‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 4 sur 90 · Manuscrits, n · texte numérisé non relu

Manuscrits, n

2. Ces manuscrits ont été pris révolutionnajrement au château >de Balleroy avec une partie de la bibliothèque. Nous en avons trouvé <liverses mentions dans les catalogues dressés en 4793 et 4794 des dépôts particuliers conflsqués au nom de la nation et répartis ^ntre les diverses bibliothèques de Paris. Nous y avons reconna plusieurs des ouvrages envoyés à Mme de Balleroy par ses atten- .tifs amis. Ces catalogues sont conservés à la Bibliothèque Mazarine.

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trer une occasion de nous arrêter un moment sur ces fiers et intelligents magistrats, qui ont occupé les plus hautes charges civiles de leur temps et dont les noms se trouvent à tant de pages des mémorialistes du xvn* siècle.

Les Le Febvre étaient de vieille souche picarde ; on est d'accord généralement pour reconnaître comme leur aïeul Huart Le Febvre, écuyer, seigneur de Peirette, frère de Pierre Le Febvre, président au Parlement de Paris en 1413, et père de Jean Le Febvre, premier roi d'armes de la Toison d'or; mais les généalogistes ne commencent cependant la filiation régulière qu'à Aubert Le Febvre, écuyer, seigneur de Villers, en Picardie, marié en 1560, dans la ville de Saint-Quentin, à Antoinette Damiette, fille du seigneur de Béthencourt. Son fils acquit, par sou mariage ou par achat, la terre de Caumartin, dont il rendit hommage le 12 mars 1540; il fut pourvu, en 1556, d'une charge de général des finances, qu'il transmit à son fils aîné ; celui-ci paraît avoir passablement augmenté sa fortune, d'après le nombre de seigneuries pour lesquelles il rendit hommage à' Catherine de Médicis, comme comtesse de Melun.

Louis Le Febvre naquit en 1552. Qualifié seigneur de Caumartin et de Boissv-en-Brie, il fut reçu con-

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seillerau parlement de Paris au mois d'août 1579, peu de mois avant la mort de son père. Sa carrière fut aussi brillante que rapide : maître de requêtes le 4 octobre 1585, il devint successivement intendant de Poitou en 1588, de Picardie en 1590, conseiller d'État en octobre 1594, ambassadeur en Suisse en 1605, président honoraire au grand conseil le 29 mars 1607, enfin garde des sceaux de France le 22 septembre 1622. Caumartin fut activement mêlé aux affaires sous les règnes de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII. Henri IV paraît même l'avoir particulièrement distingué : en 1603, il l'envoya en Languedoc pour tenter de décider le duc de Bouillon à venir à la cour; puis il lui confia, comme nous l'avons dit, l'ambassade de Suisse qu'il occupa de 1605 à 1607 et qui avait une importance exceptionnelle à cause des difficultés sans cesse soulevées par les levées d'hommes de guerre. Il lui destinait l'intendance en chef de l'armée avec laquelle il allait opérer, quand le poignard de Ravaillac le frappa. Mais Caumartin ne fut pas moins bien vu sous le règne suivant. Nous le voyons au mois d'avril 1616 figurer parmi le petit nombre des conseillers dont la reine s'entourait pour s'occuper des affaires de la; paix, « sans qu'aucun seigneur y fût appelé », dit Bassompierre, et elle songea même à l'envoyer à Venise au mois de septembre pour ré-

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gler une levée de 6000 homines. Bassompierre s'y opposa, croyant M. de Castille plus en situation pour négocier cette affaire. Ce n'était nullement par inimitié^ car tout au contraire le maréchal était le patron de M. de Caumartin à la cour et il lui en donna une preuve éclatante à la mort du garde des sceaux de Vie. Le choix de son successeur donnait naturellement lieu aux plus vives intrigues : la cabale du prince de Condé et de Schomberg poussait M. d'Aligre conseiller d'État, pour renforcer leur parti singulièrement affaibh par la perte si rapide de M. de Vie et du cardinal de Retz. Le chancelier redoutait cet arrangement et cherchait à faire rendre les sceaux à M. de Sillery. Le roi, circonvenu avec une grande habileté, s'engagea avec M. d'Aligre, malgré les efforts de Bassompierre, qui parvint seulement « à faire délayer de cinq ou six jours sa promotion » (18 septembre 1622). Tout cela se passait pendant qu'on pressait le siège de Montpellier. Sur ces entrefaites, l'abbé Ruccellaï, qui avait des motifs particuliers de reconnaissance pour Bassompierre et qui, chose toujours rare, ne les oubliait pas, vint le prévenir que le succès de d'Aligre serait la ruine de son influence et entra, en présence du maréchal de Praslin, dans les plus grands détails. Bassompierre, interpellé à l'instant même par le roi sur son air préoccupé, lui répondit sans hésiter la

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vérité, en insistant sur ce que Condé exigeait pour rester bien avec lui qu'il rompît avec Puisieux. Le roi en conféra longuement aussitôt avec Praslin, qui « ranima de plus en plus » .

Bassompierre, dans les commencements où Ton s'était occupé de la nomination d'un garde des sceaux, avait mis en avant le nom de Caumartin, « qui estoit du conseil depuis trente-cinq ans, qui avoit esté en plusieurs ambassades et commissions où il n'y avoit rien à dire. — Oui, me répondit le roi, mais il est bègue et moi aussi, de sorte que lui tjui doit aider à ma parole, aura besoin d'un autre pour pai'Ier pour lui. — Je ne répliquai pas lors davantage. Mais comme le roi dtnoit, j'estois sur un coffre, resvant à l'affaire présente; et considérant 'que si je n'avois en main quelqu'un à lui offrir, je pourrois bien retarder, mais non rompre entièrement la promotion de M. Alligre, je pensois à lui oster l'opinion en quoi il estoit de M. de Caumartin. Il ne tarda guère à dîner et vint aussi tost à moi, extrêmement animé sur cette affaire. » Le roi avait déjà changé d'avis et ne voulait plus entendre parler de M. d'Aligre, froissé d'avoir si nettement découvert l'intrigue de la coterie de Condé. « Sire, lui -dit alors Bassompierre, je prendrai la hardiesse de vous nommer encore M. de Caumartin comme un très homme de bien, et qui a encore toutes les qua-

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