Envoyé de l'Electeur de Bavière en France
DE LA iVIARQUISE DE BALLEROY 5
leroy n'a point envoie de courrier au roy : il a dit que désormais il faudra qu'il s'addresse aux particuliers pour sçavoir des nouvelles. On avoit publié que M. le prince de Conty étoit party pour la Flandre avec le ministre ; trois ou quatre cents personnes s'assemblèrent hier devant son hôtel et, le voïant sortir, crièrent : « Ah ! le voilà encore ! »
Voyla tout ce qu'a peu ramasser un nouveau débarq é.
21 juillet 1706.
Les lettres des frontières des Pays-Bas portent que Ton n'étoit plus surpris de la prise d'Ostende ', ayant appris que la place étoit en très mauvais état, que les batteries manquoient d'affûts, de canons, munitions de guerre et de bouche, que les troupes de Sa Majesté Catholique pressoient le comte de La Motte de se rendre et menaçoient de se révolter. Il se défendit depuis le 13 du passé que les ennemis investirent la place, et depuis le 29 qu'ils ouvrirent la tranchée jusqu'au 7, que la capitulation fut réglée. Il en sortit le 8 et arriva le 9 à Dunkerque avec six bataillons français assez complets. Deux bataillons du roy d'Espagne furent conduits à Mons, mais ils se débandèrent en chemin, et il en arriva à peine
1. Attaqué le 4 par Marlborough, Oslende fut bombardé et capitula le G.
100 soldats. Nous n'y avons eu que 80 hommes tués ou blessés, suivant une lettre, et, suivant une autre, 300; selon les ennemis, plus de 2000.
Depuis cela, M. d' Auverkerque a voulu tenter d'attaquer Nieuport. Il fît pour cest effet, le 11, avancer quelques troupes pour investir la place en passant le canal qui est presque à sec à basse mer, ainsi qu'une large place; mais le maréchal de Vauban avoit posté des troupes et de l'artillerie qui repoussèrent les ennemis; ils se retirèrent; M. de La Conuelaye, qui y comande, écrit qu'il ne les craint pas, ayant tout ce qu'il faut pour les bien recevoir. Les gouverneurs d'Ypres, Menheim et Tournay écrivent la même chose et que M. de Malborough étoit mandé à Hauterive sur l'Escaut au-dessus du pont d'Espierres à 4 lieues de Tournay ; mais il n'a pas avancé davantage, et il y a apparence que les ennemis s'attacheront plutôt à Ath ; cependant on n'a pas de nouvelles qu'ils aient rien entrepris.
Selon les lettres de Londres du 6, le traité d'union des deux royaumes étoit achevé, et l'on en faisoit trois copies, l'une pour la reine Anne et les autres pour les parlements d'Angleterre et d'Ecosse qui doivent examiner les articles. Le parlement d'Ecosse, qui devoit s'assembler dans ce mois, a été prorogé au 8 du prochain ; que l'on continuoit de travailler aux préparatifs de la descente. Toutefois on écrit d'Angleterre et de Hollande que la flotte ne pouvoit faire voile avant le 26, parce qu'on attendoit encore
les troupes des Hollandois et qu'une parlie des Anglois étoit encore en Irlande.
Oq écrit de Venise que le prince Eugène y a fait un voyage incognito avec quatre personnes et où il a resté trois jours si bien caché qu'on ne l'a sceu que huit jours après son départ, sans qu'on aye pu s^avoir ce qu'il y a fait, ayant eu plusieurs conférences chez le cardinal Grimany, chez l'ambassadeur de l'Empereur. Les avis ajoutent que les Hongrois avoient fait quiilre propositions principales : 1° la cession de la Transylvanie : 2° la restitution des églises protestantes à ceux de cette religion ; 3' la garde de toutes les places de Hongrie confiée au.\ Hongrois seuls ; 4" le rétablissement de la Pragmatique du roi André, mais que, la cour de Vienne ayant refusé d'y consentir, l'accomodement avoit été rompu, et qu'on commençoit depuis les actes d'hostilité.
Les mêmes lettres ajoutent que M. de Vendôme avoit envoyé des ordres dans tous les ports le long de l'Adige pour allumer des feux sur des hauteurs dès qu'on s'apperce^Toit que les .\llemans tenteroient le passage de cette rivière, aOn que les troupes s'y rendissent et s'opposassent aux dessins des ennemis. Ils entrèrent depuis quelques jours dans un monastère de religieuses, où ils passèrent la nuit en toutes sortes de débauches; mais, pour prévenir les justes plaintes du Sénat, le prince Eugène a écrit promptemenl au provéditeur général pour lui marquer qu'il
étoit très fâché de ce qui s'étoit passé en cette occasion. Quoique la République eût fait cesser le travail des lignes depuis TAbadia jusqu'aux montagnes du Vicentin, il semble cependant qu'elle les fera reprendre, le capitaine des armes de Padoue ayant fait depuis quelques jours publier une ordonnance pour obliger les habitants de prendre les armes et de se rendre derrière leurs lignes dès qu'ils entendroient sonner le tocsin dans les villages, afin de défendre les retranchements.
Le roy a remis à la Bretagne 800 000 livres sur le don gratuit. Sa Majesté a aussi déchargé les villes et villages à 10 lieues des costes des provinces de Normandie, de Poitou et de Guyenne de tous les nouveaux impôts et des 2 sols par livre, à condition de fournir et d'entretenir des milices.
Note signée Moret : « Se seuUement pour vous dire que l'on disez ici au Tuillery que lais innemis marche du costé de Namur *.
a M. vostre fils se portoy très bien : il a composé deux foy pour lais prix de la grande tragédie *. »
26 octobre 1706.
Plus de nouvelles, madame ; les canaux en viennent d'estre coupés par ordre de M. de Torcy, qui a
1. Nous reproduisons textuellement ces deux passages pour faire juger de la valeur de ce correspondant : on voit que la marquise ne dédaignait aucune source d'informations.
fait arrêter trente commis qui se donnoient le soin de les respandre dans le public, malgré les défenses expresses qui leur en avoient esté faites novissime. On prétend que c'est un effet du crédit du sieur Paict, qui, s'étant apperçu que depuis quelque temps la Gazette de Hollande ne lui produisoit plus rien ou peu de choses, s'en est pris aux gazettes manuscrites et à leurs auteurs, qui nous informoient et plus tôt et plus exactement des détails qu'elle contient. Quoyqu'il en soit, il faut prestement aller à la messe pour en apprendre, privilège qui n'est pas donné à tous. Après cela, M. l'abbé * est party pour Saint-Ange *, n'ayant pu soutenir plus longtemps les ennuis et la solitude de Paris, qui est désert. Que voulez-vous donc que je vous conte, madame ? des nouvelles du savetier de notre coin ? Vous savez que Mlle de Sery est partie en poste pour aller trouver M. le duc d'Orléans ^, et cela sous la conduite d'une dame qui est, si vous le trouvez bon, un peu de vos parentes et
1. Jean-François-Paul Le Fèvre de Caumarlin, frère de Mme de Balleroy (1668-1733), évèque de Vannes en 1717, de Blois en 1720.