Cousine de madame de Cliatcaubriand
MADAME DK CHATEAUBRIAND. 259
maîlrc d'iiôlel qui lui a volô du vin, un laquais qui, pour n'être pas chassé, s'est donné la jaunisse, en se frottant le visage avec des graines d'asperges, et une femme de chambre qui tombe d'épilepsie.
» Madame nomme dimanche Mademoiselle d'kriois; mais elle nomme aussi M. Cazes; faites vos réflexions làdessus, les nôtres ne sont pas gaies. Adieu. »
Celui que madame de Chateaubriand appelle malicieusement et tout court M. Gazes n'est autre que le duc Decazes actuel, qui fut porté sur les fonts baptismaux par la fille de Louis XVI. Madame de Chateaubriand n'avait pu pardonner au père, alors président du conseil, et qui ne devait être fait duc que l'année suivante, la disgrâce de M. de Chateaubriand. Elle se croyait en droit, comme le font quelquefois les femmes les meilleures, de manifester pour les adversaires politiques de son mari une animosité que celui-ci éprouvait à un degré beaucoup moindre. Elle se désolait de voir madame la duchesse d'Angoulôme faire au fils de M. Decazes le même honneur qu'à la jeune princesse, fille du duc de Berry.
M. de Chateaubriand était à cette époque également séparé par la politique de M. Mole. L'intimité des deux amis semble d'ailleurs avoir subi quelques éclipses. Nous trouvons dans la correspondance de M. .loubert, à la date du 12 juillet 1800, veille du
départ de M. de Chateaubriand pour l'Orient, une lettre à madame de Vintimille, où il est fait mention d'une réconciliation entre M. Moié et M. de Chateaubriand, et que nous citerons encore :
« J'avais invité à dîner pour mardi, écrit M. Joubert, M. de Chateaubriand et M. Mole. Ils sont venus, l'un à cinq heures et demie, l'autre à six. Il y avait peu de monde, et on a donné une minute aux révérences; après les révérences, ils se sont vus; en se voyant, ils se sont pris la main d'un air charmé et se sont secoué le bras d'une manière très sensible. On a servi. Ils ont été voisins et n'ont cessé pendant tout le repas de jnsor 1res gaiement et de manger comme des ogres. J'ai remarqué qu'ils demandaient toujours du même plat et qu'ils soulenaient toujours le même avis contre tous les convives. Je ne me souviens pas d'avoir observé en ma vie une plus parfaite uniformité de cœurs, d'esprits et d'appétits. Après dîner, je leur ai proposé d'aller se jucher en tête à tète dans la bibliothèque, où ils se sont ébattus pendant deux grosses heures, et d'où il m'a fallu les arracher à la nuit noire. Le lendemain mercredi, ils ont couru les champs ensemble, depuis trois heures jusqu'à cinq et se sont réunis encore à sept chez Chateaubriand, où j'ai laissé M. Mole à dix heures et demie. Je ne sais pas s'il y a couché. Il y était attablé le lendemain jeudi. Ceci est sûr, car j'y ai dîné avec lui. Ce jour-là, ils se sont encore promenés seuls pendant toute la soirée, car ils n'étaient pas rentrés à dix heures. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait hier. Voilà le
MA DAM i; l)K r, HATE A UB III AND. 261
bulletin exact de tout ce que j'ai vu. Quant à ce que j'ai entendu, je puis vous assurer qu'ils rient aux grands éclats comme des fous, et qu'ils ne parlent pas trop comme des sages. C'est qu'apparemment ils extravaguent de joie. Si, pour compléter la narration, il faut mêler mes conjectures à mes récits, je vous dirai confidemment que je crains un peu que ce rapprochement ne se soit fait aux dépens du genre humain, car ils ne cessent de se moquer du monde entier, même de moi! Aussi leur ai-je dit de ne pas revenir; je les ai appelés serpents réchauffés dans mon sein. 3ïais ils plaisantent de tout cela. Heureusement pour les mauvais effets que pourrait avoir leur réunion et l'efiprit de ligue offensive et défensive qui les anime, ils /ont bientôt se séparer, car Chateaubriand part demain. J'ai la bonté d'en être fâché, quoique je ne perde évidemment que des coups, à l'éloignement où vont vivre l'un de l'autre ces deux hommes qu'a ressaisis une amitié si enragée. »
Sous la Restauration, la politique fut cause d'un nouveau refroidissement : M. Mole avait accepté le portefeuille de la marine dans le premier ministère du duc de Richelieu, dont M. Decazes faisait partie comme ministre de la police, et M. de Chateaubriand vit de mauvais œil cette alliance avec lesdeuxhommes qui avaient récemment contribué à sa disgrâce. Mais on 1818, à la chute du duc de Richelieu, M. Mole se relira; et quand, à deux reprises, M. Dccn/es fut
chargé, en 1818 et en 1819, de constituer le ministère, M. Mole se tint à l'écart des nouvelles combinaisons. Il fut alors facile d'amener entre les deux amis le rapprochement que madame de Chateaubriant raconte à son tour à M. Joubert :
A M. JOUBERT
3 février 1820.
)) Je VOUS dirai, pour uouvelle de haute politique, qu'après une trêve de huit jours, la paix a été signée hier 2 février dans ma chambre, à quatre heures précises de l'aprèsmidi, entre les deux grandes puissances Mathieu Mole et François-Auguste de Chateaubriand. Les deux rois, voulant sedonner au plus tôt des prouves de leur bonne intelligence et en assurer la durée par de fréquentes visites, ont arrêté entre eux qu'ils feraient démanteler toutes leurs places frontières et qu'ils pourraient pénétrer l'un chez l'autre, sans rencontrer hérauts, gardes et retranchements, ni femmes, si cela est possible. On dit qu'il y a quelques articles secrets, mais on ne les connaîtra qu'en cas de rupture. — Vous devriez venir dîner aujourd'hui avec moi: je suis seule, le Chat dîne chez deux femmes d'un rare esprit, qui ne veiUent pas qu'il mange autre chose que des feuilles de roses humectées de rosée; autrement il ne serait pas l'auteur de tant de beaux ouvrages pleins de sentiment et d'imagination, etc., etc. Ces deux femmes sont mesdames de Damas et de Vogué. Viendrez- vous? »
Dix jours après cette lettre, le duc de Berry fut assassiné. La Chambre renversa M. Decazcs, et quelques mois plus tard, après de nouvelles éleclions, les amis de M. de Chateaubriand, MM. de Villèle et de Corbière, furent nommés ministres d'Etat.et membres du conseil privé ; lui-même fut envoyé comme ambassadeur à Berlin. 11 quitta Paris le 1" janvier 1821 et n'était installé que depuis quelques mois sous les Tilleuls, quand il revint en France pour le baptême du duc de Bordeaux; à celte occasion, Louis XVIll lui rendit le titre et la pension de ministre d'État.
Madame de Chateaubriand annonce en ces termes cette bonne nouvelle à madame Joubert :
« Je vous dirai et au Cer/" aussi, pour vous faire plaisir à tous les deux, qu'on a rendu à M. de Chateaubriand la i^rande pension de ministre d'Etat, c'est-à-dire vingt- (jiialre mille francs; avec les douze mille francs de pair, cela nous donne le moyen d'avoir une voiture qui sera au service du Cerf. Revenez donc, nous irons nous promener, faire des campagnes, dîner au cabaret, etc., etc. »
Les vraies campagnes de madame de Chateaubriand étaient des démarches pour son infirmerie, qui profila surtout de l'accroissement des revenus de l'ambassadeur de Berlin» La lettre qui suit montre
une fois de plus la sollicitude de madame de Chateaubriand pour l'œuvre qu'elle avait entreprise* :
A M. JOUBERT. A VILLENEUVE
10 novembre 1821.
« Voilà comme les bonnes gens méjugent ; il n'y a que des méchants comme vous qui puissent douter de rimmense bonté, du cœur et de Vesprit de la respectable dame; l'excellent abbé aurait pu ajouter : et de l'adresse ; je vous dirai le pourquoi à votre retour.
» J'ai reçu hier votre lettre à minuit le Chat rentrant, et je vous écris ce matin à quatre heures, n'ayant pas un autre moment à moi dans la journée.
)) Imaginez-vous tout ce que j'ai à faire aujourd'hui ? A déjeuner d'abord, puis la messe; après cela, il faut que je coure aux quatre coins de Paris, pour des dons à toucher, que j'aille chez tous les marchands déguenillés pour acheter de quoi meubler la chambre d'un prêtre qui vient de nous arriver; ensuite mille lettres à écrire, cent ouvriers à gronder, une supérieure à apaiser, parce que depuis hier elle est en colère contre notre nouveau venu ; cnfm ma santé à soigner, car véritablement depuis trois
* 1. D'après un document qui existe encore à Marie-Thérèse, ma-
dame de Chateaubriand procura à l'œuvre, dans les sept iremières années seulement, près de 240 OOG francs en souscriptions, dons, legs et vente de chocola .
MADAME DE CH ATEAL lî il I AN D. 2G5
jours je l'ai mise à une telle épreuve qu'elle est en ce moment des plus chancelantes.
» Le Chat part demain pour le Havre, Lisieux, etc.; il va courir sur les grands chemins pour fuir la poliliquo : il est vrai qu'nprès la fièvre jaune, je ne trouve pas (ju'il y ait une maladie dont on doive plus se garer. Mais en quoi je hlàme le pauvre Chat, c'est de ue pouvoir s'occuper d'autre chose à Paris que de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés; qu'il laisse les morts en paix et qu'il ne songe qu'à son immortalité! »
M. de Cliateaubriand était en pleine faveur, lorsque survint un nouveau changement ministériel. Nous avons déjà rapporté qu'il suivit la fortune de M. de Villèle et donna sa démission. Mais celui-ci fut chargé par le roi de reconstituer le cabinet et appela bientôt M. de Chateaubriand à l'ambassade de Londres, en remplacement du duc Decazes. Madame de Chateaubriand ne suivit pas plus à Londres son mari qu'elle ne l'avait fait à Berlin ; elle avait d'ailleurs une grande terreur de la mer \
1. En 1828, au contraire, elle accompagna à Rome M. de Chateaubriand, lorsqu'il y fut envoyé en la môme qualité. Tous deux passèrent cette fois à Villeneuve, en se rendant en Ualie; mais ils n'y trouvèrent plus leur vieil ami : « Que de souvenirs! lit-oii daiig les Mémoires', Joubcrt a disparu, le château de Passy a changé de maîtres! » Madame de Chateaubriand était à Rome au moment du conclave qui donna Pie VIII pour successeur au nape Léon XII; elle se plaisait extrêmement dans la ville éternelle. Toutefois,
266 LES COnUESPONDANTS DE J. JOUBERT.
Pendant que M. de Chateaubriand est en Angleterre, sa femme continue à faire de l'infirmerie et du placement de son chocolat son occupation principale; elle écrit à madame Joubert :
28 juillet 1822.
« Quelle irrévérence pour une ambassadrice! La quitter malade, sans se mettre en peine des nouvelles de Son Excellence ! Voilà ce que c'est que d'avoir abdiqué la grandeur pour se faire sœur du pot!
» Rien de nouveau ni à Paris ni à Londres, du moins de nouvelles que vous ne sachiez; celles d'Espagne doivent vous désoler et vous mettre en fureur.
» Donnez-moi des nouvelles du chocolat, s'il prend et si on en prend à Villeneuve : nous en avons une partie très conséquente en ce moment, et qui est excellent. N'est-ce pas là le bon style marchand?
» Vous n'avez pas l'idée de l'ennui de Paris. Il n'y arien de supportable ici que le Diorama; c'est ravissant! Ce
quand, à ravènement de M. de Polignac, M. de Chateaubriand se démit de l'ambassade de Rome, elle ne fit rien pour le retenir et rentra courageusement dans la vie privée. Il lui rend à cette occasion témoignage : « Madame de Chateaubriand, écrit-il, avait la tête tournée d'être ambassadrice, et certes une femme l'aurait à moins ! Mais, dans les grandes circonstances, ma femme n'a jamais hésité à approuver ce qu'elle pensait propre à mettre de Inconsistance dans ma vie et à rehausser mon nom dans l'estime publique; elle accepte d'un esprit ferme mes disgrâces en les maudissant. »
sont deux vues, l'une de l'église de Canlorhéiy, l'autre d'une vallée suisse; c'est mille fois au-dessus du Panorama pour la vérité; l'illusion est complète.
» Le pauvre Chat me dit mille tendresses pour vous. Voici comme il s'exprime dans sa dernière lettre : « Nos bons Joubert sont partis, je m'en désole pour toi. Voilà de vrais amis et au fond les seules personnes qu'après toi j'aime et regrette véritablement! »
» Je me recommande à vos bontés pour un bon paquet de vieux draps et de vieilles chemises. L'infirmerie a grand besoin d'un renfort de linge. La lingerie, qui est maintenant grande comme celle des Invalides, n'est pas pleine, malgré nos successions, qui ne sont pas cependant trop mauvaises.
» Mais voici un bonheur qui arrive au Chat, avons et à l'infirmerie : la jolie maison, avec le beau jardin qui louche l'hospice, est à vendre. C'est tout ce que désirait M. de Chateaubriand, il me donne l'ordre positif de l'acheter. Mais la propriétaire, qui jusqu'à présent avait eu l'air de ne vouloir jamais s'en défaire, parce qu'elle avait appartenu à sa mère, veut que Madame lui fasse dire qu'elle en a envie, parce qu'alors ayant, dit-elle, des obligations à cette Princesse, elle 7ie pourrait pas la refuser. Madame ne lui écrira pas, et la pieuse fille vendra un jour ou l'autre. Dites-moi si vous me conseillez le marché ? Ce sera une affaire de trente à quarante mille francs. Si vous n'êtes pas de cet avis, je ne tiendrai compte des ordres de M. l'ambassadeur. Ce serait une maison de campagne fort agréable pour les familles Joubert et Chateaubriand : le Cerf entendrait la messe de
son lit, et le Loup et la Chatte ne feraient qu'un saut du leur à la chapelle.
)) Adieu, voilà une lettre bien soignée et pas trop amusante. Je vous quitte pour aller à la messe. »
Un an plus tard, cette acquisition fut réalisée, à la grande joie de madame de Chateaubriand et pour la somme de quatorze mille francs seulement. La maison était séparée de l'infirmerie par une ruelle qui conduisait de la rue d'Enfer aux boulevards. On obtint du préfet de la Seine la concession de ce passage, qui fut fermé aux deux extrémités, à charge de faire à la ville une rente annuelle de quarante francs. Les murs de séparation furent abattus et la propriété réunie à l'infirmerie ^
Dans la lettre suivante, madame de Chateaubriand annonce à madame Joubert la mort subite de lord Castlereagh : le premier ministre d'Angleterre venait de succomber à la suite d'un accès de fièvre chaude, et au moment où il se préparait à aller représenter son pays au congrès de Vérone.
1. Cette maison, qui porte aujourd'hui le n" 88 de la rue Denfert- Rochercau, est occupée par les Sœurs aveugles de Saint-l'aul qui reçoivent dès l'âge de quatre ans et entourent de soins touchants les jeunes filles aveugles et demi-voyantes.
A MADAME JOUBERT
23 aoûl 1822.
« Voilà bien (les événements arrivés depuis votre dépail! Un ministre anglais mort au moment où il allait décide;* au congrès du sort de l'Europe, et trois ministres français faits comtes, et sitôt après la session que les royalistes ne pourront plus dire qu'ils ne font rien [lourleur parti! La mort du marcjuis de Londonderry empêche M. de Chateaubriand de demander une petite permission pour venir m'embrasser. On dit que le nouveau ministre ne sera pas nomme avant le congrès; alors il faut se résoudre à une séparation d'un an encore, car je neveux pas que le pauvre Chat s'expose à passer l'eau pour moi dans la mauvaise saison.
» J'ai vu Hyacinthe * ; il est venu en courrier apporter la nouvelle de la mort de lord Castlereagh; il est arrivé gros, gras et ivre et s'en est retourné de même; il se plaît beaucoup à Londres, mais il excite la jalousie des Secrétaires, qui n'ont pas, comme lui, la confiance de M. l'ambassadeur.
» J'espère bien que vous ne resterez pas à Villeneuve jusqu'au mois de décembre. Que voulez-vous que je fasse ici sans vous, avec des bêtes, des méchants ou des mala-
i. Hyacimhe IMlorgoi secrétaire particulier de M. de Chateaubriand à Londres.
droits, sans compter l'infirmerie qui me donne plus de soucis que de richesses? Trente-lrois personnes à nourrir, deux maisons à payer et pas un sou dans la caisse! On dit que la Providence viendra à mon secours et que c'est une grande preuve de prospérité dans les bonnes œuvres que de manquer de tout; j'entends bien cela, mais je doute de le faire entendre à mes malades, qui ne veulent, manquer ni du nécessaire ni du superflu. Voilà ma fêle d'octobre qui va arriver, sans que j'aie un prédicateur : les uns sont absents, les autres sont grands maîtres * ; j'ai envie de faire venir l'abbé de Bonnevie : pour(|uoi est-il venu se montrera Saint-Thomas d'Aquin? S'il était tout nouveau à l'infirmerie, il attirerait du monde.
» Comment une avare comme moi a-t-elle pu louer un appartement sur la rue? Dimanche"^, me voilà ruinée avec les lampions, la femme d'un ambassadeur n'en pouvant mettre moins de quatre sur chaque fenêtre.
» Adieu, je n^ai pas une plume qui écrive et je ne sais pas en tailler.
» Le Chat m'a envoyé des petites robettes charmantes; faites-lui votre cour, il vous en enverra aussi. »
Au commencement de septembre 1822, M. de Chateaubriand, choisi comme l'un des plénipotentiaires chargés de représenter la France au congrès de Vérone, quitta Londres et vint à Paris prendre les in-
1. L'abbé de Frayssinous fut à cette époque nommé évêque d'Hermopolis et grand maître de rUniversité.
2, '''.5 août, fête de saint Louis,
M A I) A y\ K I) 1-: cil A T K A U B II I A N D . "il 1
slructions du duc Mathieu de iAIonlmorency, ministic des affaires étrangères, qui allait égaleuicnt à Vérone, mais à titre d'ambassadeur. Madame de Château hiiand envoie ce petit billet à Villeneuve, pour annoncer que son mari s'arrêtera chez ses amis, en s;^ rendant en Italie :
A MADAME JOUBEP.T.
Octobre 1822.
« Un mot, très chère dame, pour dire que je ne vous ai pas oubliée. Je suis accablée : ma fête d'octobre, le renouvellement de mes abonnements, les commissions du Chai y la rage, le désespoir, les coups de langue, tout cela ne me laisse pas un moment; je me donne à peine celui de dormir, et j'envoie ma maladie se promener.
» Après le, 21, jour de notre cérémonie, je vous écrirai un volume.
» Le Chat vous embrassera en passant, il ne partira pas avant la semaine procliaine.
» Adieu, à vous, à tous les Joubert du monde. Portezvous mal, ennuyez-voiis à Villeneuve et revenez bienlôl : c'est Irop à nos âges d'être trois mois sur douze sans se voir! »
Mais M. de Chateaubriand, obligé de se rendre rapidement à Vérone, ne put prendre la route de
nt L K s CORRESPONDANTS D E J. J 0 U B E R T.
Bourgogne. Madame de Chateaubriand écrit à madame Joubert.
13 octobre 1822.
«f Mais vous vivez donc en vrai Loup dans les forêts, pour ne pas savoir que le Chat est parti pour Vérone le 3 ilu mois d'octobre ?I1 n'a pas passé par Villeneuve, parce qu'il était pressé, et a pris la route du Simplon, qui l'abrégeait de trente lieues. J'ai rarement de ses nouvelles, les courriers de cabinet n'étant pas fréquents, et la poste mettant douze jours à apporter les lettres. J'en ai eu cependant avant-hier : il se portait bien et ne parlait que de lui, de vous et de moi.
» Pourquoi votre frère n'a-t-il laissé les doigts marqués sur les murailles de son escalier, sa tenture l)leue, un peu sale à la vérité, et son parquet croulant ? Au danger près, tout cela vaut mieux que des plâtres neufs et des peintures qui vous donnent des coliques de miserere. Je vais aller aujourd'hui m'assurer de l'état des lieux, je verrai si vous pouvez vous mettre en route. Mais au surplus, si vous ne pouvez aller loger chez vous, venez loger chez moi. Le Cer/' couchera dans la bibliothèque, vous dans la chambre du Chat^ et votre bonne sur l'escalier. Pourquoi ne feriez-vous pas cela ? Ne serait-il pas raisonnable de saisir l'occasion de passer quelques jours ensemble? Voici qui va peut-être décider M. Joubert : je lui ferai manger tous les jours des gelées ou des soufflés à l'ananas; j'en ai les moyens, sans que mon avarice en soufl^re trop.
MADAME \)K C H A TE A ITB K I A M). 273
3> Lasœur Reine aime mieux du vieux linge que rien, et d'autant plus qu'en ce moment il nous en faut des montagnes : nous avons des opérations de toules sortes, et vous pouvez, sans lésiner, vider vos vieilles armoires de Villeneuve et m'apporter toutes vos réserves de trente ans.
» Je voudrais que ma lettre renfermât quelques petites nouvelles amusantes, mais je n'en sais pas même une ennuyeuse. Si j'avais assez de papier, je vous transcrirais Tépilaphe qu'on a faite à M. de Villèle le père, qui vient de mourir à Toulouse : elle est un peu dans le genre du bel habit doré qu'on avait mis au père Bonaparte dans son portrait.
» Adieu, bien chère dame, il fait un temps horrible, je vais me couvrir de laine et de douillettes, enfermer mes pieds dans des sabots et partir pour la rue des Canettes, où j'ai affaire; de là dans la rue Saint- Jacques, puis à l'Estrapade, d'où je me rabattrai chez les cousines, chez lesquelles j'attendrai ma voiture pour aller voir mes bons hommes et mes bonnes femmes.
» Toute votre famille a bien raison de m'aimer un peu, moi qui les aime d'un cœur presque aussi bon que le vôtre. »
Celte lettre pleine de sensibilité et où la malice a sa place ordinaire, est une de celles où semble se manifester le mieux le caractère de madame de Chateaubriand : d'un naturel tout spontané et plein d'élan, elle avait tant d'esprit que sa verve l'entraînait souvent à la raillerie; mais chez elle l'ironie
274 LES COt^RESPONDANTS DE J. JOUBERT.
n'avait jamais rien de méchant, et l'on sentait en toute occasion dominer de beaucoup dans son cœur la bonté et les sentiments les plus généreux. L'offre pressante qu'elle fait à M. et à madame Joubert de venir s'installer chez elle montre la simplicité charmante des mœurs de cette époque, où l'on savait pour ses amis déranger quelque chose à ses habitudes.
Madame de Chateaubriand rend compte dans la lettre suivante d'une querelle amusante survenue dans sa maison et de la fête de sainte Thérèse célébrée dans son infirmerie :
Dimanche, 27 octobre 1822.
« La paix de ma maison a été un peu troublée. La pauvre Joséphine, qui ne vaut pas quatre sous, a voulu prendre François en flai^rant délit, emportant, disait-elle, du vin dans sa chambre. Tout cela s'est passé à onze heures du soir, dans un escalier; François, surpris avec une bouteille qui lui appartenait, a refusé delà livrer à Joséphin:^; en voulant la saisir, elle s'est dégringolée du haut en bas d'une espèce d'échelle et s'est un peu brisée. Le matin, son frère est entré dans ma chambre, en me disant que sa sœur n'avait plus que deux heures à vivre, que c'était François qui l'avait tuée, avec préméditation, et qu'il raillait qu'il sortît de suite de chez moi, ou qu'il allait emmener sa sœur mourante. J'ai bien vu qu'il y avait complot
et cab;ile contre lo pauvre François, je n'ai renvoyé personne; le mal a passé avec quelques sangsues, et, en allant au fond de ces haines et querelles, j'ai su que ladite José- |)liine épouse un jeune Anglais, qu'elle désirait faire entrer chez moi, lorsqu'elle aurait réussi à faire chasser François. Avec tout cela, elle a été si alroce dans ses dénonciations et si obstinée à soutenir que le pauvre homme hii avait dit : « ïu m'as découvert, il faut que tu périsses î » Et elle a joué tellement la mourante pendant deux jours que la justice a pensé s'emparer de cette affaire, que j'ai fait finir en assurant la demoiselle que, s'il arrivait le moindre désagrément à François, je dirais la vérité, c'est que, si elle n'était pas montée dans sa chambre à minuit, elle ne l'aurait pas surpris.
» Notre cérémonie a été très belle; il n'y manquait que Madame, qui au surplus a témoigné de la manière la plus aimable le chagrin qu'elle a eu de ne pouvoir y venir ; mais elle est réellement d'une souffrance pénible, causée par un aphthe qu'elle a dans la gorge. Noire quête a été de près de neuf mille francs. Le bon abbé de Boulogne a été un peu long, mais on dit que son panégyrique de saint Vincent de Paul est vraiment adniirable. Je ne l'ai point entendu, ne voulant pas prendre la place d'une payanle. Madame la duchesse de Berry s'est un peu ennuyée au sermon, mais beaucoup divertie à parcourir l'infirmerie. Elle a trouvé toutes les malades de la grande salle jeunes et gentilles, bien qu'elles aient toutes ou à peu près quatre-vingts printemps. Le dortoir des sœurs l'a charmée, et la pharmacie! Elle a fait valoir notre boutique, non de chocolat, mais de mille autres jolies choses dont nous sommes marchands»
» Savez-vous quevoilàune lettre qui va vous coûter cher de port? Je vous réponds comme vous m'avez écrit, iliisiblemeiit; mais j'ai aujourd'hui un courrier à expédier pour les quatre coins du monde.
» De plus j'ai à dîner sept Bretons, dont le plus raisonnable veut, si M. de Villèle ne lui donne une place, d'abord le renverser, ensuite nommer un jacobin aux élections, puis enfermer sa femme, à lui le Breton, dans un de ses châteaux démolis en quatre-vingt-treize.
» Revenez donc, je deviens bête, quand vous êtes longtemps absents. Je ne sais plus à qui conter tout ce que je vois et entends de fou, de triste et de gai ; seulement dans mon petit cercle, il y en a pour un volume. »
M. de Chateaubriand était toujours à Vérone, mais il n'occupait au congrès que le second rang parmi les plénipotentiaires français, et le duc de Montmorency, ministre des affaires étrangères, y jouait naturellement le rôle principal. L'ambassadeur de Londres devait d'ailleurs bientôt succéder à son ministre et prendre en mains la direction de la politique extérieure pendant la guerre d'Espagne.
Madame de Chateaubriand, après avoir raconté que son mari s'ennuie à Vérone, demande de nouveau à ses amis de descendre chez elle, en arrivant à Paris. Elle leur parle ensuite d'un sujet qui l'intéressait vivement : de ses oiseaux et de ses chats. Pour se l'aire une idée du soin qu'elle prenait des
premiers, il faut lire dans la Postface des Mémoires les détails que donne M. Daniélo sur la volière de madame de Chateaubriand, lorsqu'elle habita plus tard rue du Bac, au rez-de-chaussée sur un jardin. Cette volière avait pour porte l'une des fenêtres de la chambre de madame de Chateaubriand et descendait jusqu'au sol ; elle était ornée d'un beau sapin poussant en pleine terre et d'un joli bassin rempli d'eau ; des cellules étaient appendues aux parois de cette maison de verre et chauffées par un calorifère : les roitelets, les rouges-gorges, les serins, les sansonnets, les linottes, les cardinaux, y étaient admirablement à leur aise, n'y manquaient d'aucune attention, mais devaient en revanche vivre en paix avec Cathau, la perruche préférée de M. de Chateaubriand, et avec le perroquet Jako ; ils devaient surtout prendre garde d'éviter la griffe des chats. Ceux-ci étaient aussi l'objet de grands égards, et l'un d'eux surtout avait toutes les faveurs du maître : c'était le vénérable MicettOj\e chat de Léon XII, né au Vatican dans l'une des loges de Raphaël, et que M. de Chateaubriand avait souvent admiré dans un pan de la robe du Pape. Il en avait hérité à la mort de Léon XII et cherchait à faire oublier à Micetto l'exil, la chapelle Sixtine et le soleil de la coupole de Michel-Ange, sur
laquelle il se promenait jadis loin de la terre. Mile
cette, d'après M. de Chateaubriand, était très considéré des âmes pieuses.
16 novembre 1822.
« J'ai eu hier un mot du pauvre C/mi;ils'enauieà mourir, n'a rien à faire, le grand Mathieu s'étant chargé de tout, et ne soupire qu'après le repos. Il est bien décidé cependant à l'acheter encore par quelque temps de séjour en Angleterre, quoi qu'on en dise.
» N'est-ce pas que M. Joubert a grande envie de goûter de mes soufflés aux ananas ? J'en aurai tant qu'il voudra à son service, s'il veut venir les chercher. Je lui répète que ma maison est tout arrangée pour lui : des bourrelets partout et pas un seul vent coulis.
» Vous ai-je dit que j'avais des oiseaux chinois? C'est Clausel qui me les a fait donner par le préfet apostolique du Sénégal, qui avait été en Chine. J'ai de même un petit monsieur du Sénégal, qui est gris avec un collier rouge. Ils sont charmants et s'arrangent à merveille avec mes chats, aujourd'hui au nombre de quatre. Les matous se placent d'abord aux quatre coins de la cage, mourant d'envie de gober ces petits mandarins; mais ceux-ci se moquent d'eux, se mettent à chanter, ravissent les croqueurs et font la paix pour le reste de la journée.
» Marché fait! Qu'à votre retour nous ne parlions point politique! Je l'ai bannie de chez moi, je veux ma paix, encore bien plus qu'on ne veut la guerre d'Espagne, et
c^cst beaucoup dire, car il y a de saintes âmes qui voudraient qu'où s'égoii^eàt sans miséricorde, jusqu'à ce que les choses allassent bien en Europe ; et demandez-leur ce qu'elles entendent par là : que les choses aillent bien!... Pour elles.
» Allons, voilà encore quatre pages qui partent pour Villeneuve; mais ce seront les dernières. Désormais, je ne causerai plus avec vous ailleurs que dans la rue Saint- Honoré. »
Par une coïncidence singulière, cette lettre est aussi la dernière en date de celles que nous avons [)!i rassembler. M. Joubert vécut cependant jusqu'en 18^24, et sa femme conserva jusqu'à la fin de sa vie les relations les plus intimes avec madame de Chateaubriand; mais les lettres postérieures à 1822 ont disparu. Puissent celles qui précèdent avoir intéressé le lecteur, en lui faisant mieux connaître une femme spirituelle et excellente, dont la modestie fuyait les louanges ! Ceux qui continuent son œuvre ou profitent de ses bienfaits ont gardé fidèlement son souvenir, mais ses amis ne sont plus, et le public n'a jamais eu l'occasion de l'apprécier. Nous serions heureux, si la publication de sa correspondance pouvait exciter pour le mérite et les vertus de celte femme éminente une admiration qui nous semble très justifiée.
La fondatrice de Marie-Thérèse s'éteignit doucement le 9 février 4847, et fut enterrée, suivant son désir, sousTautel de la chapelle de l'infirmerie et au pied du tableau si connu de Gérard, qui représente sainte Thérèse à genoux. Derrière l'aulel, sur une tablette de marbre noir, on peut lire cette inscription fort simple : « Distinguée par l'exercice des bonnes œuvres qu'inspire la religion, elle a voulu faire bénir sa mémoire par la pieuse fondation de l'infirmerie de Marie-Thérèse, faite de concert avec son époux\))
M. de Chateaubriand mourut lui-même l'année suivante, le 4 juillet, au milieu des convulsions de
1. Le portrait de madame de Chateaubriand, qui, grâce à la permission de Mgr Tarchevêque de Paris, a pu seivir de modèle pour l'eau-forte contenue dans ce volume, est encore aujourd'hui dans le petit parloir de Marie-Thérèse. Madame de Chateaubriand, alors âgée de 65 ans, le fit faire en 1840, par mademoiselle Henriette Lorimier, pour remercier la Supérieure du don d'un reliquaire renfermant une parcelle de la vraie croix. Elle voulut être r^-présentée avec ce reliquaire et dans un costume ayant quelque rapport avec celui des sœurs de Saint Vincent de Paul qui dirigeaient son infirmerie. Ne pouvant se donner leur coiffure, elle tint du moins à imiter leur collet, et, comme elle n'en avait pas alors à sa disposition, tira de son sein la guimpe de sa collerette et l'étala sur sa robe. M. Daniélo, secrétaire de M. de Chateaubriand, qui nous ù.iine ces détails, déclare que ce portrait est unique et très ressemblant : « L'artiste, dit-il, a parfailcment saisi cette physionomie énergique et rare. C'est bien son air, ce sont bien ses yeux, son nez, sa bouche, son menton ; ce sont même les boucles de ses cheveux et les barbes de sou bonnet. » Mémoires d'outre-tombe XII, 386 et s.
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la République de 184-8, presque oublié du public cl sans ra])| ui de celle qui lui avait été si dévouée, mais consolé par les secours delà religion et par les soins de l'amitié \ <r Je dois une tendre et éternelle reconnaissance, lit-on dans ses Mémoires^ à ma femme, dont l'attachement a été aussi touchant qu • profond et sincère; elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m'inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. Elle a subi mes adversités; elle a été plongée dans les cachots de la Terreur, les persécutions de l'Empire, les disgrâces de la Restauration, et n'a point trouvé dans les joies maternelles le contrepoids de ses chagrins. Pourrais-je opposer mes qualités telles quelles à ses vertus qui nourrissent le pauvre, qui ont élevé l'infirmerie de Marie-Thérèse en dépit de tous les obstacles? Qu'est-ce que mes travaux auprès des œuvres de cette chrétienne? »
1. Voy. Souvenirs et correspondance de madame Récamier,}ilich (il Léw, 11, ^131 et s.
Itt.
M. Moîé n'avait pas encore douze ans en 1 792, quand son père, le président Mole dcGhaniplalreux, arrièrepetit-fils du célèbre garde des sceaux Mathieu Mole, fut arrêté une première fois le 16 août et conduit à l'Abbaye. Bien que déclaré innocent dès le 30 par le Comité de surveillance de la Commune, il se trouvait encore en prison, quand commencèrent les massacres de septembre. Les supplications touchantes de son fils décidèrent les membres de la section Fontaine du Grenelle à réclamer le prisonnier à l'Abbaye, et, pendant la terrible journée du 3 septembre, le président fut ramené dans son hôtel^ aux applaudissements
1. L'hôtel Mole, bâti par Lassurance pour le duc de Roquelaure, portait alors le n° 55 de la rue Saint-Dominicjue. Il est devenu le
des Iiabitants du quartier, qui n'avaient pas oublié ses bienfaits. Mais denouvellesangoissesélaient réservées à la famille de M. Mole: la loi des suspects fut décrétée le 17 septembre 1793, et une visite domiciliaire pratiquée pendant la nuit du 24 amena l'arrestation de M. Mole et de sa femme. Après un assez long séjour à la prison des Jacobins, ils obtinrent pour cause de maladie la faveur d'être internés chez eux. Ils y étaient enfermés depuis deux mois, sous la surveillance de quatre gardiens, quand, dans la nuit du 19 décembre, M. Mole fut arraché des bras de sa femme presque mourante et envoyé à la prison du Luxembourg. Il était compris cette fois dans Taccusation dirigée contre les membres du parlement de Pai'is : une protestation contre la suppression des pailcments et les atteintes à la Constitution et aux lois, signée par la chambre des vacations, avait été découverte chez le président Lepeletier de Rosanbo ; elle était renfermée dans une enveloppe qui portait le nom de tous les présidents à mortier, appelés à recevoir en cas de mort de leur collègue le dépôt de la protestation. M. Mole n'avait pas signé cette pièce et en ignorait même l'existence ; néan-
ministc're des travaux pnl)lics et porte aiijounrhui le n" 24G du boulevard Saint-Germain.
moins, et malgré les démarches et lesinstantes prières de son fils, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, présidé par Goffinhal, et condamné à mort. Le 20 avril 1794, jour même du jugement, il monta sur l'échafaud, en compagnie de M. Bochart de Saron, premier président, des présidents Lefebvre d'Ormesson et Rosanbo, du conseiller Etienne Pasquier et de vingt et un autres anciens magistrats des parlements de Paris et de Toulouse*.
Huit jours plus tard, madame Mole, quoique réduite à un état d'infirmité très grave et entourée de ses trois enfants malades de la fièvre, reçut l'ordre de quitter son hôtel, qui venait d'être frappé de confiscation; et la fille des Lamoignon, suivie d'un de ses gardiens, dut s'établir dans un modeste logement de la rue de Beaune. M. Sainte-Beuve parle dans ses Portraits contemporains^ de la détresse inexprimable à laquelle fut réduite pendant les premiers mois cette malheureuse famille, et nous montre le jeune Mole se faisant, avec une précocité naturelle que ces tristes circonstances avaient encore développée, le soutien de sa mère et de ses sœurs. Il assistait par hasard, ajoute cet auteur, à la séance de la
1. V. aux Archives, afî. Lepeletier de Rosanbo et autres parlementaires de Paris et de Toulouse.