S6 LES CORRESPONDANTS
jçens dont ils ont été blâmés de tout le monde. M. de Maguy, je devrois mettre marquis, est sorti de la Bastille; c'est bon marché pour avoir envoyé promener ces gens-lk. Vendredi dernier Mme la duchesse d'Orléans eut une indigestion et une colique néphrétique dont elle a été très mal; M. le duc de Chartres se trouva mal, mais cela n'a pas eu de suite. Dimanche, madame la garde des sceaux alla prendre le tabouret à la toilette de Mme de Berry; elle ne Ta qu'à la toilette, comme la chancelière. Monsieur le président de Menars est mort *. Monsieur de Maupeou est reçu en survivance. On dit qu'on rétablit en commission quatre intendants des finances dont on dit que M. de Boissy sera un; on fait faire tous les jours iles parties de chasse à M. de Lorraine pour le divertir et lui faire attendre le temps du départ de tsa femme, afin qu'ils partent ensemble, et Mme la marquise de Graon ^ vient d'avoir une fausse couche (jui fera reculer le départ, qui devoit être lundi qui vient. Le projet des troupes est passé il y a quelque temps ; les compagnies seront à 67 hommes infanterie, un capitaine en pied et un en second. On dit que presque tout le conseil seroit supprimé; <iue M. d'Antin sera du conseil de Régence comme
1. Jean-Jacques Charron, président au Parlement, frère cio Mme Colber!, qui lil sa fortune; la belle terre de Ménars, près de niois, fut érigée pour lui en 107(> en marquisat. Il possédait la bibliothèque de M. de Thou, qu'acheta le cardinal de Kohan.
iî. Femme de M. de Beauvau et favorite du duc de Lorraine.
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M. de Vilkrs; le nombre en sera grand , ce qui fait dire qu'il y feroit une petite table. Le Parlement s'est assemblé tant sur la réponse des dernières remontrances que sur les remontrances à faire touchant les aft'aires du temps ; on n'en attend pas grand'chose par toutes les menées que l'on fait et dont on gagne lu plus grande partie. On a rétabli les quatre sols pour livre sur toutes les denrées et entrées, ce qui fait dire bien des choses, et cela se fait en vertu d'un arrêt du conseil, et scellé sans enregistrement au parlement; on Ta envoyé à la cour des aides pour l'enregistrer, qui l'a refusé. On ne sait pas si on l'enverra au Parlement; il n'y a pas apparence. On dit que le marquis de Gesvres épouse Mlle Prendre '; M. de Pleurs *, conseiller, épouse .Mlle Gaillard , Bile d'un lieutenant général des chasses de Saint-Germain. Laiiglois, receveur général des finances, frère du président, épouse Mlle Hiquart. Le fils de M. do Ponlchartrain épouse .Mlle de La Vrillière. .M Maler de Brunière, qui étoit aux gabelles, est mort. Voilà, madame, tout ce que j'ai pu rassembler pour le présent.
i. Erreur. Les deux lllles du fitiijncicr l'ronilrc, qui eut itiuille à pariir avec la jiislice et devim L-epeiulanl jm'sidCiH en la chambre des uoniptes, épousèrent l'une I» marquis île La Ruche Fou cauld Hoye en 1734, l'autre H. de .Valide, capitaine aux gardes Tran-
3. Jean-nicolaa de Pleura, seigneur de Romilly, f (ail veuf depuis 17(3 de Françoise de La Porte; son fils, président nu Grand Con- •ieil, épousa en I7i2 Adélaïde de Lépinau, c|ui s après avec Cliarles-Augustc de La Cour, comte de Balleroy, lieule-
riiml général.
î23 mars 4718.
Le jardin du Roi est demandé par le premier médecin, par le duc d'Antin et par l'Académie des sciences.
Le gouvernement du Collège royal a été adjugé à M. de La Vrillière contre d'Antin. La Lande a vendu la survivance de la musique de la chambre à M. des Touches \.qui donnera 10 000 francs à la veuve de La Lande.
Le Parlement vouloit condamner une lettre de l'archevêque de Reims, mais le Roi lui a défendu de passer outre par une lettre de cachet.
La duchesse d'Orléans a été assez mal; elle esl guérie. Le maréchal d'Huxelles est entré hier pour la première fois au conseil.
M. de Sandricourt a vendu 90 000 francs le régiment de Berry au fils de M. de Caraman.
M. de Vatte ville a vendu 120 000 francs à M. de Rion le régiment Dauphin-dragons.
Celui que je plains le plus de cette fête, c'est notre amiMaguy, que j'allai voir avant-hier à la Bastille, où il est de mercredi ; voici son histoire : Mme de Berrj* avait prié les ambassadeurs par un page. L'ambassadeur d'Espagne vint au nom de tous chez M. de Magny et lui dit qu'ils étoient priés k cette fêle par un page; qu'ils croyoient devoir l'être par un
i. Qui avait la direction de l'Opéra.
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homme d'un autre caractère; que cependant ils passeraient sur cela, mais qu'ils le prioient de représenter à Mme de Berry que, jprsque les ambassadeurs de France étoient priés à quelque fête, ils avoient rhonneur de manger avec le prince chez qui ils étoient; que si elle vouloit bien qu'ils eussent l'honneur de manger avec elle, ils iroient, sinon qu'ils n'iraient pas, et le prièrent de se charger de cette négociation, ce qu'il fit. Mme de Berry lui répondit qu'elle croyoit qu'ils devroient être contents de manger avec les pairs du royaume et les plus gros seigneurs, mais qu'ils ne mangeroient pas avec elle, et tâcha d'engager M. de Magny de les y engager. Il vint faire leur réponse, qui fut qu'ils la prioient de les en dispenser, parce que leurs maîtres leur en sauroient mauvais gré. Mme de Berry lui dit qu'elle s'en passeroit et que cela ne devoit pas empêcher qu'il ne restât lui à la musique.
Il y resta, mais il fut aussi au souper, et aussitôt après le souper M. de Somery vint lui dire que Mme de Berry trouvoit fort mauvais qu'il fût resté au souper; sur quoi M. de Magny lui conta ses raisons; mais les paroles s'émurent de manière que M. de Somery le prit par la manche pour le mener parler à Mme de Berry, et sur cela M. de Magny dit qu'il n'y mettroit les pieds de sa vie. Le lendemain, ordre de se rendre à la Bastille, où il est.
Balleroy,
CES CORUSMMDAtrrS
Mme de La MeilIeraTe es» eniîn accouchée d'il fille; elle se porte bien.
Il y eut ces jours un grand grabuge dans le Parlement. Il éloit question d'enreKislrerle rétablissemeiit deâ quatre sob pour livre. Il y a certaines lettn^s que la grand'chttinhre est eu position d'enregistrer sans appeler les enquesles et d'autres oii on a,ppeUe toujours les enquestes; celui qui rétablit les quutrr sols devoit estre naturellement de cette dernièri' espèce; on a tounit' ces lettres de l'autre farou, el la grand 'chambre les a enregistrées sans appeler les enquestres. Ensuite on les a appelées pour leur parler d'autres choses, el on leur a conté ce qui se venoit de passer; un homme qui y étnit lu'a dit que dans le moment il lui sembla que tous les conseillers et président des enquestes étoient devenus autant de harengèi'es, parlant tous à la fois el tenant des discours fort extraordinaires. Monsieur le premier, pour les calmer, voulut leur lire une copie de ces lettres, qu'il avoit, dit-il, collationnées luimême ; on lui dit qu'on ne s'y fioit pas et qu'on vouloit voir l'original. Il dit qu'il étoit chez l'imprimeur; oii y envoya immédiatement et on lui fit défense de l'imprimer. L'un lui dit qu'il avoit fait là un pas bien léger, l'autre que c'étoit la suite de toutes ses menées. Enfin, ne sachant auquel entendre, il s'élera
I heureusement une voix qui proposa de nommer dos ► commissaires pour examiner ces lettres. Il prit ce «rti, et il y passa. Depuis ce jour-là, qui t^toit mcrtredi, ils se sont assemblés presque chaque jour soir " et matin. Enfin cela est calraé, parce que les enquestcs confirmèrent ces enregistrements et que la grand'chamtire leur promit de ne plus jamais rien enregistrer concernant les impositions sur le peuple, en quelque forme que cela puisse estre, sans y appeler les enquestes, et que tout cela sera écrit sur les registres du Parlement. Dans tout ce tumu te, le préi aident de Novion y u aussi attrapé son mot ; il proposa, iroyan t tout ce bruit, au Premier de faire retirer, et nn paonsieur des enquestes lui dit qu'il pouvoit se retirer et fiue la cour s'en passeroit.
B^LLEROï.
I m mni-s 17IH.
Il est arrivé ces jours-ci un assez plaisant contretemps : M. le maréchal de Villars est fort brouillé avec le marquis de Broglie et encore plus la maré- I chale. Le comte de Broglie est fort ami du ma- I réchal et fort brouillé avec son frère ' ; le maréchal I de Villars dit a un de ses laquais d'aller chez le comte T de Broglie le prierde venir dîner aveclui ; le laquais alla |Jfoîre le compliment au marquis, qui en fut fort étonné
I. François-Marîê, comic de Broglie, puis morochal et duc <fc Bi'iK tHs; Chsrles-riuillnume, marquia de Broglie, lifiiienant général, ïtts deux ai5 du premier niaréclial el de Mûrie de Lamoi^non.
et qui lui dit qu'il iroit. Quand le laquais fut sorti, il fit réflexion sur la surprise qu'U avait remarquée dans le marquis de Broglie, et pour réparer cela il n'imagina autre chose que d'aller aussi faire pareil compliment au comte, de sorte qu'il rassembla quatre personnes aussi fâchées les unes que les autres d'être ensemble. Le marquis arriva le premier, et le maréchal le reçut assez froidement ; il espéroit toujours que l'heure du dîner le chasseroit, et il fut fort étonné de voir qu'il restoit et se mettoit à table avec eux. Il soutint cependant la chose, mais la maréchale n'en fit pas de même, car pendant le dîner, ne pouvant résister au chagrin de voir le marquis de Broglie, elle se fâcha tout d'un coup et lui dit tout ce qu'elle avoit sur le cœur; enfin, le dîner fini, ledit Broglie s'en alla, et ils restèrent tous fort étonnés chacun de leur côté ; l'affaire s'est éclaircie plus tard par la méprise du laquais.
J 'oubliois à vous dire que Mme d' Argen son alla hier prendre le tabouret chez Madame. La voilà à son ais** présentement, car tout ce qu'elle craignoit étoit que Mme de Berry allât à la Muette et Madame à Saint- Cloud où il n'y a point de toilette, et d'ailleurs elle ira chez les autres princesses les après-dîners.
Balleroy.
30 mars.
Hier matin, MM. de Contades et de Brillac se rendirent prisonniers à la Conciergerie \
La princesse d'Ëpinois * et Mme de Mortemart * sont fort malades.
Le chevalier de Lorraine achète le régiment Royal-Roussillon 115 000 livres.
Le duc d'Antin et le maréchal d'Estrée prirent hier place au conseil de Régence.
Le Roy prend le tiers des actions de la banque de Lass. M. Fagon en a été déclaré directeur.
Il arriva hier un bref du pape portant excommunication des écrits des évéques appelant au futur concile, et de tous leurs adhérents, qui sont déclarés hérétiques.
2 avril {"MS.
M. Poirier, premier médecin du Roi, mourut avant hier subitement. On dit que les aspirants à cette place sont Boudin et Falconet le fils ^.
M. Bernard vient de faire son troisième fils guidon
\, \h furent acquittés le 2 avril; on les avait poursuivis pour leur duel.