A MONSIEUR JOUBERT
Sannois, ce samedi, juin 1803.
a Je VOUS renvoie, Monsieur, vos deux livres; ils m'ont charmé, l'un par les anecdotes qu'il renferme, l'autre par la manière dont il est écrit. Le tableau du roi s'endormant dans les airs entre les bras de son ami m'a semblé parfait.
» Il faut maintenant que vous me permettiez de vous envoyer ce dont je vous ai parlé. Je suis décidé à vaincre cette réserve excessive, provenant peut-être d'un amourpropre trop grand, qui m'a fait travailler jusqu'à vingtdeux ans, sans faire une confidence et sans prendre un conseil. D'ailleurs, j'ai besoin de me former une idée sur la nature de mon travail et le succès de mes efforts. Personne ne peu-t mieux me donner celte idée-là que vous, et je ne rencontrerai jamais personne de qui j'attende plus de franchise et à qui je trouve plus doux de me confier. Promettez-moi, je vous en prie, un secret absolu et une franchise sans bornes; j'ose exiger l'un et me croire digne de i*aulre. Cependant, comme vous pouvez encore ne pas me connaître assez pour que la franchise que je vous demande ne vous coûte point, je trouverai indiscret de vous rien envoyer, avant que vous m'en ayez donné la permission, et j'attendrai votre réponse.
» Adieu, Monsieur, ne m'oubliez point, et croyez que le témoignage de conliance que je vous donne est aussi
unique dans ma vie que le sentiment qui me le dicte est particulier.
» Mathieu Mole. jî>
Il eût été sans doute intéressant de retrouver la correspondance complète de M. JoubertetdeM. Moîc, surtout en ce qui touche le travail commencé. Malheureusement la plus grande partie en a été perdue, et Tordre des idées dans celle qui nous reste est fréquemment interrompu. Nous nous efforcerons cependant, en rapprochant les lettres de M. Mole de quelques citations empruntées aux lettres déjcà publiées de M. Joubert^ et à des noies inédiles sur le même sujet retrouvées dans ses papiers, de donner un aperçu des relations très suivies qu'ils entretinrent pendant les années 1803, 1804 et 1805.
La réponse de M. Joubert à la première lettre de M. Mole nous manque, mais elle fut cerlainement très encourageante, car, ne recevant pas la communication annoncée, il écrit pour la réclamer :
Paris, 10 juillet 1803.
« Envoyez-moi, je vous en supplie, vos manuscrits à Villeneuve. Là, je serai tout à vous ; je vous lirai avec loule