‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 15 sur 90 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

demie, où la fleur de la cour et de Paris se trouva en foule à ce spectacle et ne put contenir sa risée et du discours de M. de Gaumartin et des airs et du ton dont il Tornoit jusqu'au plus grossier ridicule. M. de Noyon jouit deux jours du contentement de ce panégyrique, jusqu'à ce qu'étant aller voir Harlay, archevêque de Paris, avec qui il avoit eu maintes mailles à partir que le roi avoit raccommodées, l'archevêque lui dessilla les yeux pour se venger de lui. Il s'en alla trouver le Père de La Chaise pour s'éclaircir mieux de ce qu'il venoit d'apprendre, qu'il ne put lui dissimuler, tellement qu'entrant en furie il s'en alla demander justice au roi d'un petit bourgeois, d'un petit prestolet, qui, abusant de sa bonté et de sa facilité, avoit eu l'audace de tourner en ridicule public un évêque de son âge, de son mérite, de sa qualité. Le roi, qui avoit ri d'abord parce qu'il n'étoit pas possible de s'en empêcher, mais qui avoit trouvé la chose aussi étrange qu'elle l'étoit, n'avoit dit mot jusqu'aux plaintes de M. de Noyon ; mais alors il se fâcha, parce qu'il vouloit des bornes aux plaisanteries qu'on se pou voit le moins refuser. Il en avoit déjà dit un mot à Pontchartrain. Mais alors il lui ordonna de laver la tête à son cousin et de l'envover demander pardon à M. de Noyon, à qui il offrit de le chasser et qui l'accepta. Ce ne fut donc que par tous les mouvements des amis et des parents de

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Tabbé de Gaimiartin auprès de lui qu'ils en obtinrent de demander au roi qu'il ne fût pas chassé; mais il ne voulut jamais le voir ni recevoir son pardon et ses excuses. Il en fut vengé, car le roi, indigné du fait, n'en voulut jamais ouïr parler pour rien. Il n'a pu être évc^que que pendant la régence. Quelque temps après cette ridicule aventure, M. de Noyon tomba malade à l'extrémité, et lui, à qui il échappoit quelquefois de traiter le pape de M. de Rome et de dire que, s'il venoit jamais à Noyon, il l'empêcheroit bien de faire aucune fonction épiscopale sans sa permission, il envoya prier le nonce de venir lui donner la bénédiction apostolique in articula mortis. Dans cette maladie il envoya chercher l'abbé de Caumartin, lui pardonna, l'embrassa et, étant revenu en santé, fit sincèrement ce qu'il put pour le raccommoder avec le roi et pour lui procurer un évéché. » L'abbé de Caumartin demeura en disgrâce tant que vécut Louis XIV; c'est seulement en 1717 qu'il fut enfin nommé évéque de Vannes, d'où il fut transféré, au mois de juillet 1720, sur le siège de Blois. Prêtre zélé et exact, il s'occupa assidûment de son diocèse, où il résidait très régulièrement. C'est à Blois qu'il mourut, le 30 août 1733*.

4. Louis-François Le Fèvre, seigneur de Boissy, né du second mariage de M. de Caumartin avec Mlle de Verthamon, mourut peu après son frère aîné; il avait été conseiller au Grand Conseil et intendant de province; il maria sa fille avec M. de Sé^ur, président au

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Nous terminerons par un mot sur M. d'Argenson, dont le nom va revenir si souvent dans cette correspondance.

En 1691 et 1692, M. de Caumartin avait été envoyé comme commissaire aux Grands Jours à Angouléme. Il y rencontra Marc-René de Voyer, fils d'un ambassadeur à Venise, — et à ce titre filleul de la Sérénissime République, — qui exerçait à Angouléme les fonctions modestes de lieutenant général au bailliage. Caumartin fut frappé de son intelligence, de son savoir et de ses bonnes façons. On sait qu'il avait de grandes prétentions à la science héraldique^ et il découvrit que la famille Voyer était de la meilleure noblesse de Touraine, contrainte seulement par sa médiocre situation de fortune à demeurer dans sa province. « Il s'engoua de lui, dit d'Argenson dans

Parlement de Bordeaux. Son fils devint, après son oncle, marquis de Saint-Ange, et mourut, le 14 avril 1748, premier président 4a Grand Conseil, ayant épousé Mlle de Fieubet. De ce mariage une fiîle, Mme de La Porte de Meslay, et an fils, successlwmenl intendant à Lille et prévôt des marchands de Paris en 1778^ veuf depuis 1763 de Mlle Mouffle, fille d'un receveur général ; il eut deux lils : le cadet mourut au moment de sVmbarquer pour te guerre d'Amérique, officier au réj^riment du Roi ; l'aîné, conseiller eu parlement et intendant de Franche-Comté, mouml à Londres Je 31 août 1803, quatre mois après son père. Avec lui s^teignit le nom de Caumartin. — Cette famille a^ait pour armes : d'acur à cinq triangles d'argent.

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ses Mémoires^ et le pressa de le suivre à Paris. » M. d'ArgensoD refusa d'abord; mais, appelé peu de temps après dans la capitale pour suivre un procès, Caumartin lui fit épouser la seconde de ses nièces et le présenta à Pontchartrain, qui « s'en engoua » également *. On le nomma d'abord procureur général de la commission pour le jugement des prises faites par les vaisseaux portant le pavillon français (25 février 1692), maître des requêtes le 5 mars 1694, procureur général de la commission pour la recherche des &UX titres et des usurpateurs de noblesse en 16%, lieutenant général de police de Paris, le 29 janvier

i. \oici ce que M. de Verthamon écrivaiC à ce sujet à M. de Choisy, alors propriétaire de Balleroy.

H 14 décembre.

f le ne veux pas laisser avancer davantage une affeire dont on parie sérieusement, et où il n'y a encore rien de Tait, sans vous la communiquer, monsieur, et vous demander votre avis. I! est question d'une personne dont on dit beaucoup de bien et qui est particulièrement connu et ami de M. de Caumartin. La naissance est très bonne. Je crois qu'il est votre parent. Pour son bien, H seroit à souhaiter qu'il eût davantage : il doit pourtant avoir après père et mère 12 à 15 000 livres de rente, et a un oncle de 70 ans qui ne maiNpie pas de bonne volonté pour lui et qui a 8 ou 0000 livres de rente. Il est employé et est en très bon chemin : il est procureur général de la recherche des faux nobles. Vous jugeret peut-être bien à cette heure que c'est M. d'Argenson. Qu'en ditesvous, monsieur? On me reparle aussi de M. de La Cour. Mais ayant présenleinent trois filles depuis prés de dix- huit jusqu'à vingt ans, il y en aura pour tout le monde. Les visites de M. Hallez en cette occasion seraient bien utiles. Si cette affaire réussit, je ne rae mêlerai plus que d'Emilie. Je vous le recommande, et suis, monsieur, votre très humb!e et obéissant serviteur.

c Verthamon. »

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1697, charge de création nouvelle dans laquelle il rendit les services les plus considérables ; commissaire du conseil du commerce en 1704, conseiller d'État le 10 juin 1709, enfin garde des sceaux de France le 25 janvier 1718 et président du conseil des finances. Il fut reçu la même année à l'Académie française et, en 1719, il fut créé chancelier de Tordre de Saint-Louis. 11 rendit les sceaux le 4 janvier 1720, à cause de sa résistance aux entreprises financières de Law, mais il conserva les honneurs de la charge et le titre de ministre d'État. Il mourut le 8 mai suivant, retiré au couvent de Sainte-Madelaine du Traisnel, dont la supérieure, Mme de Veni, était son amie particulière, sans qu'on se soit jamais avisé de mal parler d'elle, d après Saint-Simon, qui trace de d'Argenson ce portrait : « C'était un homme de beaucoup d'esprit, de connoissance du monde, de nulle affaire d'Etat, de finances, de magistrature, qui pensoit noblement et honnêtement et qui auroit vécu en grand s'il y avoit été élevé ; mais son esprit s'étoit rétréci et tellement accoutumé au petit, qu'il ne put jamais s'étendre et s'élever. Il avait passé sa jeunesse dans le chétif exercice de la charge de lieutenant général d'Angoulême, qu'avoit eue son père. Il étoit pauvre et de meilleure condition que la plupart des gens de robe ; aussi s'en piquoit-il et respectoit et aimoit les gens de qualité

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et la noblesse, dont il se prétendoit avant que ses pères eussent pris la robe. Devenu maître des requêtes, il épousa une sœur de Gaumartin, qui s'en fit honneur et qui par Pontchartrain le fit lieutenant général de police. C'est où il excella et où il sauva bien des gens de qualité et des enfants de famille. Il était obligeant, poli, respectueux, sous une écorce quelquefois brusque et dure et une figure de Rhadamante ; mais ses yeux pétilloient d'esprit et réparoienl le reste ; il ne put soutenir sa chute et ne sortit plus de sa chambre et du parloir. Il commença sur la fin à signer de Voyer au lieu de Le Voyer, qui est son nom. »

Mort le 1" août 1719, M. d'Argenson laissa deux fils et une fille, Catherine-Marguerite-Madeleine, mariée, le 13 août 1715, à Thomas Le Gendre de CoUandre, seigneur de Gaillefontaine, Forges, etc., maréchal de camp, fils d'un riche négociant de Rouen . Nous retrouverons les deux fils tout à l'heure.

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