ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L AVANCE»|ENT DES SCIENCES
La part prise par les Coraux à l'édification des roches sous-marines a toujours été importante; les premières formations coralliennes remontent à la plus haute antiquité. Dès la période silurienne, des bancs de Polypiers se montrent dans les mers qui occupaient les territoires actuels des États de New-York et de New-Jersey dans l'Amérique du Nord ; un peu plus tard, on les voit apparaître dans les provinces baltiques de la Russie, la Scandinavie, le Pays de Galles, la Bohême; pendant la période dévonienne, on les trouve encore dans l'Amérique du Nord et, en Europe : en Silésie, à Cologne, dans l'Eifel, la province de Namur (1), le comté de Devon, les Alpes, le département de Vaucluse; ils se continuent dans ie^ régions voisines pendant toute la période carbonifère. Les Coraux qui forment ces anciens récifs sont fort différents de ceux de l'époque actuelle ; mais dès le trias se multiplient en grand nombre, dans les mers qui couvraient le Tyrol et les Alpes, des Coraux déjà très voisins des nôtres, et leurs débris s'accumulent en masses calcaires de plus de \ 000 mètres d'épaisseur. Les Coraux prennent, encore plus d'extension pendant la période suivante, ou période jurassique, si bien que l'une des séries d'assises qui se sont déposées durant cette époque a mérité le nom d'Étage corallien. Les récifs coralliens s'étendent alors jusqu'au S5^ degré de latitude nord; ils sont magnifiquement développés jusqu'au centre de l'Angleterre.
A partir de ce moment, sans cesser d'avoir une importance considérable, ces récifs éprouvent un mouvement de retrait bien manifeste vers le Sud. En France, ils descendent peu à peu de la latitude de l'Artois et de la Normandie à celle de la Bourgogne et du Jura ; puis ils se confinent à la hauteur de la Méditerranée actuelle. Dans la première partie de la période tertiaire, alors que les Mammifères inauguraient leur domination sur la terre ferme, ils formaient encore une longue bande, qu'on peut suivre de nos Pyrénées jusqu'à l'Himalaya ; mais bientôt ils abandonnent les régions correspondant à ce que nous nommons actuellement les Zones tempérées, et on ne les trouve plus aujourd'hui qu'entre le SO'' degré de latitude nord et le 30^ de latitude sud, c'est-àdire à peu près dans la Zone intertropicale ou Zone torride, qu'ils débordent légèrement.
Là, en revanche, leur activité est extrême.
Dans toutes ces régions, les récifs de Coraux forment autour du globe comme une vaste ceinture, interrompue seulement depuis la côte occidentale de l'Amérique jusqu'aux îles Pomotu, et dans toute la largeur de l'Atlantique, sauf la mer des Antilles et la côte tropicale du Brésil. Les Coraux manquent donc sur la côte occidentale de nos deux grands Océans, tandis qu'ils florissent sur leur côte orientale, ce qui est probablement une affaire de courants. La plus grande partie de la côte occidentale de la mer Rouge, la moitié sud de sa côte orientale, la côte du Zanguebar et de Mozambique, les côtes nord- est et sud-ouest de Madagascar, les Seychelles, l'île Maurice, les îles Laquedives, Maldives, les archipels Chagos et Keelings, une importante partie des côtes des îles de la Sonde et des Philippines, la côte nord-ouest de l'Australie, toutes les îles de la Polynésie, enfin, dans l'Atlantique, la Floride et la plupart des Antilles sont entourées de vastes ceintures exclusivement madréporiques, constituant à l'heure actuelle d'imposantes formations dont doivent se préoccuper tout à la fois les géologues, les zoologistes et les marins, et dont nous allons essayer d'esquisser l'histoire.
(1) Calcaiie de Fresnes.
Los formations ducs à des Madrépores s'arrêtent assez souvent à fleur d'eau. A basse mer, elles demeurent plus ou moins longtemps découvertes, présentant seulement de place en place des flaques d'eau où la vie s'épanouit avec une richesse extraordinaire, où abondent, avec de brillants Polypes, les Étoiles de mer, les Oursins, les Holothuries qui parcourent toute la gamme des couleurs les plus éclatantes, où viennent chercher leur subsistance d'innombrables légions de Mollusques aux élégantes coquilles, A marée haute, l'eau vient cacher aux yeux ce superbe spectacle : le banc de corail n'est plus qu'un récif auquel les vagues donnent l'assaut, et dont leur blanche écume dessine les contours quand la mer est agitée. Les navigateurs sont alors avertis; mais par les temps calmes, dans des mers inconnues, rien n'indique l'approche del'écueilrla mer reste profonde aux alentours et, sans que les sondages aient pu inspirer la moindre défiance, le navire est tout à coup arrêté par une solide muraille contre laquelle, au retour de la boule, il sera bientôt mis en pièces. Ces écueils, que les marins se sont justement attachés à noter avec soin sur leurs cartes, appartiennent à trois catégories. Les plus simples, étroitement appliqués contre la terre ferme à laquelle ils constituent un rempart vivant contre le choc des vagues, semblent un simple prolongement du sol, au-dessous du niveau de la mer ; ce sont les Récifs-f rangeants. D'autres se tiennent à une certaine distance du rivage, en suivent de loin le contour, mais en demeurent séparés par un chenal souvent navigable, dont la largeur varie de quelques centaines de mètres à près de 200 kilomè très; ce sont les /{cc«/s-6amè?-es. Tantôt, comme un ouvrage avancé, ils longent sur une plus ou moins grande étendue les côtes d'un continent ou d'une île ; tantôt ils entourent une île d'une ceinture continue de brisants ; d'autres fois enfin, dans un môme archipel, chaque île possède sa ceinture et l'archipel tout entier est enfermé dans un cercle protecteur qui semble fixer son domaine à la surface de l'Océan et en défendre l'accès.
Les îles ainsi entourées sont des massifs volcaniques aux cônes élancés, ou des terres anciennes, comme la Nouvelle-Calédonie, coupées de montagnes et de vallées ; on les nomme des lies hautes, par opposition à d'autres îles, exclusivement coralliennes celles-là, les Iles basses, dont un grand nombre sont aussi désignées sous le nom d'Atolls. A proprement parler, un atoll est un anneau de récifs dont le contour est plus ou moins régulièrement circulaire. Cet anneau ne demeure pas toujours submergé ; certaines de ses parties s'élèvent fréquemment à quelques mètres au-dessus de l'eau et constituent autant d'îles dont l'ensemble afiecte une disposition sensiblement circulaire. Quelquefois encore, l'anneau tout entier émerge et forme au-dessus de l'Océan une île plate, sans montagnes, couverte d'une luxuriante végétation, dont le bord externe est battu par les flots, tandis qu'au centre un lac d'eau salée absolument tranquille contraste par son calme absolu avec l'agitation du dehors: ce lac est la laijune de l'atoll dont l'anneau solide n'a souvent guère plus de 2 kilomètres de largeur (tig. 1). Supprimez l'île haute qu'entoure complètement un récifbarrière, ce récif n'est plus qu'un atoll ; il est évident qu'un lien étroit existe entre les deux formations, et ce lien apparaît encore aussi évident entre les récifsbarrières et les récifs-frangeants; car, en nombre de régions, on voit les récifsbarrières se rapprocher peu à peu de la côte, le chenal qui les en sépare devenant graduellement plus étroit et moins profond; linalenient, ils se soudentà elle; de telle sorte que le récit-barrière le mieux caractérisé peut devenir insen-