L'abbé de Thésul
Mlle de Nicolav est morte ^ ; elle laisse 35 000 livres de rente à ses deux frères. Elle donne à M. de Fieubet, son ancien ami, sa maison de Mignaux, auprès de Boissy, qui est fort belle, mais qui vaut à peine l'entretien : elle fait divers legs pieux, des rentes viagères à ses domestiques, des présents à ses amis.
On écrit de tous côtés que M. le cardinal de Tournon , légat du pape en Chine , y a eu le col coupé *.
Paris, 25 février 1708.
Enfin M. Chamillart a quitté les finances; M. Desmarais est contrôleur général ^ Le roy a donné à M. Chamillart 40000 livres de pension etle château de Noisy pour sa maison de plaisance. Sa Majesté lui ayant conseillé de vendre Létang à M. Desmarais. On dit qu'on supprime les deux charges de directeurs généraux et qu'on crée quatre nouvelles charges d'in-
\. Marie-Elisabeth, fille du marquis de Goussainviile, premier président de la Cour des comptes, et d'Elisabeth de Fieubet, fille d'un trésorier de l'Espagne.
2. Charles-Thomas Maillarl de Tournon, d'une ancienne famille de Savoie, fut envoyé en Chine en 1701 ; arrêté par ordre de l'empereur, il fut reconduit à Macao, où les Portugais le gardèrent en prison, malgré les représentations du pape, qui le nomma cardinal. H y mourut le 17 mars 1710.
3. Chamillart depuis longtemps cherchait à se débarrasser des finances, voulant conserver la guerre : dans ce but, il avait peu à peu mis en avant Desmarets. Le mariage de son fils « hérissa > Mme de Maintenon et précipita les choses. Chamillart préféra se retirer avant d'être remercié.
tendants des finances. M. d'Armenonville ne gagne point à tout ceci * ; on espère que ce changement rétablira la confiance et fera revenir l'argent qui sa cache.
On m'assure que M. d'Armenon ville est fait conseiller d'État, M. Pouletier intendant des finances, et que M. Prendre achète la charge de garde du trésor royal.
La belle Mlle de La Mothe est mariée au marquis de MonUuban, capitaine de carabiniers.
Le duc d'Orléans est parti pour l'Espagne jeudi matin , emportant tout l'argent nécessaire pour l'armée d'Espagne *.
M. Desmarais al'appartement à Versailles où a logé autrefois M. Peletier, côte à côte avec M. de La Vrillière. Il a promis aux gens d'affaires qu'il ne leur manquera jamais de parole et qu'il ne révoquera point une déclaration, quand une fois il l'aura donnée. En supprimant les deux directeurs des finances, on crée un septième intendant, qui donnera 600000 livres, et les six autres financeront chacun 200000 livres. On crée encore quatre sous-intendants, qui donneront chacun 400 000 livres.
M. le duc d'Orléans reporte à Madrid les pierreries de la couronne d'Espagne.
I. Les deux directeurs créés pour soulager Chamillart furent en effet supprimés, et Poulletier remplaça d'Ârmenonville comme intendant des finances.
± Il partait comme commandant en chef de l'armée avec pouvoirs illimités.
» us CDÊMMStOmàXÏS
MadaBiP a été saûimée do pîfd« ce qui Ta bien soulagée.
Od croît que ce sera M. de Moutargîs * qui aura le trésor roTal et noo M. Proodre.
Paris, 3 mar» 1708.
Le rov a fort bien reçu M. d'AmieoonTille et lui a doooé 12000 livres de pension, mais fl lui a refusi^ une place dans le conseil des Gnances.
On commence à payer les officiers.
M. Desmarais a donné un arrêt qui laisse la liberté entière du commerce.
Le marché de Létang est rompu. M. Chamillart est bien aise de le garder, et M. Desmarais veut partager sa vie entre Paris et Versailles.
Le roy a donné mille écus de pension à M. d'Argenson .
M. de Langlée est mort * : il laisse tout son bien à Mlle de Guiscard, à condition qu'elle n'épousera point un Guiscard qui est dans les troupes, et, si ello
1. Claude Le Bas de Moiitargis, d'abord receveur des consignations, marié à une fille de Mansard. — Prondre était un riche traitant qui eut plus tard de fâcheux démêlés avec la chambre de justice. Monlargis fut nommé.
2. Fils d'une femme de chambre de la reine-mère. Chargé du règlement de dettes de Madame la Duchesse, il y gagna quelque argent, puis se lit une fortune considérable au jeu. Monsieur le prit en alTection, et il le fit admettre à la cour, où son caraciéro aimable et serviable lui créa partout des amis. Il y devint Farbilre des modes et des fêtes et se fit connaître par une extrême galanlerje. — Mlle de Guiscard était fille de sa sœur; elle épousa le 9 juillet 1708 le duc d'Aumont et mourut en 1728.
l'épouse, il donne tout à THôtel-Dieu. Il donne à M. Tabbé de Langlée 40 000 livres pour payer ses dettes et 8000 livres de pension viagère. Il prie M. l'archevêque de Reims, le maréchal d'Uxelles et M. de Lamoignon d'être ses exécuteurs testamentaires et défend de marier sa nièce sans leur consentement écrit.
M. Desmarais a permis à MM. de Genève d'apporter 20 millions en barres à Lyon et de les fabriquer à leur profit à la monnaie, à condition de remporter pour leur paiement des blés et marchandises de France.
MM. de Saint-Malo fournissent 12 millions de piastres que M. Desmarais leur paye 35 livres le marc. La gent d'affaires leur a déjà fourni 12 millions d'argent comptant pour payer les troupes.
M. de Montargis donne à M. Pouletier un million de la charge de garde du trésor royal et 100 000 livres de pot-de-vin.
M. Daguesseau ne se porte pas bien.
La diminution des espèces a fait venir 15 millions au trésor en pièces d'or. On en attend encore autant des provinces.
M. Desmarais a donné à M. de Bercy \ son gendre , la commission des ponts et chaussées qu'avait M. d'Armenon ville : elle vaut 2000 écus.
4. Charles de Malon, intendant des finances, avait épousé en noi) une fllle de Desmarets.
Paris, 10 mars 1708.
Enfin l'entreprise d'Ecosse n'est plus douteuse *. M. le comte de Gacé doit commander les troupes de débarquement avec le marquis de Vibraye, lieutenant général, le marquis deLévis, qu'on fait aussi lieutenant général, MM. Dillon, de Lees etDorington, Irlandois. Il y a seize bataillons prêts et embarquer auprès de Dunkerque. Le roy d'Angleterre doit partir dans deux ou trois jours et l'embarquement se faire au plus tard le 10 ou le 12. M. d'Andrezel est intendant de l'armée. Le chevalier de Forbin n'a pu armer que six vaisseaux du roy de 50 canons ; mais il a 22 armateurs de 30 à 40 canons et 40 bâtiments de transport. Les Anglois et les Hollandois n'ont pointde vaisseaux armés, et, si l'embarquement peut se faire avant le 25, ils ne sauroient s'y opposer.
M. de Bezons sera capitaine général en Espagne et ne roulera pas avec les lieutenants généraux *.
M. de Vilcbourg, écuyer de M. Livry, l'est pré-
1. Louis XIV, en recommençant la campagne avec cinq armées, voulut (enter une diversion sur l'Ecosse, que l'annexion prononcée par l'Angleterre avait fortement mécontentée. Les Jacobites crui*cnt riieure de la restauration sonnée. Le roi entra dans leurs vues, et il forma une escadre qui appareilla le 17 mai's à Dunkerque. En mer, Gacé trouva dans ses instructions le brevet de maréchal. L'expédition échoua en vue des côtes d'Ecosse par l'apparition de la flotte de Tamiral Leake, que Forbin ne voulut pas attaquer, ne se sentant pas assez fort.
2. Jacques Bazin, seigneur de Bezons, fut envoyé pour commander sous le duc d'Orléans. 11 commanda ensuite en Catalogne el fut chargé de ramener l'armée d'Espagne en France. Maréchal le n mai 1700.
sentement de M. Desmarais, et M. Youst l'est de M. Desmarais {sic). «
Le chevalier de Nangis * est revenu d'Ecosse, où il a été porter six mille fusils et des épées. Il a trouvé Edimbourg prêt à prendre les armes, et, si M. d' H amilton ne Favoit empêché, ils auroient proclamé déjà le roy Jacques VHP.
La reine d'Angleterre est malade dans son lit, et la princesse a la rougeole.
Le marquis de Béthune, qui avoit pensé épouser Mlle d'Armenonville, épouse Mlle de La Meilleraye, sœur du comte de Sezanne et du maréchal d'Harcourt.
Paris, li avril 1708.
Le roy d'Angleterre est encore à Saint-Omer ; il persiste à vouloir servir en volontaire dans l'armée de Flandre ; mais on ne sait pas encore si le roy y consentira. On dit toujours que M. le duc de Bourgogne ira commander l'armée et que M. le duc de Berry le suivra.
M. du Tillet, fils du président du grand conseil, épouse Mlle d'Ormesson *.
1. w Le favori des dames • ; il inspira, dit-on, un vif sentiment à la duchesse de Bourgogne en même temps qu'à la duchesse de La Vrilliére, f ce qui amena des scènes fort étranges à la cour; > du reste, vaillant ofQcier, il devint maréchal de France.
2. Jeanne , flile d'Antoine Le Fèvre d'Ormesson, intendant a Rouen et à Soissons, et de Jeanne Le Févre de La Barre, mariée le 8 avril 1708 à Jean du Tillet, marquis de Bussières, président aux enquêtes, morts tous deux en 1744.
M. le président de Maisons est fort malade d'une esquinancie : il a déjà été saigné quatre fois.
Paris, 21 avril 1708.
Mme la duchesse de Bourgogne n'est plus grosse * . M. de Vendôme commandera la grande armée de Flandre, où sera le roy d'Angleterre. Le maréchal de Yillars en commandera aussi une fort grande sur le Rhin, et M. le maréchal de Berwick aura seulement 20 000 hommes sur la Moselle pour se joindre à l'un ou à l'autre selon qu'on le jugera à propos. Le roy attend le retour de M. Chamillart de Flandre pour fixer la destination des généraux de ses armées.
Paris, 1er juillet 1708.
Le comte de La Mothe a pris l'épée à la main le fort Nouge, qui donne l'entrée dans la Flandre hollandoise.
M. de Tournefort est allé avec 2000 chevaux brûler et faire contribuer la mairie de Bolduc.
La mort de M. de Mantoue va causer bien des affaires : les Vénitiens prétendent qu'il leur doit 4 millions ; M. de Lorraine et M. de Savoie prétendent le Montferrat. M. le Prince a envoyé saisir
1. Le roi, malgré les avis de Fag:on, voulut emmener la princesse à Marly; la fatigue provoqua un accident. Le roi ne laissa paraître nul regret.
GharleviUe ; les princes de Guastalla, de la maison de Gonzague, prétendent au duché de Mantoue *.
Le pape continue à lever des troupes et tâche de faire une ligue avec les princes d'Italie contre TEmpereur. Les Génois ont déjà levé 10 000 hommes.
M. le prince Frédéric d'Auvergne a gagné son procès contre le roy pour le prieuré de Nantua, qui vaut 6000 livres de rentes. L'abbé de Cambout en avoit obtenu un brevet. Le roy s'est comdamné luimême.
Paris, 12 septembre 1708.
La nuit du 6 au 7 de ce mois, le prince Eugène fit attaquer la contrescarpe de Lille : le combat dura deux heures, et enfin les ennemis s'en emparèrent, mais une demi-heure après ils en furent chassés. Deux heures après, ils l'attaquèrent de nouveau et après une longue résistance s'en rendirent maîtres. Ils en furent chassés pour la seconde fois, mais ils sont encore revenus à la troisième, et ils se sont établis dans les deux angles saillants. On croit qu'ils ont perdu 4 à 5000 hommes. C'est M. de Surville et M. de Lee qui ont fait cette belle défense. Le maré-
1. Louis de Gonzague, dernier duc de Mantoue, que Saint-Simon fait mourir le 5 juillet. Marié un peu malgrré lui à Mlle d'Elbeuf, il laissa une fortune mobilière considérable; mais TEmpcrcur lui avait enlevé tous ses Etats, sans égard pour les deux branches de Gonzague encore existantes. Le duc de Lorraine prétendit à la possession de Charleville, mais Mme la Princesse remporta.
chai de Boufflers a mandé à M. le duc de Bourgogne qu'il tiendroit encore plus de huit jours *.
Paris, 6 octobre 1708.
Une relation du 29 septembre, lendemain de Faction de Vinandal, porte que nos troupes, fortes de 34 bataillons et de 62 escadrons, ayant traversé le défilé de Vinandal, qui est d'une lieue et demie, elles se mirent en battaille et que les ennemis qui n'étaient pas éloignés, se formèrent aussi *. Nous marchâmes à eux : M. le comte de La Mothe avoit ordonné de ne point tirer ; mais trois bataillons de la gauche tirèrent et s'enfuirent avant d'essuyer la décharge des ennemis. Ce vide fut aussitôt comblé par des dragons et de la cavalerie, et depuis cinq heures un quart jusqu'à la nuit on fit feu de part et d'autre, sans s'être môle ni attaqué de près, sauf la brigade de Pantoca, espagnole, qui culbuta tout ce qui étoit devant elle. Nous avons eu beaucoup d'officiers tués et blessés, peu de soldats. M. de Grimaldi, neveu du lieutenant général, a été tué, et M. de Pantoca, Garaccioli, Vencel, La Rue, fils de la comtesse de La Vergue, le
1. On connaît l'admirable défense de Boufflers à Lille : il se retira dans la citadelle, qu'il ne rendit que le 9 décembre, n*ayaiu pu obtenir aucun secours. Quand il se présenta au prince Eu^nc, celui-ci l'embrassa en le félicitant; le roi le fît pair et premier gentilhomme de la chambre.
2. Le duc de Bourgogne, conseillé par Berwick, empêcha Vendôme de s'engager; mais La Mothe échoua dans la tentative faite pour couper le ravitaillement venant de BruxeUes : la chute de Lille en fut la conséquence.
chevalier de Melun, Aquaviva, Barville ont été blessés. Le chevalier de Pezeux a fait des merveilles.
M. l'Électeur de Bavière vient passer l'hiver à Compièjçne, où il arrivera le 7. On meuble le château magnifiquement.
M. de Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, est mort à 86 ans. Il a laissé 500 000 Uvres en bons effets à Mme des Granges, sa bonne amie *. Son gouvernement est disputé par MM. de Pontchartrain comme secrétîûre d'Etat de la maison du roy et police de Paris, Ghamillart comme secrétaire d'Etat de la guerre, et le duc du Maine comme grand maître de l'artillerie.
Le maréchal de Noailles est mort d'une léthargie ' ; on n'a pu lui donner que l'extrême-onction.
Le duc d'Humières, gouverneur de Compiègne, est allé y recevoir l'Électeur. Le marquis d'Antin est allé le comphmenter de la part du roy. Les princes iront le voir cet hiver, et il viendra souvent incognito à Paris et à Versailles ^
Paris, H novembre 1708.
Le chevalier de Luxembourg n'a point été blessé. — Le roy a fait monter d'un degré tous les officiers
1. Dangeau nous dit qu'il laissa sa fortune à Desgranges, premier commis de M. de Pontchartrain, dont la Hlle avait épousé son fils, mort sans enfant.