Voy. Portraits contemporains, H, ir
Gonvenlion,oii,surla proposition deTallien, ïîobespierre et ses adhérents furent décrétés d'accusation, et il recueillit des impressions ineffaçables de tant d'événements dramatiques.
Après le neuf thermidor, sa mère obtint l'autorisation de se fixer à Méry, terre patrimoniale des Lamoignon; mais les revenus de ce domaine étant toujours adniinistrés par la Nation, M. Mole dut accepter un modeste emploi en province, pour augmenter les ressources des siens. Il travailla dès cette époque avec une grande force de volonté, perfectionna son éducation littéraire et se mit en même temps à étudier les mathématiques. Puis il revint à Paris et suivit les cours libres alors de l'École polytechnique. Lorsqu'en 1840 TAcadém-ie française le reçut comme successeur de Mgr de Quélen, archevêque de Paris, il fut donc en droit de dire que son enfance, sans proteclion et sans guide, n'avait eu de leçons que celles (]ii malheur.
La sécurité devenant plus complète, M. Mole retrouva peu à peu à Paris les relations naturelles de sa famille et ne tarda pas à se marier : il n'avait que dix-huit ans, quand il épousa en 1799 mademoiselle de la Briche, aussi distinguée par l'esprit que par la naissance.
Nous le voyons vers 1801 présenté par madame de
Yintimille chez madame de Beaumont, où il se fil tout d'abord remarquer par sa physionomie expressive et la distinction de ses manières ^ MM. de Fontanes, de Bonald, de Chateaubriand et Joubert accueillirent avec bienveillance ce jeune héritier des vieilles races, qui portait déjà avec dignité un nom historique et marquait ses premiers pas dans le monde par une gravité précoce. Lui-même recherchait volontiers les hommes plus âgés que lui : (L L'amitié sérieuse, a dit M. de Falloux en prenant à l'Académie le fauteuil de M. Mole, place au premier rang de ses j puissances les exemples et les leçons et, quand elle SvB donne des frères, choisit surtout des frères aînés. »
M. Mole se sentit particulièrement attiré vers M. Joubert, dont la bonté parfaite et la simplicité charmante rendaient encore plus séduisants l'esprit et la conversation. De son côté, M. Joubert, cet observateur si vigilant et si perspicace, ce juge si difficile à contenter, avait promptcment deviné le mérite du nouveau venu et ressenti pour lui la sympathie la plus vive. Il trouvait dans ce jeune homme, nous dit
1. Le beau portrait peint par Ingres en 1834, que la gravure i\e Calamalta a si adaiirablement rendu et qui appartient à madame la duchesse d'Ayen, petite-fille de M. Mole, donne l'idée de ce que celui-ci devait être en 1807.
le biographe de M. Joubert, des qualités qu'il tenait en grande estime : de Fardeur sans emportement, le culte sincère du devoir et cette sorte d'austérité qui dénote la pureté de la jeunesse et présage l'incorruptibilité de l'âge mûr; il l'appelait son Gaton de vingt ans. Écrivant quelque temps après à madame de la Briche, belle-mère de M. Mole, il s'exprimait ainsi : « Ce jeune homme est pour moi un beau spectacle, et je dirais un beau modèle, si j'étais sûr de n'en être pas entendu. Son caractère réunit en lui deux saisons : on aperçoit dans son être l'homme lait et l'adolescent. On sent dans tous ses sentiments et dans toutes ses idées la solidité et le feu. Enfin, très distingué de tous les autres, son mérite ofFre à ses amis ce qu'il y a de plus séduisant au monde : une grande espérance, de grandes réalités*. » M. Joubert se reportait peut-être au temps de ses premières relations avec M. Mole, quand il formulait plus tard ces deux pensées : « N'estimez que le jeune homme que les vieillards trouvent poli. — La noblesse est une dignité due à la présomption que nous ferons bien, parce que nos pères ont bien fait. »
Cédant à une inclination naturelle, excité d'ailleurs par les conversations qu'il entendait dans le