‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 70 sur 90 · Le 20 avril, le Régent les fit venir et les réconcilia · texte numérisé non relu

Le 20 avril, le Régent les fit venir et les réconcilia

livrée a enfoDcé la porte du mattre, et, trouTant un carrosse sous une remise, ils Tout tiré à bras dans la rue et avec des bottes de paille y ont mis le feu et Font réduit en cendres. Pendant ce temps-là, les 4irchers sont revenus les plus forts ; ils ont commencé par tirer sur la livrée : il y a eu un garçon tapissier qui étoit spectateur qui a été tué sur la place, et nombre de la livrée bien blessés ; on en a mis quantité en prison. Quand je saurai le nom du maître, je vous le dirai.

MM. de Gontades et de Brillac se sont remis eu prison ; ils n'y ont été que deux jours et sont sortis le troisième blancs comme neige. C'est bien fait de sauver la vie à deux honnêtes gens comme eux, mais cela la coûtera à bien d'autres. On me dit hier chez M. de Bociuffremont que M. de Lautrec était «Ml marché avec Bernard de son régiment, et je le rrois, à la manière dont tous les officiers de gendaimerie le reçoivent.

A la bagarre que je vous viens de raconter j'oul)liais (rajouter que le carrosse brûlé u'étoit pas celui du niaitre, mais d'un autre homme qui demeure dans la même maison.

Balleroy.

5 avril 1718.

Le maréchal de Villars a écrit à MM. de Chattes, <te Meuse et de Roye et ne leur a mis que : « Je suis

tout à VOUS, » pendant qu'il a mis a M. de La Force : « Votre très humble, etc. » Monsieur de Chattes s'est plaint au Régent de cette difiFérence, lequel à son ordinaire n'a rien décidé. Cela fait bien crier contre le maréchal et n'augmente pas le nombre de ses amis, qui n'est déjà pas grand.

L'afiFaire des officiers des gardes du corps et du régiment des gardes pour entrer avec le bâton et le hausse-col dans la chambre du Roi, non plus que celle des maîtres des requêtes pour l'aller avertir de venir dioer, ne se termine point. On n'y a trouvé d'autre tempérament que d'ôter le dais de la chambre, dans laquelle les premiers gentilshommes ne vouloient pas que ces messieurs entrassent.

8 avril 1718.

Pour vous instruire, madame, de ce qui se passe ici, M. Poirier, premier médecin du Roi, est mort subitement le mercredi 30 mars. M. le Régent a dit qu'il ne se raêleroit pas de cette place à remplir, et quelques jours après, ayant dit à M. le duc du Maine que c'étoit à lui comme maître de l'éducation du Roi, il en parla à M. le duc d'Orléans, qui lui dit que M. Boudin était trop fou pour l'être et qu'un autre médecin du Roi, Delion, que M. le maréchal de Villeroy protège, n'y convenoit pas. M. le duc du Maine lui proposa M. Dodart, qui était à Mme la princesse de Conti.

800 LES COURES PONDANTS

Le fils (le M. CrozaI, le marquis du Chastcl, a acheté un régiinoiil et est sorti des mousquetaires; le troisièiue fils de M. Bernard u acheté un guidon de ((ondarmerie. On dit que Mme de Mouchy a 6000 livres pour faire donner l'agrémeiil; toute la gendarmerie en corps a été à M. le Régeul, qui a répondu qu'il n'y resteroit pas longtemps, sou père voulant lui acheter uu régiment : ou dit celui de M. de ïlion. M. de Rion part pour son régiment, et Mme de Hen-y se retire huit jours aux Carmélites.

Le maître de la bagarre de la place Royale est le neveu de Fargis '.

Ou ne parle plus du chancelier; il a fait mettre au-dessus de sa maison place Vendôme : « Hfttel du chancelier de France. »

M. de Beauffremont n'a été que deux jours à la Bastille. En sortant, il est allé remercier M. le Régent de l'avoir fait sortir et en même temps lui a demandé s'il ne pourroit savoir pourquoi il avoil été mis à la Bastille, afin de se garder dorénavant de tomber en pareille faute. Sur quoi M. le Régent lui a répondu pour toutes choses : « Sotte lettre et sotte réponse. » Ensuite il lui a proposé de faire des excuses à M. le maréchal de Villars, et il a ré-

t. CapLiaiiie lieulenant des clievau-léscrs de la Reino.

pondu qu'il passeroit plutôt le reste de ses jours à la Bastille.

Mme la garde des sceaux est enfin quitte de toutes ses visites, excepté Mme d'Orléans, parce qu'elle continue à être malade et qu'on ne la voit point. M. et Mme de Lorraine sont partis d'hier.

Balleroy.

13 avril.

M. le premier médecin a quatre médecins consultants pour la santé du Boi; M. Falconet en est un. Ils ont chacun 4000 livres de pension ; on a augmenté celle de M. Féret, médecin de Madame, de 1000 écus.

M. de Beauïfremont n'a pas obéi à l'ordre d'aller faire des excuses au maréchal de Villars.

Mme de Berry s'est retirée aux Carmélites et Mme d'Orléans à Montmartre.

Mme de Vendôme fut attaquée dimanche soir sur les dix heures violemment d'une attaque de goutte remontée, à laquelle elle est fort sujette. Depuis quinze jours, elle ne se portoit point bien ; mais elle avoit fort bien passé son dimanche, et sa maladie n'étoit point telle qu'elle interrompît le cours de ses amusements de jeu, repas et autres parties. Elle devoit donner le lendemain lundi un grand dîner où plus de vingt personnes étoient invitées. Dieu disposa autrement de ce projet. Dès onze heures, il n'y avoit plus de connaissance; elle mourut sur

les sept heures, sans sacrements, sans f spirituel et même corporel. La saignée qui est le remède souverain à ces sortes et que le médecin ordinaire ordonna d' suspendue par son ordre dès qu'on sut q mier médecin étoit mandé ; celui-ci ne vii les quatre heures du matin, où tout étoit M. Hequet, ci-devant médecin de confiî exclu depuis le désordre qui étoit arrivé maison, arriva encore plus tard, pour v( la princesse et accomphr les prédiction avoit faites cent fois de ce qui lui arrive ne changeoit son régime de vie.

Voilà une grande succession pour Mm cesse et pour M. le Duc, car il n'y a testament. Il s'en est trouvé seulemen signature. Le mal a été si pressant qu'or faire signer. Je ne sais pas ce qu'il conteiK est fort important. Tous les acquêts et j quent les donations de M. de Vendôme sans difBculté à Mme la Princesse, aus 400 000 livres pour lesquels elle s'étoit er le contrat de mariage. M. le Duc gagne 800 au fond qui lui avoient été assurées pa Vendôme après sa mort sur les 1 400 000 quelles les prétentions de Mme de Vendô: biens de la maison de Coudé avoient été M. le Duc gagne, dis-je, l'extinction de 70 de rente viagère, qu'il lui faisoit. 11 n'ya di

600 000 livres dont Mme de Vendôme s'étoit réservt' la disposition sur les biens de son chef qui soient aujourd'hui à partager entre les héritiers. Les Chartreux, d'un autre côté, gagnent iuQninient sur le marché de leur maison de la rue d'Enfer, achetée à vie, augmentée de plus d'une grande moitié aux frais de Mme de Vendôme.

Mme de Vendôme laisse toute la maison sans aucune récompense et une grande partie sans pain, entre autres une demoiselle dont le nom m'échappe et sa principale confidente, réduite aujourd'hui àimplorerla charité de Mme la Princesse, devant qui elle n'osoit ci-devant paraître. Vous en pouvez deviner la raison. Ce qu'il y a de déplorable, c'est une infinité d'ofQciers et de domestiques de feu M. de Vendôme, dont aucun n'avoit été congédié et que Mme sa femme s'étoil fait un point d'honneur d'entretenir, se trouvant par cet accident dans la même situation, réduits aux bontés de Mme la Princesse, qui n'a pas à beaucoup près la même raison de lui être agréable et qui, tranchons le mot, n'a pas la même générosité, car, il le faut savoir, M. de Vendôme avnit le cœur fort bon.

Hier, jour de la clôture du Parlement, il y eut un grand vacarme au Palais, toujours sur l'affaire de l'enregistrement du traité de Lorraine. Les enquêtes, dès sept heures du matin, se rendirent à la grand"chambre pour réitérer leurs plaintes sur ce qu'elles n'avoient pu être appelées. Il y avoit plusieurs jours

304 LES œRRESPONDANTS

que cette contestation étoit émise, et il étoit important de la régler avant les fêtes. A cette entrée des enquêtes, le président de La Moignon, qui teuoit la grand'chambre, se leva, et toute sa compagnie le suivit à la buvette. Messieurs des enquêtes, qui s'étoient glissés dans les bancs d'en haut sans bruit, tandis qu'on plaidoit une petite cause, voyant que les opinions où on étoit allé ne finissoient point, murmurèrent un peu, et Témotion fut plus grande dans le parterre, où on crioit à haute voix que c« n'étoit pas l'affaire qu'on venoit de plaider qu'on délibéroit si longtemps. Enfin, la grand'chambre retirée, les enquêtes prirent séance, et le président Gilbert à la tête, après des députations faites à la buvette et la réponse qui fut rendue par d'autres députés qui en .vinrent, protesta de nullité contre l'enregistrement où les chambres n'avoient point été appelées. Mais cette protestation n'étant que verbale, et ne s'étant pas trouvé de greffier pour la recevoir, la colère des chambres se tourna ridiculement contre leur propre président, c'est-à-dire contre le président Gilbert; on Taccusa d'intelligence avec les autres, de trahison, et les injures ne furent pas épargnées. Tous se disoient que c^tte opposition n'aboutissoit à rien faute de signification. Il n'y avoit pourtant point de remède; le temps étoit trop court. Enfin les gens tranquilles pacifièrent les choses, et on convint par respect pour les fêtes qu'on se contenteroit pour le présent

fde cette protestation provisoire, — ce beau uoni Inventé consola toute l'assemblée, — et qu'en attciilant qu'elle fAt faite plus soleonellemcnt, on la failoit enregistrer au greffe des différentes chambres

"qui la formoient. Voilà donc une expectative de nouvelles brouilleries pour après les fêtes.

Od a refusé à Rome les provisions au nouveau doyen de Tours, à cause de l'attestation de M. le cardinal de R.... qu'il a eu l'insolence d'y produire. Il s'est pourvu au Parlement, dont il a obtenu un

I arrêt pour être rais en possession par le grand vicaire 4u chapitre de Tours, le siège vacant.

Balleroy.

14 avril 1718.

Je vous ai, je crois, mandé qu'il avoit été réglé au Parlement que rien ne seroît plus enregistré concernant l'Etat et les affaires publiques sans l'assemblée des chambres; cependant mardi le Régent envoyoit pour enregistrer le traité fait avec M. de Lorraine; la huitième chambre l'a encore enregistré seule, sans avoir fait assembler les chambres, qui l'avoient toutes , ainsi réglé. Le lendemain mercredi les enquêtes • d'elles-mêmes, voyant ça, allèrent à la huitième chamf bre. M. le Premier n'y étoitpas venu, ayant fait dire qu'il avoit la goutte. Les enquêtes ayant voulu remettre cette affaire sur le tapis, toute la grand'- ; chambre se leva et allaàla buvette. M. de Lamoignoii

présidoit. Les enquêtes restèrent en place, ordonnèrent à un grefDer de rester et délibérèrent qu'ik feroient une opposition à l'enregistrement, ce qui fut fait sur-le-champ, et il n'y a rien eu depuis. Le Parlement de Metz, à qui Ton avoit envoyé le même traité pour enregistrer, a refusé tout net de le faire et a fait' publier à tous les gentilshommes et paysans des terres que Ton donnoit à M. de Lorraine, qui se montent, à ce qu'on prétend, à 84 villages, défense à eux de reconnottre d'autre souverain que le Roi, sous peine de vie, alléguant que le Roi majeur ou mineur ne peut aliéner le fonds de l'État, sous quelque prétexte que ce puisse être.

Mme de Vendôme n'avoit que quarante ans; on dit qu'elle étoit mariée avec son premier écuyer, qui étoit gentilhomme espagnol, à qui l'on dit qu'il reste 25 OÔO fr. de rente.

M. de Verderonne * épouse Mlle de Vierville, et lo mariage de M. de Maurepas est fait avec Mlle de La Vrillière.

On défend tous les jeux, même chez les ambassadeurs ; une Mme de Penevergne, qui avoit continué nonobstant les défenses, a été taxée à 1000 écus, et dix-neuf joueurs qui étoient chez elle à 1000 livres chaque. Il y avoit MM. de Cambout, brigadier des armées, Sellier, capitaine de dragons, de Saint-Maurice, lieutenant aux gardes. On a voulu demander la

i. Sous-Iieutenanl de gendarmerie, frère de Mme de Pontchartrain.

grâce de ces officiers au Régent, et M.deMachaulta dit que, si la sentence n'étoit pas exécutée, il remettroit la police. On continue à dire que les conseils vont être supprimés. L'archevêque de Reims avoit écrit une troisième lettre sur le même sujet que les premières. On s'est lassé d'y faire attention, et quelqu'un du Parlement a dit qu'il faudroit la faire enregistrer aux Petites-Maisons.

16 avril 1718.

Mme la Princesse a dit que le testament de Mme de Vendôme, quelque imparfait qu'il fût, lui paraissoit trop raisonnable pour n'être pas exécuté de point en point, et qu'elle l'exécuteroit.

Je ne sais si je vous ai mandé comme Mme de

Berry a grondé le maréchal de Villars au sujet du « parfaitement à vous » qu'il a mis au bas de ses lettres. M. de Rion en avait reçu une de cette espèce. M. de Villars, étant venu de bonne heure pour être à la toilette de Mme de Berry, trouva le moyen d'y venir avant qu'on eût encore laissé entrer aucun homme. Aussitôt que Mme de Berry l'aperçut, elle lui dit : « Qu'on ouvre donc toutes les portes ! » On dit que sa cour était fort grosse ce jour-là. Quand tout le monde fut entré, elle lui demanda où il avoit appris qu'on écrivit à des gens de condition « parfaitement à vous ». Il lui répondit que, quand on étoit honoré d'autant de dignités qu'il î'étoit, il croyoit qu'il avoit

à en soutenir les prérogatives, et elle lui dit qu'il ne lui en connaissoit pas d'autres que de commander des troupes à l'armée quand il y seroit et d'aller juger à la grand'chambre quand il voudroit, mais que cela n'avoit nul rapport au commerce de la vie, ni ne devoit donner d'atteinte à la politesse qui se pratique habituellement entre gens de condition. A quoi il répondit qu'il n'y avoit personne qui pût se plaindre qu'il lui eût refusé le salut. Ce qu'elle lui releva durement; on assure même qu'il lui échappa quelques mots sur la naissance. Enfin on dit qu'elle le réduisit au point de devenir blanc comme sa cravate et de ne pouvoir parler. On dit qu'elle lui parla nommément de sa lettre à M. de Rion et qu'il étoit si troublé qu'il lui nia d'abord de lui avoir écrit, mais que Mme de Berry l'assura de l'avoir vue et qu'aussitôt chacun des courtisans'dit : « Moi aussi. * On dit qu'on va régler tous ces styles.

M. d'Argenson est à meneille dans l'esprit public: aussi fait-il tout ce qu'il peut pour le contenter.

MM. des Enquêtes sont toujours en mouvement au sujet de l'enregistrement fait par la grand'chambre seule du traité fait avec le duc de Lorraine : ils disent qu'on lui abandonne plus de 100 villages et que c'est une prétention qu'il y a plus de cent ans qui dure et qu'on n'avoit jamais voulu lui accorder. Sur cela ils ont envoyé des députés à la grand'chambre; c'étoit M. le président Gilbert qui portoit la parole et qui dit qu'ils venoient protester de nullitt»

de cet enregistrement : cette protestation n'a eu aucune forme, et pour y remédier chaque chambre des enquêtes a fait sa protestation en particuUer, qu'elle a enregistrée à son greffe. Mais ce que je prévois de pire sur des discours que j'ai entendu tenir à plusieurs conseillers de la grand'chambre et autres, c'est qu'à la rentrée du Parlement ils vont se réunir pour faire ensemble des remontrances au sujet de la banque de Paris, ce qui est d'autant plus dangereux que le Régent est fort persuadé de l'utilité de cette banque et eux du contraire.

Balleroy.

20 avril.

Le roi d'Angleterre n'est plus en Italie; on le croit en Moscovie ou en Suède, et on assure que le czar et le roi de Suède ont résolu conjointement de le rétablir sur son trône ; on dit qu'il a abondamment d'argent, on croit que le pape lui en a donné beaucoup, tiré d'Angleterre; on lui a envoyé d'ici dix-huit habits de hvrées pour des pages, qui sont magnifiques.

Charpentier, beau-père de M. de Breteuil *, est mort.

Balleroy.

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