XXXVIII INTRODUCTION
M. de Gaumartin avait donné les plus grands soins à l'éducation de ses enfants : rien ne lui coûtait pour leur procurer les maîtres les plus variés el les plus habiles. Chacun d'eux avait un précepteur particulier, « trouvant que ce n'étoit pas trop d'un contemporain, d'un homme tout entier, quelque vigilant qu'il soit, pour former un seul élève. » Luimême il surveillait assidûment les progrès de ses enfants, les interrogeant souvent et se complaisant, au milieu de ses graves occupations, dans ce trawl, comme le plus agréable délassement.
Louis-Urbain Le Febvre, né du premier mariage en 1653, eut, comme nous l'avons dit, Fléchier pour
commandant losgaliotcs sur le Pu pendant les guerres du Milanais, mort à Paris le 10 juillet 172S;
5° Jeanne-Baptiste, mariée le 5 janvier 4690 à Barthék» Mascrany, seigneur de Verrières , maître des requêtes, veuf k 2îi février 1093, mort en 1098;
6° Marguerite, née le 3 mai 1074, mariée le 14 jan^ie^l09St Marc-René Voyor de Paulmy, marquis d'Argcnson, depuis gn* des sceaux, morte de la petite vérole le 31 juillet 1719;
7" Madeleine-Charlotte-Émilie, mariée le 8 mars 1693 à Jat^ (le La (>)ur, marquis deBalleroy, veuve le 15 mai 17:25, mortek 5 mai 1749;
8o Elisabeth-Antoinette-Julie, mariée le 17 juillet 1696 à Finiçois d'Autede de Lestonac, marquis de Margaux, flls du pMÛ^ président de Bordeaux, morte sans enfants le 11 avril 1713;
9« Marie-Louise-Mélanic, unie le 28 février 1702 ft Jéri* Goujon, marquis de Thuisy, maître des requêtes, morte de fc petite vérole le 7 janvier 1727.
TISTRODUCTION ^xxii
précepteur. Il accompagna constamment son [lère. Â Clermoot comme à Cbàlotis. Associé de botiiie heure aux travaux de TinteiKlance de ChaHi[jag'ne, il s'occupa activemenl, nous apprend Saiot-Simon, de gt'uéalogies, et dut prendre avec d'Hozier part à la rédaction des procès-verbaux de la recherche dt^ la noblesse de cette province. Fléchier lui inculqua le goiU du travail et des études hislorjqucs et en fit « un gentilhomme véritablement accompli », d'après le jugement de Mme de Sévigné, qui ajoutait, dans une lettre du 7 août 1675, 'c qu'il étoit te plus joli garçon du monde. " D'abord nommé M. de Boissy, it devint plus tard marquis de Saint-Ange !l comte de Moret. Conseiller tu Parlement de Paris lès le 16 février 1G74, il éiwasa le 6 juin 1680 Carie-Jeanne Quentin de Richebourg, fille unique le Charles Quentin, seigneur de Richebourg et de iaint-Ange, maître des requêtes, et de Madeleine Feydeau, riche et aimable héritière, au sujet de aquelle Mme de Sévigné écrit : i- Ce mariage est Lssorti en perfections : c'est justement le contraire le sottes gens, sotte besogne. Le bon esprit y paraît m tout et partout. » Le mariage fut célébré à Saint-Ange, prés de Fontainebleau, terre considérable avec un beau château dont le jeuue marié prit lésomiais le nom : les fêtes durèrent trois jours !t furent des plus magnifiques.
XL lYTRODCCnON
Ce mariage rendait M. de Saint-Ange cousin germain du chancelier de Pontchartrain « et lui assurait dès lors la plus brillante carrière. Pontchartrain en fit en 1682 un maître des requêtes, Tenvoya au mois daoùt 1688 coomie commissaire aux Grand Jours de Poitiers. Nommé deux ans après intendant des finances, il entra, suivant une promesse faite depuis longtemps déjà au chancelier, au mois de janvier 1697, au conseil des parties, dont il devait mourir sous-doyen le 2 décembre 1720.
M. de Saint-Ange aimait le monde et se piquait d'y faire bonne figure. Son érudition était célèbre comme sa prodigieuse mémoire ; mais il n'était pas précisément modeste, et il était intraitable sur la question des honneurs et des préséances. 11 en donna la preuve quand il réclama le pas sur tous les conseillers d'État institués après sa nomination à Tune des quatre charges d'intendant des finances, ce qu'il obtint par l'influence du chancelier *. « H étoit fort du grand monde, dit Saint-Simon, et il étoit obligeant; au fond honnête homme. Mais sa figure, la confiance de Pontchartrain et la cour l'avoient gâté. »
Saint-Simon rapporte deux piquantes anecdotes au sujet du marquis de Saint- Ange.
1. Le chancelier avait épousé en 1668 Marie de Maupeou, fille d'une sœur de Richebourg.
2. Les intendants des finances entrant au conseil avaient le droit de porter le manteau court en séance du jour de leur nomi-
INTRODUCTION xu
Le Parlement venant d'admettre le maréchal de Berwick comme duc et pair, le duc de Tresmes donna en son honneur un grand diner auquel assistaient la plupart des ducs et personnages importants, notamment Gaumartin, oncle de la belle-fille de Tamphitryon. Quoiqu'il fût assurément intelligent et adroit, une distraction s'empara de son esprit, et il se lança dans un récit dont il ne reconnut pas à temps l'inopportunité. Il se mit à parler d'un procès qu'il avait jugé anciennement sur un cas de bâtardise, se complaisant sur les détails, sur les difficultés de l'afiFaire, sur la sévérité des lois.
« Chacun baisse les yeux, dit Saint-Simon, pousse son voisin avec un silence profond que Caumartin prit pour attention à la singularité du fait et aux grâces de son débit. Le duc de Tresmes voulut rompre les chiens plus d'une fois : à toutes Caumartin haussoit le ton et continuoit. Cela dura bien trois bons quarts d'heure. On s'étoufFoit de manger et de mâcher; personne n'osa boire, de peur d'un éclat de rire involontaire; on en mouroit, et dans la même crainte on n'osoit se regarder. Jamais Caumartin, engoué de son histoire et du plaisir de tenir le dé, ne s'aperçut d'une si énorme disparate.
nation comme intendants. C'est ce privilège que Caumartin revendiqua, mais non sans éprouver la plus vive résistance de la part de ses collégaes.
XLiï INTRODUCTION
Berwick, à qui, coimne à rhomme du jour, il adressa souvent la parole, comprit bien qu'il avoit totalement oublié où il étoit et ne s'en offensa jamais; mais le pauvre Tresmes en étoit que la sueur loi* tomboit du \isage. »
L'autre historiette concerne un parent, le baron de Breteuil, dont nous aurons à reparler conmie Fun des correspondants de Mme de Balleroy : « Un jour qu'à table chez M. de Pontchartrain, on le plaisantoit sur son ignorance, le chancelier lui demanda s'il savoit qui avoit fait le Pciter : le voilà scandalisé et à demander pour qui on le prenoit, et le chancdier à pousser sa pointe. Pendant le débat, il sortit de table, et, en rentrant dans la pièce où l'on se tenoit, M. de Gaumartin se mit à marcher derrière lui, et, comme pour le soulager dans son embarras, il lui dit tout bas : Moïse. Voilà le baron bien soulagé, qui, dès que la compagnie fut rentrée, remet la question sur le tapis; or, après plusieurs gentillesses d'un homme sûr de son fait et qui fait semblant de ne l'être pas, dit à la fîn, puisqu'on le poussoit à bout, qu'il falloit bien montrer qu'il n'ignoroit pas ce que les enfants savoieut, que Moïse étoit l'auteur du Pater. La risée universelle le mit bien en un autre état; mais il avoit tous les jours besoin de Gaumartin aux finances, et sa cruauté fut aisément tournée en plaisanterie. »
INTRODUCTION vlhi
Un moiiieiil iM. de Caiimartiri crut parvt'iiir à I» plus haute dignité civile de l'État. Quand le ihancelier Boucherai mourut, oii pensa sérieusement à lui pour le remplacer. » Mais, dit Saint-Simon, il iHoil longtemps suspect an roi pour uu amas rie bli'- et diverses autres choses dont il se justifia bien, mais k)s nuages restèrent. Un exti'^rieur fort insolent, quoique homme serviable et fort capable, lui avait aliénù le gros du monde, quoique avec beaucoup d'amis, et une dépense très recherchée eu tout nuisit encore k son avancement, tl avoit beaucoup d'autre savoir que son métier et beaucoup d'élévation dans l'espril. >i Son cousin Pontchartraiu, alors contrôleur général et qui avait réussi médiocrement ' dans la direction des linances, fut choisi (octobre 1699). Cauioartin fut indemnisé de cette déconvenue par un brevet de conseiller d'État ordinaire accordé, le lOdécembre 1701, dans les ternies les plus flatteurs; il fut encore chargé au mois de jan^ier 1709 de la mission délicate de la conversion des billets de monnaie eti billets de banque; en décembre 1715, on lui «onlîa la jM'ésidence d'un des quatre bureaux créés pour la vérification des billets de la caisse des emprunts; au mois de novembre 17 17, de celledubure<iu 4]es cuoiptes des gens d'affaires, dont les opérations
I, En dêrombrp iHK, sii rhuw inniiTidsiil des liimiicL-s lui fui " ' rli- Cai «00 llvrfâ inaiiiTi-aii).
xuv INTRODUCTION
avoientlieu chez lui. Enfin, au mois de février i720, il fut nommé de la commission de la révision des engagistes des domaines. Jusqu'à la fin de sa vie, il demeura « dans le meilleur monde », comme dit Saint-Simon. C'est dans la chapelle de son hôtel que fut célébré, le 9 avril i719, le mariage du duc d'Albret, auquel il prit une part active, d'après ce qu'il en écrivait à sa sœur.
Mme de Gaumai*tin mourut, sans laisser d'enfant, le 21 mai 1709. « Elle avoit un gros bien, remarque Dangeau ; son mari en avoit eu aussi, mais n'en avoit plus. » Elle se contenta de prier sa mère de laisser à M. de Gaumartin le revenu de sa dot. Il mourut le 2 décembre 1720.
Il nous reste à parler un peu plus particulièrement des rapports de M. de Saint-Ange avec Voltaire, qu'il connaissait intimement, ayant pour notaire et pour conseil, même, parait-il , pour ami , le père Arouet. On sait le scandale que causa la publication du Bourbier^ faite par le jeune Arouet en 1714, quand il échoua pour le concours du prix où l'abbé Dujarry l'emporta sur lui. Son père ne fut pas un des moins irrités, et Gaumartin emmena le coupable une première fois à Saint-Ange. Ce séjwir ne dut pas être long, car le poète avait à s'occuper de son Œdipe ; mais il y revint souvent et il paraît évident que c'est à Saint-Ange qu'il puisa les premiers élé-
INTRODUCTION xlv
ments de deux de ses principaux ouvrages, le Siècle de Louis XIV et la IlenHade. M. de Caumartiii Aimait passionnément Henri IV et Sully à une tpoque où peu de gens pensaient au Bt^aruais.
Voltaire apprit certainement auprès de lui à les mieux connaître et il dut ^tre stimuh^ par lui à composer ce poème. Son hôte savait les détails les plus curieux sur Louis XIV et sur son règne, et il est hors de doute que le futur historien du grand roi mit largement à contribution ces souvenirs pour la composition de son livre. Voltaire passa à Saint-Ange tout le cArAmede 1715, qu'il fit, (iit-il, « non avecbarengs saurs et salsifix ■». Il y était toujours le bienvenu, apprécié et fêté par Caumartin , qui aimait ses traits malins et même méchants, liti qui, enfant, avait été élevé à entendre fredonner encore les couplets du temps de la Fronde'.
Voltaire s'y plaisait, parce que, entre le marquis et l'abbé son frère, esprit amusant et sarcastique, il apprenait beaucoup. Ces relations se rompirent après j'éclat du Puero régnante, qui conduisit Voltiiire à la Bastille (mars 1717). Mais à ce moment il venait encore de piusser deux mois à Saint-Ange ', pendant
1. JtMnrtte ih Voltaire, par Desnoires [erres. 1 vol. in-8. Paris, ]>itlier.
C'irsl osseï que quelque chose ait de la force et île la mailgnitK pour qu'on l'altribue à Rousseau ou à Aroucr, que j'ai laissé i 5!llJ|[-An^■e depuis le coni m en cernent du carême i (letlre de Brc-
XLvi INTRODUCTION
lesquels nous savons qu'il commença la Henriade. Du reste, Gaumartin ne cessa de s'intéresser à Voltaire, et nous le verrons en parler souvent à sa sœur. Voltaire a consacré à son protecteur une épttre datée de Saint-Ange. Après y avoir exprimé le plaisir qu'il avait à écouter cet homme sage, esprit juste et fin, il ajoutait :
Gaumartin porte en son cerveau
De son temps Thistoire vivante.
Gaumartin est toigours nouveau
A mon oreille qu'il enchante.
Gar dans sa tête sont écrits
Et tous les faits et tous les dits
Des grands hommes/des beaux esprits ;
Mille charmantes bagatelles,
Des chansons vieilles et nouvelles,
Et les annales immortelles
Des ridicules de Paris.
Pour finir, nous céderons la place à Saint-Simon : « Gaumartin, conseiller d'État et intendant des finances, mourut à soixante-cinq ou six ans. C'étoit un grand homme, très bien fait et de fort bonne mine ; on voyoit bien encore qu'il avoit été beau ; il avoit pris tous les airs et les manières du maréchal de Villeroy, et s'étoit fait par là un extérieur également ridicule et rebutant. Il avoit l'écorce de hau-
teuil à Mme de Balleroy, 2 avril 1717). Le gazetier Buvat (an 1747) nous dit qu'Arouet avait quitté Paris au carnaval pour aller passer deux mois à Saint-Ange et que Gaumartin avait été le premier qui eut communication du Fuero régnante^ qui n*avait pas été cependant composé chez lui, d'après le rapport de l'espion Beauregard.
lOTRODUCTION tLvri
U^ur d'un sot ^rantt seignour ; il en avoJt aussi le langage, et le ton d'au courtisa» qui se fait parade de l'élre. Ses façons lui aliénèrent beaucoup de f^eus. Il étoit fort proche parent et ami intime du chancelier de Pontchartrain et en eut toute la conflauce : tant qu'il fut contrôleur général, toute la couBance pas- I soit par ses mains ; c'est ce qui giita encore ses façons. Lu dedans étoit tout autre que le dehors : c'étoit un très l)on homme, doux, serviahle, sociable, et qui s'i'Q faisoit un plaisir, qui aimoit la règle et l'équité, autant que les besoins et les lois financières te permettoieut : au fond, honnête homme, fort instruit dans son métier de magistrature et dans celui des finances, avec beaucoup d'esprit, et d'un esprit accort, gai, agréat)le : il savoit inflnimeut d'histoire, de généalogie, d'anciens événements de la cour. Il n'avoit jamais lu que la plume ou un crayon à la iDiùu ; il avoit inBniment lu et n'avoit jamais rien oublié de ce qu'il avoit lu, jusqu'à en citer le livre et la page. Son père, aussi conseillerd'Etat, avoit été l'ami le plus confident et le conseil du cardinal de Retz. Le fils, dès sa première jeunesse, s'étoit mis par lit dans la société la plus choisie et la plus à la mode de ce temps-là; cela lui en avoit donné le gortt le ton, et de l'un à l'autre il passa sa vie avec ce yiÇa'i] y avoit de meilleur en ce genre. 11 étoit luifnèoie d'excellente compagnie et avoit beaucoup
TLviii INTRODUCTION
d'amis à la cour et à la ville. Il se piquoit de connaître, de servir et d'aimer les gens de qualité, avec lesquels il étoit à sa place, et point du tout glorieux, €t parfaitement libre des chimères de la robe ; avec cela très honorable et même magnifique, point conteur, mais très amusant, et, quand on vouloit un répertoire, le plus instructif et le plus agréable. Il aimoitet faisoit fort bonne chère, et il n'avoit pas été indifférent pour les dames. C'est le premier honmie de robe qui ait hasardé de parottre en justaucorps et manteau de velours dans les dernières années du roi. Ce fut d'abord une huée à Versailles, il la soutint, on s'y accoutuma ; nul autre n'osa l'imiter de longtemps, et puis peu à peu ce n'est plus que velours pour les magistrats, qui d'eux a gagné jus- <iu'aux procureurs. »
Disons, avant de quitter le marquis de Saint- Ange, que Rousseau, dans une ode à lui dédiée, le proclama Ki le digne héritier des nobles vertus qu'on adora jadis sous l'empire de Rhée », et que Despréaux s'est écrié :
Chacun de Péquité ne fait pas son flambeau ; Tout n'est pas Caumartin, Bignon ni d'Aguesseau.
Nous avons dit que M. de Saint-Ange ne laissa pas d'enfant. Il avoit reporté toute son affection sur ses jeunes sœurs et il ne négligea rien pour faciliter
INTRODUCTION xlix
leur mariage. « On dit des merveilles de ce mariage de Madeleine Le Febvre avec M. de La Cour de Balleroy, écrit Mme de Sévigné à Mme de Guitaut ; on croit qu'il s'en prépare encore un, et puis un autre jusqu'à ce qu'il y en ait cinq ; car M. de Gaumartin les marie avec une facilité qui devrait s'étendre jusqu'à mesdemoiselles vos filles. » Mme de Sévigné avait eu souvent recours à Gaumartin pour profiter de son crédit auprès de M. de Pontchartrain .
Nous avons dit que nous consacrerions quelques lignes à l'abbé de Gaumartin. Il naquit à Ghâlons-sur- Mame en 1668. Filleul du cardinal de Retz, il devint, par la renonciation que ce dernier fit en sa faveur, abbé de Buzay, titre qui lui donnait la présidence d'une des commissions des états de Bretagne. Élevé avec le même soin que ses frères, il montra de bonne heure une rare intelligence. A sept ans, racontet-on, il prononçait des discours qui excitèrent l'admiration de la cour et de la ville. Ses débuts furent faciles : à vingt-six ans, il était reçu à l'Académie française (27 mars 1694), sans avoir encore rien publié * ; son seul titre, qui lui ouvrit aussi les portes de
1. Mgr de Gaumartin ne publia aucun ouvrage littéraire ni historique. On ne connaît de lui que son discours de réception
z, L\TlûDCCI1i>!(
FAcftikflik' àfr> înMTif4î*>ii5. fUît d*ètre Tun des gariiks de b Î4l-d-~4br>pie du roi. La caurière la plos brillaDte s^:4]vnit devant lui. quand malheoreusement st:4i e^^t caustique lui enleTa pendant de longues années t»>ute faveur auprès du roi. Il était à ce moment enci>re abbê de Lavau, doTen do chapitre metn^pi>litain de Tours « et sou discours de réceptioD. prononce le 8 mai. avait eu un grand succès.
« Cet abbé de Caumartin. dit Saint-Simon, étoit un garçon fort savant et de beaucoup d'esprit, fort dans le monde. » 11 ne sut pas résister au plaisir de se m(x|uer de M. de Clermont-Tonnerre, évèque de Noyou, admis peu de mois après lui à T Académie et dont les seuls titres étoient la volonté du roi. Ce prélat étoit un tj-pe exceptionnel d'orgueil. « Sa vanité de maison, de dignités, de savoir, d'éloquence, d'épiscopat , de considération et de faveur , mêlée de régularité, de savoir assez confus et de beaucoup de feu, de saillies et de hardiesse, donnoit souvent des scènes dont le roi se divertissoit. Ce fut lui qui voulut qu'il fût de TAcadémie et qui convia M. le
(in-4», 1094), ceux des réceptions de Mgrr de Noyon (publié en Hollande), du duc de Saint-Ajgnan (in^<>, 1727); Con^Umenis faits an roi et à la reine pour leur mariage au nom de r Académie (in-io^ 1725). Catéchisme du diocèse de BloU, précédé d'un mandement (Blois, in-8», 1728); Rituel du même diocèse, avec un mandement (Blois, in-4», i730); Lettre pastorale sur des propositions à lui dénoncées (Blois, in-4o, 1783).
INTRODUCTlOiS
Prince el plusieurs gens dy la cour à sa réception, comptant bien qu'elle fourniroit queicjutî amusement. »
L'abbi^ (le Caumartin, qui se trouva par le sort directeur de l'Académie, dut lui répoudre. La séance eu( lieu le 10 décembre 1694, et Dangeau raconte pnidemmenl que le prélat l'ut très satisfait de s» baraugue quand il l'entendit, et que d'ailleurs il l'avait vivement approuvée quand elle lui avait été préalablement communiquée. « Cependant, ajoute^ t-il , on lui persuada depuis qu'il avoit à s'en plaindre, et il s'en plaignit au roi. Le discours étoit très éloquent et fort agréable, plein de louanges, mais ou prétend qu'elles étaient malignes. » Saint- Simoû va nous apprendre la vérité :
L'abbé deCaumartin,quise trouva alors par le sort directeur de l'Académie, et chargé par coustiqueut de répondre au discours de M. de Noyon, en composa un do louanges si outrées el si extravagantes, que l'excès du ridicule lui fit prendre la précautiou de le montrer ii M. de Noyon un jour ou deux avaut sa réception pour en tirer son approbation. Ce panneau n^ussit au delà de sou espérance. M. de Noyon approuva le discours el se sentit Oatté de cette déférence', y corrigea des bagatelles de sa main et y fortiGa niôme quelques louanges, de manière que 'abbé de Caumartin le lui prononça en pleine Aca-