‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 66 sur 90 · Drigadier de cavalerie · texte numérisé non relu

Drigadier de cavalerie

DE LA MARIJUISE DE IlAf.LEROÏ 273

M. dti Creil, celui qui a uu r6g:iment, s't4ant trouvé à dîner chez JI. de Broglic avec MM. de Méda\T, qui étoienl tous deux prii'-s de la fête, lui proposèreut sur le soir de venir avi.»c eux à la musique ; comme il n'éloit pas prié, il ne vouloit absolumeut pas y aller; ils l'y menèrent presque par force. Après la musique, comme on passoit daus l'endroit où l'on soupoit, il n'y vouloit point encore aller; mais ces doux messieurs l'y entraînèrent encore. Là ils se disposèrent à se mettre à table et lui entre eux, quand des amis de MM.de Médavy et de Broglie qui se trouvoient a une table voisine s'avisèrent de les appeler : ils y allèrent et laissèrent M. de Creil. Après ou à la lin du souper, M. de Saumery lui dit qu'il n'éloit pas bien d'être venu souper là sans être prié : sur quoi M. de Creil lui conta comment la chose s'étoit passée ; à quoi M. de Saumery répliqua en termes, dit-on, un peu durs, ce qui engagea M. de Creil à s'approcher de M. de SanmciT et lui dire un mot à l'oreille que personne n'entendit : sur ce mot à l'oreille, tous leurs amis sont en campagne pour les raccommoder '.

Mercredi dernier, Girardin me vint voir et me communiqua, mais eu secret, et je vous le dis de même, un dessein qu'il a et pour lequel il lui faut, à ce qu'il croit, une lettre du baron do Breteuil que je lui ai promis de lui faire avoir. Voici son dessein :

I. Voir dans ajournai de Dnngeuu, XVIi, page âlU, les détails pl le menu du dîner; Il loue bcoucou[> celle fèle cl passe rapidomenl sur ce Tâclicux incident.

il a envie de faire demander pour lui à M. le Régent une pension de 3 à 4000 francs sur quelque gros bénéfice. 11 m'expliqua fort au net combien ces pensions sont bonnes et bien payées. Je crois que vous aurez de la peine à deviner par qui il compte la faire demander. C'est par le pape, et voici comment il s'y prendra :

Vous savez, ou vous ne le savez pas, pour moi je ne le sais que de mercredi, que Girardin descend en ligne droite d'un chevalier écossais nommé Girardin, lequel avoit, dit-on, abandonné sa patrie et ses biens, qui étoient considérables, à cause de la religion, et s'étoit retiré en France, et c'est de là que sont venus les Girardin, et de cela il en a, m'at-il dit, des certificats. Vous voyez bien que, dès que ce chevalier Girardin a abandonné son bien pour la religion, le pape est fort intéressé à en faire avoir d autres ici aux Girardin, puisqu'ils en descendent, et la conjoncture est d'autant plus honorable que notre cour d'Angleterre est actuellement à Home, à ce qu'il croit, et que dans cette cour est un milord pour lequel il nous avoit déjà demandé une lettre du baron de Breteuil, qu'il lui a rendue à Saint-Germain. Le milord lui dit qu'il étoit serviteur du baron de Breteuil; ainsi il ne doute pas qu'il ne le demande au pape, ou môme qu'il n'engage le roi d'Angleterre à le demander au pape; il ne pourra pas refuser cela au roi d'Angleterre. Le Pape et M. le Régent sont, selon lui, les deux doigts de la main et se sou-

cieiit de la constitution aussi peu Tun que l'autre ; ainsi M. le Régent ne pourra point le lui refuser.

Balleroy.

5 mars 1718.

Madame de Simiane veuve a été faite dame de la duchesse d'Orléans^ avec 4000 francs d'appointements.

Le marquis de Saint-Gernin a eu un justaucorps à brevet.

M. de Fourqueux, procureur général, est mort subitement.

Le roi d'Espagne a 25 000 hommes dans le Lampourdan, pour lesquels il demande passage au travers de la France pour les envoyer en Italie : c'est pour tacher de rompre ce coup que M. de N ancré est allé en Espagne. Le même roi a fait dire au pape c[ue, s'il ne lui accordoit pas sur-le-champ les bulles pour les évoques, il ne lui en demanderoit plus et trouveroit le moyen de s'en passer.

M. de Maurepas épouse Mlle de La VriUière, qui demeurera encore un an dans le couvent après le mariage *. Il entrera en fonction'de sa charge de secrétaire d'État avec les conseils de M. de La Vrillière, sous qui il travaillera.

i. Jean-Frédéric Philippeaux, comte de Maurepas, succéda à son père comme secrétaire d'Etat, et entra en exercice le 30 mars 1718, à dix-sept ans. C'est le même que Louis XVI rappela aux affaires à son avènement. Sa femme, sa cousine, était fille de Louis Philippeaux, marquis de La Vrillière. Ils n'eurent pas d'enfants.

Le projet de Broglie pour les troupes a été accepté : on donnera des payes fixes aux officiers généraux, quoiqu'ils servent ou non ; on augmente celles des colonels et de tous les officiers, même des soldats. Il n'y aura plus d'estape de route, cela est approuvé des uns et blâmé des autres.

M. de Magny est toujours à la Bastille, mais il n'est pas certain qu'il se défasse de sa charge.

6 mars 1718.

Enfin le carnaval s'est terminé, madame, par la grande feste de chez Mme la duchesse de Berry ; la table où elle étoit étoit de deux cents et tant de personnes en fer k cheval, elle au milieu, la magnificence grande, la confusion extrême et le plaisir complet : tout Paris, hormis moi, était à ce bal, et, comme dans le Luxembourg on avait bouché toutes les arcades pour faire des cuisines, les masques entrèrent dans la cour à minuit, môme un peu devant, qui se trouva pleine en peu de temps, comme le parterre de l'Opéra à une nouvelle représentation, tellement qu y . étant entré une fois, il n'étoit plus loisible d'en pouvoir ressortir. En cet état une pluie forte survint qui dérangea teints et coiffures, mais par bonheur on étoit en masque, et cette ondée fut essuyée jusqu'à deux heures qu'on entra au bal. Un laquais m'a dit que le lendemain matin il avoit trouvé environ deux douzaines de paires de mules dans la cour.

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Le marquis de Ma^y crut que Mme la diicbesse

de Berry l'avoil oublié, uo l'ayant pas mis au

' nombre des priés; il s'y rendit. La Duchesse, étant

[surprise de l'y voir, lui fit dire de se retirer et que,

s'il ne le faisoit pas, qu'on le jette par la fctiélrc. Il

ne souffrit point cela patiemment; il voulut discourir

mal il propos apparemment. On l'envoyait à la Bas-

J tille le lendemain matin pour son mardi gras, et on

Idit qu'il a ordre de se défaire de sa charge '.

M. le duc de La Force abdique les finances. Vous

^ verrez une chanson là-dessus au dos de ce feuillet.

Le Parlement s'assembla vendredi dernier, jour

l'Ordinaire : ils nommèrent des commissaires pour

■examiner la réponse que leur avoit faite le garde des

sceaus et pour refaire encore des remontrances. Les

letlre.s du garde des sceaux ue sont point encore

, «uregistrées, et l'on ne croit pas qu'elles puissent

I l'être. Madame la Garde des sceaux aura le tabouret,

Icomme madame la Chancelière.

On l'avoit demande dans le commencement. J'ai buy dire que AL le duc d'Orléans avoit répondu que, si die alloit chez Mme de Berry, elle l'auroit. et chez le Roi apparemment de même.

' 1. CM incidenl fui 1res Rcheux. Fils du consnllcr d'Èiat Fournil, Magny avnil obtenu rinleiidancc an Cacn, puis iineplnr^ nu «Mn, dont son indéliealesse le fit exclure. l\ acheta alors la p d'introducteur dos ambassadeurs. Après cet éclat, Il passa Il Espagne, y parvint ù des situations très élevées h la cour, puis e m chasser. Il revint en France après la mort du Régeul el y

[lèrii miaérnblement.

On dit que M. l'abbé d'Auvergne pourra avoir Cambray et qu'il donne l'abbaye de Cluny au comte de Glermont, que monsieur le Duc demande pour lui; d'autres la donnent à l'abbé de Lorraine. La présence du duc de Lorraine y pourroit faire quelque chose.

On ne dit plus rien de M. d'Aguesseau ni de M. de Noailles, qui a été depuis quelques jours à la campagne, sî ce n'est quelques chansons^où ils ont toujours part et qu'il n'y a pas moyen de vous envoyer par ce qu'elles contiennent.

Maistre Godard voyoit do sa boutique Maints noirs vestus s'assemblerj[au sénat Pour subvenir à la chose publique.

Pères conscrits, protecteurs de l'État, S'écria-t-il d'une voie emphatique, Tous vos statuts, vos éloquents discours Sont à nos maux de bien faibles secours. Partant, cherchez drogue qui mieux opère. Oncque ne fut grand causeur. Dieu meix^y; Mais si vous voulez un ami salutaire.

Sans tant tourner, en deux mots le vpicy : Bouclez la (illc cl chàtrez-moy le père.

Petit Duc de hazard.

Plastron do chansons Dont l'ami bâtard Flétrit ta maison.

Prends une hallebarde, On monte la garde Chez le d'Argon son ; Sors-lui plutôt de Suisse Que d'estre recors.

Passant en malice

Fourqueux et des Forts, Au manoir infernal Que dit de ta puissance Le grand Maréchal , De te voir en France Commis de finances Et sergent fiscal ?

Mars 1718.

Je crois vous avoir mandé que M. Tabbé du Bois travailloit à un grand traité entre presque toutes les puissances de l'Europe, savoir l'Empereur, le roi d'Espagne, le roi d'Angleterre, le roi de Sicile, la Hollande, et nous; mais je ne sais si je vous ai mandé qu'on avoit envoyé dès il y a un mois ou six semaines M. de Nancré en Espagne pour engager le roi à signer ce traité. J'ai entendu dire bien des clauses de ce prétendu traité. Voici ce que j'en ai retenu : L'Empereur reconnott le roi d'Espagne pour tel, ce qu'il n'avoit pas encore fait; le roi d'Espagne de sa part renouvelle la renonciation qu'il a faite à la couronne de France, et tous ensemble s'obligent en cas que le roi vînt à mourir de maintenir M. le Régent à la couronne, qui lui viendroit de droit. On dit que le roi d'Espagne faisoit difficulté de signer ce traité, et M. de Nancré ayant représenté au cardinal Albéroni que, s'il n'y entroit, cette union se feroit sans lui et même contre lui, il a eu enfin pour dernière réponse du cardinal qu'il voyoit bien que cette union seroit formidable et que, si le roi son maître avoit le malheur d'y succomber et d'être

chasséde ses États, il ne lui voyoit d'autres ressources que celle de revenir en France demander son apanage et la régence.

11 y a toujours des cabales à la cour, c'est la règle; mais il n'y en a jamais eu tant ni de si fortes qu a présent, et je crois qu'il n'y a que Dieu qui sache comment toutes choses se tourneront. M. d'Argenson travaille toujours comme un galérien et paraît à merveille avec le maître.

Le cardinal de Polignac dit, il y a quelques jours, à M. le Régent que l'Académie françoise avoit envie de mettre M. d'Argenson de leur corps. M. le Régeut lui répondit qu'effectivement il avoit bien de l'esprit, mais qu'il avoit bien des affaires et qu'il lui conseilleroit plutôt de le proposer à M. le duc de Noailles, qui avoit bien de l'esprit et peu' d'affaires.

A propos du cardinal de Polignac, il a pensé se

prendre au camail avec M. de Metz. C'étoit à la messe

du Roi, un jour qu'on lui porte le livre à baiser. C'a

toujours été les fonctions du grand aumônier de

donner ce livre à baiser au roi. Ainsi M. de Metz,

en cette qualité, se disposoit à prendre le livre;

le cardinal prétendoit, à cause de sa dignité, que

c'étoit à lui ; ils se jetèrent tous deux dessus, comme

voulant le prendre de force. Le maréchal de Vil-

leroy, voyant cela, leur dit : « Le Roi ne veut pas

baiser le livre aujourd'hui ; » et cela termina une

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