G LES CORRESPONDANTS
M. le premier Président accoutumoit tout doucement le Parlement à s'assembler chez lui pour ses délibérations extraordinaires; le Parlement, c'està-dire les Enquestes, car la Grand'Ghambre est assez docile, ont prétendu que ce n'étoit point chez le premier Président qu'ils dévoient s'assembler, mais dans une chambre du Palais qu'on appelle la Chambre Saint-Louis, ce qui leur a été accordé. Il y a eu en cette occasion 50 voix pour enregistrer les édits, qu'on leur présentoit comme à l'ordinaire, qui étoient presque tous de la Grand'Ghambre, et 130 de l'avis contraire, qui va à prendre connoissance des affaires du royaume. Ges derniers prétendent que le roi doit beaucoup plus présentement qu'il n'étoit dû à la mort de Louis XIV. Il y a bien à craindre que tout cela n'apporte quelque trouble dans TEtat, qui est le plus grand malheur qui puisse arriver à tous en général et à chacun en particulier. Il faut espérer
que Dieu nous en préservera.
Balleroy.
i»' septembre 1717.
Mme de Berry se donne une double dame d'atours, qui est Mme de Mouchi ; elle roulera avec l'autre «. Elle se donne aussi un double premier écuyer; son
1. Fille de Forcadel, commis aux parties casuelles; elle avait épousé le marquis de Moucliy, lieutenant général ; elle était toutepuissante sur la duchesse de Berry, à laquelle elle avait cédé Riom, son amant.
nom ne me revient pas ; c'est ce jeune homme petit et qui n'est pas beau, qui est attaché à la cour et qui a déjà reçu tant de grâces d'elle K
Je crois vous avoir déjà mandé qu'au sujet de ces grands édits le Parlement avoit arrêté que, avant d'examiner les édits, on leur en communiqueroit les motifs et on leur donneroit connaissance du revenu et des dépenses. Sur cela ils allèrent lundi chez M. le Régent pour lui expliquer leurs raisons ; il les interrompit et leur dit qu'il ne souffriroit jamais que l'autorité royale fût diminuée pendant sa régence. Ils se sont rassemblés sur cela, et il a passé de ne plus insister sur ce préalable, et en conséquence ils ont nommé des commissaires pour examiner les édits. On m'a dit qu'il y en avoit encore dix-huit d'avis de porter leurs remontrances au roy même ; mais enfin
voilà tout calmé.
Balleroy.
2 septembre.
Nous avons enterré Mme de Gailly. Je l'avois vue peu de jours auparavant aussi peu menaçant ruine que femme fraîche et belle qu'il y eût. Sa mort a été causée par une espèce de la salade qu'on appelle de la roquette; elle en portoit toujours sur elle; sa soupe étoit à la roquette, comme celle de M. Dojede
i. M. de Riom. On verra dans la suite que son mariage avecla princesse est formellement prouvé par cette correspondance.
au feuouille * ; sa table en étoit couverte ; c'est la drogue du monde la plus chaude ; le sang qu'on lui a tiré étoit tout dissous. Si vous avez de la roquette dans vos potagers, faites-la bien vite arracher et brûler jusqu'à la racine.
Notre cour de Parlement a reçu un vilain compliment avant que d'examiner les édits pour le débouché des billets d'État; nous avons voulu avoir des éclaircissemens, et par députation on a demandé à M. le Régent un état du revenu et des dettes du roy. Il a répondu qu'il étoit surprenant que la cabale de Parlement arrêtât le cours des avantages de ce qu'il vouloit procurer au public, que nous ne devions pas nous mêler des finances et qu'il ne souffriroit pas que l'on avilit l'autorité royale tandis qu'il en seroit le dépositaire. A cela le premier Président n'a rien répliqué et ne nous a point justifiés de ce soupçon de cabale. La réponse de M. le Régent rapportée, il a été arrêté que les commissaires à l'examen des édits y Iravailleroient incessamment, sauf àrenouvellerles mêmes instances s'ils trouvoient que l'on eût besoin d'éclaircissemens. Le Parlement sera prorogé de quinze jours pour les afiaires publiques. On a des nouvelles que Relgrade s'est rendu le 17, le lendemain de la déroule des Turcs. Le duc de Wirtemberg s'esl
1. Delphin d'AuIede de Leslonac, marquis de Margaux, fils d'un premier président de Bordeaux, marié à EHsabeth de Caumartin, sœur de Balleroy, remarié en 1715 à Gliarlotte de Lénoncourt, fille du marquis de Blainville.
acheminé à la tète d'un corps de 25 000 hommes vers l'Italie. Ses troupes victorieuses feront de belles affaires à une méchante confédération comme celle de l'Italie. Je ne vous dis pas que ce soit meilleur pour nous.
Argenson.
i septembre.
Je crois vous avoir mandé que M. d'Estrade avait eu le pied emporté d'un boulet ; son fils, qui étoit avec lui, est de retour après l'avoir vu mourir de cette blessure. On lui a donné la mairie de Bordeaux, qu'avoit son père et qui vaut, dit-on, 13 à 14 000 livres de rentes.
Ou dit qu'on vient de donner une pension de 2000 livres au Président de Novion * ; tous ces messieurs sont fort adoucis, et tout le monde espère que les choses se passeront sans contestation.
La personne dont je n'ai pu retrouver le nom comme premier écuyer de Mme de Berry est M. de Rion.
On dit que Mme de Glermont et une autre dame de la duchesse de Berry demandent à se retirer, à cause qu'on fait Mme de Mouchi dame d'atours, ce qui la fera aller à côté de Mme de Berry pendant qu'elles seront aux portières.
i. André Potier, président au Parlement après son père, premier en i723 par la faveur du duc de Bourbon.
On a pris chez la princesse de Gonti, à la place de Mme de Meuse, Mme de Feuquières, qui n'est pas la Miguard K Mme du Belay a refusé sous prétexte de santé.
L'abbesse de Montmartre est morte ^. On a pressé la princesse qui est à Ghelles d'accepter cette abbaye; elle a déclaré qu'elle aimoit mieux mourir religieuse à Ghelles que d'être abbesse de la plus grande abbaye.
Je vous dirai en grand secret que je crois que l'abbé va avoir l'archevêché de Rouen; ce n'est pas ce qu'il souhaiteroit le plus, mais il ne le refusera
pas ^.
Balleroy.
6 septembre.
C'est la mairie de Bordeaux qu'a M. d'Estrade. On me dit hier qu'il avoit eu l'honnêteté d'aller demander au Régent d'assigner 2000 livres de rentes dessus à sa sœur et que M. le Régent lui avoit répondu qu'il étoit assez chargé d'ailleurs et qu'il falloil qu'un aîné Tût en étal de soutenir la famille.
On disoit samedi après-midi que le Parlement avoit tout réglé le matin.
Balleroy.
1. Fille du marquis d'Hocquincourt, mariée à Antoine de Pas, marquis de Feuquières.