Bib. nat., fonds fr., 17440, r<» SO
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rendre compte de ma conduite et d'attendre vos ordres pour la régler. Mais, jusqu'à présent, Monseigneur, j'ai été si malheureux, qu'il ne s'est rien passé dont je pusse profiter sans scrupule et sans crainte de vous importuner. » Cependant la recherche des faux nobles allait causer à l'intendant de nombreux et délicats embarras. Outre les roturiers qui voulaient simuler la noblesse pour profiter surtout de ses exemptions, il y avait les fonctionnaires, qui, moyennant finances, laissaient les nonnobles tranquilles. Il y avait aussi des difficultés particulières inhérentes à la province, à cause d'une prétendue attribution de la noblesse aux enfants de père roturier et de mère noble, en vertu d'une concession royale qui aurait été accordée à la suite d'une fabuleuse bataille de l'époque carlovingienne, où la noblesse champenoise aurait été décimée. C'est ce qu'on appelait la noblesse du ventre. Bonne justice de cette fausseté a été faite de nos jours, et on l'a démontré par des preuves inattaquables*.
1. Voir le travail de mon frère, in-8. Paris, Aubry, 1866. Toute la question roulait sur une altération volontaire du texte.
Les partisans de la noblesse maternelle s'appuyaient sur une coutume promulguée en 1224 par le comte de Champagne, contenant cet article XX : « 11 est de coustumc en Champaigne que se enfans nobles demorent de père et de mère, soient nobles ou de père ou de mère. » Or cette fameuse coutume est tout simplement un recueil d'arrêts compilé de 1224 à 1299 par quelque légiste champenois, et le texte réel de l'article XX, d'après les quatre copies des xive et xv® siècles conservées à la Bibliothèque na-
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Mais au xvif siècle il n'était pas aussi facile de trancher la question, parce qu'elle touchait à trop de familles souvent haut placées. Les vrais nobles réclamèrent cependant, mais on traîna les choses eu longueur. Les nobles maternels se plaignirent devant le conseil d'État, qui reçut Tordre de ne pas statuer, tandis qu'on recommandait aux préposés à la recherche de ne pas continuer les poursuites. Gaumailin demeura fidèle à cette jurisprudence et n'admit d'anoblissement par la femme que pour un petit nombre de familles originaires du Barrois, — partie mouvante du Parlement de Paris où ce privilège existait réellement, en ce sens que le fils d'un roturier pouvait relever à titre de substitution
tionalc, est : < Gousturae est en Champaigne que se enfans demorent de père et de mère, soient noble ou de poeste, se il y a hoir aisné, il doibt avoir ladvouerie de ceux qui sont soubs aagiez. > Les lx>urgeois du xv« siècle interposèrent le mot noble après le neuvième mot, et substituèrent aux mots ou de poeste ceux de ou de père ou de mère. Ils oublièrent, malheureusement pour eux, l'article VI du même recueil : « Encore l'use-on en Champaigne que se noble femme prant home de poeste à mari, li sires de qui elle tient le fié ne le prent a hommaige se il ne vuelt. Et se la damoiselle a hoirs, après son deces, ils sont deshérites et li sires prent tout le f\é en son domaine, pour ce que li enfans suyent la pire condiciony et convient qu'ils soient taillables et de main morte se leur père en estoit. » D'ailleurs M. d'Argenson écrivait, le 19 décembre 1694, au lieutenant général du présidial de Troyes : « Je vous envoie la surséance pour six semaines, 'Comme vous le désirez. Mais si votre noblesse ne vient que du costé maternel, comme les traitants me rapprennent, je crains <ïue vous ne soyez pas bien fondé et que cette espèce de noblesse ne reçoive de grandes difficultés dans Tesprit de MM. les commis- ^ires. » (Bib. Nat., collect. de Champ., tome CXXV, p. 107.)