‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 6 sur 90 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

donnai ma confiance par reconnaissance, et je la continuai au bout de huit jours, par Testime que j'eus de sa capacité, qui passoit son âge. » Cette liaison donna naturellement au jeune conseiller un rôle important pendant la Fronde. En 1650, il travailla activement auprès de Monsieur et de la duchesse de Ghevreuse pour empêcher l'accommodement du coadjuteur avec les Princes et pour entretenir ses appréhensions à Tégard de la cour. « Ce parti (celui du Prince) nous perdra tous, disait-il, en nous entraînant dans un parti dont le ressentiment sera toujours plus à craindre que la reconnoissance n'y sera à espérer. » Gaumartin écrivait tous les matins, paraît-il, à la belle duchesse, et tous ' les soirs il insistait auprès de Monsieur sur le peu de sûreté qu'il y avait à la cour et sur les inconvénients auxquels on serait exposé avec les Princes. « Il employoit fort habilement, dit Retz, la maxime qui ordonne de faire voir à ceux qui sont naturellement faibles toutes sortes d'abymes, parce que c'est le vrai moyen de les obhger à se jeter dans le premier chemin qu'on leur ouvre. » Il poussait le coadjuteur à tenir les yeux du duc d'Orléans ouverts « par des peurs modérées, mais successives » ; en même temps, il l'excitait chaudement à réclamer le chapeau de cardinal comme indispensable à son honneur, à son influence et à ses intérêts. « Voilà, dit-il^ ce que

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M. de Gaumartin et ceux qui m'aimoient véritablement me prôchoient depuis le matin jusqu'au soir. » Et Gaumartin entraîna le duc d'Orléans dans cette voie : il lui persuada qu'il y allait de son honneur et de son intérêt, et que Mazarin, amené par le besoin de se concilier autant que possible le parti du coadjuteur, devait se décider sinon à donner, du moins — pour employer l'expression de Gaumartin — à laisser tomber le chapeau sur sa tête. Le jeune magistrat montra dans ces difficiles circonstances, au milieu de ces inextricables intrigues, une rare habileté. Ge fut encore lui qui décida le duc d'Orléans et Retz à signer le traité relatif à la mise en liberté des princes, et rien n'était plus malaisé, parce que nul homme n'était plus irrésolu que Monsieur. « Gaumartin avoit le traité dans sa poche, dit le cardinal, avec une écritoire de l'autre côté; il attrapa Monsieur entre deux portes, lui mit une plume entre les doigts, et il signa, à ce que disoit Mlle de Ghevreuse dans ce temps-là, comme il auroit signé la cédule du sabbat, s'il avoit eu peur d'y être surpris par son bon ange. »

Le coadjuteur avait raison de considérer Gaumartin comme un de ses « véritables amis » ; il ne se démentit jamais et redoubla au contraire de dévouement à mesure que la position du bouillant prélat devenait plus difficile. En 1652, d'accord avec

XVIII INTRODCCTION

Guy Joly, d'après les Mémoirf^ii de celui-ci, il le pressa de demeurer à Paris, en lui offrant dix mille livres destinées à entretenir une garde de cent vingt Anglais pour le mettre à ral)ri des menaces du prince de Condé. Caumartin était avec MM. de Brissac, de Belliè^TC. de Montrésor, les amis particuliers de Retz, unis avec lui d'intérêt et d'amitié, « qui étoient de mon secret et avec lesquels je concertois de bonne foi ce que j'avois à faire. »

Au mois d'octobre 1652, cet ami fidèle partit pour le Poitou, où il épousa, le 5 novembre, Marie-Urbaine de Sainte-Marthe, fille unique d'un lieutenant général au présidial de Poitiers *. Avant de s'éloigner, faisant bon marché de son intérêt personnel, il donna des conseils sages et précis à Retz, qui le^ résume en ces termes : « Il m'avoit dit plusieurs fois qu'il étoit rude mais nécessaire que nous pâtissions même de la maiivaise conduite de nos ennemis; qu'il y auroit plus d'avantages à tirer pour les particuliers; qu'il ne falloit plus songer qu'à sauver le vaisseau dans lequel il pourroit se remettre à la voile

i. Il avait été queî^tion d'abord d*un mariage avec Marie Bonnoau, qui devait plus tard, sous le nom de Mme de Miramion, donner l'exemple des plus hautes vertus. Les fiançailles mêmes avaient été célébrées, quand Bussy-Rabutin l'enleva de vive force. On connaît le détail de cet éclatant scandale, dont la considération de Mlle Bonneau n'eut aucunement à souffrir. M. de Caumartin cependant se retira, et elle épousa en 1645 Jean-Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion.

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selon les occasions; et que ce vaisseau, qui étoit moi, ne pouvoit se sauver, en Tétat où les affaires étoient tombées par l'irrésolution de Monsieur, qu'en prenant le large et en se jetant à la mer du côté du levant, c'est-à-dire de Rome. Je me souviens qu'il ajouta, le même jour qu'il me dit adieu, ces propres paroles : — Vous ne vous soutenez plus que sur la pointe d'une aiguille, et, si la cour connoissoit ses forces à votre égard, elle vous pousseroit comme elle va pousser les autres : votre courage vous fait tenir une contenance qui la trompe et qui l'émeut ; servez-vous de cet instant pour en tirer tout ce qui vous est bon pour votre emploi à Rome ; elle fera sur cela tout ce que vous voudrez. »

Pendant son absence, Gaumartin écrivit souvent aux amis intimes du coadjuteur, notamment à Guy Joly pour le prier d'entretenir Retz dans les idées que nous venons d'indiquer. Quelques-uns de ces amis ne professaient pas un désintéressement personnel aussi complet, et Montrésor notamment s'y résignait difficilement. Il chercha même à persuader au coadjuteur que son fidèle conseiller devait préparer secrètement quelque accommodement avantageux par l'entremise de la Palatine, avec laquelle il était particulièrement lié. Retz ne se laissa pas ébranler dans sa confiance. Gaumartin d'ailleurs resta peu en Poitou, car nous savons qu'il était à

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