‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 38 sur 90 · Intendant à Soissons · texte numérisé non relu

Intendant à Soissons

dit que jeudi prochain on fera la dernière chez M. le duc d'Orléans.

M. le duc de La Feuillade partira assurément à Pâques pour aller à Rome prêter l'obédience au pape ; il aura un équipage de Jehan de Paris.

En6n les princes du sang ont présenté leur requête au roy contre les princes légitimes : elle est fort bien faite. On doute encore que cette affaire soit réglée avant la majorité.

Lundi prochain, le roy sera mis aux mains des hommes. Il se porte parfaitement bien.

15 février 1717.

Les ducs ont fait une assemblée générale pour forcer M. le duc d'Orléans aies juger, et pour cela ils présentent leur requeste au conseil de régence : cette afïîiiro est de plus grande conséquence qu'on ne s'iniagiiio. Le Parlement ne se soumettra pas, et ron croit que les princes de sang se joindront au Parlement.

Le pape a fait un décret par lequel il interdit les

»véques qui ont refusé la constitution, défend de rien

xpédier pour leurs diocèses, dont il renvoie Fad-

ministratioii à Tévèque le plus voisin. Quelques jours

après, il a retiré ce bref; apparemment qu'il Tavoit

donné pour nous faire peur.

La rupture du mariage du marquis de Villeroy et Mlle de Rohan fait un grand bruit, parce qu'on n'en

DE LA MAflQCISE DE BALLEROV m

sait point la cause '. Le maréchal en est au désespoir ; on a barricadé la porte entre l'appartement de Mme de Veutadour et le sieu *.

La duchesse de Tallarl est accouchée hier d'un garçon '.

M. de Pai'abère est aussi mort de la petite vérole \ Mlle d'Assigny en a fait autant il y a quelques jours; elle a fait l'abbé de Laval, qu'elle vonloil épouser, son légataire universel.

I!) févripi- 1717.

iMnie la duchesse d'Orléans a passé une partie de la semaine à Montmartre et en revint mercredi deruier. PendanI ce temps, ona sacré une abbcsse, qui est Mme de Montpipoaux-Rochechouart'. Je ne

1. Co marlofic étull convenu depuis longtemps; mais les ftolian au dernier moment cillèrent qu'en cas de non-pos tenté mfile tous les biens de la branche passassent à celle de Guéménée. Le inurécl)al rompit el maria en mars 1717 son petlt-Qls a la flile alnér du duc de Luiemtioui^. Un mois plus tard, Mlle de Rohan épuiisail, tvrc la clause exigée, le duc de La Ueilleroyc.

â. Gouvernanlc des entants de France. Intimement liée avec le maréchal, elle conçut un violent dépit de eet incident. L'airoeliun cependant t'emporta c( les relations se rétablirent entre les deux maisons. Mais au Tond les Rohan ne pardonnèrent pas et furent les principaux auteurs de la diss'râce de Villeroy.

3, Gabrtelle de Rohan-Soubise, mari^ en 1713 a Josepli d'Huslun, duc de Tatlard, llls du marêehai et petile-lillc de Mme di' Ventadour, qui la lit nommer en 1719 gouvernanle des enfnntit« France en survivance. Ce (Ils épousa la Dllc de la marquise *■ Prie.

t. César de Bandéun, comte de Parabére, bri^dier de? armées. é|H)tii de la belle Mme de Parabére, llllc du marquis de Lu Vieuville. Elle élall prieure de Fonto-mull el deviiit titulaire de Montmorlrc au mois de se|ilembre iwr lu mort de la Mère de Bellefond.

IIQ LES CORRESPONDANTS

revins hier au soir qu'à minuit du Palais-Royal, où le duc et la duchesse de Lorraine étoient arrivés à quatre heures et demie de Meaux, où ils avoieut couché. M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans, le duc de Chartres, Mademoiselle avoient dû aller audevant d'eux jusqu'à Bondy ; mais Mme la duchesse de Lorraine les envoyoit prier de ne partir de Paris qu'à deux heures un quart afin qu'ils ne passassent pas Pantin, où arrivèrent le duc et la duchesse de Lorraine, que Ton nomme lui comte de Blamont. Ils sont venus en poste en quatre berlines et leurs suites. Il a avec lui Mme de Craon-Beauvau, femme de son grand écuyer, qui est très belle et sa mattresse. Ils arrivèrent au Palais-Royal dans le carrosse de Madame qui avoit été aussi au-devant d'eux, avec le duc d'Orléans : Mme la duchesse de Lorraine étoit dans le fond du carosse avec la duchesse d'Orléans, le duc de Chartres et Mademoiselle sur le devant, le comte de Blamont à une portière, le duc d'Orléans à l'autre. Ils allèrent ensuite à l'Opéra, puis Mme de Lorraine alla à son appartement, qui est celui de M. de Chartres que l'on lui a fait meubler, où elle trouva Mme de Berry qui lui avoit fait porter une commode pleine d'habits, d'écharpes et de toutes sortes d^ajustements magnifiques. Ensuite elle descendit chez Mme la duchesse d'Orléans où il y avoit appartement, où elle s'assit auprès d'elle sur un placet comme elle et ne joua que la réjouissance après avoir salué toutes les dames de sa connois-

m LA MARQUISE DE BALLEHOY III

sauce. M. le duc de Lorraine arriva un quart d'heure après avec le duc d'Orléans et restèrent tous les deux debout, allant tantôt d'un côté, tautùt d'un autre, jusqu'à onze heures, que l'on servit un j^rand souper gras et maigre. M. le duc de Lorraine fit gras : il y avoit seize personnes à table ; Mmes d'Orléans et de Lorraine avoient chacune un fauteuil, tous les autres des tabourets. Les ducs sont ensuite allés au bal de l'Opéra, qui étoit magnifique. Mme de Berry ne parut point partout là. On dit qu'ils resteront six semaines icy, et on dit que le comte de Blamont pourra s'en retourner avant. Onapublié ici son traité pour des indemnités qu'on lui devoit pour Longwy : on lui doit payer 1 200 000 et 200 000 livres de rente .

Jeudi dernier, M. l'ahbéde Saint-Albin soutint une thèse de Sorbonne. Madame y alla, ce qui surprit bien des gens, et M. le duc d'Orléans aussi et par conséquent bien du monde.

Après les sceaux ostés au chancelier, M. le duc d'Orléans a fait entrer M. le duc de Chartres en tous les conseils et dite M. le Duc qui lui disoit qu'il étoit encore bien jeune, que c'étoit afin qu'il vît tout et que lui parleroit ; ce qui fait bien urésumer qu'il y a eu quelque chose de fort contre le chancelier, qui auroit eu des assemblées nocturnes pour prendre les mesures pour la régence, prétendant que celle du Régent diminuoit. Pour moi, qui ai l'honneur do le voir quelquefois et m<^me hier, sa conduite me paraît égale que parle passé. On dit que le duc de Noailles

éoît 86 r^rer à sa tore de La Mi^e et que toutes les sunfi?aiK)e8 qu'on hii a doDoéea le ^demam qpi'ils^est défait des fiimi^ies, que M. ledued'OriéaDs êmàt dit qu'il eo domiét à ti^ le moude, mais que m le roy lui denmndoit soÉ ims à sa maj(»ité, qu'il hû consdlleroit de o'aYmr épid à auimiis.

A fat foire de SaiDtrG^mutta, il y a un âne eu vie ^ danse sur lacorde^ et on vmt cela avec beaucoup 4e prasse, conune chose rare.

M. le duc de Lorraine, Yopnt hier un joueur qui a?mt un grand rulMtn de Saini-Laiarey itemanda ce ipi'^it cet mrdre. (^eiqu'un plus i»rè8 que moi loi d^t que c'ôtoit l'ordre de Saint-Laiare, f<^ anden. 1^ la con?ersation eût duré davantage, j'i^uirâi demandé à M. le duc d'Qdéans de me p^rmrtbre de dire ce que j'en savois. Il y eut des gras qui se mirent à rire, me voyant si proche. A notre dernier chapitre du mois de décembre dernier, M. d'Angeau, deux jours avant, s'alla jetter aux pieds du Régent pour le supplier que M. de Guéuégaud et moi n'y allassent pas. Il reçoit toujours force chevaliers, si bien que sa place vaut autant que celle de deux fermiers généraux. L'abbé de Ville sort avec un caresse roulant et côtoie les petits maîtres. Les Jésuites comptent à présent avoir le haut du pavé.

J'ajoute deux chansons, l'une sur le Parlement, l'autre sur le duc de Noailles :

Est-ce colère, est-ce inconstance Qui t*a fait oster la finance

A Noailles ton confident ?

Ici se confond ma science :

Aujourd'hui chassé du Régent, Demain comblé de survivance !

Voilà ce protecteur des lois, Cet objet de nostrc espérance.

Ce Parlement qui tant de fois S'est montré Tapuy de la France !

Qu'a-t-il fait, ce tuteur des rois, Pour soulager notre indigence ?

Des remontrances en beau français.

Puis au Régent sa révérence !

Le chevalier de Girardin.

Le roy est depuis lundi entre les mains du maréchal de Villeroy, et ce n'a pas été sans beaucoup de larmes versées de la part de ce jeune prince et de Mme de Ventadour, à qui Sa Majesté a donné une grande partie des pierreries qu'il a héritées de Monsieur et de Madame la Dauphine et de M . de Berry, lesquelles ne sont pas pierreries de la couronne : il y en a pour une somme considérable.

Il se passe une choseàivry, proche la porte Saint- Bernard, depuis quinze jours, que vous aurez peine à croire et que vous ne comprendrez pas plus que nous. Le marquis de Bonneval, qui a épousé une Hautefort*, a une maison dans le village : dix ou douze hommes armés sont venus pendant plusieurs nuits pour y entrer. Le maître, averti par le jardinier

1. César Phœbus, marquis de Bonneval, brigadier des armées; il avoit épousé en 1700 la fille du marquis de Hautefort et de Mlle d'Estourmel. Il étoit frère de Bonneval-Pacha.

ili LES CORRESPONDANTS

de la première tentative de ces brigands, y a envoyé main-forte, et il y a eu des coups de fusil tirés de pari et d'autre. Un des assaillants a été tué et son corps emporté par ses camarades et jette dans la rivière, après lui avoir défiguré le visage. Ils ont écrit au jardinier qu'il n'eût pas peur, qu'ils n'en vouloient point à lui, et au sieur Nau, marchand de bas à la croix du Tiroir {sic) \ qui a une maison voisine de celle de M. de Bonneval, qu'il eût à retirer ses meubles, crainte que le feu qu'ils vouloient y mettre ne gagnât la sienne. Il y a présentement deux brigades d'archers qui veillent dans Ivry.

Le tribunal des maréchaux de France a condamné à trente ans de prison M. de Saint-Micou, colonel du régiment de Bourbon (cavalerie), qui s'est opposé par la force à l'exécution d'une ordonnance qu'ils avoient rendue contre lui.

Le chevalier de Rohan pourroit bien aller faire

un tour à Bruxelles, dont Tair, dit-on, est nécessaire

k sa santé et où l'on ne respire pas tant qu'ici celui

de la tracasserie ^.

Le baron de Breteuil ^.

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