scène qui étoit devenue fort ridicule
Ralleroy.
12 mars 1718,
Je VOUS ai mandé par ma dernière lettre l'état où en étoit Mme d'Argenson par rapport au Uxbouret; depuis ce temps-là, elle a fait les visites des dames d'honneur, et ce doit Hre demain dimanche qu'elle ira chez le Roi et chez Mme de Berry. Je vous ai mandé que M. le maréchal de Villeroy, qui d'abord vouloit absolument qu'elle eût le tabouret, Avoittout à fait changé d'avis, et cela sur cette raison 4]ue la chancelière ne l'avoit pas eu; mais M. le duc d'Aumont, premier gentilhomme actuellement en service, méditoit dans sa tête, à ce que nous avons appris depuis vingt-quatre heures, de le lui faire donner malgré tout cela, au risque d'être un peu grondé par le Régent : ainsi je ne sais comment tout jcela se passera; ce que je sais bien, c'est que madame la garde des sceaux, qui souhaitoît fort de J'avoir chez le Roi, en a en quelque façon peur aujourd'hui, parce qu'elle craint que cela ne fasse xle la peine aux duchesses.
Enfin je la laissai hier au soir presque résolue à
prier M. d'Aumont de ne faire aucune tentative.
Tout cela sera fini demain .
Ballerov.
13 mars 1718.
Enfin madame la garde des sceaux vient d'accoucher de sa visite chez le Roi; je crois que cela se
peut appeler un accouchement par toutes les difficultés et les contre-temps qui s'y sont trouvés depuis longtemps. Gomme la chancelière n'a point eu le tabouret, toutes réflexions faites, quelque envie qu'on eût de lui faire plaisir, on n'a pas jugé à propos de le lui donner, de crainte que cela ne la jetât dans des embarras par la suite ; mais elle a eu une autre distinction que n'a pas eue la chancelière et qu'on regarde comme équivalente au tabouret. La chancelière a seulement baisé la main du Roi; elle s'est présentée pour en faire de même ; mais le Roi, au lieu de le souffrir, l'a embrassée et l'a baisée des deux côtés, honneur qu'il ne fait qu'aux femmes titrées. On a mieux aimé prendre ce parti, parce qu'il y avoit à craindre que les duchesses, à force de crier, n'eussent obtenu qu'elle n'auroit plus le tabouret chez le Roi, et qu'il auroit été plus désagréable pour elle de l'avoir eu et de ne l'avoir plus que de ne l'avoir jamais eu, et d'ailleurs nous soutenons qu'il n'y a point de tabouret chez le Roi le matin, parce qu'il n'y a point de toilette, et la cérémonie s'est faite vers le midi, qui est la fin du temps d'étude du Roi, et, quand les duchesses seroient bien fâchées, elles ne sauroient empêcher qu'elle n'ait été baisée et par conséquent traitée en duchesse, et par conséquent encore en droit de prétendre au tabouret partout où il y en a. Elle doit aller chez Mme de Berry le premier jour qu'il y aura toilette. Mme la garde des sceaux est à merveille avec sa grande robe do
velours noir. On espère que Mme de La Meilleraye se tirera d'affaire de sa grossesse.
Le fils de M. le duc de Valentinois est mort âgé de deux ou trois mois; on dit que M. de Matignon en est infiniment touché; ne le trouvant pas hier, je vis Mme de Matignon, qui me parut touchée aussi, mais pas au point qu'on dit M. de Matignon.
M. de Magny est de retour chez lui depuis hier; le public donne beaucoup plus tort à M. de Saumery qu a lui. Il n'a point d'ordre de vendre; je crois qu'il pourra bien le faire, mais en prenant du temps.
Balleroy.
(]e lundi ii.
Il courut avant-hier un faux bruit que monsieur le premier président avoit ordre de ne pas sortir de sa maison; je vis hier dans l'après-midi un de ses amis qui venoit de chez lui et l'avoit trouvé montant en carrosse. Le maréchal de Villars est du conseil de Régence d'hier. J'appris hier une belle nouvelle! Le vieux M. de Heudicour avoit résolu d'épouser une fille connue dans les mauvîiis Ueux sous le nom de Jeanneton la Picarde; il avoit fait faire les bancs; il n'étoit plus question que d'aller devant le prêtre; il l'envoya chercher pour cela, on ne la trouva pas, et les voisins assurèrent qu'on la venoit de mener k Bicêlre \
1. M. Sublet, marquis d'Heudicour, coiiscnlit alors à céder à sou
16 mars 1748.
La ferme du tabac est haussée de 600 000 francs, à condition de ne prendre du tabac que dans les colonies françaises et de le donner à meilleur marché. La ferme des aides est aussi augmentée de 1 500 000 francs.
19 mars.
Les duchesses avoient fait un galimatias à Mme de Berry au sujet du tabouret prétendu par Mme d'Argenson, qui faisoit que cette princesse ne savoit plus ce qu'elle devoit faire. Elles disoient que ce n'estoit pas la Reine qu'elle représentoit, mais la Dauphine. Enfln M. le Régent lui a parlé, et, M. le garde des sceaux étant allé avant-hier chez Mme de Berry pour lui rendre compte de quelques aflFaires qui la regardoient, à la fin de la conversation elle lui dit , sans qu'il lui en parlât, qu'elle comploit que madame la garde des sceaux viendroit dimanche, qui est demain, prendre son tabouret chez elle, et qu'elle en voyoit tous les jours qui l'avoient et ne valoient ni Mme d'Argenson , ni Mlle de Caumartin.
Mlle de Saint-Chamant l'aînée, sœur de celle
lils sa charge de grand louvctier, en lui abandonnant tout son bien, sauf les revenus. A ce prix, il obtint la mise en liberté de cette fille, contre laquelle sa famille avoit eu une lettre de cachet. JI mourut à la fin de l'année.
que le petit Bernard a épousée, épouse un lieutenant général d'artillerie âgé de soixante -douze ans qu'on dit fort riche; il s'appelle M. de La Vese; il ne lui donne que 1500 francs de douaire, mais 100 000 francs en pur don en cas qu'elle ait un enfant. C'est un homme qui veut laisser de la lignée. J'entendis dire hier, mais bien à l'oreille, que Mlle d'Armenonville, femme aujourd'hui de M. de Moncault, est fort heureusement accouchée ; on ne le dit pas haut, parce qu'on prétend qu'il y a des gens qui prétendent que cet enfant ne peut avoir neuf mois qu'en comptant 4 mois 1/2 de jour et 4 mois 1/2 de nuit, attendu qu'elle n'est mariée que du mois de septembre. Pour moi, je crois qu'il y
a de l'erreur *.
Balleroy.
23 mars.
Depuis le carnaval, il y a eu peu de nouvelles. La grande feste donnée par Mme la duchesse de Berry pour M. et Mme de Lorraine, quoique magnifique, presque tout le monde a esté mécontent. M. et Mme de Lorraine s'étaient flattés qu'elle ne prendroit pas un fauteuil chez elle, comme elle fit. Les principaux officiers en usèrent mal encore avec bien des
1. Marie-Théréso, fllle de M. Fleuriau d'Armenonville, secrétaire d'Etal, mariée le 22 septembre à Henri de Fabry de Montcault, comte d'Autrey, brigadier des armée.