‹ Les correspondants de J. Joubert 1785-1822Chapitre 32 sur 48 · Aujourd'liui iiuméro 9:2, rue Denferi-Rochereau · texte numérisé non relu

Aujourd'liui iiuméro 9:2, rue Denferi-Rochereau

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ces, malgré une santé très délicate, des prodiges d'activité et de dévouement. Chaque jour, après avoir entendu la messe, elle se donnait à sa chère infirmerie : elle visitait d'abord les hôtes de Marie- Thérèse, n'arrivant jamais les mains vides et s'informant des besoins de chacun; si des demandes d'admission lui étaient adressées, elle faisait elle-même ses enquêtes et allait voir les malades à domicile; puis elle courait chez ses amis pour recueillir des souscriptions ou des dons en nature; elle organisait des sermons de charité. Habile acheteuse, elle se chargeait de procurer à l'infirmerie le linge, les meubles, le bois et le vin nécessaires, parcourait souvent même les magasins de revendeurs, d'où elle rapportait ce qui pouvait en tous genres être utile à ses pensionnaires, à la maison ou à la chapelle. Pour créer des ressources à l'œuvre, elle eut l'idée d'y organiser une fabrique de chocolat, qui continue maintenant encore à prospérer et forme le principal revenu de Marie-Thérèse. Elle envoyait des prospectus de tous côtés et dépensait une ardeur extrême à ce qu'elle appelait son commerce; un jour même, par mégarde, dit-on, mais croirions-nous plutôt par plaisanterie, elle signa : vicomtesse de Chocolat, une lettre où elle faisait un éloge enthousiaste de sa marchandise. On put bientôt, grâce à raccroisscment

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des revenus, acheter la maison et y construire une chapelle, que hénit solennellement Mgr de Quéleu en 1822. M. et madame de Chateaubriand firent don à l'infirmerie d'une petite propriété qui s'y trouvait contiguë; ils vinrent eux-mêmes en 1824 se fixer dans le voisinage, en acquérant un immeuble important, où l'on menaçait d'établir des jeux publics, et y demeurèrent jusqu'en 1831. Fondée et développée principalement par le zèle de madame de Chateaubriand, l'infirmerie de Marie-Thérèse rend encore les plus grands services; elle a cessé de recevoir des femmes et est devenue l'asile exclusif des prêtres âgés et infirmes du diocèse de Paris Ceux qui ont quelques ressources payent une pension, les ecclésiastiques pauvres y sont reçus gratuitement, et une retraite paisible est ainsi assurée à ces hommes vénérables, qui, après avoir prodigué leurs forces pour le bien des âmes et le soulagement de toutes les infortunes, se trouvent trop souvent, à la fin de leur vie, privés de ressources, quelquefois infirmes et presque toujours isolés. L'infirmerie avait été ouverte le 45 octobre 1819, et les religieuses de Saint-Vincent de Paul allaient en prendre possession, quand madame de Chateaubriand écrit à madame Joubert :

MADAME 1)1". CllAiLAUDIlIANb. 255

A MADAME J 0 U 15 E II T, A V J L Lli N EU VE.

21 octobre 1819.

« Jeinc prends au vol pour vous écrire, très chère dame, je n'ai pas uu inoineiit à moi, ils sont tous à la rue d'ivifer, II" 81), où je passe ma vie. Je croyais que c'était peu de chose que de monter une infirmerie, mais je vois qu'il en coûte tout autant pour cuire une médecine qu'un gigot de mouton. Nos trois sœurs y entrent lundi ; ma supérieure est une fille charmante, ayant déjà quatorze ans dans les hôpitaux et étant excellente pharmacienne. J'espère que M. Jouberl tient toujours à son abonnement de dix francs.

» Vous ne vous mettez guère en peine du pauvre Chat; aussi de dépit court-il les champs ; il est en Normandie, ou dans le Perche, ou dans le Maine; là, il oublie (sur les bords de la mer, au Havre, ou en courant la poste, pour se rendre chez madame du Lionfort) la politique, les politiques et le Conservateur. Du reste, il me mande que sa santé s'est merveilleusement trouvée de ce vagabondage et que le mouvement des roues lui cause un grand mouvement d'esprit.

» Notre petit secco, dit Laënnec, est parti pour son pays de Quimper; il n'a dit adieu à personne, mais il a envoyé son mémoire à tout le monde. Je pense qu'il ne reviendra pas^ Enfin, j'ai pris le parti de me porter à merveille et

1. Madame de Chateaubriand parle un peu légèrement ici de I*i!iventeur de la méthode d'auscultation, qui, après avoir épuisé sa santé

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suis décidée à n'avoir plus d'autre médecin que le bon sens et de médecine que le lait d'âncsse.

» Vous, qui n'avez pas un mari en campagne et un hôpital à mener, pourquoi ne m'écrivez-vous pas? An moins, si c'était que vous fissiez vos paquets pour revenir; mais non, vous songez à hiverner à Villeneuve-sur-Yonne, sans vous inquiéter de Paris-sur-Seine, qui est bien encore la plus triste et la plus puante ville du monde : personne n'est revenu de la camp.-tgne; on va, on vient, sans rencontrer un chat de connaissance, et Ton courrait les rues du matin au soir, sans pouvoir trouver le moyen d'y être écrasé une pauvre fois. Paris cependant n'est pas si désert qu'il n'y reste Lemoine et Glausel ; je garde le premier comme somnifère; l'autre a repris son caractère d'ambassadeur; c'est lui qui traite de mes affaires d'hôpital avec mon archevêque, mes conseillers, etc., etc.; il est aussi de mon conseil privé, où il n'a point de rivaux, parce qu'il est seul; Victoire est appelée quelquefois extraordinairement, mais seulement les jours où il faut agir d'inspiration ; hier, par exemple, elle me conseille d'envoyer Ménil * garder l'infirmerie, que la propriétaire venait de quitter. Le bonhomme partit joyeux, mais ne revint pas qu'il n'eût visité tous les cabarets de la barrière d'Enfer, ayant laissé portes et fenêtres ouvertes dans la maison et toutes nos richesses à la garde de Dieu.

)) Je me suis mise à vous écrire à six heures; en voilà

à inaugurer cette découverte dans les hôpitaux de Paris, dut à cette époque aller se reposer en Rretagne.

MADAMi: DK C H ATE AU H K lAND. -^

sept, on m'apporte à dôjeuner, mais il n'y a pomt de Chat.

» Adieu, chère pai'esseiise et cher paresseux, vous mériteriez que je... Je ne sais quoi. Bonsoir. »

A MADAME JOUBERT, A VILLENEUVE

Novembre 1819.

« N'attendez plus rien de moi. Je suis tout à mon hôpital et au désespoir d'y être. Je crains de tomber malade à force de f.itigues morales et physiques. Pour m'achever, le pauvre Chat vient d'avoir pendant huit jours son rhumatisme tout à fait fixé sur la poitrine et dans la réi,Mon du cœur. Récamier a été assez inquiet, et le Chnt Fêlait à l'excès; pour moi, j'avais entièrement perdu la tête. Il est mieux maintenant, mais il est condamné à faire des romèiles et à ne pas travailler: il travaille et ne fait point de remèdes. Aussi je m'attends tous les jours à le voir retomber.

» Vous aurez bien fait du noir sur les dernières élections ^ ? Voilà ce que c'est que les gens à espérances, tout les désespère! Pour moi, qui ne puise ma politique que dans l'Ecriture sainte, je sais que nous avons les vices des derniers temps, c'est-à-dire les vices qui finissent les

1. Les élections de 1819 avaient amené à la Chambre un grand nombre de dépulés hostiles à la loyauté, notamment l'abbé Grégoire.

empires; ainsi tenons-nous pour mortes, pour nous tenir en repos.

» Voilà le Chat qui, malgié ses rhumatismes, se /risof^ pour aller chez quelques maclames du Lionfort; mais, tout en se faisant beau, il me charge de vous dire qu'il vous aime, qu'il vous remercie de l'avoir lu avec plaisir. Pour moi, je n'aime rien de ce qui vous amuse à Villeneuve, et je dirais à Le Normanli de ne plus vous envoyer le Conservateur, si je ne savais que pour un article passable il y en a dix des plus ennuyeux.

» Êtes-vous toujours pas trop bonne, chère dame? Pour moi, je suis devenue douce comme une colombe, charitable, point médisante, enfin parfaite. Vous direz peutêtre que la modestie me manque? C'est vrai, Votre Excellence, mais cette vertu est si inutile en ce monde qu'il est bien permis de l'oublier de temps en temps.

»0n dit que vous revenez du 8 au 9; c'est quelques jours de gagnés. Au surplus, comme le Cerf ne peut plus aller sauter sur les montagnes, il n'a rien de mieux à faire que de se réduire aux abois et de venir pleurer avec nous.

» La famille Glausel n'est point encore arrivée; il paraît qu'on veut avant marier la fille aînée et la laisser dame de château dans le Uouergue ; c'est bien penser, car on marie mal à Paris les filles qui n'ont rien.

» Nous allons aujourd'hui dîner à Montrouge, où madame deTalaru-setrouvede nouveau embarrassée par un

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