‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 5 sur 90 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

lités que vous pouvez désirer a un bon garde des sceaux, et en a une de plus qui est très importante à Testât présent de vos affaires, que c'est un homme sans cabale et sans suite, qui n'est lié ni attaché qu'à votre seul service. Et quant à ce que Votre Majesté craint qu'il n'ait pas la parole libre, quarante ans qu'il y a qu'il est dans votre conseil, rapportant tous les jours, les commissions qu'il a tous les ans d'aller présider de votre part, tant. H en Languedoc, tantôt en Bretagne, et plusieurs ambassades dont il s'est dignement acquitté , vous font voir qu'il n'a pas la langue empeschée; et m'estonne, Sire, que Votre Majesté qui l'a vu tant de fois parler devant elle, soit en incertitude s'il parle bien ou mal. Gela, Sire, m'oblige à vous donner un conseil que vous croirez, s'il vous plaît, qui est sans autre intérêt que le vôtre (car je n'ai aucune liaison particulière avec M. de Gaumartin), qui est de le faire garde des sceaux, en laquelle charge, s'il y est propre, comme je le crois, vous aurez fait un bon choix et d'un homme de bien ; seulement vous lui aurez seulement donné les sceaux pour vous les rapporter à Paris, et sans crainte d'offenser que lui, vous lui pourrez oster pour en investir un personnage capable et qui ne soit attaché à autre intérêt que le vôtre, ce qui ne pourroit pas estre en la promotion de M. Alligre, car estant lié, comme il appert, avec M. le Prince et

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M. de Ghomberg, il vous obligeroit en lui ostant les sceaux de faire une entière subversion de votre conseil, ce qui seroit périlleux. J'adjouste finalement que, puisque M. de Gaumartin a fait les sceaux depuis trois mois comme le doyen du conseil, je ne vois aucun inconvénient de lui en donner la charge pour trois autres, au bout desquels, ou vous resterez comme incapable, ou vous lui conserverez comme suffisant. » Ce discours fort habile décida le roi, qui répondit au maréchal en' lui disant qu'il donnerait les sceaux le lendemain à son protégé, à condition de conserver jusque-là le secret le plus étroit. Bassompierre seulement n'était pas homme à se contenter d'une parole : il attendrit le roi en lui reprétant les inquiétudes de Puisieux (c qui s'en est allé le cœur transi en son logis » ; et il obtint non seulement de lui écrire confidentiellement l'heureuse nouvelle, mais encore que le roi y ajoutât de sa main : « Je certifie ce billet. » Pareillement il fut autorisé, non sans peine, à prévenir Gaumartin. Ce dernier, que Bassompierre retenu dans la tranchée n'avait pu voir, ne sut pas garder sa satisfaction pour lui : il en parla à son secrétaire; la nouvelle s'ébruita et arriva à M. d'Aligre et au prince de Gondé, qui vint aussitôt se plaindre amèrement au roi. Gelui-ci nia sans hésiter la chose et en même temps envoya la Béraudière dire au maréchal que, le secret étant

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éventé, il avait dû le désavouer « à force », mais qu'il n'en changeait point pour cela de résolution. Le soir, les sceaux furent remis à Gaumartin, qui peu de jours après eut le plaisir de pouvoir à son tour annoncer une bonne nouvelle à son ami. Le 12 octobre, comme nous entrions au conseil, écrit Bassompierre, M. le garde des sceaux me dit : « Je pensois, pour reconnaître lés obligations que je vous ai, vous envoyer vos lettres parfumées, mais le roi me pressa par Beautru, qu'il m'envoya hier au soir, de les sceller si extrêmement que je n'en eus pas le loisir. — Quelles lettres? — Celles de maréchal de France, dont vous allez prêter serment. »

Cependant, Montpellier pris, le roi songea à revenir à Paris et s'arrêta quelque temps à Lyon. C'est là que la coterie Puisieux et Caumartin essaya d'affirmer son pouvoir en faisant enlever à Schomberg la surintendance des finances. Caumartin lui était depuis longtemps hostile et il accueillit avec empressement les ouvertures de M. de Puisieux « pour lui donner sur sa malle ». Tous deux Taccusèrent de négligence dans l'exercice de sa charge et le contrôle des dépenses, profitant de ce qu'il était malade depuis la fin du siège de Montpellier. Le roi, qui écoutait volontiers les gens une fois qu'il avait mis sa confiance en eux, s'anima excessivement contre le surintendant, qui, sans la gravité de son

INTflODUCTION état, eût probablement été immédiateiiieiit frappé. Cauraartu), Puisieux et Bassorapierre tenaient iucesrBammenl conseil le plus secrèlemeni du monde : Iconsidérant Schoniberg comme mort, le garde des •auï fit accepter par ses deux amis de proposer la '■création de six directenrs ries finances au lieu d'un snrinlendant — en demandant qu'on agrt^îU pour l'une de ms charges Claude le Tounelior de Breteuil, mari d'une de ses nièces. — La Vieuville survint, qui chargea encore plus vivement le malheureux Schomborg en fournissant des preuves nombreuses de dilapidation ou an moins du désordre des finances. Louis XIII fut tellement frappt^ de ces révélations, que sur l'heure il manda Caumartin, Bassompierre et Puisieux, fit répéter devant eux tout ce que la Vieurillc venait do lui dire et conclut à ce qu'il fallait le jour même enlever la surintendance à Schomberg. « M. le garde des sceaux lui applaudissoit ; la Vieuville le fomontoit; M. de Puisieux parloit ambigument. » Seul le maréchal se prononça carrément contre une décision immédiate et sans avoir vérifié par une enquête l'exactitude des graves accusations formulées. « Oui, dit M. le garde des sceaux, cependant les chiens mangent le lièvre : la nouvelle année approche et U faut un trésorier de l'épargïie pour la faire. » On se décida pourtant à suivre les sages conseils de Bassompierre.

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Gaumartin put à peine avoir counaissance de la disgrâce de son ennemi. Schomberg fut en effet remplacé le 20 janvier 1623 par La Vieuville, mais le garde des sceaux mourut le lendemain *.

4. Marié en 1582 à Marie Miron, flile de Marc Miron conseiller du roi en son conseil privé, nièce de Tarchevôque de Lyon, M. de Caumartin eut plusieurs enfants outre son flis aîné dont nous allons parler : Jacques, auteur de la branche des barons de Saint- Port, njarquis de Cailly, qui fut conseiller au grand conseil, au parlement en 16S3, ambassadeur en Suisse, conseiller d*Élat (1588-11 décembre 1667). Son fils aîné épousa une fille de Renaud de Sévigné, doyen du parlement de Bretagne, et n*eut que deux enfants, un fils, tué au siège de Turin en 1706, et une fille, mariée à Pierre Delpech, conseiller à la cour des aides, morte en 1717. — L'abbé de Saint-Quentin en l'Isle, mort à Venise; — François, qui lui succéda, puis devint coadjuteur de Tévèque d'Amiens, auquel il succéda Pannée suivante. Ce prélat commença par mener une vie des moins édifiantes : « Autrefois fort débauché, dit Guy Patin dans une lettre du 20 décembre 1652, mais réformé depuis quelques années. > Sa liaison même avec la marquise de Bellefournière, Judith de Mesme, femme du frère du marquis de Soyecourt, lieutenant-général au gouvernement de Picardie à Amiens, fit beaucoup de bruit. Un prêtre flamand, très en vogue comme prédicateur, de mœurs excellentes mais un peu visionnaire et passablement janséniste, Etienne Mester, Pentreprlt et, le ramenant à de sages sentiments, le décida à faire prêcher dans sa cathédrale la doctrine de saint Augustin sur la grâce. Deux missionnaires furent mandés à PortrRoyal pendant que Mgr de Caumartin était à Paris. Cela produisit un émoi considérable à Amiens et les Jésuites firent parvenir leurs plaintes à la cour. La reine s'inquiéta de cette affaire et envoya un maître des requêtes faire une enquête sur les fieux. L'évêque gagna un docteur de Sorbonne qui certifia n'avoir rien entendu dire aux deux prédicateurs contre l'orthodoxie ; mais, étant peu après tombé gravement malade, Il se rétracta. La reine fit partir les deux jansénistes, Labadieet Dabillon, que l'évêque conserva comme aumôniers, et, le bon esprit du peuple aidant, tout se calma. Devenu conseiller d'État, Mgr de Caumartin ne fit plus parler de lui et mourut le 17 novembre 165S, à An iens, en déclarant qu'on l'avait trompé sur les conséquences de la nouvelle doctrine et rétractant tout ce qu'il avait pu taire et

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Son fils aine, nommé Louis comme lui^ lui survécut de quelques mois à peine, âgé de trente-huit ans, pendant lesquels il avait fait une brillante carrière. D'abord abbé de Saint-Quentin à quatorze ans (1600), il devint coup sur coup conseiller au grand conseil (1608), maître des requêtes, président aux requêtes du Palais, intendant en Picardie, conseiller d'État et aussi ambassadeur à Venise.

Louis-François Le Febvre, chevalier, seigneur de Gaumartin et de Boissy, naquit le 6 juillet 1624. Pourvu à vingt ans d'une charge de conseiller au Parlement de Paris, il se lia étroitement avec le célèbre coadjuteur Henri de Gondi, cousin germain de son oncle, le baron d'Escry. « Je suis obligé en cet endroit (21 décembre 1649) de faire l'éloge de Gaumartin, écrit Retz dans ses Mémoires. Escry, mon cousin germain, ayant épousé une de ses tantes, il avait quelque amitié pour moi, mais nous n'étions en nulle confidence. Il s'unit intimement à moi le lendemain de l'éclat de La BpuUaye et entra dans mes intérêts lorsqu'on me croyait abtmé. Je lui

dire. (Voir les Mémoires du P. Rapin,) — Une religieuse ursuline. — Anne, mariée en 1615 à Charles de Bossut, baron d'Escry, neveu da cardinal de Retz.

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