‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 16 sur 90 · LES BALLEROY · texte numérisé non relu

LES BALLEROY

« On dit des merveilles de ce mariage de Madeleine Le Febvre avec M. de La Cour de Balleroy, »

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écrivait Mme de Sévigné en parlant de la femme aimable et intelligente à laquelle étaient adressées les lettres que noiis publions aujourd'hui. La famiUe de La Cour appartensût en effet à la meilleure noblesse normande et avait été maintenue lors des rechercbes de 1463, 1599 et 1666. A cette époque, elle avait pour chef Louis de La Cour, intendant au delà des monts, président du conseil souverain de Pignerol^ ambassadeur en Suisse et enfin conseiller d'État; on voit que ce n'était pas un petit personnage. U épousa Catherine Morel, dame de Manneville, dont il eut deux fils : Thomas de La Cour, seigneur de La Garcelle, qui ne paraît pas avoir quitté sa province^ où il mourut en 1686, laissant, de Marie Fusée de Voisenon, Jacques de La Cour, seigneur de La Gai^ oelle, et Pierre de La Cour, seigneur de Manneville, président à la Chambre des comptes de Paris en 1 67 1 , mort sans enfant d'Antoinette Colbert, le 19 novembre 1680, en laissant ses biens à son neveu.

Jacques de La Cour était un galant homme, mais, grande infériorité déjà à cette époque, « un provincial ». (( U avoit du bien, dit Saint-Simon, et il prit pour rien une sœur de Caumartin. » Six filles n'étaient pas faciles à bien caser , et cependant nous avons vu comment M. de Saint- Ange sut se tirer d'affaire. « Quand mon père et ma mère se sont mariés , dit d'Argenson , on leur disoit que

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c'étoit la &im qui épousoit la soif. Ma mère apporta 30 000 écus à mon père, qui alors n'avoît rien. » Deux d'entre elles étaient déjà mariées, Tune à M. Mascrany, mattre des requêtes (9 janvier 1690), l'autre à M. d'Ârgenson (i4 janvier 1693). La troisième ^ait la belle Madeleine-Charlotte-Émilie, au sujet de laquelle sa mère écrivait en 1692 à son parent, M. de Ghoisy^ possesseur alors de la terre de Bal* leroy * : « J'ai encore trois filles de dix-huit à vingt ans ; dites bien à votre ami M. de La Cour qu'il y en aura pour tout le monde. » M. de La Cour débarqua à Paris, où il fut aussitôt pourvu de la charge de conseiller au Parlement ; les choses furent rondement menées, et le mariage fut célébré le 8 mars 1693. Il échangea alors ses fonctions de magistrature contre c^es de maître des requêtes, beaucoup plus redierchées^ parce qu'elles ouvraient la carrière des totendances de province, d'où l'on entrait facilement au Conseil d'État. Quelques annéesaprès, M. «te

1. Louis-François Le Fèvrc. de Caumarlin était né du second mariage de son père avec Madeleine de Choisy, fille de iean, sci* ^eor de Balleroy, et de Madeleine Le Qiaron. Ce M. de Balleroy avait accompagné, à ce que raconte Fléchier, son frère de Choisy, intendant i Qemom; il y avait pris la direction « des affaire» des dames, laissant celles de la justice à régler à son frère. 11 se Mloit de régler les bals et de mettre de Tordre dans les asscm^ biées... U donaoit le rang aux plus belles, sans s'occuper de rien, sans cacher aux laides qu'elles n'avoicnt qu'à se cacher. Si une aime le prenait «t ne lai paraissoit pas digne d'être baisée, il fai«soit jouer des courantes; ainsi il en désobligea plusieurs qui croyolent mériter le baiser, b

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La Cour réclama du droit de sa femme, à titre de retrait lignager, la terre de Balleroy, que Tabbé de Choisy venait de mettre en vente, et il l'obtint. Le roi alors consentit à ériger en marquisat de Balleroy les terres de Balleroy, du Tronquay, du Vernay et du Parc, par lettres patentes délivrées au mois de décembre 1704, enregistrées au Parlement de Rouen le 7 mai 1705, « tant en considération des services dudit S»" de La Cour et de ceux de Louis de La Cour, son aïeul, qu'en considération de ceux que ses ancêtres avoient aussi rendus aux rois prédécesseurs de Sa Majesté, tant auprès de leurs personnages que dans leurs conseils. »

La jeune mariée était jolie : les lettres de ses frères le constatent fréquemment. Son neveu d'Argenson le lui dit assez gaillardement quand il se maria. Mme de Balleroy l'avait^ paraît-il, un peu raillé sur l'obligation où Ton était de séparer les deux époux, la jeune mariée n'ayant pas encore quinze ans (1718). « Vous me parlez des détails secrets de la noce comme de la cérémonie d'aller voir sa tante, lui répondit-il. Pardon de la réponse libre que cela vous attire. Je serai mal conseillé pour aller éteindre mes désirs d'aller voir une tante faite comme vous. » Son esprit n'était pas plus contestable; comment expliquer autrement la fidélité de ses correspondants? Le caractère seul était un

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peu aigri parfois. « Vos beaux yeux, lui écrit son frère Boissy, n'ont pas pitié des miens. Laissez-moi aussi vous dire que sur vos deux épaules vous portez une tète aimable par l'esprit et par la figure, mais d'une humeur quelquefois un peu aigrelette. » Cette humeur, nous l'excuserons volontiers chez la marquise, car elle ne trouva évidemment pas dans le mariage ce qu'elle espérait ou désirait. Fixée d'abord à Paris dans la rue Paradis, quand son mari se fut défait de sa charge et eut acquis Balleroy *, elle dut aller habiter la Normandie et ne s'en éloigna plus que bien rarement. Ne doit-on pas plaindre une femme jeune, belle, spirituelle, bien apparentée, pour laquelle Paris était le cadre où elle aurait tout naturellement recueilli les plus brillants succès, et condamnée au contraire à ne pas quitter la campagne ? N'y a-t-il pas là bien des circonstances atténuantes pour l'humeur « aigrelette »? Elle voyait les années s'écouler sans amener aucun changement. Balleroy est une magnifique construction dans laquelle Mansart a déployé tout son génie, comme on en peut juger encore, car le château, avec ses terrasses et son vaste parc, est demeuré heureusement intact. Mais enfin Paris, pendant quelques

1. D'Argenson nous apprend que M. de La Cour demeura maître des requêtes pendant six ans : ce fut un des griefs du cardinal de Fleury contre la noblesse de la famille.

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inois^ aurait pu procurer à Mme de Balleroy des l^sirs élégants, des succès mondains très iégitimes, des distractions intellectuelles qu'elle était bien faite pour goûter, tandis qu'elle en était réduite à une causerie perpétuellement écrite. Ne devait-elle pas un peu souffrir, elle élégante et mondaine, de voir tout au contraire sa sœur d' Argenson monter rapidement aux premiers honneurs, recevoir un tabouret ohei la reine et vivre enfin de la vie qu'elle aurait tant aimé mener?

Mme de Balleroy était très pieuse, et souvent ses frères, — sauf Tévêque bien entendu, — lui faisaient la guerre à ce propos. Elle se plaisait dans sa solitude aux pratiques de piété, aux boimes œuvres, et elle ne semble pas avoir le moins du monde trenipé dans le mouvement janséniste, ni dans les idées passable* ment sceptiques du temps. « Je me recommande à vos prières , lui écrivait en raillant Boissy ; quand vous viendrez nous voir, de quel parti serez-vous sur la Constitution ? N'allez pas déshonorer votre race par des sentiments indignes sur la grâce. Songez que nous avons toujours été pour saint Augustin, et ne vous jetez pas tout de go dans le pélagianisme. » Le spleen — qu'on nous passe cetanachronismed'expression — la saisissait trop souvent. Il lui faUait même recourir à Topium pour retrouver le sommeil, et, pour se distraire, elle prisait, paraît-il, « Vous trouverez

IMTBODUCTION lxhi

daus la cassette, lui maiidc snii mari, du messager de Baye)w,les mémoires deGuyJoly que M. deCaiimartin m'a doQn<^s pour vous, ot deux livres de tabac d'Espague, du meilleur que j'aie pu trouver. »

La véritable consolation de la marquise était cette correspondauce, pour laquelle elle trouvait tant de iparents et d'amis complaisants : ses frères d'abord, ses neveux d'Argensou eusuile, puis pendant un temps le baron de Breteuil, l'abbé de Guitaul, le chevalier de Girardin, pour ne citer ici que les principaux. Ses sœurs paraissent ne lui avoir que bien rarement écrit.

Breteuil, qui avait épousé une Gaumartiu de la iwanche de .Mormaut, se montra pentiaut les premières années très empressé, très exact. Il dictait ses lettres, mais il y ajoutait toujours uu post-scriptum de sa main, et il parait que la marquise^ qui cependant n'aimait pas écrire, lui rendait parfois le même service; du moins il lui mande un jour : « Si TOUS me tenez la parole que vous m'avez donnée de m'écrire des nouvelles quand vous serez à Paris et que j'en serai absent, j'y gagnerai beaucoup, car ortlinairement les femmes beureusement nées ren- :dent au moins deux pour un. » L'abbé de Guilaut i^Tiit paru aussi zélé au commencement; il s'engageait même à deux longues lettres par mois. Mais la tâche excéda probablement sa paresse, et il saisit

LUT INTRODOCnON

de boDDe heure le prétexte d'un voyage en Bourgogne pour manquer honnêtement de parole. De même aussi Tabbé de Ghoisy, qui se fait pourtant suppléer par son valet de chambre. M. de Saint-Ange envoyait les nouvelles importantes ; mais il ne pouvait le faire bien souvent, accablé réellement par de multiples occupations. L'abbé était assez paresseux; ses lettres d'ailleurs sont les moins intéressantes, et, devenu évêque, il se contenta de les dicter.

Boissy est le plus empressé, le plus causeur, le plus complaisant ; c'est un reporter modèle, auquel n'échappe ni une historiette ni un racontar; aussi sa sœur le soignait et l'encourageait sans cesse : on sent qu'il est très flatté en la voyant lui mander qu'il lui manquait quelque chose quand, au jour dit, le courrier n'apportait pas sa lettre pleine « de petits pieds de mouche ». Son écriture était en effet très difficile à déchiff^rer, tellement que parfois il dictait ses lettres pour en rendre la lecture plus aisée. « Vos plaintes me touchent, écrit-il un jour, et, quoique la qualité de gazetier impertinent n'ait rien de bien éminent, tout ce qui peut me rendre nécessaire auprès de vous m'est très précieux. » Il contait volontiers et savait comme personne faire passer les nouvelles les plus gaillardes : on en jugera. On sait que c'était celui de ses frères que la marquise aimait le mieux. Il allait quelquefois à Balleroy, mais

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i il y eut certains petits tiraillements; le frère et la œur élaietit, paralt-il, égalenieut mauvais joueurs. Maudites soient, s'écrie celui-ci, les cartes, qui ont icité des orages entre nous ! faisons vœu de n'en plus lanier ensemble; l'union vaut mieux qu'un si léger imusement. " Malheureuseuient survint l'échec du projet de mariage de Mlle de Boissy avec le fils aîné de Mme de Balleroj, et uu grand refroidissement s'ensuivit. M. de Boissy mourut d'ailleurs dès 1722 '.

1, fïous reproduisons â ce propos celle leilre, qui monin" que intente n'êlAil pas loajours parfaite alors enln^ le Trêre et la ■œur au sitjei des queslions d'intérCt provoquées par la succeslon de S. de SaEnl-Ang(^.

<• Bollero;, 29 jnavier 1722.

I J'ay rrçu hier votre lettre du 20; je vous prie de me mander, ion cher rrère, le nom de votre avocat, aQn que le hasard, car ce e scroit jamais par mon choix, ne m'en fasse pas servir. Je suis ici) Uchèe qu'où vous conseille si mal ; mais aussi pourquoi reneï-voua d'aolrea conseils qne do votre bon espritî Je suis au ^espoir de l'état où je vois que vous mettez mes affaires et celtes neveu, qui sont les mêmes. Que ne Jouissez-vous l'un et l'antre paisiblement et gracieusemenl d'un bien que personne ne Vous envie, que t'aniitié de tous vos proclics vous auroil donné . confirmé s'il en avoit été besoin? Au lieu de cela, vous laissez bpérir une succession qui mangera peut-être, si le feu se mei a affaires, tout ce qui vous apparliendroit librement aujourd'hui vous n'y mettiez pas empêchement. Songei que votre titre fail eo même temps une loy contre vos prétentions. Je ne soy à quel tribunal vous les pgrierezi mais, sans faire d'allemanac, je vous dirsy que je ne crois pas qu'aucun vous soit favorable. C'est pour TOUS ménager que je ne me sers pas d'autres termes. Quand vous serex revenu de la prévention où vous estes et qui est votre seule eicose, Je vous rends assez de justice pour croire que vous serez bien honteux de toutes vos démarches d'aujourd'hui. Je sorols JMefl aise de vous prouver qu'elles sunl mémi.' contre vos intérêts

Lrvi INïttODUCTlON

M. de Balleroy, que ses affaires appelaient souvent et longuement à Paris, était le plus grand pourvoyeur de nouvelles et le plus attentif : il oomiaissait le faible de sa femme ; il comprenait les enmiis de son isolement, et il s'ingéniait à en atténuer «le mieux

présents et à venir. Un frère afné ayant préciput ne peut rien faire de plus habile en trouvant Téquivalent dan^ le partage de ses frères de faire le leur de toutes les clioses que le hazanl lui donne. Les minorités de la famille sont passées : tout le monde veut bien ratifier les partages, tout cela est à votre avantage. Je sais bien que celui des fllles n'est pas le même, et que le mien seroit tout entier aux nouvelles estimations ; mais je sais bien à quoi Tamitfé, l'honneur et la conscience m'obligent. M. de La Cour et mes enfants pensent de même. Ce seroit mettre le feu dans la famiOe; vous m*en sauriez quelque Jour plus mauvais gré que Je ne pourrai vous faire auJounThui de plaisir. Il 8*agit donc seulement pour nous de réaliser les feuilles de chesnes. Gomme vous n'êtes point piqué contre moi comme contre M. de Blois et contre le chevalier, je ne balancerai jamais à m'en rapporter à votre équité et bonne justice. Il n'y a que d'estre piqaé qui puisse nous enipêcher d'agir de même avec les autres. Si Maisy vous tient au eosur, ne vous demeurera-t-il pas si vous en avez envie? Tous ceux qui auront des dédommagements à redemander et nous qui y serons pour le plus, ne serons-nous pas ravis d'avoir afRiire à vous et de vous voir possesseur d'un estât à votre bienséance ? Le chevalier de Gaumartin n'est pas encore marié; il trouvera peut-être par l'examen, le commerce de son bréviaire d'aussi aisées discussions que celui d'une femme. Argouges ne regarderoit que vous et les vôtres. Craignoz-vous que M. de Blois n'envoyé la bibliothèque à Balleroy ou à Challerange? Les Bergeries resteront entre vos mains et dans la famille. En vous disant tout le détail, ma surprise augmente de vos inquiétudes et prétentions. Plus J'y pense, plus je trouve qu*elles ne sont pas naturelles. On dit tous les Jours aux Minimes et ailleurs des évangiles sur la tête de mille bonnes gens plus libres de leur esprit. Les procurations que nous avons envoyées sont, une pour continuer M. de Blois jusqu'au mois de mars exécuteur testamentaire, et l'autre pareille à oelies de tous les cohéritiers s'en tenant aux partages, bien entendu la Justice qu'un chacun se doit. Savez- vous bien, monsieur, que c'est «ne assez bonne place dans une famille d'honnêtes gens que d'être

INTRODUCTION uvïT"

iossJbl« les fâcheuses couséquencos eu ne uiulti- Ifdiaut À son proBt ' .

Il me stimbie voir la jolie marquise attiMidaiit le lOiirrier, qui proliablemeat à cette époque n'arrivait juH»' fois la seamine, allant peut-être au-Uevaut ilu Tpcrteur jusqu'au bout de son avenue, et rentrant au château avec son butin. Ce jour-là, il y avait eertaiuement a,u salon les inlimes du voisinage, cai- Dous savons que ces lettres étaient lues k haute \'(hx.

l'alnà, n àt» ««fols aq aeroiont pas imprudetits, dirfleilea, dii AiauTaisD biimcTur, et par chagrin souvent injuries (autographe). 4* lieni ta Ubi« dM |Hn>les d"An^ : j'ai voulu [pie vous le pali- Sliiz lire; sait» cela elle scroii ite nia main ; prenez bien en bonne

frt, mon cher rrèfe, lout ce que Tamilié que j'ai piiur vou'< me

av. J(^ veut cbHkbsw de laut mon aœiir. i

Lti 4 ftvTier, Uottuy répond à sa sœur en lui repnichinl d'at)oiil ~BVoir communiqué h t<on mari une lettre qui n'était que pimr elle en falMitt écrire sa longue lettre par M. de Ballei'oy. i Au reste, ptiliUfr-Ml, ne suivez pas ai impétueusement vos idées, Songez le Je ne suis pas absolument deslituê de sens commun; que RU puuvai TOUS Iranjirr «ur dos «fTnire que voua ne voyez que P loin, qne quelquefois on vous n donné de bons conseils que hn tfavti pas eu^ia, quand ce ne oeroil que celai de voua ao*

tiller Je toutes vos dettes en recevant de moi 160 000 francs me petite terre de deux mille et qaelques cents livres de rente, le vtm m'arlei olTerie pour 90 000 quelque temps auparavasl. tous verrei par là que je ne suis pas si Intéresse que vous le ' MM. J'aumw voulp seulement que vous ne fussiez pas livrée i de Qlois, dont le pci-sonnage va paiattre ub<icur dans le public, [«iu'n faut que nous entrions en scène.... Croyeï cependant que M VDIM s!*urqi jatnuis mauvais gré ds rien de ce qui m'arrîs. Mais Je suis fâché de voir que vous avez plus de conflance d'aotrea ^u'en moi. ■

. t DepuU que j'ai quitté Ballaroy, je m'ennuie autant à Paris I je voua al vu vous ennuyer à Balleroy ! i (Lettre du 30 junr I7S1.)

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Mme de Balleroy devait cependant en prendre connaissance au préalable, car souvent ses correspondants marquaient certains passages comme devant être lus expressément « à voix basse ». Parfois aussi elle devait avoir des mécomptes, des impatiences, car on ne pouvait qu'effleurer certains sujets, par crainte des curiosités de la poste. Et, le jour où le courrier n'apportait rien, la journée devait paraître longue et maussade.

C'était un singulier homme que ce marquis de Balleroy, froid, « mystérieux comme Dieu Ta fait », suivant Caumartin, fînassier et malin comme un Normand, intelligent, peu élégant, pas homme du monde. Il avait quitté sa charge dès qu'il avait racheté Balleroy, mais il eut de fréquents et importants procès qui le retinrent souvent à Paris, où il ne paraissait pas se plaire. Provincial renforcé, trouvant ses beaux-frères trop mondains, trop raffinés, se sentant mal à Taise dans les salons parisiens, aimant seulement les fins soupers, il accentuait encore ses habitudes campagnardes. Nous verrons qu'il faisait un nœud à son mouchoir pour se rappeler les choses, et il usait d'un élixir souverain, donta je prends chaque matin et qui me rajeunit » , et il l'ofirait à tout le monde. Peu religieux, d'après la façon dont nous l'entendrons traiter les questions trop souvent soulevées à cette époque, il nous semble avoir eu peu

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de points de sympathie avec sa femme, si fine, si parisienne. Du moins avait-il les sentiments les plus tendres pour elle, et ses lettres en témoignent constamment. Nous venons de dire qu'il eut des procès fréquents à suivre, et Ton sait qu'alors ils étaient interminables. Ces séjours à Paris, dans tous les cas, ne refroidirent pas ses sentiments pour la marquise. Nous le voyons lui écrire le 16 juin 1704 :

w Je ne seau rois vous dire, ma chère amie, combien je suis sensible à toute l'amitié et la tendresse que vous me marquez par votre lettre que je reçus hier. Je vous adhère aussi que je vous regarde comme toute ma consolation et que je crois que la petite indisposition que j'ai eue vient autant d'ennui d'être sans vous que d'autre chose ; mais le moïen de partir quand je croiois de jour en jour estre jugé 1 Enfin M. Portail m'a promis d'aller ce matin , suivant l'usage ordinaire, à la première des enquêtes, leur demander un jour.... Je ne perds pas un jour pour mes soUicitations. Je t'embrasse mil et mil fois de tout mon cœur.

« Marquis de La Cour. »

Il espère toujours pouvoir partir et s'emporte sans cesse contre les retards qui le retiennent loin de Balleroy, où l'on sait qu'il est beaucoup plus à l'aise que dans les salons, plus heureux que dans les rues

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de Ptiris. « Paris me pue bien, éorit^il une fois; à présent que la rivière est presque à sec et tous les paîts taris, c'est une infection si grande, qfie c'est mirade que la peste n'y soit pas encore. Je tne crmrai en paradis quand j'en serai hors; mes bottes soirt graissées pour partir demain. » Cependant il était parfois retenu malgré lui par le mouvemeilt des afiai^ res. Malgré lui, il subissait aussi le charme de cette tie si occupée, si remplie, et Boissy l'assure à sa sœur : ce II s'amusera dix ans si on le laisse faire; je vais l'embarquer, et, s'il le £itut, jê ne le quitterai qu'à Saint-Germain *. »

Une grande partie des lettres du marquis aoot relatives à ses affaires personnelles, surtout à ses procès; nous les avons écartéess naturellement de no*re publication. M. de Balteroy avait cédé à l'entvaînenient trop fréquent des propriétaiïres fonciers : il avait la passion de la terre, et il avait évidemmeat coiîwnis une imprudence pour arriver à acquérir ce beau domaine, dont il devait faire un marquisat. H lui avait fallu emprunter, et les dettes augmentaient chaque année. Survint la terrible crise provoquée parTagiotage et le système ; les créanciers réclamèrent l'eur argent, et ils étaient dirigés^ paraltt-il, par un sieur Oursin, — quel nom de circonstance! —qui

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