‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 63 sur 90 · Le mariage Tut rompu à cause de ce différend · texte numérisé non relu

Le mariage Tut rompu à cause de ce différend

250 LES eORRESPONDANTS

aura plus de reliefs pour aucun officier; on leur donnera des congés qui leur en serviront en se rendant avec fin précise, et, s'ils y manquent, ils seront en prison autant de jours comme ils auront passé leur congé.

On parle de faire renaître la charge de colonel général de Tinfanterie pour M. le duc de Chartres.

29 janvier 1718.

Hier, à huit heures du matin, M. le Régent donna Tordre à M. de La Vrillière d'aller deaiander les sceaux à M. le Chancelier, qui les lui rendit; il les porta aussitôt à Son Altesse Royale, qui les donna à M. d'Argenson; il le fit en même temps président général des finances et accorda à M. le duc de Noailles une place dans le conseil de Régence. Les hoquetons qui sont faits pour garder les sceaux suivirent M. d'Argenson.

M. de Machaut, maître des requêtes, a été fait lieutenant général de la police.

On soupçonne sans le savoir que la disgrâce de M. le Chancelier vient d'avoir refusé tous les accommodements qu'on proposoit sur l'affaire de la constitution, que M. le Régent veut absolument terminer.

L'évoque d'Apt en Provence s'est séparé de communion avec les évêques qui ont appelé à la constitution *.

J. M. (le ForesLi de Colonge, nommé en 1691, abdiqua en 1724.

29 janvier 1718.

Je commence, madame ma très chère mère, à vous mander des nouvelles par une qui, je crois, vous fera bien plaisir : M. d'Argenson est garde des sceaux et président des finances ; voilà comme cela s'est passé. M. le duc d'Orléans envoya hier vendredi, à six heures du matin, chez M. d'Aguesseau^ qui est à peu près la même heure qu'il y envoya il y a un an pour lui annoncer qu'il était chanceher; cette fois-ci, c'était pour lui redemander les sceaux, qui lui furent rendus sur-le-champ. Dès que M. d'Orléans les eut, il envoya chercher M. d'Argenson, qui, ne se doutant point de ce qu'on lui vouloit, n'alla au Palais-Royal qu'à neuf heures, qu'on le renvoya quérir pour la deuxième fois. Pendant que les sceaux étoient chez le Régent, le duc de Noailles y entra, qui, les apercevant, lui demanda ce qu'il vouloit en faire. M. le Régent lui répondit que c'est qu'il en avoit disposé. Sentant bien ce que cela signifioit, le Duc dit : Cela veut dire mon congé. — Vous n'avez qu'à le prendre quand vous voudrez, lui répondit le Régent, et ainsi finit la conversation. M. d'Argenson alla alors aux Tuilleries, escorté de ceux de ses parents qui savoient déjà la nouvelle, qui étoient le chevalier de La Cour, M. de La Cour, le chevalier de Caumartin, MM. de Boissy père et fils, MM. de Bernage père et fils. Il ne sut la nouvelle

que le matin, comme vous voyez, et à trois heures il avoit prêté le serment, et nous nous sauvâmes avec les sceaux, que nous rapportâmes chez lui. Ou a persuadé en même temps à M. d'Aguesseau qu'il faisoit fort beau à sa campagne qui s'appelle le Fresne et on Ta prié d'y aller passer quelque temps. Le sujet de la disgrâce de MM. de Noailles et d'Aguesseau, à ce qu'on dit, est que le Régent croit que c'est eux qui sont cause de tout le tapage qu'a fait le Parlement, que je ne vous détaille point, parce que M. de Maltot m'a dit qu'il vous le manderoit : et outre cela l'aversion qu'ils ont pour M. Lass, que le Régent aime fort.

Le Chevalier de Balleroy.

Janvier 1718.

Je crois, mon cher cousm ^ que vous m'estimez bien persuadé de la part que vous avez prise à ce qui m'est arrivé et que longue lettre n'est pas nécessaire pour me le prouver; il ne s'agit que du plus ou moins; pour moi, je vous conseille de vous faire considérer plutôt comme fils du garde des sceaux que comme neveu et de lui venir accoller la cuisse avec la même célérité. Vous ne devez pas douter de notre union fraternelle; je ne vous regarde pas

1. Cette lettre est adressée à .M. de Balleroy, qui renvoya à sa fomnic.

comme un de ceux auxquels je n'ai pas le moins de

plaisir à le répéter souvent pour vous assurer de

ma reconnaissance et des sentiments que j'aurai

toujours pour vous.

Argenson * .

31 janvier 1718.

M. le duc d'Orléans a nommé le comte de Chàteauthiers ' et le petit Renaud ^ pour aller en Poitou, voir si Ton pourra établir la d!me universelle suivant le projet de M. de Vauban-: ils commenceront par l'élection de Niort.

2 février.

Messieurs du Parlement faisoient quelques difBcultes d'enregistrer la création de la charge de garde des sceaux qui donne le même rang que celle de chancelier, attendu que M. d' Argenson, étant président du conseil des finances, seroil celui qui

Page 1