INTRODUCTION
Le duc de Luynes raconte qu'im jour Balleroy ' ayant voulu accompagner le duc chez Mario Lecziuska , cotte princesse lui 6t refuser l'entriie. La ducbesse de Luyues, étonnée de les trouver tous deux Bà la porte du cabiuul. en prévint la reine, qui ré- H|H>iidit ([u'ellt^ serait heureuse de voir le jeune duc, H«t mais sans son gouverneur, n Force fut à celui-ci Bde rester et de u'entriT qu'avec la a chambre » ; encore la reine l'accueillit-t'lle avec une grande froideur {f 9 janvier 1737). Soit maladresse, soitjalouaie, Bal- B leroy eut peu à se louer de son séjour à la cour. Lo Bmaréchal de Noailles, qui l'accusait d'ingratitude, le y desservait de tout son pouvoir et avait excité le duc Bd'OHéans, très dévot, comme on sait, qui n voinis- ^pnit contre lui , dit d'Argenson , des accusations d'athéismii » : il s'opposa à sa nomination comme premier gentilhomme du duc de Chartres; il ne put
»«epeudant le priver de la charge de premier écuyer, « bnune place, dit d'Argenson, où il n'aura que des occsiâious de plaire à son pupdle, bon revenu, équipages à foison et gratis on cas de guerre •» (février i739J. Mais il avait fort à faire pour se mainteetr. i cardinal de Fleury était au nombre de ses plus sidus adversaires, et au mois d'août 1739 il imaiaa d'empfcher le fils de M. de Balleroy, alors gé de dix-neuf ans, de danser au bal donné par le iipbin, sous prétexte que sou père n'avait pas les
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quartiers suffisants pour monter dans les carrosses du roi. Balleroy prouva sans difficulté sa noblesse, remontant au temps de la conquête de l'Angleterre. Fleury, dit d'Argenson, « a fait dix mensonges » et fin it par affirmer n'en avoir point parlé au duc d'Orléans. La petite vérole du Dauphin, en interrompant les bals, empêcha un éclat, ce M. de Balleroy ne mit plus les pieds chez le cardinal, continue d'Argenson, et, ayant toute la confiance des deux ducs — il s'était raccommodé avec le duc d'Orléans par sa conduite pendant la maladie de son fils — et des amis auprès du roi, il emporta l'avantage en tout ce qui se présenta. j> Du même coup, il indisposa complètement son élève contre le premier ministre et devint toutpuissant sur lui. Il avait fort à faire cependant. Il voulait empêcher qu'on ne constituât une maison pour le jeune duc, comprenant bien que son importance en serait d'autant diminuée ; il dut aussi rompre avec le marquis d'Argenson, avec lequel U était demeuré jusqu'alors en rapports convenables, mais qui cherchait à prendre pied chez le duc de Chartres à l'aide d'un espion, le sieur Garnier, que Balleroy fit renvoyer. Par son influence , on avait imaginé un règlement réduisant la table du prince et enlevant à Mme de Balleroy le droit de la commander. Son mari « se fâcha » et gagna sa cause auprès du duc d'Orléans, qui lui donna la haute
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:e sur sa cuisine et sur l'éciine (avril [740), L'année suivante nous le voyons encort^ renouveler des luîtes dangereuses pour empi^chcr le mariage de son élève avec Mlle de Conti, ce qu'il redoutait par-dessus tout, sachant, comme il s'y était dtîjii opposé précédemment, (jue son crédit y succomberait. Le mariage eut lieu néanmoins, le m décembre 1743, après d'innombrables iiilrigoes, et le jeune prince, éperdùment amoureux de sa femme, mené désormais par sa belle-mère, écuuta facilement les ennemis de sou ancien précepteur. M Burrhus est écarté, » écrit d'Argenson en aoiU 11744. Il fut comme compensation nommé premier écuyer du duc d'Orléans; en 1738, il avait été faii maréchal de camp, et peu de temps après lieutenant général. Pendant la campagne de 1744, il se conduisit vaillamment; on le remarqua dans les tranchées de Fribourg et au siège de Landau ; mais l'attitude qu'il eut à Metz pendant la maladie du roi le perdit. Voici comment dWrgenson le raconte : M La cause de sa disgrâce est venue de deux choses : Ht haine horrible entre lui et mon frère, et la vengeance rancunière de Mme la princesse de Gonti, à la première proposition de marier Mlle de Conti avec le duc de Chartres. Ballerov n'en parla qu'avec grand mépris : depuis cela, on le surprit, il fit le aiifhaf alfa mente rrpostnm.
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I^a princesse de Coiiti , sa fille , devenue duchesse de Chartres, gouvernant son mari, crut augmenter leur crédit en se liguant bien avec mon frère. On chercha Toccasion de perdre Balleroy; ou la trouva dans la maladie du roi à Metz. Ce fut une inquisition de savoir qui avoit approuvé ou iraprouvé le procédé outré de Tévêque de Soissons pour déshonorer Mme de Ghâteauroux; on enivra Balleroy à un dîner chez Mme la princesse de Conti ; on mit la question sur le tapis : Balleroy prit le parti de Tévêque de Soissons ; il était d'ailleurs son allié et son ami ; il étoit aussi ami des ducs de Ghâtillon et de La Rochefoucauld. Ainsi fut-il impliqué dans cette grande proscription, dont les coups éclatèrent à l'arrivée du roi à Paris. On y joignit une accusation atroce : on prétendit qu'il avoit abusé du duc de Chartres pendant qu'il étoit son pupille : on a cité ce jeune prince en témoignage. Je sais une dame à qui il Ta nié formellement ; mais il n'a pas la fermeté qu'il faut pour rendre hautement un témoignage contraire, comme il faudroit *. » Le duc de Luynes rap-
1. M. d'Ar^iison écrivailcela quatre ans après l'événement. Voici eommc il en rend compte sur le moment, c'est-à-dire le 12 novembre 1744 : « Autre gouverneur exilé : M. de Balleroy, ayant bien commandé dans les tranchées de Fribourg, a trouvé ordre d'aller dans ses terres de Normandie, comme ayant déplu au roi par ses discours. Le roi appeloit cela la cabale de Metz et a dit qu'il ne vouloit pas de cabale à sa cour. MM. de La Rochefoucauld, Fleury, Balleroy étaient toujours ensemble pour parler
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porte révènementen ces termes : « Avant-hier, j'appris que M. de Balleroy étoit exilé dans ses terres. Il avoit toute la confiance du duc d'Orléans et le crédit le plus grand sur son pupille le duc de Chartres. Mme la princesse de Gonti, occupée depuis longtemps de faire le mariage de sa fille, s'est servie de M. de Balleroy pour y parvenir; mais depuis le moment du mariage on a vu chaque jour diminuer le crédit de M. de Balleroy, et les choses étoient parvenues à ce point que M. et Mme de Chartres ne pouvoient plus le souffrir. Mais toutes ces raisons particulières ne peuvent pas être la cause de ces lettres de cachet. M. de Balleroy, par sa femme, est beau-frère de M. de Matignon. Les Matignon et les Fitz-James sont extrêmement liés par une ancienne amitié et par le mariage de M. de Fitz-James. Ou a prétendu dans le public que le discours tenu par M. de Soissons (M. de Fitz-James) sur Mme de Ghâteauroux, lorsque le roi reçut l'extrême-onction, lequel a été désapprouvé par plusieurs personnes, étoit regardé comme l'effet des conseils de M. de Balleroy. On prétend aussi que M. de Balleroy avoit tenu depuis des discours hasardés
cootrela reprise de Mme de Ghâteauroux et pour éloigner M. le duc de Richelieu. Le roi ne les appeloit que ces messieurs : Oii sont ces messieurs?... Que disent ces messieurs?... »
Le 28 mai 17ii, M. de Balleroy avait commandé avec M. de SebreC l'attaque du roi à Menin.
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sur Mme de Ghàteauroux. » Cet exil ue devait pas avoir de fin, par la persistance de la rancune du duc de Richelieu, qui fut en réalité le véritable auteur de cette injuste disgrâce. M. de Balleroy la subit d'abord avec peine. « Ce malheureux, écrit d'Argenson en octobre 1747, a soutenu ses malheurs avec courage depuis quatre ans, et Dieu sait si Ton fut dur envers lui, car il n'eut pas même la permission de venir recevoir le dernier soupir de sa femme, morte à Paris le 13 mars 1745. Quel en est le terme? Il l'ignore. Quelquefois il machine des moyens de le finir ; il m'en cache les moyens; je suis cependant en correspondance avec lui, mais cela ne roule que sur la littérature et l'étude du bien public : jamais de nouvelles. Je lui vois depuis quelque temps quelques trames, et je les devine ainsi. Silhouette est venu depuis deux mois a la tète des affaires de M. le duc d'Orléans ; c'est sa créature et qui lui est fort attachée. Les plus grands intrigants se sentent quelquefois quelque sympathie avec des hommes de leur caractère : ils sont tous deux savants et même pédants. Je vois donc que Silhouette travaille pour lui, sans savoir comment. J'ai vu que chez les amis de Balleroy on s'étonne fort de ce choix de Silhouette ; celui-ci a pour amis les Tencin, les Jésuites, les Noailles, Sitôt sa nomination, Mlle de Balleroy, fille aînée de l'exilé, est venue à Paris
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et a logé trois mois à Thôtel de Matignon, sous prétexte de mauvaise santé et de guérison, en quoi je n'ai remarqué ni chute ni progrès extérieurs. Quoiqu'elle se loue avec affectation du bien que lui a fait ce voyage à Paris, elle s'en retourne demain à Balleroy. Un nommé Nadeau, contrôleur de M. le duc de Chartres, et de la main de Balleroy, est allé en Normandie, qui est sa patrie, et en revient incessamment. Enfin j'entendis l'autre jour mon frère se déchaîner violemment contre Silhouette et montrer qu'il est au Palais-Royal d'un parti tout contraire au sien. Mon frère est toujours menacé de déplacement. Quelle conjecture former sur cette médiocre intrigue de cour et quel plan leur prêter? Je ne sais pas. Ces gens-là ne seront pas assez forts pour porter M. le duc d'Orléans à quelque action de hauteur pour faire revenir son premier écuyer. Cherche-t-on à calmer l'hôtel de Gonti et Saint-Cloud en sa faveur? Ce dernier article pourroit être. »
A dater de ce moment d'Argenson ne parle plus de son cousin, et M. de Balleroy pai^aît avoir pris son parti. Vivant avec sa mère, qui ne mourut que le 5 mai 1745, et avec ses six enfants ', il se consola en
1. Charles-Auguste, dont nous allons parler, né en i72i; — Louis-Auguste, chef d'escadre, marié en 1760 à Mlle de Penfentenyo; — Jean-Paul-François, né en 1728, maréchal de camp; — Loulse-Edmée, mariée le 25 janvier 17tS0 à Martin de Boisléve de La Maurouziére; -^ N.... mariée le iO février 17l>d à Simon Piarron de Chamousset, — et une dernière fllle sons alliance.
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travaillant; il avait entretenu une active correspondance avec d'Argenson, auquel il proposa un projet d'établissement d'assemblées provinciales, il remit au net son Histoire des traités depuis celui de Vervins^ qui fut publiée à cette époque, et il prépara une histoire d'Allemagne qu'il n'acheva pas. M. de Balleroy mourut dans sa terre le 20 février 1773. Le 18 juin 1752 cependant, le roi avait signé le contrat de son fils aine, marié le 22 janvier avec Adélaïde de Lépinau, veuve de M. de Pleurre, intendant à La Rochelle, et celle-ci fut présentée à la cour le 10 juin 1753 par Mme de Goigny. Ce fils aîné, Charles- Auguste, devint également lieutenant général, comme son père ; il périt sur l'échafaud révolutionnaire ', le 6 germinal au II, avec son frère, le chevalier de Balleroy, maréchal de camp \ 11 avait pris une part
i. Charles-Auguste eut pour enfants : IMiilippe-Auguste- Jacques (1763-1840), officier de cavalerie, marié à Albertine Maignard de la Vaupallière; Thaïs-Pauline-Simonne, mariée au marquis de Jaucourl; Augustine-Marie-Louise , femme du comte d'Hervilly.
Philippe-Auguste-Jac(iues de la Cour, marquis de Balleroy, n'eut qu'un flls, Augusle-François-Xavler, capitaine de dragons (1798- 1875), qui n'a eu lui-même de son union avec Mlle d'Orglande qu'un nis, Albert de la Cour, comte de Balleroy (1828-187:2^ député à l'Assemblée nationale de 1871, mariée à Mlle Rosliii d'Ivry : il a laissé un flls unique.
La famille de la Cour porte d'azur à trois cœurs d'or.
2. Le chevalier de Balleroy avait hérité du goût épistolaire de son aïeule ; nous avons vu précisément passer dans une vente récente d'autographes (mars 1882) un dossier considérable de lettres à lui adressées par Mmes d'Aiguillon, de Contades, de Boisgelin, etc., toutes remplies d'anecdotes et de détails curieux :
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décisive aux opérations du corps d'armée réuni pour repousser les troupes anglaises débarquées à Saint- Cast, sur les côtes de Bretagne, le 1 1 septembre 1758, et il avait reçu du roi, en souvenir de sa conduite, de belles tapisseries des Gobelins qui sont encore à Balleroy.
elles datent de 1770 ù 178li. Nous en avons publié une partie dans le Bulletin du bibliophile.
DE
21 mai 1705.
.... Ou espère infiniment du Grand Vizir, né à Marseille, dont le père et le frère sont encore vivants, et lui-même, dit-on, a esté moine de Saint- Victor...
Paris, 3 juin 170(5.
On ne regarde plus ici la perte de la bataille * comme un événement extraordinaire. On regrette les honnêtes gens qui y ont péri, mais tous les gens du métier conviennent que de la manière que le général avoit posté son armée, il n'y avoit rien de
1. La bataille de Ramillies, perdue le 29 mai contre Marlborougli par le maréchal de Villeroy, par suite des mauvaises dispositions qu*il avait prises sans tenir compte des avertissements de M. de Gassion. La déroute fut un véritable désastre, par suite de la panique volontaire ou involontaire qui entraîna la cavalerie étrangère, imprudemment chargée de protéger Tarriére-garde. On y perdit trois ou quatre fois plus de monde que pendant la bataille.
l'Il
commandoit pour le roy d'Espa^ie, après lui avoir fait prester serment, et a mandé à M. de Bavière qu'il avoit trop de respect pour lui pour occuper son palais, qu'il prendroit soin que tout y fust conservé ; il lui a renvoyé sa vaisselle d'argent et lui a mandé qu'il lui feroit tenir le reste de ses meubles où il lui voudroit ordonner, et qu'il useroit seulement de son vin de Champagne, s'il vouloit lui permettre, pour boire à sa santé, M. l'Electeur estant plus en place d'en faire une nouvelle provision que lui. On raconte mille autres générosités de ce général anglois, qui se fait bien des amis en France par ses manières. M. de Vauban disoit hier qu'il prévoit qu'il sera obligé de s'y retirer un jour.
Le roy a continué à dire que M. de Villeroy est malheureux * et s'est contenté de le plaindre , lui ayant, comme autrefois à M. de Tourville, donné ordre de combattre fort ou faible. Sa Majesté a assuré qu'avant trois semaines il aura 50 mille hommes H commander ; on dit que bien des ofQciers ont assuré qu'ils quitteroient si cela estoit ; les harangères de Paris en seront encore plus mécontentes : elles poursuivent la livrée de ce maréchal dans les rues, et les gens de M. de Villeroy ne purent avoir vendredy de marée pour leur argent.
Les nouvellistes ne sont plus occupés qu'à rai-
I. Le roi accueillit le maréchal par ces seuls mots : « On n*cst plus heareux à notre âge. i Cette mallieufeusc bataille nous coûta presque toute la Belgique.
sonner lequel des deux a plus mal fait du général de Flandre ou de celui qui commandoit à Barcelonne * ; la place auroit deu estre prise le 4 s'il avoit voulu : il a mieux aimé faire reprendre la route de Madrid à l'armée du roy par Valence, Sarragosse, etc., pendant que Sa Majesté Catholique, qui a quitté ses troupes on ne sait pourquoi, est revenue par le Languedoc pour tâcher de rattraper sa capitale sur des chevaux de louage *.
Le bruit a esté grand ces deux derniers jours de la défection de M. de Bavière : on a même publié les clauses de son accomodement, mais il n'y a pas d'apparence qu!il l'ait fait.
M. de Monasterolle ^, qu'on avoit dit parly avec M. de Chamillart, est revenu, et le roy lui parla toujours hier pendant son dîner ; il est vray qu'il a fait un voïage vers son maistre. M. de Chamillart sera de retour icy samedy ; on dit que ce n'est pas seulement pour rétablir les magasins et ranimer les ofBciers et les soldats par quelques libéralités qu'il a fait ce voïage, que c'est aussi pour informer près des ofBciers en détail comment s'est passée l'action : on n'en a point de relation fidelle. M. le maréchal de Vil-
1. Le maréchal deTessé. L'appréciation de Tauteur de la lettre est absolument erronée ; l'arrivée d'une flotte anglaise de beaucoup supérieure aux forces françaises amena le levée du siège le ii mai.
2. Â ce moment où tout semblait désespéré pour Philippe V, un réveil inattendu de patriotisme souleva ses sigets, et il rentra triomphalement le A octobre à Madrid.