L'empereur Yao régnait en Chine 2257 ans avant notre ère
28 tTHNOGRAPHIE DE LA CORÉE
du règne de Wou-ting*, il alla sur les monts Asta et devint Esprit.
Ce n'est toutefois que vers le commencement du xu* siècle avant notre ère, que les premiers faits historiques relatifs à la Corée sont mentionnés par les historiens chinois.
Lors de la fondation de Fempire des Tcheoii (1134 avant Jésus-Christ), le prince Ki-tsze, delà dynastie déchue des Chang^ résolut d'émigrer sur les bords du fleuve Paï-syou* et d^y fonder un nouvel état. Les Syœn-pi formaient alors la population de la partie do la Corée où il vînt s'établir : il fixa sa résidence dans la ville appelée Pyœng-jang. Ce Ki-tsze introduisit en même temps la civilisation chinoise dans sa nouvelle patrie; il y enseigna les rites de la Chine et apprit au peuple Tagriculture et Tart d'élever les vers à soie. On lui attribue enfin la comoosition d'un code de lois qui ne renfermait en tout que huit articles. La concision de ce code valut au fondateur de la monarchie coréenne
i. La huitième année du règne de l'empereur Wouting, de la dynastie chinoise des Chang, correspond à l'an 13 U avant notre ère. C'est la première année du 23° cycle sexagennal.
2. Ce fleuve, désigné aujourd'hui sous le nom de Tatong-kang, est situé au nord-est de la province de Hoanghai; il se jette dans le golfe du PehTchih-li.
un éloge du célèbre philosophe Lao-^5^«* qui soutenait que plus il y avait de lois dans un pays, plus les crimes y étaient nombreux.
Quelques années plus tard (1119 avant notre ère), Ki-lsze lit hommage de sa principauté à l'empereur de Chine IVou-wang, de la dynastie des Tcfieoii, et reçut en échange de cet acte de soumission le titre de « roi du Tchao-sien».
Pendant la guerre des États (de 403 k 222 avant notre ère), la Corée fut soumise au royaume de Ye?i*y qui avait été fondé au nord de la province chinoise actuelle du Tchih-li; puis elle tomba au pouvoir de Ui-mak, chef puissant du pays des Huns, dont les successeurs parvinrent à dompter les Weï-meh et les Wo'tsze, et qui furent reconnus vassaux du Céleste-Empire par les princes de la dynastie des Ha?i. Mais bientôt des différends s'élevèrent entre leoii-kin*, petit-fils de Weïman et Wou-ti^ empereur de Chine, qui donna des ordres pour qu'on attaquât' le roi de Tchao-sien et qu'on détruisit sa puissance.
Wou-ti parvint à se rendre maître des états de ce dernier et les convertit en quatre provinces chinoises.
1. Conlemporaia de Coufucius et auteur du Tao-teh King ou « Livre de la Voie et de la Vertu ».
Aux temps de la dynastie chinoise des Tsiii^ (210 avant notre ère), la Corée est occupée par plusieurs tribus ou peuplades à peu près complètement indépendantes les unes des autres, mais qui, à la suite de longues guerres, finirent par se réunir pour se séparer de nouveau dans les siècles suivants. A cette époque, on trouve au nord-ouest de la presqu'île le pays de Fou-yu; au nord-est, le pays de WoU'tsiu* ; à Fest^ le territoire occupé par les tribus TF(?2-meA*; à l'ouest, le territoire des Ma-harC ; au sud-ouest^ le Pien-harC ; et au sud-est, le Chin-han ou Sin-lo (le Sin-ra des Japonais).
heFou-yu était borné au sud parle royaume de Kao-kiu'li; à l'est par les I-leoii; à Touest par les Sien-pi^ et avait au nord pour limite le fleuve Joh-choui (l'Amour). Les I4eoiiy dont il est ici question, paraissent être les mêmes que les Sou-tchin de l'antiquité ; on les comptait parmi les peuples que les Chinois désignaient sous le nom de Toung-i ou « Barbares Orientaux. » Le premier roi de ce pays fut, suivant une légende fabuleuse, l'enfant miraculeux d'une servante d'un roi de To-li^ dans la région des « Barbares du Nord » .
Les habitants du Fou-yu étaient de taille élevée et jouissaient d'une certaine somme de
civilisation. Ils faisaient des sacrifices au Ciel, accompagnés de chants et de danses.
Leurs lois étaient très rigoureuses : les assassins notamment étaient enterrés vifs. Braves guerriers^ ils faisaient usage de sabres, de lances, d'arcs et de flèches. Le trésor royal renfermait, dit-on, une quantité considérable de pierres précieuses et d'objets de prix. Par la suite ^ le Fou-yu fut incorporé dans le domaine du roi de Kao-kiu-li.
Le Wou-tsiu n'était pas précisément un royaume, car chacune des cités qu'il renfermait avait une sorte de chef indépendant qui portait le titre de Tchang-chouaï, Il reconnut cependant un jour la souveraineté de Weïmarij roi du Tchao-sien, dont il a été question plus haut. A la mort de Yeou-kin, petitfils de ce dernier , il fut divisé en quatre départements et eut pour capitale une ville qui est désignée sous le nom de Wou-tsiu-tching ou « ville de Wou-tsiu ». Ce petit état fut sans cesse en lutte avec les états voisins qui, par la supériorité de leurs forces militaires, l'obligeaient à leur payer des tributs en marchandises et en femmes. Le peuple passait cependant pour brave et très robuste. Il avait llhabitude d'exhumer ses morts, lorsque les chairs étaient détruites, et de réunir leurs os-
sements dans un cofTre qui renfermait tous ceux d'une même famille. Durant Tété, il habitait des grottes creusées dans Tintérieur des montagnes, et ne retournait dans les villes qu'aux approches de Vhiver.
Les Weï-meh occupaient la partie du Tchaotien qui constitua, en 83 avant notre.ère, les gouvernements chinois de Loh-laiig et de Hiouen-tou. Ces tribus sont de la même race que le peuple de Kao-km-li, Elles pratiquent le culte du Ciel, des Rivières et des Montagnes. Lorsqu'un individu vient à mourir, son habitation est abandonnée et sa famille s'en construit une nouvelle. Les Weï-meh étaient industrieux : ils s'adonnaient à la culture du chanvre et des vers à soie, et savaient fabriquer des tissus. Us faisaient de fréquentes observations astronomiques.
Les trois autres peuples de la Corée mentionnés à l'époque des Tsin (ni<* siècle avant notre ère), bien que n'ayant pas tous la même origine, paraissent avoir appartenu primitivement à un seul et même corps de nation, la nation Hafiy morcelée par la suite en une sorte de confédération, sous le nom collectif de San-Han « les trois Han ». Cette confédération occupait un territoire où avait existé antérieurement un royaume du nom de Chin.
La triarchie des Han comprenait les états suivants, subdivisés eux-mêmes en .un assez grand nombre de cantons ou états secondaires. Les Ma-han formaient Télément prépondérant de la confédération, et c'était parmi eux qu'avait été choisi le roi de Chin, Un passage, d'ailleurs- assez obscur de Ma Touan-lin* , nous dit que ce roi de Chbi gouvernait les trois Han et résidait dans le royaume de Youehtchiy Tun des petits états secondaires du pays des Ma-han. La civilisation n'était guère plus avancée dans ce pays que dans les autres régions du Tchao-sien. On y adorait un dieu principal sous le nom de « Génie du Ciel »
et on pratiquait un culte accompagné de danses et de chants. Il n'y avait point chez ces Han de villes fortifiées, et leurshabitations construites de terre ressemblaient à un stoitpa (sorte de tumulus). A peu de distance de leur pays, dans une île située à Test de la mer Jaune (île Lindsey), il y avait un peuple nommé Tcheou-hoii qui présentait des caractères particuliers : il était de très petite taille, parlait une langue absolument différente de celle des Ma-han^ se rasait la tête comme les
1. D'Hervey de Saint-Denys, Ethnographie des peuples étrangers, t. I, p. 23.
Sien-pi et portait des vêtements de cuir qui recouvraient seulement le haut du corps et laissaient la partie inférieure tout à fait nue. On suppose que ces Tcheou-hou appartenaient à Tune des races aborigènes de TAsie orientale. Il n^est pas impossible que des recherches ethnographiques entreprises dans les îles de Tarchipel de Corée ne permettent de retrouver quelques descendants de ces prétendus autochtones.
Les Pien-han sont également désignés sous le nom de Pien-chin^, dans lequel on trouve rappelé le nom de ce pays de Chi7i, dont les rois jouissaient de la suprématie dans l'ancien Tchao-sien. Ces peuples étaient de haute stature et portaient de longs cheveux. Ma Touan-lin rapporte que, comme ils étaient voisins du Japon, le tatouage était répandu parmi eux^
Les Chin-han ou Sin-lo (en japonais : Sinrà) étaient, dit-on, les descendants de réfu-
1. J'ai donné rénumération des tribus des Pien-chin, ainsi que d*autres documents empruntés aux sources originales, dans mes Peuples Orientaux connus des an~ ciens Chinois (couronné par l'Institut), 2« édition.
2. D'Hervey de Saint-Denys, Ethnographie, t. I, p. 38. Voy., au sujet du tatouage chez les anciens Japonais, ce que j'ai dit d'après les données chinoises, dans mes Peuples orientaux connus des anciens Chinois, seconde édition, p. 37.
giés chinois qui s'étaient transportés en Corée à l'époque des persécutions de Tempereur Tsin-chi Hoang-ti. Leur langue, en effet, n'était autre que celle qu'on parlait en Chine à Tépoque de ce terrible monarque. Pour ce motif, on les a également appelés Tsin-kan, c'est-à-dire Han du pays des Tsin. Ma Touanlin rapporte qu'ils ne pouvaient choisir un roi parmi eux, qu'ils devaient toujours l'élire dans la race des Ma-han, ce qui est une preuve de leur caractère d'étrangers. Ce même auteur ajoute que, dans les cérémonies de leurs funérailles, « ils tenaient à la main des plumes d'un grand oiseau, indiquant par là qu'il souhaitaient que l'âme du mort prît son vol et s'élevât*. »
L'usage voulait, chez ces peuples, qu'on comprimât à l'aide d'une pierre la tête des enfants à leur naissance, ce qui a donné aux Chin-han une tête très aplatie. On prétend qu'à l'instar des Pien-chin, ils avaient emprunté au Japon la pratique du tatouage.
Je m'abstiens de reproduire ici les noms d'une foule d'autres peuplades ou tribus de la Corée, que les auteurs chinois nous ont conservés sans nous fournir aucun rensei-