A M. DE LA LUZERNE
Rome, ce 2 novembre 1803.
« Monsieur,
» Je me crois obligé de vous avertir du malheur qui vous menace; et, si c'est une consolation pour vous et voire famille, je vous assure que vous ne lirez pas les détails que je vais vous donner avec plus de douleur que je n'en ai à les écrire.
1. Les deux lettres que nous donnons ici sont adrossées au Iioaufrère de madame de Beaumont, le mari de cette inforlunéc qui mourut si tristement en 1794 à l'hôpital de l'arcîievêché; mais la cnpie en avait été envoyée de Rome par M. de Chateaubriand à ses amis et s'est retrouvée dans les papiers de M. Jduhort. Elles nous ont paru se rattacher intimement au sujet de notre étude et devoir intéresser le lecteur.
» Nous sommes, Monsieur, sur le point de perdre madame de Beaumont, votre belle-sœur. Vous savez que depuis longtemps sa santé était languissante. Se trouvant plus mal l'été dernier, elle se rendit au Mont-Dore. Il ne paraît pas que les eaux l'aient soulagée ; du moins, sa faiblesse et sa maigreur parurent augmenter. Les médecins lui conseillèrent alors, comme dernière ressource, l'air d'Italie. Elle m'écrivit pour m'en prévenir et pour me dire que, ne connaissant personne en Italie, elle préférait se fixer à Rome, où je pourrais lui être de quelque utilité. Aussitôt que j'eus reçu cette lettre, je priai un de mes amis qui se trouvait à Milan de recevoir madame votre belle-sœur et de la conduire à Florence, où je me rendrais moi-même. J'eus en effet le bonheur d'arriver quelques heures avant elle dans cette dernière ville. Je connus alors, Monsieur, tout ce que nous avions à craindre. Madame de Beaumont ne pouvait plus ni marcher, ni monter un escalier; cependant elle supporta assez bien la dernière partie du voyage jusqu'à Rome. Je la conduisis au logement que je lui avais préparé; j'assemblai les médecins, qui déclarèrent que le poumon commençait à être attaqué et qu'il ne fallait plus espérer la vie de la malade que d'un miracle. On l'a mise au lait d'ânesse et au bouillon de tortue, pour toute nourriture. On n'a pas pu appliquer les vésicatoires à cause de son extrême faiblesse. Au reste, Monsieur, tout ce qui dépendra de moi, de mes soins, de mes moyens, vous pouvez y compter. Je passe mes jours et mes nuits auprès d'elle, et, quand le temps le permet, je la promène une heure à midi, en voiture. Enfin, tous les secours des
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hommes et tous ceux de la relii^ion lui seront prodigués. Si les vœux de l'amilié la plus dévouée étaient exaucés, votre chère belle-sœur serait bientôt pleine de vie.
» Mais, si nous devons faire, Monsieur, une perte irréparable, voici le parti que je prendrai, sauf les dispositions ultérieures que vous et votre famille voudrez bien me faire connaître
» Voilà, Monsieur, l'état des choses. Veuillez m'honorer d'une réponse le plus tôt possible, et faites-moi connaître les intentions de votre famille. J'ignore au reste si madame de Beau mont a fait quelques dispositions, car elle ne m'a jamais parlé de ses affaires, et je n'avais aucune autorité pour lui en parler. Mais, si elle a été surprise, et qu'elle n'ait rien fait pour sa fidèle gardienne, madame Saint-Germain, je la prendrai pour le reste de sa vie à mon service avec sa famille.
» Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur,
) DE Chateaubriand. »
'SSO APPENDICK.