‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 18 sur 90 · Lettre du 12 août · texte numérisé non relu

Lettre du 12 août

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temps où nous vivons, écrit-il, il n'y a plus de rôti sur aucune table. » Et cependant il ne se refusait pas grand'chose à Theure même où, sans doute pour la cantonade, il criait misère. Car nous lui voyons un carrosse de louage à 500 livres par mois, et cependant il n'avait pas le sou. « Envoyez-moi mon habit noir et quelques assiettes (des fonds), car je suis bien bas; on ne peut être plus bas que je ne le suis ; je reste actuellement avec cinq louis et trois écus. » Il reçoit l'argent, et il s'écrie alors : « Votre lettre de change est venue bien à propos, ma chère amie ; je vous embrasse un million de fois ; comptez que cet argent me ramènera à Balleroy. »

Et de Paris il s'occupe du louage des fermes, des plantations d'arbres, du renouvellement des contrats de rentes; sa tête travaille sans cesse; ses fils grandissant, il faut songer à les établir, à leur donner une carrière, à leur acheter un régiment, à les marier. Bref Balleroy n'avait pas une heure à lui *, si l'on y ajoute ses obligations mondaines, ses visites et les maladies fréquentes de sa belle-mère.

Enfin le calme reparut : les dettes furent définiti-

1. 11 avait alors un modeste appartement rue Saint-Avoye, au Marais, tout près de Phôtel de Gaumartin, après avoir vendu la maison qu'il possédait à Paris rue de Paradis. Mme de Balleroy paraît être peu venue à Paris pendant les fréquentes absences de son mari ; il l'appela cependant au printemps de 1718, d'après une lettre du 18 mars, où il la priait d'expédier six poulardes au garde des sceaux. A ce moment, il avait loué un appartement ou un petit hôtel en face de celui de M. d'Argenson.

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vement payées, et M. de Balleroy put entrevoir une vie tranquille, complétée par un excellent mariage pour son fils. Débarrassé de ses procès, guéri d'une légère apoplexie par le bouillon de vipère du docteur Angot, il ne trouve plus qu'il faille supprimer le rôti de sa table , au moment où il va retourner en Normandie. Il arrête au contraire une bonne cuisinière, qui a appris au Palais-Royal et a été huit ans à la duchesse de Berry, pour 300 livres, « une bouteille de vin par jour à Paris, du cidre tout son saoul en Normandie, pas de graisses *. » Puis il se met définitivement en route, apportant à sa femme a trois bagnolettes », coiffe inaugurée par la duchesse d'Orléans aux visites de Bagnolet, et « de jolis petits jambons de Vessefalie à 25 sous la livre, qui ont bonne mine et qui sentent bon » .

Le marquis, à ce moment, avait grandement modifié ses idées religieuses, sous l'influence de son ami le duc de Brancas, retiré à l'abbaye du Bec, où il alla quelquefois le visiter et où Mme de Balleroy se rendit également. Nous publions des lettres curieuses à ce sujet. M. de Balleroy ne quitta plus la Normandie. Malheureusement il n'eut pas le temps de s'y reposer longtemps, car il mourut à Balleroy dès le 19 mai 1725 '.

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