‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 32 sur 90 · L'abbé de Gaumartin · texte numérisé non relu

L'abbé de Gaumartin

3. Claude Châtelain (1639-1712), chanoine de Notre-Dame de Paris et savant liturgiste. — Mlle Le Fevre de Gaumartin, de la branche de Mormant, avait épousé M. de Belloy, seigneur de Francières, capitaine aux gardes françaises, frère de cet abbé.

4. Jean de Montboisier, marquis de Ganillac, ennemi de Mme de Maintenon et l'un des favoris du Régent, qui le fit entrer au conseil des affaires étrangères.

mieux à faire, on y relit les observations journalières de M. Tabbé Ghastelain, où Ton voit les portraits, les anecdotes, les beaux dits et faits de tous ceux qui vont et viennent avec un détail exact de leurs ajustements, de leurs équipages, etc. Nous l'y avons laissé seul avec la compagnie ordinaire qui se trouve présentement assez au large et désœuvrée ; aussi commence-t-on à parler de retour. Mme de Thuisy et M. le Chevalier * sont allés de là à Saint-Ange^ M. Vabbé compte de les y suivre bientôt et d'y passer les festes. Il court icy une lettre manuscrite que l'on trouva il y a quelques jours sur la toilette de M. le duc de Bourgogne et que l'on attribue à un moine fort zélé pour le salut de l'État. MM. les maréchaux malheureux de Villeroy, de Tallart et de Tessé n'y sont pas ménagés. On les y accuse de correspondance avec le duc de Savoie et les ennemis de l'État. Je ne vous en parle que par ouy-dire ; mais nous devons aujourd'huy ou demain l'avoir ; si elle n'est pas trop longue, vous en aurez une copie ou du moins un extrait. On parle fort de paix, et on ne doute pas que le roi de Suède ne la fasse faire à ceux qui la refuseront : si c'est son intention, il est en estât de cela. M. l'abbé de Lannion a pensé très positivement qu'il y a ici un seigneur hollandois, fils de M. d'Opdam, qui négocie tous les jours avec M. d'Avaux. Il doit estre logé à Rambouillet, et il

1. Paul-Victor-Augruste, cinquième flis de Mme de Gaumartin, reçu chevalier de Malte en i695.

48 LES CORaESPONDANTS

dit avoir parlé à un de ses officiers. On ajoute que M. Roulier, qui estoit auprès de M. de Bavière, est allé à La Haye. Cependant on fait de grands préparatifs pour rentrer en Piémont. Quelques traitants offrent de fournir au roi 25 000 chevaux pour la campagne prochaine, qui ne lui coûteront rien qu'un petit droit de 10 sols par arpent sur tous les pâturages du royaume. M. l'évoque d'Auxerre a la petite vérole.

Salut, révérence, hommage très respectueux, madame, pour vous et pour toute vostre maison.

MORIN

li octobre 1715.

L'on n'a point encore la liste des conseils. La difficulté du rang en est cause. M. Amelot ne veut pas céder à Tabbé d'Estrées dans le conseil des étrangers. Il y avoit encore difficulté entre l'évoque de Troyes et M. de Torcy : ce dernier a cédé au dernier conseil.

MM. d'Antin et de Noailles se disputent les ponlset-chaussées pour leurs conseils. M. d'Antin prétend que les manufactures doivent lui appartenir. MM. Daguesseau et Amelot disent que cela est du conseil du commerce. On dit qu'on en supprime les intendants et qu'il n'y en aura que deux après leur remboursement, qui entreraient par commission. On dit que M. de Machaut en sera. Les intendants des finances ne sont pas encore supprimés : on cherche

DE LA MARQUISE DE BALLEROV \'i

des arraugemeiits pour leur remboursuoiont qui sera en plusieurs années. J'espère pourtaut que le mien comptant. On m'a dit hier soir qu'il seroit sur les isles. Ou m'a conservé les bureaux des finances qui valent 2000 écus. Apparenimeut que l'on me réduira k 5000 livres, comme les autres conseillers d'État. On m'a mis aussi d'un bureau pour la liquidation dus lOffîces supprimés. On a cassé le bail dos fermes ; on .y a joint les quatre sols pour livre destinés au remboursement des promesses des gabelles. Je ne ferai sur cela aucune liquidation que je n'aie eu un éclair-

tcissemeut avec le duc d'Orléans. Tous les anciens fermiers généraux sont sur le point de rentrer. Ou demande à chacuu 100 000 livres, qu'ils ont bien de la peine à trouver, et ceux qui uu payeront pas dans la semaine sortiront.

On parle de la suppression de beaucoup d'intendances. Le baron de Bretouil a vendu sa charge 250 000 livres à .M. de Magnj- '. Il n'aura pas de ijjrevel de retenue. Le Régent nt: veut pas en donner, président Le Camus a permission de vendre son rdon '. On a prié Gontaut d'aller faire un voyage

L 1. Fils lie M- Foiicaulil, inlendant lii; Cnen ; il avait une concilie déplorable cl Tul mi^ ù la Basiille après un scandale à un Il de la duchesse de Beiry. l\ passa ensuite en Espagne, où il lit e brillante carrière, puis s'en Qt chasser, rentra en France ci Bsparat lors île la conspiralion de Cellamare. I % Ricolas Lo Camus, premier président de lu cour des aides, ù a; nommé le 30 mars 1719 grand prévùt des ordres du W. n ne vendit coitC charge, en en gardant les honneurs, qu'en TS!, a M. Le Pclleiier de La lloussayo, conseiller d'Éiai.

dans les terres de son père *. On parle d'une furieuse réforme dans les troupes. M. d'Antin a pris toutes les académies ; M. le duc d'Orléans s'est réservé celle des sciences pour son divertissement.

Caumartin de Saint-Ange.

Paris, 18 octobre 1715.

Je serai toujours charmé, madame, de prendre^ de vos nouvelles; mais, afin de vous faire le plaisir tout entier, je n'exigerai point de réponses à mes lettres. J'aurois de la peine à m'engager à une lettre tous les huit jours, je courrois grand risque de n'y estre point exact ; ainsi j'aime mieux vous moins promettre et tenir parole en vous écrivant deux fois le mois, tant que je resterai à Paris. Ce seront au reste de simples nouvelles, et nullement des lettres, moins encore des compliments.

Les prétentions de M. le duc du Maine alloieut bien au delà de 1 200 000 livres : ainsi c'est un véritable accommodement, dont le désir de n'estre point inquiété sur des choses plus essentielles est l'unique motif de sa part. Cet accommodement n'a point esté terminé, comme je l'avois écrit, trompé do

i. « 11 en avait conté à des personnes en qui M. le duc d'Orléans preiîoit part : il n'avoit été ni discret ni modeste, et il fut chassé. » Fils du marquis de Biron, lieutenant général et membre du conseil de la g^ucrre; il fut autorisé à revenir au mois de décembre pour épouser Mlle de Gramont, fille du duc de Guiche, riche, jolie et bien élevée.

I chez iMme la Priacesse, nui l'avoit dit elle-même. [ Car on a formé rie Douveaus incidents snr l'acte [ qui avoit éié n^solu, ce qui a recommencé les quels. Ou les croit néanmoins prests à s'assoupir [.pour la seconde fois,

I^ mésintelligence du maréchal de Villars etdu duc

' de Guiche a fini par un tempérament qui consiste à

' faire le second vice-prêsidenl du conseil de la guerre

avec 24000 livres d'appoiutement au lieu du détail

di^ l'infanterie dont il avoit esté chargé et qu'on a

donné à M. de Biron, qui, n'étant pas titré, n'a rien à

disputer h un maréchal de France. M. de Plaineuf

est ensuite et violemment poursuivi pour les affaires

des vivres pendant la guerre d'Italie ' : cette affaire

éloil commencée sous le règne précédent. On en dit

autant aujourd'hui de ses première commis. Hier fut

rendu un arrêt du conseil de régence pour fixer à

perpétuité les espèces sur le pied où elles sont et

rassurer le public contre les vaines allarmes qu'on

[ lui avoit inspiré et qui nuisoient, dit-on, extrême-

I ment au commerce en resserrant toutes les bourses.

La semaine passée, le recteur de l'Université, qui

l par lettre de cachet avoit été continué contre les

I statuts, fut dépouillé ignominieusement des marques

I de sa dignité. On lui a donné douze commissaires

I pour examiner sa conduite. On fit un grand discours

\. Berltielol Je Pléneur, p^re de la marquise de Prie, alors mmi tnis du bureau de la guerre ; il avait en cfTcl gagné énormê- I nii-nl d'argenl dana les vivres el s'élail retiré à Turin, ù cause îles poursuites de In chambre de justice.

ht LES OOUBSPONDANTS

dans cette assemblée pour représenter que la liberté étoit rendue : on n'épargna pas ceux qui ravoient ôtée : on en parie conune des ennemis perpétuels de rUniversité, qu'il falloit réprimer en paraphrasant cet endroit d'un psaume : Dixi iniquis^ nolite inique agere et delinquenlibus nolite exaltere cornu. Ce dernier mot fut répété trois fois. Le traitement qu'on fit au recteur alla à un tel point que n'ayant pas mis de soutane sous sa robe, après qu'on l'eut obligé à quitter sa robe de recteur, et cela dans 1 église des Mathurins, U en sortit en veste et sans chapeau. Je ne doute que les enfants de la rue n'aient fait en cette occasion leur devoir par Tacclaniation qui leur est famiUère.

M. de Caumartin a eu la goutte assez fort : il se porte mieux. On lui promet de le rembourser peu à peu avec les autres intendants des finances et qu'il sera entièrement payé en six ans *. Je n'ose hasarder la nouvelle des lettres contre la régence écrites d'Espagne de la main d'un Jésuite, dit-on, et qui ont été interceptées. 11 faudroit l'avoir vu pour en parler sans en douter. Ou prétend que dans deux jours toutes les affaires seront en règle. M. le Régent le promit dernièrement en bonne compagnie. M. d'Argenson a de très fréquentes audiences. M. de Boisy* fut Tautre jour gracieux d'une manière qui fut très remarquée.

\. Louis-Urbain Le Fèvre, marquis de Saint-Ange. % Louis-François, fils du précédent.

Dieu VOUS fasse la grâce, madame, de devenir ce que vous voulez estre ! Vous serez alors bien près de ce dont vous paroissez vous soucier moins. Je prie Dieu qu'il vous rende encore moins indifférente que vous ne croyez l'estre, par rapport à la première de toutes les qualités, car je crois que c'est par politesse ce vous m'en dites, mais vous y avez pourtant quelque intérêt. Je suis, etc.

L'abbé de Guitaut*.

Paris, 26 octobre 1715.

M. le premier écuyera gagné son procès contre M. Le Grand \ M. le duc d'Orléans et M. de Torcy ont été contre. La banque de M. de Lasse, qui a tant fait de bruit, fut refusée hier : on apella au conseil beaucoup de négocians dont la plupart s'y opposèrent '.

Le bruit est grand que la tête a tourné au roy de

1. Anioine-Cyprien, fils de Guillaume de Pechpeyrou de Comminges, comte de Guitaut, premier gentilhomme du prince de Condé, chevalier des ordres, et de Antoinette de Verthamon (!689-1756), doyen de Téglise de Tours, où il mourut. Il était frère de la femme de M. de Boissy.

2. Le marquis de Beringhem réclamait, comme premier écuyer, la dépouille de la petite écurie et l'indépendance de s'a charge. Le grand écuyer fit sa protestation, et il mourut sans que la question eût été définitivement tranchée.

3. Law était arrivé à Paris immédiatement après la mort de Louis XIV, profitant du désarroi des finances pour proposer sa banque royale gérée par le gouvernement. Après cet échec, il transforma ses projets en une banque à ses risques et périls qui fut autorisée le 2 mai 1716.

Sicile : il a tué plusieurs de ses domestiques et de ses chevaux *.

Mme des Ursins va passer Thiver à Genève et de là à Rome : M. d'Orléans a déclaré qu'il lui accordoit la protection, comme avoit fait le feu roy *.

Il court de mauvais bruits de la nouvelle du cardinal de Bisy ' ; c'est apparemment un nouvelle du parti opposé. Il est à Germiny, et on ne le voit plus.

L'affaire des princes est accomodée. M. le Duc donne 1 200 000 livres à M. du Maine, y compris ce qu'il a eu en mariage *. Il ne prendroit pas la qualité de prince du sang quand ils traiteront ensemble, el M. le Duc promet de ne point l'inquiéter sur la qualité de prince du sang tant qu'il plaira à M. d'Orléans*. Mme la princesse de Conty n'entre point dans l'accomodement.

On a fait avant-hier l'enterrement de Louis XIV à Saint-Denis. Le service et les tables ont été magnifiques, el Toraison funèbre de Mgr de Quiqueraii

4. Viclor-Amédée, duc do Savoie. Co bniit ne paraît avoir nucuno consistance, car ce prince piissait à juste litre i)our un i\v^ souverains les plus considérés de son temps.

2. La princesse, après avoir activement contribué au mariage de Philippe V, vit la nouvelle reine se déclarer aussitôt contre <ille. Arrêtée par son ordre, elle obtint de rentrer en France; apK's de longues incertitudes, elle se retira en Italie.

3. Henri de Tliiard (1G57-1737), évéque de Toul, où il se signala par les plus violents démêlés avec le duc de Lorraine, cardinal le 29 mai ITlti; ardent ultramontain.

4. A l'occasion de la succession de M. le Prince. La duchesse du Maine était l'une de ses filles.

5. /\|Tangement qui indigna Saint-Simon, « mais ce n'est qu'un replâtrage, qui n'eut pas même le loisir de sécher. »

de Beaujea, évêque de Castres, détestable *. J'étois allé ce jour-là à Saint-Germain dîner chez M. de Noirmoutiers *. C'étoit le plus beau spectacle du monde de voir de Chantecot les flambeaux dans la plaine de Saint-Denis : il n'y a jamais eu de service moins célébré. Il n'y avoit pas un courtisan que ceux que le service exigeoit.

On a tenu un grand conseil des finances chez M. de Villeroy, où j'ai esté appelé avec mon bureau : après beaucoup de raisonnements, il a esté conclu que le roy avoit beaucoup de dettes et qu'on ne savoit comment les payer. J'en ai raisonné avec M. le duc d'Orléans, qui m'a comblé de gracieusetés. Il a dit à tout le monde qu'il m'aime et qu'il m'estime. J'en attends des marques et une distinction dans le remboursement, pour lequel je lui ay écrit.

Gaumartin de Saint- Ange.

Paris, !«'• novembre 1715.

L'assemblée des évoques n'est point encore congédiée. On y a porté une censure contre les Hexapies, que M. le duc d'Orléans a ordonné qu'on supprimerait. Cette censure n'articule aucun endroit de ce livre, et ne le condamnoit que d'une manière

1. Honoré de Quiqueran (1655-1736) : son talent oratoire lui attira la protection de Fléchier, qui le prit pour vicaire général. 11 a laissé une excellente réputation comme évèque, très occupé des intérêts de son diocèse.

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