‹ Les coralliaires et les ©les madr©poriquesChapitre 3 sur 8 · ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L AVANCEMENT DES SCIENCES · texte numérisé non relu

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siblement un véritable récil-lVangeant dans une importante partie de son étendue. Il est donc permis de penser que les ditï'érences, en apparence si

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trancliées, que Ion observe entre les l'ormalions coralliennes ne sont (lue les aspects divers sous lesquels se présente un même phénomène, résultant de

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liii lion ilimc cause OU d'un cnseinblo de causes conslanlcs, niais ïnvco de se pi ici- à des conditions secondaires variables. Quelques cxtîraples i'eronl nettement ressortir la probabilité de cette iiroposition.

Charles Darwin a dresse, d'après tous les documents liydi-ogiapliiques connus en iSi^, nne remaniuable carte des l'orinalions coralliennes classées diiprès les dénominations que nous venons de définir. De l'examen de cette carte ressortent aussitôt les laits suivants :

Les récils-frangeanls se li'ouvent sur les deux côtes de la mer Rouge oij ils ont (Hé étudiés soigneusement par l"'hrenberg ; sur les côtes de Zangucbar et (le Mozaml)ique, autour de Madagascar, de Ceylan, des îles Nicobar, delà Sonde, Mariannes, Salomon, autour des Nouvelles-Hébrides, des îles Samoa, de la presqu'île de la Floride et des Antilles.

Il existe des récifs-barrières le long des côtes de Nubie, autour des Comores, de l'île Vanikoro, de la Louisiadc ; mais les plus beaux qu'on puisse citer sont ceux qui longent la côte nord-est de l'Australie, les deux côtes nord-est et sud-ouest de la Nouvelle-Calédonie et celui qui entoure les îles Viti. Le récif australien n'a pas moins de 2 040 kilomètres de long ; il est séparé de la côte par un chenal dont la largeur varie de 40 à l.SO kilomètres et la profondeur de 20 à 1*20 mètres. Ce chenal, parfaitement navigable, fut parcouru par (]ook dans toute sa longueur, lors de son premier voyage autour du monde.

11 existe déjà de beaux atolls dans la mer des Indes : les Laquedives, les Maldives, les Chagos, les Keelings en présentent de parfaits exemples; les Maldives ne sont, en effet, qu'une multitude d'îles basses disposées en ellipses régulières, elles-nK'mes alignées sur deux rangs, et dont le nombre, encore inconnu, est évalué par les indigènes à plus de 12 000. Mais c'est dans le grand Océan que ces singulières Ibrmations, sans être plus remarquables qu'aux Maldives, prennent le plus grand développement. Les archipels des Pelew, des Caroiines, Marshall, Gilbert, EUice, et les îles Pomotu en sont presque exclusivement constitués et l'on en rencontre encore en beaucoup d'autres points.

Il .est assez rare de trouver à l'état pour ainsi dire théorique, avec une pureté de caractères absolue, les différentes sortes de rccils coralliens. On peut en citer cependant un certain nombre de chaque catégorie. Nous avons déjà indiqué les principaux récifs-frangeants qui existent à l'état isolé.

Le grand récif australien est un bon type de récif-barrière ; il en est de même du récif qui entoure Maupili, de celui qui entoure Vanikoro et sur lequel vinrent se briser, en 1787, les navires de Lapérouse, l'Astrolabe et la Boussole ; de celui qui entoure Bora-Bora, l'une des îles de l'archipel de Tahiti. Déjà, dans ces îles, on constate cependant une remarquable cond)inaison ; outre le récif-barrière typique, un beau récif-frangeant est adhérent à la côte ; il y a donc un récif exlcrieur et un récif intérieur, qui présentent chacim des caractères particuliers.

Comme types d'atoll parfait, on peut signaler, outre les Maldives, les îles Narcisse, MoUer et Clermonl-Tonnerre (fig. 1), qui font partie de l'archipel des Pomotu. voisin de celui de Tahiti.

Mais voici d'autres combinaisons. A Tahiti même, le récif est i*! peu près complètement interrompu devant Papéete, oi!i ce qui en reste constitue un excellent appareil de protection pour le port ; le récif reparaît ensuite en qualité de récif-barrière, puis il se rapproche de la côte et devient presque frangeant entre Taapune et Aline. Celte transformation est encore, plus frappante pour le récif de la côte sud-oiiest de la Nouvelle-Calédonie. Ce magnilique appareil

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madréporique s'étend sur une longueur de près de 800 kilomètres et sa distance de la ten-e est, à l'extrcmité sud, de près de 30 kilomètres ; mais, à mesure qu'on remonte vers le nord, il se rapproche de la côte , qu'il arrive à toucher vers le premier quart de sa longueur, qu'il frange pendant son second quart et qu'il abandonne ensuite pour se prolonger bien au delà vers le nord-est. Dans les îles Manga-Reva ou Gambier, nous trouvons une combinaison des récifs-barrières et des atolls. Entin, dans les îles Viti apparaissent toutes les combinaisons possibles. De l'ouest au nord, un vaste récif en quart de cercle protège tout l'archipel, dans lequel on observe, avec des îles basses annulaires de toutes les formes, des îles hautes entourées de récif s-f rangeants comme Goro, de récifs-barrières comme Angau, Nairai, Lakemba, Argo, l'île des Explorateurs, Namku et Aiva, où le récif s'écarte de plus en plus du rivage. Souvent même de grands atolls circulaires sont formés d'un anneau d'îles également en forme d'atolls : ce sont des atolls d'atolls. Les combinaisons les plus complexes peuvent ainsi être réalisées, attestant entre ces aspects si divers l'existence de ce lien qu'il nous faudra chercher.

Nous avons vu que des parties plus ou moins étendues des récifs-barrières et des atolls pouvaient émerger et former des séries d'îlots couverts de végétation; en général, ces îlots sont disposés sur le côté du récif le plus exposé au vent dominant; parfois ils s'unissent en une bande étroite d'une assez grande longueur et même forment une ceinture à peu près complète. Rien n'est plus pittoresque que ces îles hautes à l'aspect sévère, formées, comme Bora-Bora, d'immenses blocs de rochers entourés d'une ceinture d'eau limpide et calme que borde comme un ourlet vivant un vigoureux trait de verdure; rien n'est plus gracieux que ces atolls complètement émergés, tels que l'île de Clermont- Tonnerre, qui semblent des anneaux d'émeraude fixés sur la draperie sans cesse mouvante de l'Océan.

Dans toutes ces îles tropicales la végétation est, en effet, d'une vigueur incomparable. Sur la plupart des îles de corail, qui représentent à elles seules une superficie de quatre millions d'hectares, poussent à profusion les cocotiers, les Pandanus, les bananiers, l'arbre à pain, le taro, les Hibiscus, de superbes Ficus, et beaucoup d'autres plantes auxquelles viennent s'ajouter peu à peu toutes celles que l'homme cultive pour ses besoins. 11 y a du reste à cet égard bien des différences; le contraste est frappant entre la variété des végétaux des Maldives et l'uniformité de la flore des Pomotu, oîi une trentaine de phanérogames suffisent à entretenir une végétation d'ailleurs vigoureuse. La richesse de la faune ne correspond pas à l'abondance de la végétation. De grandes chauves-souris frugivores, des roussettes, une petile espèce de rat sont les seuls animaux non importés par l'homme que les premiers navigateurs trouvèrent dans la plupart des îles de l'Océanie. Les autres branches du règne animal étaient aussi pauvrement représentées: signalons toutefois un singulier crabe, le Birgus latro, voisin des Bernard-l'Hermite, qui abandonne l'eau oîi vivent ses congénères pour grimper sur les cocotiers et en détacher les fruits, qu'il arrive parfaitement à casser pour se régaler de leur contenu. Ce crabe voleur, de grande taille, est assez commun aux îles Pomotu.

Les indigènes des îles madréporiques appartiennent tous à des races connues dont le chef-lieu est en Asie ou en Afrique, d'oi!i leurs ancêtres sont partis pour venir échouer, après quelque tempête, sur ces îles désertes (1). Aux Maldives,

(1) Grâce à l'obligeance de nos collègues du Muséum d'histoire naturelle et de la Société de géographie, nous avons pu faire passer sous les yeux de nos auditeurs un grand nombre de photogra-

ils constituent une race mixte où domine le sang dravidien, mais où se sont mc'langés des éléments aryens, sémitiques et nègi-es. Les indigènes professent le maliométisme. Tout autre est la population dos îles comprises entre les Sandwich et la Nouvelle-Zélande, les Tongas et l'île de Pà(iues; ces archipels, en apparence isolés, sont habités par une même race d'hommes évidemment si proches parents des Dayaks de Bornéo et des Battaks de Sumatra, que M. Hamy a proposé de considérer ces Malais et les Polynésiens comme appartenant à une seule et même race, la race imlonmmne. dont les habitants de Tahiti peuvent donner une bonne idée. M. de Quatrefages a éloquemment conté les migrations histoi'iquement connues de ces Polynésiens. Les Micronésiens, qui habitent les îles Marshall, Gilbert, Mariannes, Carolines, Pelew, comprises entre la Chine, le .lapon, les Philippines, la Nouvelle-Guinée et l'Australie, sont peu différents des indonésiens; il n'en est pas de même des populations des îles Salomon, des Nouvelles-Hébrides, de la Nouvelle-Calédonie et des Fidji, qui sont noires et ont été distinguées, sous le nom deA''e7ri!7o, des nègres d'Afrique, dont elles n'ont pas le développement corporel et auxquels elles sont ordinairement demeurées très inférieures sous le rapport de la civilisation.

Telles sont les îles do Corail, tels sont leurs habitants. Et maintenant, comment CCS îles se sont-elles formées? Pourquoi les formations coralliennes se présentent-elles avec une si grande variété d'aspect, tout en paraissant tendre vers une sorte de forme limite qui est l'atoll? Pourquoi cette forme circulaire qui semble être la forme fondamentale des îles madréporiques?

Dans le premier examen que firent les marins des récifs si redoutés par eux du grand Océan, ils furent surtout frappés du rapide accroissement de profondeur de la mer dans leur voisinage. La paroi des récifs est à pic, parfois surplombante et, à très peu de distance de la zone dangereuse, les sondes ordinaires, qui ne descendent pas très bas, cessent de rencontrer le fond. On ne s'étonnera pas que, d'après ces données, l'amiral Dupetit-Thouars se soit représenté un archipel madréporique comme un arbre dont le tronc, s'élançant du fond de l'Océan, se serait divisé en rameaux nombreux venant affleurer à la surface; les extrémités de ces rameaux creusées en coupe n'étaient autre chose que les a<o//s. Rien n'est venu justifier cette opinion.

La conformation de certains récifs, les récifs Abrolhos, par exemple, sur la côte du Brésil, au sud de Porto-Seguro, pourrait appuyer une autre théorie, celle de G. Forster, Ces récifs ont, en eflet, la forme de gigantesques champignons dont le chapeau s'étale à fleur d'eau. Ces chapeaux peuvent s'unir de manière à former de vastes arches au-dessous desquelles on a vu parfois passer des baleines harponnées. Suivant l'amiral Mouchez, le pied de ces champignons est, dans certains cas, assez peu résistant pour êtni brisé par le choc des vaisseaux qui n'en reçoivent aucun dommage; mais d'autres fois le navire glisse sur recueil et s'y trouve tout à coup établi comme sur une plaie-forme, au grand désappointement du capitaine, qu'aucune modification apparente dans la pro-

phies projetées par M. Molteni el représentant des paysages et les habitants des îles de Corail. Le dépôt des cartes et plans de la Marine nous a, de son côté, confié les caries des principales formalions coralliaires; M. Durègne, directeur du laboratoire de Zoologie d'Arcachon, nous avait envoyé de magnifit|ucs coralliaires vivants: Cerianthes, Anlhea, liunodes, etc., que M. Trouvé a splendidement illuminés à l'aide de ses lampes lyectriques. Nous sommes U'op heureux d'exprimer ici toute notre reconnaissance aux personnes qui ont bien voulu faciliter notre tâche en nous prêtant leur bienveillante aseistance.

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