‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 9 sur 110 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

que tu as eu et la peine que tu t’es donnée, voici ce qu’il te dirait : cette fabrique m’a appartenu d’abord, elle a été à tous deux ensuite, elle est à vous maintenant.

vigneron.

Bon petit cœur, tu mets du sentiment partout. 11 faut en avoir du sentiment et ne pas trop compter sur celui des autres.

Il l’embrasse.

MADAME VIGNERON, rentrant.

Comment, Vigneron, tu es encore ici?

VIGNERON

Madame Vigneron, réponds-moi à cette question : Suis-je l’obligé de Teissier ou bien Teissier est-il le mien?

Ni l'un ni l’autre.

VIGNERON

Explique-nous ça.

MADAME VIGNERON

Tu tiens beaucoup, mon ami, à ce que je rabâche cette histoire encore une fois ?

VIGNERON

Oui, rabàche-la. \\ J

MADAME VIGNERON

M. Teissier, mes enfants, était un petit banquier, rue Guénégaud no 12^ où nous demeurions en même temps que lui. Nous le connaissions et nous ne le connaissions pas. Nous avions eu recours à son obligeance dans des moments d’embarras et il nous avait pris quelques effets sans trop de difficultés parce que nous avions la réputation d’être des honnêtes gens. Plus tard, M. Teissier, dans le mic-mac de ses affaires, se trouva une fabrique sur les bras. 11 se souvint de

votre père, et lui offrit de la conduire à sa place, mais en prenant Vigneron aux appointements. A cette époque, notre ménage était hors de gêne; votre père avait une bonne place dans une bonne maison, le plus sage était de la garder. Quinze mois se passèrent; nous ne pensions plus à rien depuis longtemps; un soir, à neuf heures et demie précises, j’ai retenu l’heure, la porte de vos chambres était ouverte, Vigneron et moi nous nous regardions en vous écoutant dormir, on sonne C’était M. Teissier qui montait nos cinq étages pour la première fois. Il avait pris un grand parti; sa fabrique, pour dire le mot, ne fabriquait plus du tout; il venait supplier votre père de la sauver en s’associant avec lui. Vigneron le remercia bien poliment et le remit au lendemain. Dès que M. Teissier fut parti, votre père me dit, écoutez bien ce que me dit votre père : Voilà une chance qui se présente, ma bonne; elle vient bien tard quanti nous commencions à être tranquilles ; je vais me donner beaucoup de mal, tu seras toujours dans les transes jusqu’à ce que je réussisse, si je réussis; mais nous avons quatre enfants et leur SOrt est peut-être là. (Elle essuie une larme et serre la main de son mari; les enfants se sont rapppochés; émotion générale.) P OUr en revenir à ce que tu demandais, la chose me paraît bien simple. M. Teissier etM. Vigneron ont fait une affaire ensemble; elle a été bonne pour tous les deux, partant quittes.

VIGNERON

Hein, mes enfants, parle-t-elle bien, votre mère ! Prenez votre exemple sur cette femme-là et tenez-vous toujours à sa hauteur, on ne vous en demandera pas davantage.

Il embrasse sa femme.

MADAME VIGNERON

Tu flânes bien, mon ami, ce n’est pas naturel. Es-tu toujours indisposé?

VIGNERON

Non, ma bonne, je me sens mieux au contraire; il me

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