‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 31 sur 90 · Il mourut de gras fondu, » dit Saint-Simon · texte numérisé non relu

Il mourut de gras fondu, » dit Saint-Simon

3. Ce prince, fldéle allié de la France, avait commandé l'année précédente l'armée du Rhin. U repartit brusquement de Compiègne pour attaquer Bruxelles, mais il échoua.

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qui étoient dans Lille. MM. de Raoe, Goaquim, Ravignan , Permangle sont maréchaux de camp ; MM. de Bellisle et Souris, brigadiers ; M. de La Frézelière est lieutenant général.

M. le duc de Bourgogne demeure dans son camp ; les soldats sont baraqués ; les chevaux ont des écuries. M. de Cheladet est en Artois avec 4000 hommes pour empêcher les courses des ennemis. Les princes de Hesse et d'Auvergne sont à La Bassée avec 10 000 hommes qui travaillent nuit et jour pour les fortifications.

Le maréchal de Tessé a été obUgé de prendre la qualité d'ambassadeur auprès du pape, pour éviter les difficultés du siège, que le pape ne veut point donner aux grands d'Espagne.

Le roy ira à Marli mercredi prochain pour dix jours ; il ne s'est jamais si bien porté et n'a été si gai.

Le comte de Marsan mourut hier matin *. Le rov a donné 8000 livres de pension au prince de Pons, son fils aîné, et 4000 au cadet. Il avait vendu sa maison à M. de Matignon.

Paris, U avril 1709.

Samuel Bernard a fait banqueroute, et le roy lui a donné un arrêt par lequel ses créanciers sont obUgés

i. Frère du grand écuycr et du chevalier de Lorraine ; il s'enrichit par ses mariages avec Mlles d'Albret et de Seignelay; mais il ne jouissait d'aucune considération à la cour, à cause de ses intrigues pour tirer de l'argent de tout le monde.

de se contenter de billets de monnoie et de rentes sur la ville au dernier douze et demi. Gela ruine les marchands de Genève et de Lyon, qui lui ont beaucoup prêté * .

27 novembre 1709.

Pour tout autre que pour vous, madame, on pourroi t composer des prophéties ou supposer des événements quand on n'a rien de mieux à dire ; mais vous ne vous accomoderiez point de cette licence. Il faudra bien cependant en venir là ou se taire, si la sécheresse continue. En fait de nouvelles de batailles, de sièges, de rencontres, il n'en est plus question : toutes les troupes sont en quartier d'hiver, si ce n'est peut-estre en Espagne, où nous regagnons toujours pays, mais pian piano *. Ici, point d'événements qui vaillent la peine d'estre ramassés. Je m'en rapporte à M. l'abbé, votre frère, qui roule continuellement dans le monde et qui ne sait rien. Point de morts, point de mariages, point d'intrigues galantes, ou, s'il en est, elles se font sourdement; toute la pauvre nature paroît dans une inaction étonnante. C'est peut-estre aussi que nous jugeons bon-

1. Samuel Bernard (i651-1739) fut entraîné par le discrédit des billets de monnaie. Il causa les plus grandes pertes à Lyon, où il ne put jamais rétablir son crédit, en dépit de Fimmense fortune qu'il reût dans la suite.

2. Le duc d*Orléans pendant Tété avait pris Tortose, Lérida; d'Asfeldt, Xativa et Alicante ; mais, aucun secours ne venant de France et le gouvernement espagnol laissant nos troupes manquer de tout, le duc quitta TEspagne.

nement des autres par nous-mêmes. On commence pourtant à revoir ici des ofBciers qui, pour n'estre point couronnés de lauriers, ne laissent peut-estre pas de faire parler d'eux. Il n'est question présentement que de réforme, depuis certain discours que le roy tint publiquement il y a quelques jours au sujet de son petit-fils le roy d'Espagne, qui s'est mis sur le pied de retrancher dans sa maison toutes les dépenses non nécessaires, ajoutant qu'il étoit résolu d'entrer dans les mêmes voies et de partager les besoins de l'Etat avec ses bons sujets : ce qui fut accompagné d'un langage paternel et suivi aussitost du licenciement de plusieurs chevaux de son écurie. II en sera de même du reste à proportion. Après cela, estant passé chez Mme la duchesse de Bourgogne, qu'il trouva plus ajustée qu'à l'ordinaire avec une andrieune fort riche et somptueuse, Sa Majesté lui fit sentir tout doucement que ses magnificences étoient hors de saison et ne convenoient ni au temps ni à un estât de femme preste à accoucher \ On dit que la princesse en rejetta la faute sur Mme de Mailly, qui fut chapitrée à son tour * : sermon d'une grande ressource pour les maris et pour les mères, qui pourront par là se dispenser aisément de bien des choses par

i. Elle accoucha, le 15 février 1710, d'un prince qui fut Louis XV.

2. Elle avait été nommée dame d'atours de la duchesse, comme parente de Mme de Maintenon ; fille de M. de Saint-Uermine, elle avait épousé le second fils du marquis de Mailly-Ncsle. En 1712, la direction de la garde-robe de la princesse lui fut enlevée, à cause de l'exagération des dépenses.

rapport à leurs femmes ou filles. C'est à M. de La Cour à tirer parti de cet exemple, mais vous ne le lui direz pas, madame, et vous ferez sagement, par la règle qui porte que toute personne qui est dans la discipline n'est point obligée à fournir des verges pour se la faire administrer.

Fin de décembre.

M. le prince de Qonti a de temps en temps de méchantes nuits, ce qui fait craindre pour lui. Il est pourtant certain que M. Helvétius le fait vivre depuis trois semaines \

Mme de Bissy est toujours fort mal, et on ne croit pas qu'elle en puisse revenir ^.

Il n'y aura ni Roys ni bal à Versailles. On ne parle pas non plus d'aller à Marli.

Paris, 12 février 1710.

Le roy avoit donné l'abbaye de Bellefontaine à M. Le Roy de Chavigny, dont le frère est guidon des gendarmes. Ils se disoient d'une bonne maison de Bretagne, et ils sont Bourguignons d'assez basse naissance. Sa Majesté a ordonné au guidon de vendre

1. Désespéré d'être tenu à Técart des commandements militaires, ce prince chercha à s'étourdir en se jetant dans la débauche : la goutte Taccabla et il mourut le 21 février, au moment où il Tenait de recevoir le commandement de l'armée de Flandre. Cétait un prince doué de réelles qualités.

2. Éléonore de Neuchèze, femme du comte de Thiard de Bissy, lieutenant général, mérc du cardinal.

sa charge dans la semaine et à Tabbé de rendre son brevet ; mais il Tavoit déjà envoyé à Rome, et, si ses bulles sont expédiées, l'abbaye lui restera.

M. de Bourvalais avait acheté une charge de secrétaire des conseils; mais, ses confrères ayant fait difficulté de le recevoir, il a offert à M. Desmarets 200 000 écus comptant, à condition qu'on lui créera une nouvelle charge avec de nouvelles attributions ^

8 octobre 1710.

.... M. l'abbé de Lannion dit qu'il feroit de la fausse monnoie pour vous, madame, à plus forte raison des nouvelles; après tout, il ne sait là-dçssus que ce que nous voulons bien lui apprendre, à moins que vous ne vouliez lui passer pour bonnes celles du couvent, sur lesquelles il s'amuse volontiers à faire des commentaires à perte de mjc, quand il n'a rien de mieux à faire. Le jour d'hier se passa dans un exercice plus convenable. Il alla de son pied en pèlerinage à Nostre-Dame des Vertus , autant pour exercer ses jambes que pour autre chose, attendu qu'il y en a une qui est un peu menacée de paralysie. Les observations qu'il en a rapportées ne sont point autrement pieuses ni dévotes. Outre les dépôts

1. Paul Poisson de Bourvalais, d'abord laquais, puis facteur, puis huissier, puis piqucur à la construction du Pont-Royal, fil une immense fortune dans les affaires du huitième; il fut misa la Bastille en 1716 pour ses tripotages et condamné à une restitution colossale. Mort en 1711).

sacrés dont la bonne Nostre-Dame est environnée pour marquer ses triomphes, comme des bras, des jambes, des nez, des oreilles, il y a remarqué des tétons de cire. Je rie sais pas bien quelle impression ils ont fait sur ses sens, mais enfin il n'en a point été édifié, délicatesse de conscience assez singulière et dont vous ne l'auriez point accusé, comme si le soin de cette partie étoit incompatible avec celui de la \irginilé. Après cela, il dit qu'avec un teint blanc, frais et vermeil, elle a des mains brunes et presque noires qui ne conviennent pas. Bref, il ne sauroit passer aux Pères de l'Oratoire tous les colifichets qui régnent dans ses ajustements et dans sa coiffure. C'est, selon lui, tout ce qu'on pourroit faire à des carmes ou à des cordeliers. A ces réflexions, vous pouvez reconnaître le pèlerin. Il ne les porta pas loin : il fut puni sur-le-champ de ses pensées profanes par une bonne colique qu'il en a rapportée, dont il aime cependant mieux donner honneur à un quartier de cochon de lait qu'il mangea goulûment dans un cabaret. Et voilà, madame, tout ce que vous aurez de lui et de moi pour cette voiture.

MORIN

J'auray l'honneur de vous conter des nouvelles, madame, tant qu'il y en aura dans mon contoir; mais de conter des injures à M. l'abbé en vostre nom, vous m'en dispenserez, s'il vous plaît. La sage

coutume de nostre province m'a appris il y a longtemps qu'en fait d'attentat il n'y a point de garant. J auray beau montrer vos pouvoirs, on me diroit qu'ils ne sont point légalisés, et par provision on me logeroit aux Petites-Maisons. Celle où je suis m'accommode mieux. Après cela, le sujet n'en vaut pas la peine. C'est la plus pauvre chose du monde que cette lettre à M. le duc de Bourgogne, un pot pourry de mauvais a>îs et de fades remontrances qui vous fieroient compassion. Il y a cependant cinq ou six feuilles de grand papier, et il y faudroit employer une bonne journée à la copier. Ce seroit un temps trop mal employé. Ne vous fâchez donc point, s'il vous plaist, et réservez vos injures pour une autre occasion. Il me paroist plus à propos de vous envoyer un remède spécifique contre cette malheureuse néphrétique qui trouble vostre repos. Ce n'est qu'un deniy-septier de vin blanc dans lequel on fiiit infuser une certaine dose de saxifraga pulvérisée ; l'étymologie de ce simple vous instruira de sa vertu, qui est de briser les rochers, à plus forte raison de petits grains de sable. Ce n'est pas tout ; son efficace dépend en partie de la régularité : ce remède ne se doit prendre qu'une fois par mois, mais ce doit estre précisément le 28 de la lune. On dit que M. de Medavy * va passer dans le royaume de Naples,

1. Maréchal de camp. Au lieu de s'enfoncer au sud de Tltalie, il regagna avec succès Suze avec 20 000 hommes et les ramena en France.

n'estant pas en estât de tenir tête au prince Eugène. M. de Fouqueroles est élargy et justifié*. Le donneur d'avis pourroit bien , dit-on , estre mis en sa place. Il en accuse un moine de Poissy, grand chasseur et qui est tombé plus d'une fois sous sa coupe : la dernière fois avec esclat dans le parc mesme de l'abbaye, où il se fit désarmer et un peu fustiger. Quoi qu'il en soit, son innocence est pleinement reconnue. Voici une chanson sur le Saint-Esprit de M. Ghamillart :

Esprit-Saint, divine essence, Descendez sur Ghamillart.

Votre bénigne influence Se fait attendre un peu tard.

Louis dessus son manteau Va vous mettre en évidence ; Pour le bonheur de la France Fussiez-vous dans son cerveau !

Vous savez bien la grossesse de Mme de Thuisy de quatre mois ^

MORIN

1. Sous-lieutenant de la capitainerie des chasses de Versailles, arrêté le 27 octobre 1706, accusé d'avoir fait assassiné Lepineau, dont on a parlé plus haut; dés le premier jour, Dangeau parle de son innocence. Il avait été dénoncé par une lettre anonyme.

2. Sœur de Mme de Balleroy, mariée le 28 février 1702, à Jérôme-Joseph Goujon, marquis de Thuisy, sénéchal héréditaire de Reims, maître des requêtes, morte le 5 janvier 1717. Cet'enfant fut Jérôme-Charles, conseiller au parlement, mort sans alliance, en 1761. Mme de Thuisy eut un second fils, également conseiller au parlement, d'où descend le marquis actuel de Thuisy.

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En fait de nouvelles, madame, point de cérémonies ; laissant donc là les honneurs qui vous sont deus en toute autre rencontre, je me contenteray, s'il vous plaist, de vous conter tout uniment ce qui vient à ma connoissance. Un petit voyage des Bergeries a retardé de quelques jours cette gazette, qui par la môme raison se trouvera mal remplie. Ce païs-là ne fournit pas de grands événements. La cour de Mme de Gaumartin y estoit assez nombreuse *. Les personnes les plus importantes estoient M. et Mme d'Argenson avec leurs enfants , Mme de Thuisy, M. l'abbé ^ M. le chevalier, MM. les abbés de Chastelain et de Francières '. On y a veu aussy en visite M. et Mme de Canillac ', qui ont une petite maison dans Ablon. Après cela, si vous souhaitez savoir ce qui s'y passe, on s'y promène jusqu'à l'extinction ; on y joue par-cy par-là : on y raisonne tant et plus sur les affaires du temps, et, quand on n'a rien de

1. Calhcrinc-Madclcinedc Verthamon, seconde femme de M. de Caumartin, conseiller d'Etat, veuve, depuis le 8 mars 1687, merle le 28 octobre 1722.

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