‹ Les convulsions de ParisChapitre 33 sur 63 · HOREAU · texte numérisé non relu

HOREAU

483 PIÈCES JUSTIFICATITES

4 mat 1871.

QCAETIEBS POPULEUX.

Le Paris d'aujourd'hui n'est pas le Paris d'hier. La con- 6ance existe encore; mais on voit le danger ^ et ce qu'on conseillait jadis, on l'exige maintenant. Oui, plus les points noirs s'élargissent, plus ce flot populaire monte et menaœ tempête.

Ne prenant que le plus sérieux de tout oe que j'entends, je le relate par à peu près.

Le fort d'Issy et Issy même se trouvent très compromis. Le fort de Vanves est attaqué avec rage par les versaillais. Des masses terribles vont nous entourer et bientôt s'emparer de toutes nos positions, afin de nous refouler au delà des fortifications 7- notre défense devient molle, l'attaque vorsaillaise furibonde. — L'on n'entend plus parler de Dombrowski, pourquoi ?

Lui aussi, sans doute, aura été fait prisonnier par nos ennemis. La porte Maillot fléchit. L'on brûle les Ternes, et Clichy-Levallois va être abandonné par les habitants. Nous sommes écrasés de toutes parts, et cela n'est pas étonnant, des personnes bien informées nous assurent que les versaillais ont à l'heure qu'il est plus de huit cents canons e tutti quanti. Conclusion : les gendarmes sont dans Paris ; voilà ce qu'on dit aujourd'hui. Heureusement, comme fiche de consolation l'on ajoute : Eh bien, qu'il viennent dans Paris, c'est là où nous les attendons, hommes, femmes, enfants, tous s'y mettront.

Après avoir signalé le danger, voici le remède d'après le peuple.

La levée en masse sans que personne ne puisse s'y soustraire et alors vous aurez contenté le peuple, dit-on; en place de rester 10 ou 15 jours aux barricades l'on n'y restera que trois.

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Personne alors ne pourra nous insulter en nous appelant comme beaucoup font soldats de trente sous ; nos femmes sentiront qu'elles ne doivent plus nous empêcher de inarcher. Enfin, et là est surtout Timportant selon la raison suprême» tout Paris étant sous les annes» Versailles rentrera de suite daDS la voie des concessions.

Il faut aussi, dit-on encore, mettre trois fois plus de; canons en jeu, car les gardes nationaux qui reviennent de la bataille affirment qu'il y a dix batteries versaillaises que l'on vient de laisser s'élever fort tranquillement ; nous allons en avoir encore de nouvelles devant nous (Hontretout, Buzenval, etc.). Entre autres celle de la batterie du moulin de bierres que l'on a laissé s'établir sans seulement s'en inquiéter et qui nous fait tant de mal aujourd'hui (j'ai signalé cela dans un de mes rapports).

L'on dit partout à l'appui de ces faits qu'il y a beaucoup d'endroits où des bouches à feu placées intelligemment réduiraient au silence, et cela en peu de temps, plusieurs batteries ennemies.

L'on crie à pleins poumons que jusqu'ici il y a eu une telle incurie dans la défense, qu'il a fallu être imbécile ou traître pour la diriger de cette façon. — Les jeunes gens quittent Paris sans la moindre opposition, les uns allant à Versailles, les autres en province (et ce sont ceux-là qui la trompent). D'autres, les bras croisés, assistent à la boucherie humaine. — Si vous avez une communication à faire touchant la défense, communication dé la plus haute importance, l'on vous fait promener de bureau en bureau, puis Ton revient chez soi un peu harassé et beaucoup désillusionné, sans avoir pu trouver l'homme ad hoc^ tout le monde vous ayant fait la même réponse : citoyen, ce n'est pas de mon ressort, — Enfin des chefs, dont les soldats sont aux tranchées, qui se promènent dans les rues de Paris.

Voilà ce qui provoque aujourd'hui la colère de chacun.

Bref, levée en masse. Punition exemplaire pour les traîtres. —

Précision et intelligence dans les ordres, énergie de fer à les exécuter, et tout peut encore être sauvé. Voilà l'opinion du peuple.

A la dernière heure, Ton parle d'une ignoble trahison et d un massacre qui s'en serait suivi.

Chef du service du Contrôle Général^

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