Lettre da 22 août
2. n avait soiiante-dix-sept ans, et il fut enterré dans le chœur de réglîse de Balleroy.
ucxiv TNTRODOCTION
Nous avons dit à quel point Mme de Balleroy était avide de nouvelles ; rendons cette justice à son mari que, pendant ses longs séjours à Paris, il ne négligea rien pour distraire la recluse : il stimulait ses parents et ses amis, mais surtout il payait largement de sa plume, et il courait positivement aux nouvelles comme pourrait le faire aujomxi'hui un simple reporter. Bien plus : il avait des nouvellistes à gages : un valet de chambre de l'abbé de Ghoisy devait écrire une lettre par semaine (25 février 4718). D'Argenson, — un des neveux, — annonce avec joie, le 29 mars 1717, qu'il venait de découvrir « un petit esprit plus vif; sans lui faire tort, il écrit aussi lisiblement que moi, mais il n'est pas si fort en orthographe ». Le 2 avril, il exprime sa satisfaction en sachant que « ses fadaises plaisent à Balleroy », et il fait remarquer combien il écrit lui-même exactement, taudis qu'elle décourage tout le monde par sa paresse : Mmes de Boissy, de Caumartin, Tabbé et lui ne s'en consolent pas. Le même jour, M. de Caumartin lui mande que, consentant à se faire « son gcaetier », elle devra excuser les répétitions qu'elle pourra trouver dans ses lettres. Le même jour encore, singulière coïncidence, le baron de Breteuil lui promet d'être exact, en ajoutant qu'il aime mieux être court et ne donner que des nouvelles vi'aies. Ces mêmes amis sont empressés aussi à lui envoyer les
IPiTRODUCTION lkv
ouvrages nouveaux^ et plus d'une fois d'Argenson lui fit purvMir des livres prohibés, qui devaient par conséquent offrir au château un double attrait:
La marquise n^aimait pas écrire \ et au fait qu'aurait^Ue pu dire du fond de sa retraite? Mais lire des mnivdles la rendait parfaitement heureuse. Elle a^ast en ootare un livre où elle recopiait les historiettes les plus saillantes. « J'ai un petit conte pour remplir votre livre si vous voulez me l'envoyer, » lui écrit M. d'Hareourt, le 28 août 1722, et elle ne dédaignait pas^ emle verra, les racontars un peu gaillards. Cette habitude d'être renseignée remontait au commencement de la retraite de Ifei nus^quise, car un correspondant à gages, un sieur Morin, lui mande ,^ dès te iS octobre 1710, « qu'il n'y a pas moyen de se défendre contre elle et que par conséquent il lui •dpetsera tous les huit jours une petite gazette de notre bmretfu qui ne vous engagera, s'il vous platt^ à rien. C'est bien assez de l'honneur de vous entretenir. »
Mme de Balleroy eut deux fils : Jacques-Claude- Augustin, dont nous allons parler avec quelques
i. Lettre du 18 avril 1715.
Lxxvi INTRODOtTION
détails, et Louis-Jacques, chevalier de Halte, commandeur d'Auxerre, né à Paris le 24 mai 1696 ^
Jacques-Glaude-Au^stin de La Cour, d'abord chevalier, puis marquis de Balleroy , seigneur de la Bazocque, du Tronquay^ du Vemay et autres lieux, naquit à Paris le 20 janvier 1694. Il suivit son père dans la capitale et entra en 1712 aux mousquetaires du roi. M. de Balleroy s'occupa beaucoup de lui, et il lui procura de bonne heure un régiment de dragons portant son nom. Le jeune homme était élégant et bien fait ; il eut des succès dans le monde, chose assez facile à cette époque ; il fixa même, diton, un moment l'attention de la belle comtesse de Sabran, et son père écrivait en parlant de lui : c Je ne crois pas que le chevalier ait eu l'esprit de ramasser au loin des œufs de perdrix pour les faire couver au logis par des poules ; j'ai peur que cela ne le passe. » M. de Boissy songea à lui pour sa fille, filleule de Mme de Balleroy et portant les mêmes noms qu'elle : ce mariage lui souriait excessivement. « Ma fille, écrit-il à sa sœur, n'a point été élevée pour vivre à Paris en grande dame. J'ai voulu être le maître du choix d'un gendre, et je n'ai pas
1. M. de Balleroy songea à demander pour lui le commandement de la compagnie des gardes que Ton pensa un moment à créer pour le cardinal Dubois; ce projet n'eut pas de suite. II était entré en 1710 comme page chez le roi et il devint mi^'or du régiment d'Armenon ville (dragons).
INTROIJCCTION liuvii
TOiilu transporter mes droits aux femmes de chambre. Je lui donnerai 200 000 livres ; elle passera sa Tie sans murmurer dans une belle terre avec un mari qu'elle aimera, avec son oncle, sa tante et son pèn- (il n'aspirait lui i[u'à l'existence campagnarde); mou cbàteau en Espagne est de vivr*^ avec vous autres. » n ne paraît pas que ta jeune Qlle ait partagé les aspirations de son père et les Balleroy révèrent une tout autre alliance. A ce même moment, après un premier mariage maittiuè sans regrets, ce me semble, les ni>gociations avec la maison de Matignon marchèrent rondement. Au moment où M. de Boissy feisatt ses oux'ertures, Balleroy écrivait à sa femme pour le mariage Matignon : a II n'y a plus qu'un pas Il faire jusqu'au bénitier. » Boissy, cruellement froissé et se plaignant du secret gardé si longtemps avec s'empressa de donner sa fille au président de Ségur, dont il ne devait pas tarder à se plaindre amèrement; et le marquis mariait son fils, le 9 juin 1720, à Marie-Elisabeth Goyon rte Matignon, seconde Bile du maréchal comte de Gacé et de Marie Berthe- !ot, tante de ta marquise de Prie, avec 50 000 hvres é dot, « laquelle, dit Saint-Simon, n'étoit pas jeune t s'ennuyoit de n'être pas mariée. » Ce qui n'emlêcha pas les Matignon de paraître de leur côté peu latisfaits (le cette alliance.
Devenu marquis de Balleroy, Jacques-Augustin
LxxToi INTRODOCnON
habita Paris et s'y lia ayec les beaux esprits du temps, patronné par son cousin d'Argenson, Tautear de Riémoires, qui était brouillé, comme on le sait, ab* solument avec son frère. Nous les voyons tous 4eiix membres en 1726 de la fameuse réunion dite de Tentresol de Tabbé Alary ^ Son régiment ayaot été réformé depuis plusieurs années, il entré, en 1728 comme enseigne aux gardes du corps de la conh pagnie écossaise ; il en devint lieutenant * et édiangea cette charge contre ceUe de premier écnyei' du duc d'Orléans, qui le choisit au mois de mai 1735 pour être gouverneur du duc de Chartres. Nous le vovons dès lors activement mêlé à toutes les intrigués de la cour. Lié avec les deux d'Argenson, diacun cherchait à se renseigner par lui sur les événements de la cour. Quant à lui, il était principalement à la dévotion du marquis de Matignon, ami particulier du due de Bourbon, à cause de sa mère, influent ôgaloiuent sur le duc d'Orléans et opposé au projet du mariagi^ de ce prince avec Madame seconde, tîlle de Louis XV. Il était très aimé de son élève : niais Toppiisitiou dont nous venons de parler lui nuisit auprîs de la reine.
!. n prii une juri active à ces réunions, el ifArgenson, dans ses méiuoires, niHis apprend que Baileroy y lui une bisioire des irailès de paix vvnclus depuis celui de Venins.
^. Il tii dans rentiv-temps avec disùnction les campâmes d*Alloiuajrne ci d'Italie, où il ga^na le grrade de brigadier et ne revint i^ la ciHir iju'après le traitô de Vienne en 1731.