives et se juxtaposant selon leurs tendances ou leurs intérêts. Jacobins, blanquistes, hébertistes, économistes, internationalistes se sont séparés, s'éloignant les uns des autres, se soupçonnant, s'injuriant et formant de petites églises hostiles où les fidèles seuls avaient le droit de pénétrer. Dans ce monde, plein de justes défiances, où la loi des suspects est toujours en vigueur, il faut être vingt fois criminel pour n'être pas accusé d'appartenir à la police. Les tavernes de Londres, les cabarets de Carrouge, les estaminets de Belgique ont vu bien des dis-
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putes au cours desquelles le premier mot échangé était celui de mouchard. Grâce à cela, grâce à des querelles devenues éclatantes et dont le public a été pris à témoin, on a yu clair dans plus d'une retraite, et Ton a compris qu'ils avaient souvent, les uns pour les autres, <x une haine de frère, » comme eût dit Ugo Foscolo. Je crois pouvoir affirmer que Rochefort et Gluseret ont été condamnés à mort par une société de coutumax réfugiés à Londres. Ils ne s'en sont pas souciés, et ils ont bien fait, car quelle que soit la violence de ces gens-là, il est impossible de les prendre au sérieux.
Le groupe le plus considérable, celui qui, exclusivement à tous les autres, se considère comme représentant la pure doctrine et se croit composé d'hommes éminents tout prêts à ressaisir le pouvoir en France, a repris la vieille dénomination chère à tous les révoltés; il s'appelle : la Commutw révolutionnaire. Il a parlé, il faut répéter ses paroles et les écouter; elles sont, si graves, qu'on ne peut que les affaiblir en les résumant. Le manifeste que je vais citer tout entier, a été imprimé et distribué par milliers d'exemplaires; la poste Ta transporté en forme de lettre dans toutes les parties du monde; on Ta dissimulé sous la percaline qui revêt les petits livres des sociétés protestantes, pour le faire parvenir aux déportés de la Nouvelle-
Calédonie C'est Tévangilc des temps nouveaux, — des temps prochains ; — ceux qui ont rédigé ce programme, fruit de longues et laborieuses discussions, ont du moins le mérite de la franchise, ils disent à l'avenir ce qu'ils lui réservent, ils n'enveloppent point leurs desseins dans des phrases à double entente; ils font à la civilisation cette grâce de lui éviter toute surprise. Les incendiaires du palais de la Légion d'honneur, de la rue de Lille, de la rue du Bac, de la caserne d'Orsay, de la Caisse des dépôts et consignations, semblent écrire encore à la lueur des flammes. Leur prose éclaire autant que leur pétrole et prouve que ceux qui cherchent « l'apaisement » ne se rencontrent point parmi les évadés de la Commune, aujourd'hui conlumax et fort peu repentis.
« AUX COMMDNEUX »
c Après trois ans de compression, de massacres, la réaction voit la terreur cesser d*être entre ses mains aflaiblies un moyen de gouvernement.
c Après trois ans de pouvoir absolu, les vainqueurs de la Commune voient )a nation, reprenant peu à peu vie et conscience, échapper à leur élreinle.
« Unis contre la Révolution, mais divisés entre eux, ils usent
par leurs violences et diminuent par leurs dissensions ce pouvoir de combat, seul espoir du maintien de leurs privilèges.
« Dans une société où disparaissent chaque jour les conditions qui ont amené son empire, la bourgeoisie cherche en vain ù le perpétuer ; rêvant Tœuvre impossible d*arrêter le cours du temps, elle veut immobiliser dans le présent, ou faire rétrograder dans le passé, une nation que la Révolution entraîne.
« Les mandataires de cette bourgeoisie, cet état-major de la réaction installé à Versailles , semblent n'avoir d'autre mission que d'en manifester la déchéance par leur incapacité politique, et d'en précipiter la chute par leur impuissance. Les uns appellent un roi, un empereur; les autres déguisent du nom de République la forme perfectionnée d'asservissement qu'ils veulent imposer au peuple.
«Mais quelle que soit l'issue des tentatives versaillaises, monarchie ou république bourgeoise, le résultat sera le même : la cliute de Versailles, la revanche de la Commune.
« Car nous arrivons à l'un de ces grands moments historiques, à l'une de ces grandes crises, où le peuple, alors qu'il parait s'abîmer dans ses misères et s'arrêter dans la mort , reprend avec une vigueur nouvelle sa marche révolutionnaire.
« La victoire ne sera pas le prix d'un seul jour de lutte, mais le combat va recommencer, les vainqueurs vont avoir à compter avec les vaincus.
a Cette situation crée de nouveaux devoirs pour les proscrits. Devant la dissolution croissante des forces réactionnaires, devant la possibilité d'une action plus efficace, il ne suffit pas de maintenir l'intégrité de la Proscription en la défendant contre les attaques policières, mais il s*agit d'unir nos efforts à ceux des communeux de France, pour délivrer ceux des nôtres tombés entre les mains de l'ennemi, et préparer la revanche.
« L'heure nous paraît donc venue pour ce qui a vie dans la Proscription, de s'affirmer et de se déclarer.
n C'est ce que vient faire aujourd'hui le groupe : La GomiuNB
RéVOLCTlOMNAIRE.
a Car il est temps que ceux-là se reconnaissent qui, athées, communistes, révolutionnaires, concevant de même la Révolution dans son but et ses moyens, veulent reprendre la lutte et pour cette lutte décisive reconstituer le parti de la Révolution, le parti de la Commune.
a Nous sommes Athées, parce que Thomme ne sera jamais libre tant qu'il n'aura pas chassé Dieu de son intelligence et de sa raison.
« Produit de la vision de l'inconnu, créée par l'ignorance, exploitée par l'intrigue et subie par Timbécillité, cette notion monstrueuse d'un être, d'un principe en dehors du monde et de l'homme, forme Ja trame de toutes les misères dans lesquelles s'est débattue l'humanité, et constitue l'obstacle principal à son affranchissement. Tant que la vision mystique de la divinité obscurcira le monde, l'homme ne pourra ni le connaître ni le posséder : au lieu de la science et du bonheur, il n'y trouvera que l'esclavage de la misère et de l'ignorance.
« C'est en vertu de cette idée d'un être en dehors du monde et le gouvernant que se sont produites toutes les forn^es de servitude morale et sociale : religions, despotismes, propriété, classes, sous lesquelles gémit et saigne Thumanité.
« Expulser Dieu du domaine de la connaissance S l'expulser de la société, est la loi pour l'homme s'il veut arriver à la science, s'il veut réaliser le but delà Révolution.
c II faut nier cette erreur génératrice de toutes les autres, car c'est par elle que depuis des siècles Thonune est courbé, enchaîné, spolié, martyrisé.
« Que la Commune débarrasse à jamais l'humanité de ce spectre de ses misères passées, de cette cause de ses misères présentes.
^ Je pense qu'on a voulu dire : expulser Dieu du domaine de la conscience.
c Dans la Commune il n*y apas de place pour leprêlre : toute manifestation, toute organisation religieuse doit être proscrite.
« Nous sommes communistes parce que nous voulons que la terre, que les richesses naturelles ne soient plus appropriées^ par quelques-uns, mais qu'elles appartiennent à la Communauté. Parce que nous voulons que, libres de toute oppression, maîtres enfin do tous les instruments de production : terre, fabriques, etc., les travailleurs fassent du monde un lieu debien-élre et non plus de misère.
t ÂujourdMiui, comme autrefois, la majorité des hommes est condamnée à travailler pour Tentreprise et la jouissance d un petit nombre de surveillants et de maîtres.
(( Expression dernière de toutes les formes de servitude, la domination bourgeoise a dégagé l'exploilalion du travail des voiles mystiques qui Tobscurcissaient : gouvernements, religions, famille, lois, institutions du passe comme du présent, se sont enfin montrés, dans cette société réduite aux termes simples de capitalistes et de salariés, comme les instruments d'oppression au moyen desquels la bourgeoisie maintient sa domination, contient le Prolétariat.
a Prélevant pour augmenter ses richesses tout le surplus du travail, le capitaliste ne laisse au travailleur que juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim.
0 Maintenu par la force dans cet enfer de la production capitaliste, de la propriété, il semble que le travailleur ne puisse rompre ses chaînes.
c Mais le Prolétariat est enfin arrivé à prendre conscience de lui-même ; il sait qu'il porte en lui les éléments de la société nouvelle, que sa délivrance sera le prix de sa victoire sur la bourgeoisie et que, cette classe anéantie, les classes seront abolies, le but de la Révolution atteint.
* Appropriées doit évidemment signifier : être la propriété.
« Nous sommes Communistes, parce que nous voulons arriver à ce but sans nous arrêter aux moyens termes, compromis qui, ajournant la victoire, sont un prolongement d'esclavage.
« En détruisant la propriété individuelle, le Communisme fait tomber une à une toutes ces institutions dont la propriété est le pivot. Chassé de sa propriété, où avec sa famille, comme dans nne forteresse, il tient garnison, le riche ne trouvera plus d'asile pour son égoïsme et ses privilèges.
« Par Tanéanlissement des classes disparaîtront toutes les institutions oppressives de l'individu et du groupe dont la seule raison était le maintien de ces classes, l'asservissement du travailleur à ses maîtres.
« L'instruction ouverte à tous donnera cette égalité intellectuelle sans laquelle l'égalité matérielle serait sans valeur.
c Plus de Scilariés, de victimes de la misère, de l'insolidarité, de la concurrence, mais l'union de travailleurs égaux, répartissant le travail entre eux, pour obtenir le plus grand développement de la Communauté, la plus grande somme de bien-être pour chacun. Car cliaque citoyen trouvera la plus grande liberté dans la plus granHe expansion de la Communauté.
< Cet état sera le prix de la lutte, et nous voulons cette lutte sans compromis ni trêve, jusqu'à la destruction de la bourgeoisie, jusqu'au triomphe défînitif.
« Nous sommes Communistes, parce que le Communisme est la négation la plus radicale de la société que nous voulons renverser, Talûrmation la plus nette de la société que nous voulons fonder.
H Parce que, doctrine de l'égalité sociale, elle est plus que toute doctrine la négation de la domination bourgeoise, l'affirmation de la Révolution. Parce que, dans son combat contre la bourgeoisie, le Prolétariat trouve dans le Communisme l'expression de ses intérêts, la règle de son action.
« Nous sommes Révolutionnaires , autrement communeux, parce que. voulant la victoire, nous en voulons les moyens.
ÀÎ2 LA REVENDICATION
Parce que, comprenant les conditions de la lutte, et voulant les remplir, nous voulons la plus forte organisation de combat, la coalition des efforts, — non leur dispersion, mais leur centralisation.
« Nous sommes révolutionnaires, parce que, pour réaliser le but de la Révolution, nous voulons renverser par la force une société qui ne se maintient que par la force.
< Parce que nous savons que la faiblesse, comme la légalité, tue les révolutions, que Ténergie les sauve. Parce que nous reconnaissons qu'il faut conquérir ce pouvoir politique que la bourgeoisie garde d'une façon jalouse, pour le maintien de ses privilèges. Parce que dans une période révolutionnaire, oili les institutions de la société actuelle devront être faudiées, la dictature du prolétariat devra être établie et maintenue jusqu'à ce que, dans le monde affranchi, il n'y ait plus que des citoyens égaux de la société nouvelle.
c Mouvement vers un monde nouveau de justice et d'égalité, la Révolution poile en elle-même sa propre loi, et tout ce qui s'oppose à son triomphe doit être écrasé.
c Nous sommes révolutionnaires, nous voulons la Commune, parce que nous voyons dans la Commune future, comme dans celle de 1793 et de 1871, non la tentative égoïste d'une ville, mais la Révolution triomphante dans le pays entier : la République communeuse. Car la Commune c'est le prolétariat révolutionnaire armé de la dictature pour l'anéantissement des privilèges, l'écrasement de la bourgeoisie.
< La Commune, c'est la forme militante de la Révolution sociale. C'est la Révolution debout, maîtresse de ses ennemis.
ff La Commune, c'est la période révolutionnaire d'où sortira la société nouvelle.
« La Commune, ne l'oublions pas non plus, nous qui avons reçu charge de la mémoire et de la vengeance des assassinés, c'est aussi la revanche.
« Dans la grande bataille engagée entre la boui^eoi^ie et le
prolétariat, enti'e la société actuelle et la Révolution, les deux camps sont bien distincts, il n'y a de confusion possible que pour l'imbécillité ou la trahison.
< D'un côté tous les partis bourgeois : légitimistes, orléanistes, bonapartistes, républicains conservateurs ou radicaux ; de l'autre, le parti de la Commune, le parti de la Révolution, — l'ancien monde contre le nouveau.
« Déjà la vie a quitté plusieurs de ces formes du passé, et les variétés monarchiques se résolvent en fin de compte dans l'immonde Bonapartisme.
« Quant aux partis qui, sous le nom de République conservatrice ou radicale, voudraient immobiliser la société dans l'exploitation continue du peuple par la bourgeoisie, directement, sans intermédiaire royal, radicaux ou conservateurs, ils diflèrent plus par l'étiquette que par le contenu ; plutôt que des idées différentes, ils représentent les étapes que parcouiTa la bourgeoisie avant de rencontrer dans la victoire du peuple sa ruine définitive.
« Feignant de croire à la duperie du suffrage universel, ils voudraient faire accepter au peuple ce mode d'escamotage périodique de la Révolution ; ils voudraient voir le parti de la Révolution, entrant dans Tordre légal de la société bourgeoise, par là même cesser d'être, et la minorité révolutionnaire abdiquer devant l'opinion moyenne et fahifiée de majorités soumises à toutes les influences de l'ignorance et du privilège.
« Les radicaux seront les derniers défenseurs du monde bourgeois mourant ; autour d'eus seront ralliés tous les représentants du 'passé, pour livrer la lutte dernière contre la Révolution. La fin des radicaux sera la fin de la bourgeoisie.
i A peine sortis des massacres de la Commune, rappelons à ceux qui seraient tentés de l'oublier, que la gauche versaillaise, non moins que la droite, a commandé le massacre de Paris, et
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que Tannée des massacreurs a reçu les félicitations des uns comme celles des autres. Yersaîllais de droite et Versaillais de gauche doivent être égaux devant la liaine du peuple : car contre lui toujours radicaux et jésuites sont d*accoi d.
i U lie peut donc y avoir d'erreur, et tout compromis, toute alliance avec les radicaux doivent être réputés trahison.
a Plus près de nous, errant entre les deux camps, ou même égarés dans nos rangs, nous trouvons des hommes dont l'amitié, plus funeste que l'inimitié, ajournerait indéfiniment la victoire du peuple s*il suivait leurs conseils, s'il devenait dupe de leurs illusions.
c Limitant plus ou moins les moyens de combat à ceux de la luUe économique, ils prêchent à des degrés divers l'abstention de la lutte armée, de la lutte politique.
« Érigeant en théorie la dé^o^ganisation des forces populaires, ils semblent, en face delà bourgeoisie armée, alors qu'il s'agit de concentrer les efforts pour un combat suprême, ne vouloir qu'organiser la défaite et livrer le peuple désarmé aux coups de ses ennemis.
« Ne comprenant pas que la Révolution est la marche con* sciente de l'humanité vers le but que lui assignent son développement historique et sa nature, ils mettent les images de leur fantaisie au lieu de la réalité des choses et voudraient substituer au mouvement rapide de la Révolution les lenteurs d'une évolution dont ils se font les prophètes.
c Amateurs de demi-mesures, fauteurs de compromis, ils perdent les victoires populaires qu'ils n'ont pu empêcher ; ils épargnent sous prétexte de pitié les insiitulions, les intérêts d'une société contre lesquels le peuple s'était levé.
d Ils calomnient les révolutions quand ils ne peuvent plus les perdre.
« Ils se nomment communalistes.
« Au lieu de l'effort révolutionnaire du peuple de Paris pour conquérir le pays entier à la République communeuse, ils
▼oient dans la Révolution du 18 Mars un soulèvement des franchises municipales.
« Ils renient les actes de cette RfSvolution qu'ils n*ont pas comprise, pour ménager sans doute les nerfs d*une bourgeoisie dont ils savent si bien épargner la vie et les intérêts. Oubliant qu'une société ne périt que quand elle est frappée aussi bien dans ses monuments, ses symboles, que dans ses institutions et ses défenseurs, ils veulent décharger la Commune de la responsabilité de IVxécution des otages, de la responsabilité des incendies. Ils ignorent, ou feignent d'ignorer, que c'est par la volonté du peuple et de la Commune, unis jusqu'au dernier moment, qu'ont été frappés les otages, prêtres, gendarmes, bourgeois, et allumé les incendies.
« Pour nous, nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces actes justiciers qui ont frappé les ennemis du peuple, depuis Clément Thomas et Lecomte jusqu'aux Dominicains d*Arcueil, depuis Donjean jusqu*aux gendarmes de la me Haxo, depuis Darboy jusqu'à Ghaudey.
c Nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces incendies qui détruisaient des instniments d'oppression monarchique et bourgeoise ou protégeaient les combattants.
c Comment pourrions-nous feindre la pitié pour les oppresseurs séculaires du peuple, pour les complices de ces hommes qui depuis trois ans célèbrent leur triomphe par la fusillade, la transportation, l'écrasement de tous ceux des nôtres qui ont pu échajiper au massacre immédiat.
« Nous voyons encore ces assassinats sans fîn d'hommes, de femmes, d*enfants ; ces égorgcments qui faisaient couler à flots le sang du peuple dans les rues, les casernes, les squares, les hôpitaux, les maisons. Nous voyons les blessés ensevelis avec les morts ; nous voyons Versailles, Satory, les pontons, le bagne, la Nouvelle-Calédonie. Nous voyons Paris , la France courbés sous la terreur, l'écrasement continu, l'assassinat en permanence.
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« Communeux de France, Proscrits, unissons nos efforts contre Tennemi commun ; que chacun, dans la mesure de ses forces, fasse son devoir !
« Le groupe La Commune révolutionnaire :
Aberlen, Berton, Breuilié, Carné, Jean Clément, F. Coumet, Ch. Dacosta, Dellès, A. Dérouilla, E. Eudes, H.Gausseron, E.Gois, A. GouUé, E. Gran< ger, A. Huguenot, E. Jouanin, Lcdrux, Léonce, Lbuillier, P. Mallet, Hargueriltes, Constant Martin, A. Horeau, H. Mortier, A. Oldrini, Pichon, A. Poirier, Ryslo, B. Sachs, Solignac, Ed. Vaillant, Varlet, Viard.
d Londres, juin 1 874. i>
Ceux qui ont signé ce manifeste ne furent point de minces personnages pendant les mois d'aTrii et de mai 1871. Toutes les hautes fonctions civiles^ administratives, militaires, sont représentées; c'est encore un gouvernement tout prêt : Cournet, Viaixl et Vaillant ont élé membres de la Commune; Eudes» général, membre de la Commune, a fait partie du dernier Comité de salut public; Huguenot, Sachs, Brouillé, Dacosta, ont été les substituts de Raoul Rigault ; Gausseron a été juge d'instruction ; Gois a présidé la cour martiale; le colonel Ledruxa été gouverneur du fort de Vanves ; GouUé a été chef d'escadron d'état-major ; Mortier, du Comité central, était délégué à la mairie du XI^ arrondissement ; A. Moreau était secrétaire général à l'inspection des ambulances;
Constant Martin a été secrétaire général à la délégation de l'enseignement, et Granger a fourni les fonds à Taide desquels Blanqui organisa le complot de la Villette qui permit à Emile Eudes de se distinguer en assassinant un pompier.
Les contumax qui ne partagent pas les opinions du groupe de h Commune révotuUonnaire dont Eudes est le chef — le dictateur — ne fuient point satisfaits de ce manifeste, que Ton jugea peu politique et fort intempestif. Il y eut du bruit dans le Landerneau de la a proscription » et Ton fut très mécontent de voir ainsi mettre imprudemment au jour les projets que l'on mûrissait, et dont il était inutile de faire part aux réactionnaires. Gabriel Ranvier, La Cécilia, Cluseret s'en mêlèrent et trailèrent c le général » Eudes avec fort peu de déférence ; Vermersch dit un un mot .spirituel : ce Ils sont trente-trois dans la Commune rétohilionnaire^ c'est fâcheux ; s'ils étaient quarante, on y chercherait Àli-Baba ! » D'une lettre écrite à propos de cette proclamation par un homme qui a joué un rôle important sous la Commune, j'extrais le passage suivant : « Le programme des trentetrois est la fusillade et l'incendie... en parole; leur but, faire peur aux bonnes d'enfants; le résultat, le seul du moins appréciable, le ridicule et l'odieux jetés sur toute la proscription de 1871 . Ce résultat leur estil payé, ou n'est-il dû qu'à leur outrecuidante sottise»
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c^esl ce que Ta venir nous apprendra. • Je trouve celte lettre sévère ; Eudes et ses acolytes racontent simplement ce qu'ils ont fait, pour mieux dénoncer ce qu'ils feront. Ils ont eu toute la Commune pour complice, du 22 au 28 mai ; ils ont la bonne foi de le dire : c'est maladroit, j'en conviens; mais ceux qui les blâment aujourd'hui ne les ont point blâmés lorsqu'ils mettaient leur programme en action par < la
fusillade et l'incendie. »
Les hommes qui ont rédigé ce manifeste sont des blanquistes et des hcbertistes, — des hommes d'action, — comme ils aiment à s'appeler eux-mêmes. En dehors d'eux s'est formé un groupe d'apparence plus pacifique, composé d'économistes, qui cherche à découvrir par la discussion la solution du problème social. Ceux-là aussi, il convient de les écouter, car ils disent parfois des choses très divertissantes. Âh ! le vieux monde n'a qu'à bien se tenir, car avec de pareils cadets il n'en a plus pour longtemps. Les théories sont à l'élude, les formules sont prêtes; lorsque l'on reviendra, on aura dans sa poche le code de la félicité humaine; on pourra parera toutes les éventualités et étonner le peuple par la profondeur des conceptions. Ces apôtres du socialisme, de l'internationalisme, du collectivisme se réunissent régulièrement pour échanger ce qu'ils appellent des idées. Le jeudi me paraît être leur jour préféré ; ils ne
se cachent point, ils sont abordables; les oisifs de Londres peuvent aller les entendre à la taverne du Duc ffYork; chaque séance donne lieu à un procès- verbal. L'ensemble dis procès-verbaux constitue la loi future ; il n*est ni difficile ni coûteux de se les procurer. Le nombre des assistants varie selon les circonstances. Parmi les plus assidus, je trouve Antoine Arnaud et Jean-Baptiste Clément, de la Commune ; Yinot, colonel, commandant TÉcole militaire; Maujeau, chef du visa au trésor; Letailleur, secrétaire général aux relations extérieures; N. Rousseau, du Comité central; Langlois, qui a appartenu à une commission de Toctroi ; Dardelley fait quelques rares apparitions; puis il y a des inconnus, d'humbles < proscrits » qui viennent s'abreuver aux sources mêmes de la science économique, et parfois aussi des voyageurs curieux, — j'en connais, — qui savent le chemin de Bennett street. Ce groupe n'a pas l'ampleur de la Commune révolutionnairey mais il ne manque pas d'originalité, et il représente l'Académie des sciences morales et politiques de la contumacerie.
11 serait fastidieux de reproduire toutes les insanités sur lesquelles on dispute ; le résume des procès-verbaux des derniers mois de 1 878 est suffisant pour donner au lecteur une idée très nette de ce genre tout spécial d'aberrations. Le 2 mai, après avoir décidé que l'on fusillerait ceux qui ne se soumettraient pas à la
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révolution, on s'occupe du capital. On s'en empare; mais comment parviendra-t-on à forcer a les bourgeois » à a restituer > leur argent? C'est bien simple : on fera une nouvelle efGgie pour frapper la monnaie ; toute pièce qui ne portera point cette efligie sera refusée et les propriétaires des < anciennes effigies > seront tenus de les vei^r à un endroit désigné. Le 9 mai, on pense aux beaux-arts dont il convient de développer le goût dans le peuple ; grosse question qui ^t très rapidement résolue : les riches n'ayant plus d'hôtels n'auront plus de murs pour y accrocher des tableaux ; les tableaux diminueront immédiatement de valeur et on en formera des musées pour la récréation des prolétaires. — Par-ci par-là on lâche de bons aphorismes : c L'épargne, c'est le vice. > Le 13 juin, un orateur nommé Lassassie est d'avis que l'émancipation de la femme est une question primordiale. Et l'enfant ? Ceci mérite méditation ; on remet à quinzaine pour la solution, qui apparaît le 4 juillet : c Dans la société future, il n'y aura pas d'état ; il y aura quelque chose qui se chargera de l'enfant, mais on ne sait pas comment cette chose s'appellera. > C'est bien clair. — Le 18 juillet, un citoyen Z., compatriote de Dante, de Michcl-Ânge et de Galilée, dit : c Ce que nous ne voulons pas, c'est l'aristocratie de l'intelligence, parce que c'est contraire à la justice. > Celte motion trouble un peu Jean-Baptiste Clément, qui se
croit très intelligent; à la séance suivante, il exprime sans timidité le désir que toutes les femmes soient des Staël et des Georges Sand . — Il n'est pas dégoûté, Jean-Baptiste Clément.
Le 15 août, on revient aux questions purement économiques : < Tant que nous ne posséderons pas la terre et les outils, il faudra donc discuter celte ignominie du salarial. Plus de palliatif. Il ne faut pas plus de bons patrons qu'il ne faul de bons sergents de ville ou de bons curés. Travaillons donc pour la révolution violente, qui seule peut nous sauver de la situation qui nous est faite. Pour abolir le salariat, il faut abolir le patron, et le premier acte de la révolution doit êlre l'expropriation de toutes les propriétés. » Le 22 août, on dit : c Les ouvriers se plaignent des machines, qu'ils s'en emparent, et ils n'auront plus qu'à s'en louer. » Huit jours après, Jean-Baptiste Clément résume la discussion : a Donc, trois propagandes actives à faire : 1* à la ville ; 2** à la campagne ; 3^ la plus sérieuse, qui est de développer chez tous les ouvriers le désir du bien-être ; il faut combattre tous ces mots : anstinence, vertu, résignation, persévérance \ »
< Développer le désir du bien- être chez tous les oumers parait être en contradiction avec le principe que Y Internationale professait avant le 4 septembre : c À Londres, quand nous parlions d'améliorer le sort des ouvriers, ils nous répondaient qu'ils voudraient voir les ouvriers dix fois plus malheureux. Quand vous aurez donné aux ouvriers
Le 5 septembre, un incident se produit. J.-B. Clément, qui parait élre Torateur le plus écoulé du cénacle, discute la question des impôts pour arriver à les supprimer ; il termine en disant : « Démontrer Tiniquité existante, démolir, abolir, pousser à la révolulion, voilà notre ouvrage ; à ceux qui viendront après de voir ce qu'ils auront à finre. > A celle péroraison, le citoyen H. se lève : « C'est de la démence, citoyens, de discuter des impôts quand nous savons tous que ça devrait être aboli, et que notre devoir de révolutionnaires socialistes nous oblige à les supprimer. Citoyens, s'il faut jurer de tuer quelqu'un, j'en suis, ça me va ; d'aller à Paris planter le drapeau rouge, j'en suis; de tirer sur. toute la canaille qui nous gouverne, j'en suis; mais c'est trop bête de venir ici, comme des écoliers, nous qui avons fait la Commune. » Violente interruption. — Le citoyen H. reprend dans des termes que j'adoucis singulièrement : « Je m'en moque ; je vous dis qu'il faut avoir de la résolution, et ne pas discuter des choses oisives comme nous le faisons ; nous sommes des imbéciles. » Le procès-verbal constate que l'état d'ébriété du citoyen H. ne lui permet pas de formuler sa pensée avec toute la netteté désirable. Malgré cette sortie, la question de l'impôt tient au cœur de J.-B. Clément, qui la reprend le 12 septembre : au lieu
tout ce qui leur sera nécessaire, ils ne Toudront plus sortir de chex eux.* Enquête parlementaire tur lei% mars; déposition des témoins, édi*. de 1872, p. 542
de toutes les contributions existantes, il propose d'éta* blir l'impôt consenti. — On hésite, on cherche à comprendre, on ne comprend pas ; on finit par demander des explications, il s'explique : c Mais c'est bien simple cependant ; l'impôt consenti, c'est celui qui répond aux besoins journaliers. » — Dès lors tout le monde approuve, 'et la motion est adoptée.
Le 26 septembre, le citoyen Gratien demande à parler de la famille : c La famille, c'est l'obstacle : elle est à détruire si l'on veut arriver à donner à tous une éducation égale et révolutionnaire ; puisque nous abolissons l'hérédité, l'enfant n'est plus l'héritage du père et de la mère, il appartient à l'Ëtat. » Dans ces réunions d'où sortira la société modèle, toutes les fois que l'on propose de supprimer un devoir ou d'atténuer une responsabilité sociale, on est certain d'être applaudi.
On a résolu, comme on vient de voir, les ques« tions de la propriété, de l'impôt, de la famille; il est temps de se hausser aux considérations abstraites et de dire quelques mots de la guerre. J.-B. Clément s'en charge dans la séance du 31 octobre : « Il n'y a que les philanthropes qui s'élèvent contre la guerre; c'est grâce à la guerre que la Commune de Paris est venue, et aussi grâce à sa défense que Ton doit le grand élan socialiste d'aujourd'hui ; pour nous révolutionnaires, il existe toujours le seul, le juste
iT. S8
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moyen de la guerre civile. Formons donc une armée de travailleurs, et guerre aux bourgeois! »
Le 7 novembre, Dardelle intervient ; c'est à hii, ancien chasseur d'Afrique, ancien colonel gouverneur du palais des Tuileries, qu'il appartient de traiter avec compétence la question militaire ; qui mieux que lui peut la connaître et la développer? « Il suffit d'un homme comme Mahomet qui, au lieu du Coran, aille l'épée d'une main et le socialisme dans l'autre à la conquête des monarchies de l'univers. Il ne faut penser à rien de pacifique, mais à la révolution violente, aux coups de fusil, pour arriver à être débarrassé de la race bourgeoise, et la guerre doit être le premier soin d'un gouvernement socialiste. Il doit immédiatement entamer une guerre de conquête jusqu'à l'extinction de la monarchie dans tous les coins du globe. » Dardelle est couvert d'applaudissements; aussi, il revient à la charge le 5 décembre : «Il faut arriver à former des révolutionnaires d'aotion pour renverser tout ce qui existe et opérer un changement total de la société, d L'année 1878 se ferme à la taverne du Duc (TYork sur une note
plus gaie, car, le 19 décembre, le citoyen Bazin dit : c La terreur est telle en France depuis 1871, que nul n'ose plus y parler* ]»
U n'y a pas à qualifier de pareilles rêveries ; un des membres de la réunion s'en est, du reste, chaîné
LES PROSRAMMES 45j
dans la séance du 9 juin, lorsqu'il a dit : « Nous sommes en train de faire la cuisine de la Révo*lution el nous pourrions paraître monstrueux aux gens qui nous entendraient. » Il ne faut ni s'étonner, ni s'eiîrayer outre mesure de toutes ces sornettes sorties de cerveaux malsains, faibles et méchants. J'ai consulté les procès-verbaux de la Société démocratique française^ qui tenait séance à Londres en 1839 et 1840 : ce n'est ni moins violent, ni moins bête; mais ce qui ressort des manifestes et des discussions, des contumax amis du général Eudes ou fréquentant la taverne du Duc (TTiork^ c'est qu'ils révent tous la dictature, à la condition de l'exercer eux-mêmes.
La Commune, essayant d'expliquer ses crimes, a prétendu qu'elle avait voulu sauver l'existence de la République menacée par l'Assemblée nationale ; elle a menti. A ces gens, la forme républicaine est aussi odieuse que la forme monarchique. Le 15 avril 1879, la cour d'assises du canton de Neuch&tel, en Suisse, a été contrainte de faire comparaître les rédacteurs d'un journal appelé /'iât^arit-^ar^ia, qui prêchait ouvertement l'assassinat. La plupart des accusés avaient brillé à THôtel de Ville, combattu sous le drapeau rouge et avaient pu échapper à l'action des lois françaises. Le président demanda à l'un des accusés : <x En qualité d'anarchiste collectiviste, ne pour-
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suivez-vous pas la suppression de l'état républicain aussi bien que de Tétat monarchique ? i^ L'accusé répondit : «c Oui. » Il a répondu pour la G>mmune tout entière, qui n'a jamais eu d'autre but, ni d'autre intention.