‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 7 sur 110 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VIGNERON

Ne vous fâchez pas, mademoiselle, on ne le fera plus Ju dith, raconte-moi un peu ce qui se passe... dans la lune.

JUDITH

Moque-toi de moi maintenant.

VIGNERON

Où prends -tu que je me moque de toi? J’ai une fille qui s’appelle Judith. Est-elle ici? Est-elle ailleurs ? Gomment le saurais-je? On ne l’entend jamais.

JUDITH

Je n’ai rien à dire.

VIGNERON

On parle tout de même.

JUDITH

Quel plaisir trouves-tu à me taquiner toujours sur ce chapitre? Je vous vois, je vous écoute, je vous aime et je suis heureuse.

VIGNERON

Es-tu heureuse ?

JUDITH

Absolument.

VIGNERON

Alors, ma fille, tu as raison et c’est moi qui ai tort. Veuxtu m’embrasser ?

JUDITH, se levant.

Si je veux t’embrasser? Cent fois pour une, mon excellent père.

Ils s’embrassent ; Auguste rentre.

VIGNERON

Qu’est-ce qu’il y a encore ? Je ne pourrai donc pas embrasser mes enfants tranquillement.

AUGUSTE

ftl. Dupuis est là, Monsieur.

VIGNERON

Dupuis! Dupuis, le tapissier de la place des Vosges? Qu’est-ce qu’il demande? J’ai réglé son compte depuis longtemps.

AUGUSTE

M. Dupuis venait voir en passant si Monsieur n’avait pas de commandes à lui faire.

VIGNERON

Dites de ma part à M. Dupuis que je ne me fournis pas deux fois chez un fripon de son espèce. Allez. (Auguste sort; il se dirige vers la table.) Ali çà ! que faites-vous donc là toutes les deux ?

MADAME VIGNERON

Laisie-nous tranquilles, veux-tu, mon ami, nous nous occupons du dîner de ce soir.

VIGNERON

Ah !... Madame Vigneron, viens que je te glisse un mot à

l’oreille. (Madame Vigneron se lève, ils se joignent sur le devant de la

scène.) Alors c’est bien convenu, c’est décidé, nous donnons notre fille à ce freluquet?

MADAME VIGNERON

C’est pour me dire ça que tu me déranges.

VIGNERON

Ecoute-moi donc. Mon Dieu, je n’ai pas de préventions contre ce mariage. Madame de Saint-Genis me fait l’effet d’une honnête femme, hein? Elle n’a pas le sou, ce n’est pas sa faute. Son fils est un bon petit garçon, bien doux, bien poli, et surtout admirablement frisé. Dans quelque temps, je ne me gênerai pas pour lui dire qu’il met trop de pom-

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