ACTE PREMIER
semble que me voilà remis tout à fait. Maintenant je vais prier mademoiselle Judith, la grrrande musicienne de la maison, de me faire entendre quelque chose et puis je vous débarrasserai de ma présence.
Que veux-tu que je te joue? Le Trouvère ?
VIGNERON
Va pour le Trouvère, (a Blanche.) C est gai, ça, le Trouvère? C’est de Rossini?
BLANCHE
Non, de Verdi.
VIGNERON
Ah! Verdi, l’auteur des Huguenots.
BLANCHE
Non, les Huguenots sont de Meyerbeer.
VIGNERON
C’est juste. Le grand Meyerbeer ! Quel âge peut-il bien avoir aujourd’hui, Meyerbeer?"
BLANCHE
11 est mort.
VIGNERON
Bah!... Ma foi, il est mort sang que je m’en aperçoive... (a Judith.) Tu ne trouves pas le Trouvère? Ne cherche pas, mon enfant, ne te donne pas cette peine. Tiens, joue-moi tout simplement... la Dame blanche.
JUDITH
Je ne la connais pas.
VIGNERON
Tu ne connais pas la Dame blanche? Répète-moi ça. Tu ne connais pas... 'Alors à quoi te servent les leçons que je te
fais -donner, des leçons à dix francs -l’heure. Qu’est-ce qu’il t’apprend, ton professeur? Voyons, réponds, qu’est-ce qu’il t’apprend?
JUDITH
11 m’apprend la musique.
VIGNERON
Eh bien? La Dame blanche , ce n’est donc plus de la musi* que?
MARIE, entraînant Judith.
Allons, grande sœur, joue donc à papa ce qu’il te demande.
Judith se place au piano et attaque le morceau célèbre :
D’ici voyez ce beau domaine Dont les créneaux touchent le ciel;
Une invisible châtelaine
Veille en tout temps sur ce castel.
Chevalier félon et méchant,
Qui tramez complot malfaisant,
Prenez garde !
La dame blanche vous regarde,
La dame blanche vous entend.
Vigneron s’est mis à chanter, puis sa femme, puis ses filles; au milieu du couplet, arrivée de Gaston; il passe la tête d’abord par la porte du fond, entre, va à la cheminée, prend la pelle et les pincettes et complète le charivari.
VIGNERON, le couplet fini, courant sur son fils.
D’où viens-tu, polisson? Pourquoi n’étais-tu pas à table avec nous?
GASTON
J’ai déjeuné chez un de mes amis.
VIGNERON
Comment l’appelies-tu, cet ami-là?