‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 52 sur 90 · Probnbleraenl M. de Crisenoy, mallre des requêtes · texte numérisé non relu

Probnbleraenl M. de Crisenoy, mallre des requêtes

en faveur de Broglie. Pour diminuer la dépense, on avoit fait ces suspensions. On a bien voulu les rétablir en faveur de ces messieurs, que leurs meutes ruinaient. Broglie véritablement n'aura pas de meute pour le lièvre ; mais le fonds lui servira à entretenir des chiens pour le sanglier et le loup et quinze grands lévriers à haute tête comme baudets qu'il avoit depuis deux ans sans chasser avec.

Gaumartix'de Boissy.

31 juillet.

Rien n'est encore éclos du grand projet de M. de

Noailles, L'aflFaire du mariage du duc d'Albret est

toujours dans le même état. Le 11 du mois prochain,

on plaidera ; en attendant, les frères se déchirentjde

leur mieux.

Gaumartin de Boissy.

2 août.

Le comte de La Marche, fils unique du prince de Gonti, est mort hier. La princesse de Gonti est grosse * .

Le maréchal de Tallard a été fait du conseil de régence.

Les communautés d'Alsace ont envoyé ici des dé pûtes pour se plaindre des vexations qu'on leur a faites depuis dix ans, en prétendant qu'on a levé sur elles 7 à 8 millions plus que le roy n'avoit ordonné.

1. Elle accoucha le 13, d*un flis; les trois premiers étaient morts au berceau.

194 LES GOUHSPONDANTS

Le maréchal d'Hux^ra a pris leur |irôtec qu^il tàxA foire rendre goi^ mx h^Sûm e^

OUtTOlé.

n est arrivé ici un évèqne portugms pressa les évèques français d^ace^ter h tion.

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6 août.

Le Régent accorda Uer au duc d'Albret le gouyernemrat d'AuTergne avec un brevirt de revenu de 100 000 écus, pareil à celui ^*il réswfdt à senpère et qu'il donne à MUe de Bondlkin. Le prince d*Aih vergue, le comte d'Evreux et tes Louvoia êmmi un pied -de nez ; ils disoient que le Régent ^ir v^ promis de ne le lui jamais donner.

Mercredi 11, ils plaideront; je crois que les Louvois feront défaut.

Qn travaille à force aux projets du duc de Noailles ; mais rien ne sort encore de la hotte de Pandore ; celte affaire arrête toutes les autres, et rien ne finit. On nous promet tous les jours de l'argent, mais rien ne vient.

On dit qu'on supprime les gardes des gabelles et qu'on lève douze nouveaux régiments de dragons pour faire leurs fonctions. Je doute fort que ces régiments se mettent fort à la mode ; mais cependant les Français sont bien avides. Je vous man-

derai lundi ce que j'aurai appris sur cela, à cause de l'intérêt de M. de Balleroy.

Le maréchal de Tallard a tant tripoté que le voilà enfin du conseil.

On va y mettre le chancellier ; ce n'est pas encore déclaré, mais c'est le secret de la comédie.

Les enquêtes demandent communication des édits huitaine avant l'enregistrement pour les examiner à leur loisir. On a accordé aux officiers du grand conseil la noblesse au premier degré.

On dit le prince Ragotski * parti d'hier pour guerroyer dans son pays.

L'entrée du maréchal de Tallard dans le conseil de régence et l'entrée future du chanceUer n'ont pas donné grand goût au maréchal de Tessé pour son conseil de marine ; il est venu trouver le Régent et lui a dit : « Monseigneur, si jevousdemandois d'entrer au conseil de régence, peut-être vous embarrasserois-je; je n'ai garde de le faire; je vous prie même de me dispenser de celui de marine; je n'en-

1. Le prince de Ragotzi, arrêté par ordre de l'Empereur, se sauva et alla guerroyer d'abord en Hongrie ; chef de l'insurrection, il fut proclamé prince de Transylvanie; après de brillants succès, ayant eu l'imprudence de refuser les propositions de l'Autriche, il vit la fortune changer, et il se réfugia en France, où s» liaison avec les Dangeau lui ménagea un excellent accueil. Largement pensionné, il vivait chez les Camaldules dans les exercices. de la plus grande piété; à cette époque, il écouta de nouvelles propositions du Sultan; mais il arriva trop tard en Turquie, où il fut du reste reçu magnifiquement. Quelque temps après, il fut envoyé dans une lie de l'Archipel, où il mourut paisiblement au bout cle plusieurs années, ayant toujours conservé soigneusement ses relations épistolaires avec ses amis de France.

I!>C lES COBRESPONOANTS

tends goutte à tout cela ; si vous ne m'aviez pas placé <lans le temps que j'étois général des galères, j'iiurois été fâché ; c'était un assortissement nécessaire ; aujourd'hui, ma charge est vendue. Je vous supplie de me permettre que je me retire. » Le Régent se mit à rire et lui dit qu'il n'y consentoit qu'à condition qu'il garderoit ses appointements. Il a bien iiillii que le Manceau y consentit. ■

Gacmarti?! de Saint-Ange, ■

Il n'y a encore rien de décidé pour les douze nîgiments de dragons. Les Tessé vont à Caen et de là au Maine. Ils m'ont hier fort assuré que le comte de Sarros' n'étoit point parti, qu'il étoit aux Camaldules et qu'il (ievoit aller à Lavanlin avec le maréchal. Monseigneur le duc a quitté Mme de Polignac avec tapage. Que voulez-vous, les affaires ne sauroient toujours durer *. Un petit bâtard de Bavière ^ a été assez insolent pour vouloir venger ceux de France. L'infidèle quitta le prince légitime pour aller trouver ce

1. Le prince Ragolzi, qui écall parliculiêremenl lié avec le maréchal de Tessé.

2. Fille du comte île Hailly el de Mlle de Sa in te- Henni ne; elk avait épousé en 1709 le marquis de Polignac, lieutenanl généni, âgé alors de soixante-dix ans. Ello se rendit célèbre deux ans plus tard en se battant en duel au pistolet avec la marquise de Neski, i laquelle elle voulait disputer Richelieu.

3. Le chevalier de Bavière, l]ls naturel de l'Electeur et de Mlle Popuel, mariée depuis au comte d'Arco, frère du marécbil des troupes de Bavière.

DE U MARyUISE DE BALLEROÏ ly;

vilaiD polit bâtard. Elle se dit malade et assura qu'elle alloit se mellrc au lit. Elle alla souper cliez l'autn; tète à tète. Le priuce, eu étant informé, la fit venir le leudemaiu chez lui , où elle comptoit souper comme elle est accoutumée. Jamais elle u'avoit été si belle ; 8es charmes furent iuutiles; on lui reprocha son infidélité; elle se jeta dans des déuégatious Inutiles : elle eut recours aux larmes; cela n'adoucit point le prince irrité. Les reproches et le congé turent prononcés à voix assez haute pour que les convives, qui étoient en nombre, l'entendissent de la chambre prochaine.

La bonne CourcoUeltc prétend qu'elle fît entendre ses dernières paroles de ceux qui avoient entendu les reproches et qu'elle lui dit en le quittant : » Mais eorament voulez-vous que je fasse? J'aurois bien voulu vous aimer, mais vous êtes si laid et l'autre est si joh ! »

Calimartin de Boissy.

Il y a un grand tapage dans le Parlement. Les Enquestes veulent choisir des députés d'entre eux en pareil nombre à ceux de la Graiid'Chambre pour exaniner les édits que l'on apporte. Le premier président prétend que c'est à lui à nommer les députés : il n'en ipas nommé des Enquestes jusqu'il présent. Il veut bien en prendre une partie dans les Enquestes, mais 1 veut que le nombre des conseillers de la Grand'-

Chambre remporte. Les Enquestes veulent s'assembler au cabinet. Vous savez que tous les désordres du Parlement ont commencé autrefois par des assemblées du cabinet. Il parait qu'aujourd'hui il y a bien du feu dans toutes les têtes.

Gaumartin de Boissy.

li août.

Copie d'une lettre écrite du camp devant Bellegrade^

du 18 juillet 1717.

Je n'ai que le moment pour profiter au départ du courrier que M. le Prince* dépêche à Vienne, pour vous dire que nous eûmes hier une action assez vive et assez sanglante de l'autre côté de la Save, à laquelle je me trouvai par hasard.

Le prince ayant formé le dessein de faire élever une batterie cl une redoute de l'autre côté de celte rivière pour battre la basse ville et les retranchements des Turcs, commanda avant-hier 1200 travailleurs et 5000 hommes pour les soutenir et continuer le travail jusqu'à environ trois heures du matin sans que les Turcs s'en appereussent; mais, dès qu'ils s'en apperçurent, ils ont tiré quantité de canons sur nous, ce qui a duré jusqu'à sept heures du matin qu'on a vu paraître plusieurs caïques chargés d'environ 2000 janissaires qui se sont approchés du bord

i. Le prince de Dombes et le comte de ('harolais se distinguèrent en cette affaire, qui amena la reddition de Belgrade.

à la faveur du feu des canons de la ville et de celui des canons qu'ils avoient avec eux dans leurs batteries et caïques. D'abord nos gens les reçurent avec toutes les démonstrations de fermeté que l'on pouvoit désirer sous les ordres de M. de Marsilly; mais, une terreur panique les ayant pris, ils se retirèrent avec beaucoup de précipitation, ce qui donna aux Tu rcs letemps d'aborder et de mettre pied à terre. (]e qui facilita encore cet abordemenl des janissaires fut que M. Heysl, qui étoit avec 2000 hommes dans des chevaux de frise, refusa d'en sortir. M. de Marsilly n'étant point en état de résister seul, fut taillé en pièces en fort peu de temps, et M. Heyst n'eut pas un meilleur sort pour sa personne, car un boulet de canon l'emporta un moment après et les 2000 hommes qu'il commandoit auroient sans doute été massacrés avec les travailleurs, si M. le prince Eugène n'avoit pas eu la précaution de faire avancer un détachement de 3 à 400 chevaux qui repoussèrent si vivement les janissaires, qu'ils furent mis en déroute avant qu'ils pussent gagner leurs caïques, en ayant eu beaucoup de tués et encore plus de noyés. Je crois à vue de pays que nous aurons perdu en cette action approchant 1200 hommes et plusieurs ofBciers qui, n'ayant pas voulu lâcher pied avec les soldats, se sont fait massacrer sur le bord de la rivière. Si le détachement de cavalerie et de dragons qui devoit suivre le premier étoit arrivé assez tôt, monsieur votre fils auroit été de l'action....

M. le Régent va à la procession. Le roy lui a donné une lettre de cachet pour y représenter sa personne. La lecture de la lettre a fait d'abord quelque bruit dans les Enquestes On a trouvé qu'il y en avoit des exemples dans les registres du Parlement. Alors les plus mutins se sont soumis.

Gaumartin de Boissy.

â3 août.

On dit que le Conseil de Régence qui s'est déjà tenu plusieurs fois au sujet des nouvelles idées de M. de Noailles, doit enfin les régler entièrement demain ; on compte que cela sera publié à la fin de la semaine. Chacun en raisonne à sa manière ; mais tout le monde est uniforme sur deux points : on ne paiera plus de dixième à commencer du {"janvier prochain, mais le roy continuera de retenir sur ce qu'il paie; l'autre, que, pour retirer les billets d'Etat, on se servira de plusieurs moyens. L'on fait une Compagnie du Mississipi, composée de MM. de Noailles, d'Estrée, Crozat et M. Lass. Ceux qui voudront avoir une action leur porteront pour 1500 livres de billets d'Etat; ils rendront tous les ans un compte fort exact des profits, qui seront partagés à proportion des actions que chacun aura. Ils prendront de ces billets jusqu'à concurrence de 50 millions et, comme ces quatre messieurs seront obligés de faire de grosses avances, le roi pour les

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dédommager leur donnera 3 000 000 par an. Autre : on vendra tous les buissons du roy séparés des forêts et on en recevra le paiement en billets d'Etat. Autre : on fera une loterie tous les mois dont les billets seront de 25 sols, et on tirera chaque mois la somme qui se trouvera, et ceux qui auront des lots apporteront pour la somme dont sera leur lot des billets d'Etat, et on leur paiera en argent comptant et déchirera en leur présence les billets. Voilà ce que j'ai ouï dire. On dit que M. de Noailles crie les hauts cris sur ce qu'on ne prend point sa proposition en entier. Grande réforme sur les bâtiments, au grand désespoir de M. d'Antin ; sur les tables du roy; sur les gendarmes, dit-on. Un cinquième est retranché sur les pensions au-dessus de 1000 francs.

On lève un seul régiment de dragons.

Balleroy.

25 août 1717.

Je dînois hier chez le duc de Brancas; il m'en avait prié il y a deux jours. Son fils cadet et d'Harouis * y dînoient aussi. Il a d'excellents ofBciers et nous fit le plus joli dîner du monde. Il se prépare à partir pour une petite terre qu'il a auprès d'Orléans, où il compte passer l'hiver et même plusieurs hivers. J'en doute fort. M. le Régent n'est pas con-

1. Fils de raml de Mme de Sévigné; il devint maître des requê-

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