La Trémoille, frère de Mme des Ursins
r^b LES CORRESPONDANTS
vague, comme un ouvrage contre la constitution. Les évèques, dit-on, ne veulent point avoir le démenti de leur acceptation ; mais ce n'est plus qu'un faux point d'honneur, joint à une sorte de prudence qui les porte à ménager le monstre qu'ils craignent tant qui ne renaisse bientôt des cendres de la société. De cette incendie, le Père Le Telliern'a pas laissé de sauver une bonne pension de 4000 livres qu'on lui assure. Les pouvoirs des Jésuites expirent dans deux jours. On attend quelle sera sur ce sujet la conduite de M. le Cardinal *.
M. le Grand Prieur est arrivé ', et, le lendemain de son arrivée, il a fait assigner l'ancien évèque de Condom pour voir dire par quel droit il jouit de son abbaye de Saint-Victor de Marseille^ dont il n'a point fait de démission, matière à un grand procès, le prélat ayant obtenu des bulles depuis près de dix ans.
On prétend que l'ambassadeur de Malthe a tiré parole de M. le Régent que les chevaliers de sou ordre seroient rétablis dans leur ancienne possession d'estre nommés aux bénéfices, lorsqu'ils se trouveroient estre clers, comme tout le reste du clergé. C'est un usage que le Père de La Chaise avoit interrompu .
On enterre demain matin ce pauvre M. Veuillard, quinze jours environ après sa bonne amie Mlle de
\, De NoaiHos, arcliovèqnc cl<' Paris, très dévoué au janscnislre.
2. Philippe de Hourbon, nis du due de Veudôme, grand prieur de Franee (ordre de MaHe), mort le H janvier 1727.
Soncourt. Ce sont les fruits de la Bastille. La prison a tué le premier, et le soin des prisonniers est ce qui causa la maladie dont est morte cette dernière. M. Parquet est gros et gras, et fut reçu hier de la maison de Sorbonne : ce fut pour Tempêcher d'y entrer qu'on lui chercha laquerellequi le fit enfermer.
M. Fourgon, si maltraité à Lyon par les officiers de l'archevêque et par l'archevêque lui-même, est de retour à Paris : au sortir de la prison il a reçu toute sorte de témoignages d'amitié et d'estime de l'archevêque, qui a témoigné qu'en le tourmentant il avoit suivi d'autres impressions que celles de son cœur.
Mme de Gesvres a esté malade. On l'a dit à l'extrémité dans tout Paris K Ici, nous ne saurions démesler au juste ce qui en est. Il paroît de l'exagération dans les discours de ses gens. On soupçonne qu'il pourroit y avoir de l'artifice dans sa maladie, aussi bien que dans celle du Luxembourg de l'an passé *. Peut-estre néanmoins se trompe-t-on. Si elle ne meurt de cecy, elle ne le portera pas loin au train de vie qu'elle mène et avec les violents et continuels remèdes qu'elle prend à tout propos.
Le chevalier de Roye est fait capitaine de la com-
i. Mlle Mascrany, fille d'un maître des requêtes très riche; on connaît le procès en impuissance qu'elle intenta à son mari : elle entra cependant en accommodement et mourut le 8 juillet 1717. Elle avait pour mère Jeanne Le Fèvre de Caumartin, sœur de Mme de Balleroy. — François Potier, marquis, puis duc de Gesvres (1692-1717), premier gentilhomme de la chambre, gouverneur de Paris, etc. ; il ne laissa pas de postérité.
â. AUusioil à la duchesse de Berry.
pagnie des gardes de Mme la duchesse de Berry. Le feu roy n'avoit pas voulu qu'elle en eût une dans sa maison ^
Il ne s'est rien passé de mémorable au service du feu roy à Saint-Denis. Il a esté magnifique, aussi bien que le repas qui Ta suivi.
Le comte de Poitiers, marié l'hiver dernier, est mort ces jours passés de la petite vérole. Il laisse de très gros biens et un beau nom qui s'enseveUt avec lui, quoiqu'une autre famille le porte, qui est bonue elle-mesme, mais ne vaut pas la maison du défunt \
Abbé de Guitaut.
i2 novembre 1715.
Quoique je ne sois pas une correspondante bien merveilleuse, voici, ma chère sœur, des nouvelles toutes fraîches : le chevalier de Roye, capitaine des cent-gardes de Mme de Berry; quatre dames de compagnie à Mme d'Orléans : Mmes de Tonnerre, de Conflans, d'Ei)inay et Mme de Castres, si c'est une
1. M. (le La Uocliofoucauld-Roye, frère du comte de Roucy; il avait d'abord été capitaine des gardes du duc de Derry. A l'avènement de la Régence, la duchesse voulut avoir une maison quasi royal cet elle y parvint, après une certaine résistance cependant de la part de son père. 11 épousa une fdle du traitant Prondre, qu'il eut beaucoup de peine à sauver des rigueurs de la chambre de justice; il devint lieutenant général sous le titre de marquis de La Rochefoucauld, et mourut en 1742.
2. Ferdinand de Poitiers de Rye d'Anglure, comte de Poitiers, marquis de Goublans, mort le 2o octobre 1715, à dix-neuf ans. dernier de l'antique race delphinoise de Poitiers- Valentinois. 11 avait épousé le 31 janvier la lille unique de Louis HI de Bourbon-Malausc. Leur lille épousa en 1728 le duc de Lorges.
fille de qualité '. Tous sti« hîn ks^ jiÉ& àt >iHt à M. de Bnncis Tihat 23CfO Kitvïs de nmte. On a dit aa Plalais-Ro^ Ibie de tiesms hten mahde: ce soDt ses vapeurs et sai^inees oïdiiiaînes.M.deGes- Yres lui a reodu ses assMtuités : elle lui pnetmt k m^ et lui disoît : « Monsieur, estes-pous aussi porte de me quitter que moi de tous quitter? > Voilà ce que j'ai a[^ris de Mme Grognet daos les mes, car die a refusé les envoyées de nia mère. Le pauvre M. Bouchu est mort ' : sa veuTe est chez Mme Rouillé. M. de Boissy fait rage de bonne chère à ses frères, à M. d'Argenson, et M. de Luzan à Boissy. M. de Caumartin seroit peut-estre crevé d'apoplexie et de chagrin sans sa violente goutte. Il est à présent ferme dans ses malheurs. Ils partagent la maison et peut-estre la dépense en quatre, les Boissy et Tabbé.
i. Gabrielle d'O, sœur de Mme d'Espiiiay, manêo en 1706 à Pierre-Gaspard de Qermont d'AmlK)ise, marquis de Galleninde, premier éouyer du duc d'Orléans, lieuienam ^^néral. — Diane de Jussac, fille du comte de Jussac et de Françoise E>Tard de Saint- Just, mariée en 1707 à Michel de Brienne-G>nflans, marquis d'Armentiéres, d'abord dame de la duchesse de Berry. — Marie-Anne d*0, fille du marquis d'O et de Mario de La Vorfrne do Guilleragués , mariée en 1703 au marquis d'Espinay Saint-Luc, lieuli^ nant général, morte en 4727. — Jean de La Croix, fils du manjuis <le Castries, chevalier d'honneur de la duchosso d'Orléans et do Marie de Lévis-Chaslus, ne se maria qu'au mois de janvier 1716, avec Marguerite de Monceau, fille d'un intendant dos armées.
2. Conseiller d'Etat, mort en Bourgogne, où ses infirmités le n'tenaient. Il fut grandement question du mariage de sa vcuvo, vn 171i, avec le prince d'Auvergne ; des questions d'argent mmpirent ce projet. Bouchu était aimable et original , élégant ot jaloux; il avait fait une grosse fortune dans son intondancedu Hauphiné. En revenant, il s'arrêta à Tournus, s'y trouva bien à l'auberge, y resta et s'y bàtil un hôtel d'où il ne sortit jamais.
Vous serez peut-estre bien aise d'apprendre que le père d'Albizzi prêche ce carême à Saint-Mern*. En attendant' que Dieu vous parie par lui ou autrement, voici un passage de saint Augustin que j'ai copié pour moi Tannée passée et qui noiis convient à tous^ ce me semble^ cette année. Dites à M. le chevalier de La Court que M. le grand prieur porte le cordon noir dessus Thabit. M. le chevalier de Caumartin a salué le roi à sa suite. Si vous voulez m'honorer ici de quelque ordre, je serai ravie, ma chère sœur, de vous rendre mes services selon ma capacité. N'oubliez pas de me rapporter un jeu de roys oysons. Je ne sais pourquoi ce dernier mot vient à ma plume sy près de ma capacité. Mme de Mareuil * s'est mise au couvent à Saint- Denis avec 4000 Uvres de pension, par humeur, crainte que l'on ne lui fît sentir la disgrâce de son père quoiqu'on lui promît le contraire.
lyjME d'Argexsox.
0 novembre 171Ii.
La nouvelle qui fait le plus de bruit ici est qui s'est passé à la Sorbonne. La Faculté faisoit le
\, Marie Derthelot, lille do M. de Pleneuf et de Henriette Galland, sa première femme. — La marquise de Prie naquit d'un second lit. — Mariée en iliH à Charles Benoite de Mareuil, conseiller au parlement, puis ù la ^randVhambre, mère de la marquise Caillebol de La Salle.
DE lA MARQUISE DE BALLEROï 61
jproc(>s de l'ancien syndic appeler Le Rouge, accusé à'avoir falsifié les registres pour la réception de i constitution. Le nouveau syndic, nomm(^ Ravehet, fut mandé par le Régent, qui demanda comfmunic-atioD de ce qui avoit été fait, aGu d'arrêter proc^'dure pendant quelques jours : la Sor- >onne assemblée obéit aux ordres de Sa Majesté; nais le parti contraire avoit aposté un vieux docteur Bappelé Omblot, qui forma sa plainte contre le nou- 'reau syndic, qui l'accusa d'avoir manqué de respect iau Pa]>e et au feu Roi, en disant dans sa harangue ■ que la constitution n'avoit pas été reçue tout d'une iiroix. On lui Ht signer sa plainte, ensuite on délibéra, lel le grand nombre demanda de remettre le juge- Iment au premier jour du mois prochain; l'abbé de ïreux, conseiller du Grand Conseil, dit que l'affaire ' éloit tout en l'état, que l'accusé et l'accusateur étoient présents et que tous les docteurs étoient les témoins; il étoit d'avis de déclarer Omblot calom-
rateur.
Parifi, SI iiuvfiubrc.
Je ne vous ai point escrit le dernier ordinaire. J'étois allé passer les festes à Boissy, où il y avoit vingt-huit ans quo je n'estois allé; nous en sommes «venus mercredi ; voici les nouvelles que j'ai trourées à mon retour. Vous devez mieux savoir que Wis le départ du duc d'Ormont, puisqu'il s'est
embarqué à Chert)ourg avec 7 à 8000 mousquets *. n est débarqué à la coste d'Angleterre. La nouvelle estoit publique hier que le roy d'Angleterre estoit parti ;* on ne doute pas que, s'il arrive en Ecosse, la plus grande partie de l'Angleterre ne se joigne à lui. M. d'Orléans lui avoit envoyé des courriers pour le prier de ne pas passer par la France.
M. le duc d'Orléans écrivit avant-hier à M. le chevalier de Pontchartrain que, par des raisons insurmontables, il ne pouvoit plus supporter ses fils, mais que, pour lui témoigner la grande considération qu'il avoit pour lui, il donnoit la charge de secrétaire d'État à son petit-fils, que M. de La Vrillièrt? en feroit la fonction jusqu'à ce que le petit garçon eût vingt-cinq ans, à moins que le roy majeur n'eu voulûtavancer l'exercice, et qu'il auroit 400 000 livres de brevet de retenue que le chancelier appliqueroit comme il voudroit dans sa famille. M. de La Vrillière fut chargé de la lettre et aussi de demander la démission à M. de Pontchartrain^ ce qu'il n'jexécuta pas et laissa faire au père, lis sont tous au désespoir ^
1. Jacciuos Butler (1G65-I7i7), Tun des fidèles du chevalier di' Saint-Georges.
2. Saint-Simon poursuivait avec acharnennent le fiis du chancelier, le(iuel, démissionnaire depuis la mort de sa femme, avait gardé la faveur du Régent. Une première fois il put sauver son fils avec l'aide de d'Eflial et de Bezons. Mais ropiniàtre duc^revinl à la chargCf en faisant remarquer au Régent le triste rôle de son ministre, que personne n'écoutait et qui, au conseil du Régent, en
On a mis le chevalier d'Asfeld * dans le conseil de guerre, avec le département des fortiflcatioiis que Ton avoit promis de conserver à M. Pelletier. Il a appris par le bruit du monde ce changement et s'en éclaircit avec le Régent, qui lui dit qu'il lui laisseroit des appointements. Mais il les a refusés généreusement et a même prié qu'on lui retranchât une pension de 10 000 livres qu'il avoit. Il reste avec fort peu de biens; le public est fort scandalisé de le voir si maltraité.
Le clergé, en se séparant, s'est brouillé avec M. le duc d'Orléans, qui leur avoit défendu de conserver les Hexaples et le Témoignage. Il n'y a eu que huit évoques avec le Régent; cela est cause apparemment que l'on a chassé le Père Le Tellier ; on lui donna le choix de telle maison de Jésuites qu'il voudra hors Paris, avec ordre de n'en pas sortir; quand il en aura choisi une, il aura 400 livres de pension «.
Mme de Berry veut avoir une suriutendante ; ou dit que ce sera la comtesse d'Harcourt. Madame
était réduit pour occupation « à moucher les bougies i . Il soumit au duc d'Orléans, le 3 novembre, la proposition que nous venons de lire, laquelle fut suivie de point en point. Saint-Simon en expédia lui-même la lettre de cachet.
1. Bidal, depuis marquis d'Asfeld et maréchal de France, très estimé et très expérimenté.
2. Michel Le Tellier (1643-1719), théologien estimé, extrêmement ardent contre les Jansénistes, confesseur du roi après le P. de La Chaise. Le duc d'Orléans le haïssait particulièrement, parce qu'il avait été un des meneurs les plus actifs de la cabale qui portait le duc du Maine à la régence.
aura Mme de Braucas et Mme d'Orléans la duchesse de Saint-Simon. Gela n'est pas encore déclaré: on a donné quatre dames à Mme d'Orléans, que l'on appellera dames de compagnie, n'osant pas les nommer dames du palais. Ce sont Mmes de Tonnerre, d'Armentières, de Poitiers et d'Epinay.
L'argent est toujours plus rare que jamais; tout le monde meurt de faim, et je ne vois pas que l'on fasse beaucoup d'arrangement pour y remédier.
Les grands armements de l'Empereur ont suspendu la réforme. Le prince Eugène veut qu'on aille contre les Turcs ; les autres ministres^ que l'on vienne contre la France. Si on nous déclaroit la guerre, il n'y aura qu'à leur donner ce qu'ils nous demanderont. Malgré tous les arrangements que l'on fait, les troupes ne sont pas payées.
Caumartin de Saint-Ange.
Paris, 19 novembre 1711).
On a donné à Mme de Berry et à Mme d'Orléans quatre dames de compagnie avec 4000 livres de pension à chacune; c'est une nouvelle institution. Les places sont remplies par des personnes de grande qualité.
M. de Bercy a eu ordre de sortir de Paris et de n'en approcher pas de plus près de 30 lieues.
M. Girardin, fils de M. de Veauvrai^ s'est battu
1. Maître des requêtes, il dut résigner sa charge en 1716 après la condamnation de son père par la chambre de justice.
DE LA MARQUISE DE DALLEItOÏ 6:,
fcvec un oflicier : il est blessé à mort. On poursuit sette iiffairi; au Parlement. Celui qui l'a blosso est (fin fuite.
Grandes plaintes de l'ambassadeur d'Auj<leterre t sujet du départ du duc d'Orraond avec 7000 fulils, sur le peu d'attention qu'on a eu pour ses preniers a\is, sous prt^oxte qu'ils étoient sans fondeoeiit. II y a quatre ou cinq jours que Contadcs, lapn>s avoir travaille deux heures de grand matin avec M. le Rég:enl, partit eu poste avec deux sergents de sa compagnie. On ne sait au vrai quelkest la fin ni quel est mi^me le ti'rme de ce voyage '. Les He^ap/es sont un livre contre la constitution où les propositions sont comparées avec celles "des Pères en deux colonnes. Les quatre autres euloimes contieuiieot différentes considérations qui l tendent toutes à justifier ce que le Pape a con- Idanmé. C'est un livre qui depuis plus d'un an a fait Ibeaucoup de bruit à Paris. Ce livre a été examiné ^vcc le témoignage à la dernière assemblée, qui a Kirté une censure fort vague. M. le Régent a fait ■prier l'assemblée de surseoir cette condamnation ou du moins la publication jusqu'à ce que le différent entre les évéques et M. le Cardinal eût été terminé. L'assemblée a résisté à ce désir du Régent jusqu'il BUlrager AI. de Narbonne. La dernière séance reslembloit plus à une furie qu'à un concile. C'est une
gnriics
iivnll i'anlfe seci-el ilr
il |{i j.ii(idruil.
chose horrible que tous ces emportements et la division qui y parut entre les évêques.
On sortit de ses places, on se dit maintes injures, dont quelques-unes étoient des vérités. Tout l'égard qu'on eût pour M. le Régent fut de ne point insérer la censure dans la copie du procès-verbal qui devoit être imprimé, mais d'en faire expédier des copies en forme de manuscrits à chaque province, qui furent remises au plus ancien évêque.
Paris, 16 novembre 1715.
On attend des nouvelles du roi d'Angleterre : il est parti de Gommercy le 28, faisant semblant d'aller à la chasse. On dit qu'il est sur vos costes et qu'il a passé à Evreux, déguisé en abbé. Contades était parti pour s'opposer à son passage du costé de Chàteiiu-Thierry ^ Il est revenu sans savoir de ses nouvelles.
Le maréchal d'Harcourt avoit fait marché de sa charge avec le comte de Roussy. Le duc d'Orléans
1. La tentative d'Ecosse paraissant présenter des chances, Jacques III quitta secrètement Bar-Ic-Duc, dont le duc de Lorraine lui avait cédé le château : il vint à Chaillot voir sa mère, et partit en poste pour la côte de Bretagne par Alençon. Stairs, ambassadeur d'Angleterre, admirablement renseigné par ses espions, prévint le Régent, qu'il chercha à gagner par un traité de garantie réciproque dos deux couronnes. Le Régent, jouant double jeu, envoya Contades à Château-Thierry avec les ordres que nous connaissons. Slairs reprit sa piste et cliargea Douglas du guel-apens de Nonancourt, qui échoua bien fortuitement. Jacques demeura pendant huit jours caché à la poste de ce bourg et continua ensuite sa route et put s'embarquer sans encombre.
a dit qu'il ne vouloit que des gens titrés et a proposé le duc de Lorge. Le maréchal a refusé et a fait accepter son fils.
Il y a eu un grand duel entre Girardin, fils de Vauvré, et Ferrand, capitaine au régiment du Roy. Ils se sont battus une première fois dans le jaWin de la Doctrine chrétienne; ils se sont mal battus, et Ton dit que Vauvré avoit esté balafré. Ils en ont fait un second,excités départ et d'autre des officiers de leurs régiments, sous la terrasse des Tuileries. Vauvré a reçu un grand coup d'épée dans le corps étant à terre. La blessure n'est pas mortelle. Ferrand est passé en Lorraine.
M. de Bercy a été congédié sans lettre de cachet : c'est seulement par un ordre verbal, que M. de La Vrillière lui a porté. Il s'en va en Normandie. On a pris pour prétexte qu'il faisoit des assemblées nocturnes pour rendre l'argent plus rare; cette accusation n'a pas de vraisemblance. M. le Régent a dit à M. Desmarets que ce ne seroit pas long. L'argent est toujours plus rare que jamais. On se repent au conseil des finances de deux arrêts qu'on a donnés contre les gens d'aflFaires. On travaille à en donner un troisième pour réparer le mal. Ce ne sera pas une chose aisée.
Je vous envoie une jeu d'ombre qui est assez plaisant. II n'y a point de Uvres nouveaux. Essayez de trouver à Gaen les Œuvres de Patru, les Quatrains de Pibracq que M. Foucault avoit fait im-
63 LES œRRESPONDANTS
primer et les Amusements de la pi'^incesse Amélie (la duchesse de Berrj' *).
Cal MARTIN DE Saint- Ange.
23 novembre 171 S.
On n'a aucune nouvelle encore du roy d'Angleterre, ce que l'on prend pour un bon signe; s'il y en avoit de mauvaises, on auroit grand soin de les répandre. Ou aarrestéàNonancourt trois hommes qui avoient des carabines brisées et qui avoient des passeports de milord Stair. Ils étoient là pour assassiner un passant : on croit qu'il pourroit bien être le roy d'Angleterre. La maîtresse de la poste le fit sauver et fit arrêter les autres, qu'on a relâchés à la prière de milord Stair.
Les Jésuites sont interdits. On en a laissé six à la rue Saint-Antoine : quatre pour le collège, deux pour le noviciat. Il y en a quatre qu'on envoie dans différentes maisons en province : les PP. Le Tellier, Douin, Daniel et Lallemand. Us ne laissent pas de se remuer en divers lieux, et on dit qu'il est venu de Rome des brefs que l'on a bien soin de cacher.
On dit que Prondre marie sa fille au jeune Saint- Pierre ; le voilà bien revenu de ses grandes idées,
i. Tn di's pamphlets les plus sanglants, publics conti'o la princesse au sujet du bruit (pie provoquait son attitude envers son père, sur lequel elle exerçait en effet une excessive influence. Nous avons démontré, croyons-nous, dans notre Histoirr des fiUei^ (lu Régent, la fausseté de ces odieuses accusations.
mais il a besoin de protection contre M. Rouillé, qui est son ennemi depuis longtemps * .
Caumarti\ de Saint- Ange.
Paris, () janvier 1716.
Ma goutte ne m'a pas empêché d'aller tous les matins au Louvre, à la plus fatigante besogne que Ton puisse jamais faire. On s'écrase pour venir apporter des papiers nonobstant un corps de gardes françaises et un grand nombre de Suisses que nous avons dans nos appartements.
La nouvelle d'aujourd'hui est le mémoire des ducs contre le Parlement. Tout le monde trouve qu'il seroit plus prudent pour M. le Régent de ne point pour une bagatelle se commettre avec le Parlement et les ducs.
Le bal de l'Opéra a commencé il y a deux jours. Les chefs des conseils y étoient un peu plus que chauds de vin. Il y eu eut un qui cria à M. d'Orléans, qui étoit dans sa loge : « Descends, Régent! » Il obéit et dansa tant qu'on voulut.
On a augmenté de vingt sous par jour les carosses de remise que l'on a donnés à MM. d'Aumont et d'Antin. Cela leur vaudra à chacun 25 000 écus. Ils auront des malédictions pour davantage.
1. Ses biens avaient été saisis au mois de septembre, car il était un des traitants les plus tarés de son temps. Sa fille épousa M. de La Rochefoucauld-Roye.
La Sorbonne acheva hier ses délibérations contre la constitution et a rayé tout ce qui étoit sur les registres du temps du feu Roy, sur la seule nouvelle, le pape a déjà écrit un bref très fort : ce sera bien pis quand il saura ce qui a été fait.
Le roy d'Angleterre s'est embarqué àDunkerque, déguisé en matelot. Le roy de Suède se défend toujours comme un diable.
Gaumartin de Saint-Ange.
Paris, 8 janvier 1710.
Il se tient trois fois par semaine au Palais-Royal un bal qui dure toute la nuit dans la salle de l'Opéra, où, pour avoir plus de terrain dans le parterre, ou a élevé un plancher postiche à la hauteur du théâtre. On est admis à ce sensible divertissement moyennant une contribution de 4 livres par tête, qui tourne en une gratification faite je ne me souviens plus à qui.
Quant à celle qui avoit été accordée au duc de Villars sur les Juifs de Metz, je pense, elle a été révoquée par la mutinerie de ce peuple, qui depuis plus de 4000 ans est accusé d'avoir la tète trop dure pour devenir souple aujourd'hui en faveur d'un seul courtisan. On a supprimé aussi la concession sur les carosses de louage au duc d'Antin, qui alloit à les renchérir de vingt sous par jour : c'étoit comme s'il les avoit pris dans ma poche.
DE LA MARQUISE DE BALLE ROY 7i
Messieurs du Parlement de Toulouse viennent de rendre un très plaisant arrêt : ils ont ajourné le trésorier avec sa caisse, et, faute par lui de justifier par bonnes raisons le défaut de leur paiement, ils ont saisi sur cette caisse tout ce qui leur esto'it dû depuis plusieurs années de leurs gages à un sol près.
L'abbé de Guitaut.
Paris, l" février 1716.
M. le premier président demande réparation des paroles peu obligeantes qu'a dit M. le duc de Saint- Simon presqu'en sa présence ' .
(Même dale.)
Ja querelle des ducs et du Parlement est fort échauffée, et M. d'Orléans fort embarassé. M. de Saint-Simon a parlé en termes de crocheteur du premier Président en sa présence, qui n'a pas fait semblant de l'entendre : c'étoit dans la petite galerie de M. d'Orléans, qui a voulu l'ignorer, de crainte
1. Le surplus de celle lettre prouve avec quel zèle on s'occupail à renseigner la marquise : « Mon valet de chambre n'avoit garde de vous envoyer des nouvelles ; personne ne Ta averti de votre départ. D'ailleurs M. de Caumartin avoit soin de vous en envoyer, et je me suis trouvé plus d'une fois lorsqu'il dictoil ù un commis : « J'honore, je salue J'embrasse toute f la famille », chacun suivant sa dignité, sa bonne mine, sa beauté et son âge. » La lettre suivante prouve en effet rexactitude de M. de Saint-Ange.
d'être obligé d'envoyer M. de Saint-Simon à la Bastille*.
J'ai formé hier le bureau de la caisse des emprunts ; il y a environ 4 à 5 millions qui n'ont point reparu : il s'agit présentement de donner une déclaration pour savoir combien chacun perdra.
M. le Duc devait présenter une requête au Parlement contre les princes légitimes, et les ducs étoient résolus d'intervenir pour les réduire à leur rang de pair, comme César de Vendôme. On fait ce qu'on peut pour l'arrêter, mais il est bien têtu, et il parolt qu'il a envie de faire Qgure. Gela ne sera pas difficile s'il l'a bien entrepris et s'il est bien cctoseillé.
Mme de Berry reçoit toutes les femmes en écharpe chez elle au Luxembourg; elle les fait toutes asseoir, et, pour en avoir prétexte, il y a un grand mannequin de navettes et de fils : on leur en donne à toutes pour qu'elles fassent semblant de faire des nœuds ; cela déplaît fort aux duchesses et à Mmes sa mère et sa grand'mère ; elle n'a osé faire manger les hommes avec elle, mais il aura table pour eux dans la même chambre que la sienne.
Il y a beaucoup de petites véroles.
Galmartix de Saint-Ange.
1. Saint-Simon, qui détestait M. de Mesme et parle souvent de lui dans ses Mémoires^ n'y souffle mot de cet incident.
(Ml>,
ilalp.)
Mmiî do Btillegarde se Iroiivi- fort bien de sou " nouvel i^lablissemeiit. Ou )ui a fait trouver le juin' ik's noces sur sa toilette deux boucles de 100 louis chacune, uue montre de 100 pistoles, une tabatière, un étui d'or. Grande ciuestion là-dessus pour savoii' d'où viennent ces magnificences : si f'est de la maison ([u'elle a quittée ou de celle où elle est entrée '.
Ce pauvre Coulange est mort *. Depuis pins de i|uinze jours, il ôtoit entre la vie et la mort, et il a fini ses jours d'une manière fort édifiante. Il songeoit depuis quelques aimées, et beaucoup plus sérieusement encore depuis six mois, à son salut. C'est où on en >ient tôt ou tard quand on a de la sagesse et du bon esprit : une éternité est dangereuse à affronter, et il y a plus de sottise que de bravoure à le vouloir faire. Les choses qui paraissent solides à la mort u'étoient pas moins vraies dans le temps de la santé et de la jeunesse. On ne se les rend pas plus praticables pour n'y penser que tard. Voilà des vérités de vieille date, mais qui valent mieux que les nou-
1. I^ugênie de Verthamon, lille au premier président du Grotul <)onsciI ei <le Françoise Bignon, niariéo le 28 janvier, it Gabriel, dii le marquis de llclle^arde, second llis du premier duc d'Anlin et de Juiie de Ci-ussol ; morle de la pelilc vérole te 3 aciobre 17)9, et son mari le 5 décembre.
3. Philippe -Emmanuel de Coulantes, l'aimable chansonnier, uè en 16M.
velles, et quand on a un gazetier dont le principal métier est celui de prédicateur, il faut lui pardonner un peu de zèle et lui passer ses sermons.
MM. les ducs de Brancas et, je pense, de La Feuillade se font recevoir pairs au Parlement, où ils n'étoient pas encore reconnus. Les ducs ne se tiennent pas pour battus pour un premier refus de M. le Régent de les juger. On croit qu'à la fin il ne pourra se dispenser de prononcer; mais on doute fort que, de quelque manière qu'on prononce, le juge puisse faire exécuter sa sentence.
Le dégel se fait sentir doucement. C'est une grande nouvelle, qui intéresse fort la santé du cheval de bronze, aussi bien que la sûreté d'une arche du Pont-Neuf qui menace et de tout le quai de l'Horloge, déjà très ébranlé, avec assez de risques pour les maisons qui y sont bâties. Toute l'Académie des sciences est occupée de prévenir l'effet de ces menaces en y opposant de grands ouvrages qui coûteront beaucoup à la ville. 20 000 livres n'ont pas suffi pour le premier appareil destiné à soutenir l'effort de la rivière. M. d'Argenson, dans cette circonstance, a cru devoir s'y faire recevoir.
L'abbé de Guitaut*.
1. Il pan pour la Bourgogne e( annonce qu'il sera quelque temps sans écrire.
Paris, 8 février 17i6.
L'affaire des ducs contre les présidents à mortier est plus échauflFée que jamais. M. le duc d'Orléans a ordonné à M. de Sassy, célèbre avocat, de travailler au factum des ducs ; on dit que le Parlement ne veut pas répondre et qu'il veut s'en tenir à sa possession ; on doute que le Réjçent veuille juger l'affaire.
8 février 1716.
L'affaire d'un cordelier a fait ici beaucoup de bruit : c'est le Père Poisson, ce beau prédicateur qui a prêché devant le roy. Le cardinal lui a interdit la chaire, et il a voulu se faire recevoir en Sorbonne ; après bien des procédés et des procédures, il a appelle comme d'abus ^ Le premier président a dit dans la Grand'Chambre les propres termes que voici : G'étoit une fantaisie du cardinal à laquelle la cour n'étoit pas obligée d'avoir grand égard, puisqu'il avoit signé à la teste d'un mémoire fort injurieux pour le Parlement : c'étoit une grande ingratitude, puisque la compagnie s'étoit attiré l'indignation du feu roy, et lui personnellement en porte la parole pour empêcher ce qu'on vouloit contre lui. Etant ensuite auprès du feu, il a ajouté que, sans la fermeté
1. La Sorbonne lui avait refusé le bonnet de docteur comme interdit par Mgr de Noailles : appel au Parlement, qui nomma une commission dont le résultat parut peu favorable au réclamant.
de la compagnie, le cardinal seroit présentement dans la prison du château Saint- Ange.
Le débordement a été grand. Il a péri bien des bateaux, entre autres un chargé de blanchisseuses : il y en a eu plusieurs d'écrasées, et des têtes coupées et beaucoup de linge perdu.
Caumartin de Sai\t-Axge.
Paris, 10 février 1716.
Le duc d'Orléans a fait revivre en faveur de M. de Torcy la charge de général des postes, avec 62 000 livres d'appointement. Il en a fait autant en faveur de M. d'An tin pour la charge de surintendant des bâtimens, qui en vaut au moins autant. Ces deux messieurs ont porté leurs provisions au parlement pour être vérifiées, mais le procureur général s'y est opposé, et on a nommé des commissaires pour examiner, et on fera, selon toute apparence, des remontrances au régent.
La charge de secrétaire de l'ordre a été enfin rendue par M. de Lamoignon à M. de Montargis : elle a passé sur la tête de M. de Verthamon, premier président du parlement et tous trois en porteront le cordon.
On porte beaucoup d'argent à la Monnoie.
Le mariage de M. de Villeroy avec Mlle de Rohan est rompu, comme on croyoit tout d'accord.
Caumartin de Boissy.
Paris, 2:2 février 1710.
Il faut commencer par la petite pièce que vous trouverez comique. Il y a au bal du Palais-Royal deux cabarets pour les masques. Goursillon * devoit 400 livres, dont on lui avoit fait crédit. Il voulut continuer à boire sans payer. La limonadière lui dit des injures : il lui donna un soufflet. Ils s'arrachèrent perruques, escoiffions et tout, se roulèrent par terre. Goursillon, en tombant, attira les verres, caraffes, etc., et qui plus est, une bourse, où il y avoit, dit-on, pour 500 livres de monnoie : on lui demanda 1200 livres, et les placets sont au conseil de régence.
Voici une querelle plus sérieuse. M. de Richelieu s'est battu avec Gassé * pour quelque mauvaise plaisanterie faite dans un bal. Il a un coup d'épée qui lui entre dans le chignon du col et qui sort dans le côté : il ne passe que dans les chairs. Gassé en a un léger dans le bras.
Jonzac et Vilette, soupant chez le prince de Gonti et les princesses^ se sont frappés à table. Vilette a, dit-on, reçu le premier soufflet : le prince de Gonti tourna TafiFaire en plaisanterie, et Ton se remit à table, où l'on s'enivra beaucoup. Il n'en a rien été jusqu'à présent*.
i. Fils de Dangeau.
2. Le comte de Gacé, fils du maréchal de Matignon ; on les mil à la Bastille ; ils en sortirent au mois d'août seulement.
3. Us se battirent le 2 avril au bois de Boulogne : absolument
78 LES œRRESPONDANTS
Mlle d'Albret se marie dimanche au prince d'Épinay, M. de Louvois à une Noailies \
Mlle de Guéménée ' âgée de trente-cinq ans et sa famille ne lui donnant pas de souliers, a fait les soumissions nécessaires et épouse Mortagne. Toute la maison de Rohan a prié M. le Régent de ne pas signer au contrat. Il les a refusés.
Caumartin de Saint-Ange.
28 fé\Tier 1716.
On étoit bien simple autrefois, ou ne se divertissoit qu'à force d'argent; aujourd'hui, sans argent, même sans espérance d'en avoir, on se divertit à merveille. Les jeux, les bals vont leur train. M. le prince de Gellamare, ambassadeur d'Espagne, en donna mardi un qui renchérit sur celui de l'ambassadeur de Portugal, et c'est dire assez. Une belle
^M'is au souper, ils ne se souvenaient de rien le lendemain et ne croisèrent l'épée que poussés par la méchanceté du prince de Gonti. Blessés tous deux, ils quittèrent la France. Villcltc mourut peu après. Jonzac subit une assez longue captivité. Il était fils de M. d'Esparbez, comte d'Aubcterre, devint maréchal de camp el mourut en 1750, ayant épousé la sœur du président Hénaull. M. de Villette de Murçay était l'oncle de Mme de Caylus.
\. Fille aînée du duc de Bouillon et d'Armande de La Trémoille, sa première femme, mariée le 2^ février à Louis de Melun, duc de Joyeuse, morte en 1717. — François Le Tellier, marquis do Ix)uvois, épousa le 11 mars une fille du duc de Noailies : mort avant son père, le marrpiis de Courtanvaux.
2. Charlotte, née en 1G(>0, fille du prince de Guéménée et d'Éliî^abeth de Cochefllet, mariée à Gaspard de Coléne, comte de Morlagne, chevalier d'honneur de Madame : remariée en 1729 au ^omte de Gréquy-Canaples.
dame de la plus haute naissance, quoique masquée, y fut reconnue par sa magnificence et sa suite. Mais, comme on est en droit d'ignorer, quelqu'un, épris de ses charmes et plus hardi sous le masque, s'émancipa, dit-on, jusqu'à lui en conter vivement, accompagnant la déclaration amoureuse de démonstrations très significatives, et il poussa les choses si loin qu'on s'en plaignit et qu'on en parla; mais la réponse fut qu'il ne faut pas se commettre, ni garder l'incognito si longtemps, dès que les téméraires s'en veulent prévaloir. Après tout, ces sortes de fautes ne sont pas irrémissibles : la plus sévère pardonne qu'on s'oublie lorsqu'on ne le fait que parce qu'on est trop rempli de ses appas : l 'amour-propre est quelquefois plus scandalisé du trop que du manque de respect.
On remplit à présent nos compagnies de jeunes officiers qui ont fait déjà parler d'eux.
Au temps d'un prince aussi sage que grand,
Aussi difficile à surprendre, Par la queue on prenoit rarement le roman Et Ton ne payoil point les services à rendre ; Les services rendus étoient les plus contés Et Ton distribuoit selon Tordre et Tusage Tous les bienfaits après les avoir mérités. Mais les vieux serviteurs à présent rejetlés N'ont que le désespoir et la honte en partage. Si Louis revenoit ici du noir rivage, A quel point ce qu'on fait pourroit-il le toucher? Quel chagrin pour un roy si prudent et si sage De voir défigurer tous les jours son ouvrage : De voir dans certains corps des officiers d'un âge
A faire eux-mêmes le tapage
Qu'ils sont obligés d'empêcher !
Le comte de Stairs, ministre d'Angleterre, n'est guère d'accord avec lui-même. Dans le public, le prétendant n'a ni troupes, ni munitions, ni armes, ni argent. Dans ses mémoires et ses plaintes à M. le duc d'Orléans, les ordres de Son Altesse royale sont si mal exécutés, qu'il passe en Ecosse aux rebelles argent, armes, minutions et troupes. J'admire toujours que le style du prince légitime et de l'usurpateur est le même. Chacun se dit : le prince Georges parait avoir belle peur d'un rival qui a le mérite et la justice pour lui.
Mais revenons à notre bal, Où jusques à l'excès on pousse Finsolencc : Le Régent danse bien, de bon air, en cadence, A dit certain quidam ; mais parbleu la Régence
Danse fort mal.
Ail! peul-on Irop punir une pareille impudence? Qu'on arrestc, qu'on lue, a dit un courtisan ;
Mais le Régent, plein de prudence :
Faisons mieux, a-t-il dit; et quoi? Profllons-on!
Enfin le duc de Brissac épouse Mlle de Barbesieux, du premier lit : elle a, dit-on, 900 000 livres; le marquis de Louvois, Mlle de Nouilles : le duc son père donne pour dot sa compagnie des gardes du corps à son gendre.
Caimartin de Saixï-Ange.
Paris, ±) février 171().
Le roy s'est trouvé mal lundi pendant la messe. Il s'est jette dans les bras de Mme de Ventadour en
criant qu'il étoit mort. On le reporta dans sa chambre, où il perdit connaissance, et Mme de Ventadour tomba évanouie de l'autre côté. On courut avertir M. le Régent, qui le trouva jouant à la farinne. Quoique cet accident n'ait duré qu'un moment, il n'a pas laissé de donner beaucoup d'inquiétudes : les uns disent que ce sont des vers, d'autres que cela vient de s'estre retenu, car il est si vif dans ce qu'il fait que, quand il joue à la comète ou à d'autres jeux, il ne songe ni à boire ni à manger, ni à d'autres nécessités. Les affaires du prétendant sont renversées : il s'est embai'qué le 18* et est arrivé à Graveline. On dit que le comte de Mar est avec lui. La tranquillité de l'Angleterre fait grand'peur ici. Les HoUandois tiennent de fréquents conseils secrets, et il y a eu mercredi un très long conseil de régence. Le maréchal lie Villars va en Provence. On ne doute pas qu'il y ait un traité entre l'Empereur et le roi de Sicile pour ramener le roy d'Espagne ici ; mais ce qui n'est pas vraisemblable, c'est que le maréchal de Villars l'ait signé aussi et n'en ait rien dit au régent. Le mariage de Mortagne est rompu. Le prince de Guéménée prend sa fille chez lui et lui donne un équipage, ce qui lui fera prendre patience. Celui de M. de Louvois n'est pas encore fait, mais la survivance est donnée. Je crois celui de M. de Brissac et de Mlle de Barbesieux conclu : il vouloit la cadette, qu'on n'a pas voulu marier avant l'aînée.
Caumartin de Saint-Ange.
7 mars 1716.
MM. de Richelieu et de Gassé * sont à la Bastille, où ils seront apparemment longtemps. L'affaire de Villette et de Jonzac estaccomodée. On ne parle plus de celle du duc de Villars et de celle de M. de Montboissier.
L'édit de la chambre de justice va paraître ; on prétend qu'il sera enregistré lundi et qu'elle ouvrira mardi. Elle est composé desix maîtres de requêtes, dix conseillers du Parlement, huit maîtres des comptes et quatre de la Cour des aides. M. de Fourqueux, procureur général.
Le roy d'Angleterre est à Commercy et s'en retourne à Bar.
Le mariage de M. de Louvois se fait mardi *.
La Sorbonne a reçu sous sa protection l'université de Nantes et a déclaré qu'elle excluroit de la Faculté les évéques qui défendroient qu'on vînt étudier à Paris, comme ont fait des évéques bretons pour Nantes et Tévéque d'Autun pour Paris.
Breteuh..
1. Fils (lu maréchal de Matignon, depuis gendre du maréchul de Cliàteaurenaud. Us fufent relaxés le 21 août suivant.
2. François Le Tellicr, capitaine colonel des Cent-Suisse^ de la garde, marié le II mars 1710 avec la fille du duc de Noailles. veuve en 1718, remariée au marquis de Mancini.
Je confonds toujours Stanhope et Cadogan. Vous avouerez qu'il est plus aisé de les confondre que r Antéchrist et le Messie, que la bonne Mme Lenormand confondoit si ingénieusement. L'un de ces deux messieurs, celui qui reste icy, dlnoit mercredi chez le comte de Stairs dans le temps que la nouvelle arriva de la descente des Espagnols en Sicile. Stairs lui proposa un coup d'excellent vin de Pontac. Il tenoit sa tabatière ouverte lorsqu'on le lui af)porta. Stairs luy dit : Buvez donc votre vin. — L'autre prit sa tabatière et jetta tout son tabac dans sa bouche. Vous pouvez juger que cette nouvelle lui parut mériter attention. Le comte de Douglas, qui y dtnoit, nous en fit voir la carte.
Le maréchal de Villeroy lui a fait défendre l'entrée de la chambre et de tous les endroits où le roy seroit.
Le maréchal de Tessé a pensé avoir un mauvais giste. L'ambassadeur d'Espagne vint l'autre jour pour le voir, et, ne le trouvant pas, il demanda à se promener dans le jardin pour laisser reposer les chevaux. L'envoyé du czar arriva un moment après chercher le maréchal. On lui répondit la même chose qu'à l'ambassadeur d'Espagne. 11 insista et dit qu'il falloit qu'il y fût, puisqu'il voyoit un carosst^ dans la cour : on lui dit que c'étoit celui de l'ambassadeur d'Espagne, qui étoit entré pour se promener
^ LES œURBSPONDANTS
«kns le jardin. Le Moscovite y entra, et la promeuade lui plût tant qu'ils y restèrent trois à quatre heures. Son Altesse Royale le sut et. ne doutant pas que le maréchal ne fît des intrigues^ fît expédier une lettre de cachet. Le maréchal étant venu faire sa cour au Régent sans rieo savoir de ce qui s'étoit passé, Sou Altesse le reçut firoidement et lui demanda pourquoi il cabaloit contre lui avec ces messieurs. Le Manceau répondit qu*il ne savoit ce qu'on vouloit lui dir^. Le Régent lui paria de la conférence de la veille. II la nia : on lui soutint ; il parla avec tant de sincérité sur ce qu'il avoit fait la vdlle que le Régent la laissa aller chez lui. où il éclaircit les faits. La lettre de cachet avoit été jetée au feu. Vous avouerez que la chose est bizarre : le voilà pleinement justlBé ; mais les soupçons paraissent fondés.
J oubliois. en vous parlant du maréchal de Villeroy, *io vv»:is oôuter une autre chose qui a peusé encore a\»';r iie> suites fâcheuses. Apres la revue, Mme de
IVrn Un pn>jK^sa une collation à la Muette: le maivt îuii ÎA r^^fusa, parce que les collations euipècheul apr\^s eoîa de souper. Le roy, monseigneur le duc dOrleans ayant insiste pour quil y allât, le maréchal rxMnsii toujours : ou a voulu empoisonner la ch >M* auprt^s de S^n Altesse Rovale, comme si le uiaivchal y avoit entendu finesse, et tous ceux qui se lixnnerent autour de lui proposèrent de le faire anvter : a^la ne fut j>iis exécuté. Cependant Sou
Vitesse a nnidu plus de justice au maréchal.
On a fait enlever ces jours-ci la maîtresse de l'évéque de Beauvais, que l'on a mise à la Salpé- Irière : le bon évêque avoit été plusieurs fois averti du scandale par le Régent ; son chapitre lui avoit fait des députations ; on avoit prêché en chaire contre lui, lui présent *. Vous pouvez penser que le petit Gap conduisoit ses affaires avec plus de discrétion. Il avoit promis à sa famille et au Régent de se corriger; on l'avoit mis à Vaugirard ; on fut averti qu'il y étoit aller souper en habit galonné avec une perruque nouée, avec ses cousins de Livry ; on envoya Duval avec des sbires, qui attendoit dans un cabaret que la compagnie fût sortie, et on Temmena après dans un mauvais giste.
Calmartin de Saint- Ange.
Paris, 2i août 1710.
M. le duc de Richelieu et M. de Gacé ont été enfin jugés et mis eu liberté. Il y a cependant encore un plus ample informé pour trois mois.
28 août 1716.
Je passe au second article des nouvelles de la ville, qui est la petite vérole. Mlle d'Uzé en est
1. François-Honoré de Beauvilliers, fils du duc de Saint-Aignan, nommé au mois d'avril 1713. L'historien du diocèse de Beauvais, l'abbé Dcleltre, attribue tous les tracas qu'on suscita à ce prélat à sa conduite énergique contre les Jansénistes. 11 abdiqua cependant en 1728 et mourut en 1751 à Prémont.'*é.
86 LES œRRESPONDANTS
morte hier, au grand regret de tout Paris. M. le prince de Conty en est fort mal ; il a reçu les sacrements, et, qui pis est, il a été saigné quatre fois *, deux du pied, et deux du bras ; Mme de La Vrillière * est aussi assez mal.
Il y eut un duel lundi matin. M. de Saint-Maurice, fils d'un président de Lyon, fort riche, et M. Courtin, tous deux officiers aux gardes, ont pris querelle étant de garde aux Tuileries, parce que l'un avoit tiré trop la couverture étant couché avec l'autre ; sur cela ils se sont levés et se sont battus. Saint-Maurice a reçu un coup d'épée.
Oaumartin de Saint Ange.
Paris, 3 septembre 1716.
La petite vérole fait plus de ravages cette année que la (lornière. Le duc d'Olonne ^ et d'Angenne * s'en mouroicnt hier. Un jeune conseiller, fils unique de Descasaus de Nantes, riche de 10 à 12 millions, est allé la porter à Saint-Fargeau, où il est mort eu trois